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Académie française. Frédéric Mitterrand « ne veut pas insulter » ses adversaires, qui ne sont « pas si importants ».

Frédéric Mitterrand a retiré sa candidature à l’Académie française, au bénéfice d’Andrei Makine.

Hier, sur BFMTV, on a donc entendu Frédéric Mitterrand.

http://www.bvoltaire.fr/extvideo/frederic-mitterrand-retire-sa-candidature-a-lacademie-francaise-pour-ne-pas-nuire-a-andrei-makine

La journaliste : « Sauf que vous êtes pas tout seul dans la course en face de lui ? Il y en a d’autres, non ? »
(Eclats de rire).
Frédéric Mitterrand : « Non, les autres sont pas… sont pas si importants… enfin, je veux pas les insulter, ils se présentent depuis dix ans, je sais pas… il y a toutes sortes de… c’est sûr qu’il y a quelqu’un derrière la porte qui voudrait vous remplacer, Nathalie »…
(Eclats de rire)

J’apprends donc que « les autres » (dont je fais partie) « sont pas… sont pas si importants », mais que Frédéric Mitterrand « ne veut pas » les « insulter » (éclats de rire), « il y a toutes sortes de »… « c’est sûr qu’il y a derrière la porte quelqu’un »…

Curieuses pratiques, où l’on voit le candidat Frédéric Mitterrand retirer sa candidature au profit d’un de ses copains du petit milieu germanopratin, tout en annonçant qu’il se représentera ultérieurement, et enfin en ayant l’extrême bonté de juger de « l’importance » de ses adversaires, précisant même (quelle bonté) qu’il « ne veut pas les insulter ».
C’est trop d’honneur…
Parce que, excusez-moi Majesté, si les candidats face à vous n’étaient pas importants, ça voudrait dire qu’on pourrait les insulter ?…
Les journaux de la grande presse, comme d’habitude, se recopient les uns les autres. On lit donc ce qui suit.
« Sept autres candidats sont en lice pour l’élection fixée au 3 mars mais leur chance d’être élu est quasi nulle. Plusieurs de ces candidats s’étaient déjà présentés à l’Académie sans jamais recueillir une seule voix ».
Et une fois de plus, les journaux de la grande presse disent n’importe quoi, parce que sont en lice pour l’élection du 3 mars 2016 des candidats qui se présentent pour la première fois (comme Eduardo Pisani ou Eric Dubois). D’autres, en revanche, comme par exemple Arnaud-Aaaron Upinsky, Michel Carassou ou Olivier Mathieu, ont déjà recueilli une voix à l’occasion de l’une ou de l’autre élection.
Un autre « mystère » est le suivant. L’un des candidats, Eric Dubois, a déclaré  au site ActuaLitté : « C’est au nom de tous les poètes, des écrivains méconnus ou peu connus des médias, de tous les accidentés de la vie, de tous les déclassés, que je me présente. J’ai très peu de chance d’être élu, mais ce n’est pas grave. Je vais avoir 50 ans dans quelques mois. Je me représenterai jusqu’à l’âge de 75 ans. »
Et donc, Eric Dubois semble indiquer son intention de se présenter à toutes les élections.
Personne ne semble le lui reprocher, et tant mieux, parce que M. Eric Dubois est certes libre de présenter sa candidature.
Non. Ce qui est drôle, c’est que lorsqu’il s’agit d’Olivier Mathieu, les journalistes tentent de faire preuve d’esprit. Par exemple lorsque Télérama appelait Olivier Mathieu, il y a deux ans, « candidat périodique ».
Et on se demande bien pourquoi la même attitude – celle qui consiste donc à se présenter à de très nombreuses élections, comme par exemple MM. Carassou, Delaporte ou Mathieu – ne devrait être l’objet de moqueries que lorsqu’il s’agit d’Olivier Mathieu…
Poser la question c’est y répondre…

 

Trois ou quatre remarcules en rapport avec le précédent article finkielkrautesque

I

Oui, Rabelais et Céline et Père Ubu, et Bloy et bien d’autres encore, Verlaine à ses heures je crois bien aussi, ne furent pas ennemis d’une certaine scatologie et plus généralement d’une certaine liberté expressive. Sur la forme comme… sur le fond, justement.
Et l’on sait trop bien ce qu’il en découla pour Rabelais qui frôla un temps la correction et le bûcher inquisitorial, pour Bloy mis à l’écart de la plupart des « grands journaux » et qui ces derniers mois encore – en 2015 et au pays de la liberté d’expression (sic) – s’est retrouvé censuré post mortem (grande première!) dans une édition de l’un de ses ouvrages. Soit quatre-vingt-dix-huit ans après sa mort. Oserais-je évoquer enfin, le sort réservé à notre Ferdinand Bardamu national ? Ce grand misanthrope lucide (mais les misanthropes ne sont-ils pas lucides par définition ?) ; misanthrope comme Bloy d’ailleurs. Car il est bien connu que rien ne peut arrêter celui qui dit et écrit Merdre. Selon le vieil adage : Qui vole un œuf, vole un bœuf. Qui écrit Merdre finit comme Père Ubu, mort avant quarante ans, ou finit comme un chien tout seul et à l’écart. Chien, animal qui a toute mon affection. Et dont les comportements ne sont pas si différents à tout prendre de ceux évoqués dans la ci-devant citée Mort à Crédit. Très grand livre. Comme tous les autres du bonhomme, d’ailleurs. Ou plus exactement du barde celtique.

II

Car, je vais vous dire en quelques mots : ce qui différencie le « chier » ordinaire de Fink, identique au vulgaire, des « chier » de ces très grands de la littérature française, – littérature française de souche, dirais-je, gauloisement française – est que son « chier », si je puis risquer l’expression, ne débouche sur rien, ou plutôt embouche des latrines aux lieux (comprenez : les gogues) communs. Tandis que les « chier » ou autres termes scatologiques des grands débouchent l’Esprit, inondent la langue, sont de vie et de hargne contre la bêtise humaine ou les dessous peu reluisants de notre misérable humanité. Énorme différence qui fait la littérature même : ils sont stylés.
Pauvre Fink, pauvre Pinson, sait-il au moins qu’en employant l’expression « faire dans son froc » il évoque la profession monacale. Le moine, plus d’un auteur des siècles passés, des anonymes ou nonymes du Roman de Renart aux sous-producteurs de romans grivois du XVIIIe siècle par exemple, à raison et à tort (du moins c’est mon point de vue, je n’aurai pas l’ingratitude d’oublier que sans lui, avec ses défauts et ses qualités et sa religion, il n’y aurait plus rien de la littérature antique), que le moine donc, fut la risée des vrais mal-pensants, des clercs facétieux en particulier. Mais pas des mal-pensants autorisés à s’exprimer tous les jours à la cour des rois sans risque aucun de finir sur quelque bûcher, ou même courir simple opprobre du commun.

III

Je viens d’écrire en fait, que la scatologie pouvait être stylée. Cela me paraît d’une telle évidence, mais apportons quelques éclaircissements. Que croyez-vous qu’il soit de la « petite musique » célinienne ? sinon le fruit d’un très grand travail, d’un travail acharné. Chaque livre écrit et réécrit plusieurs fois, pas comme la première œuvrette à la mode ou le premier « essai » finkielkrautien, ou disons houellebecquien, ou encore botulien (mais il y a bien d’autres noms qui viennent à l’esprit en ce siècle minable).
Quitte à choquer, j’affirme (après d’autres et après lui-même d’ailleurs) que Destouches fut un poète. Oui, il fut un barde celtique. Reprenons juste ce petit passage apparemment en prose d’icelui :
« Je suis étranglé par mon col…le celluloïd… Elle me tire des décombres… Je remonte au jour… J’ai comme un enduit sur les châsses, je suis visqueux jusqu’aux sourcils»… »

En bonne diction cela donne un poème en vers blancs réguliers :
Je suis étranglé par mon col (8 pieds)
Le celluloïd (5)
Elle me tire des décombres (8)
Je remonte au jour (5)
J’ai comme un enduit sur les châsses (8)
Je suis visqueux jusqu’aux sourcils (8)

On pourrait le chanter. Pas une faute. Je crois même rencontrer quelques assonances. Voilà un des secrets – de forme – du style célinien. Et il y en a des « comme ça » sur des centaines de pages ! Et avec ça, jubilatoire ; les mots, les expressions ; Louis est un baroque, un délirant, un entrechoquant. Les petits poétereaux du vers libre, qui devraient en bonne logique en rester babas, peuvent aller se rhabiller devant le barde ! Ou plutôt rajuster leur froc… et leur barda. 
Ce genre d’esprit bardique, cela me fait penser en particulier, sur la forme du moins, à l’ouvrage d’Olivier Mathieu Les Pommes Bleues. Or, qui connaît Les Pommes Bleues et qui connaît Olivier Mathieu ? Enfin, je veux dire qui connaît pour de vrai, et non par de sordides on-dit et autres dégoiseries grotesques et malveillantes, Olivier Mathieu ?

IV

Mais je voudrais terminer sur un aspect positif concernant l’impétrant académique Fink, mon petit Pinson, notre Immortel déprimé, en lui demandant s’il compte proposer « aux séances » l’introduction des néologismes très prisés en ce moment, du moins sur ce blog, de : finkielkrauter, finkielkrautisme, finkielkrautisation, etc. Enfin tous les enfants du même père. Mais je crois bien qu’il n’a pas le temps de nous répondre, il est juste au haut de son arbre à fables à faire l’intéressant.

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Et la fable sera express :

Maître Finky sur son arbre perché
Tenait en son froc un hommage
Lorsqu’un quidam, d’un odorat léché,
Reçut son don, mais sans dommage.

Moralité :

Cisèle ta chanson, mon gai pinson ;
Quand tu t’affines, quelle crotte !

8 candidats à l’Académie (3 mars 2016)

L’Académie française, dans sa séance du jeudi 4 février 2016, a enregistré les candidatures de MM. Michel Carassou, Éric Dubois, Andreï Makine et Eduardo Pisani.
Ainsi que le retrait des candidatures de MM. Frédéric Mitterrand et Jean-Claude Perrier. La procédure du retrait de candidature, qu’elle soit une simple recherche de publicité ou la volonté d’indiquer un désaccord de fond, est une procédure assez habituelle.
Les candidatures sont closes, sauf si l’élection est remise à une date ultérieure.
Les candidats encore en lice sont alors, si l’élection a bien lieu le 3 mars 2016: les écrivains Michel Carassou, Éric Dubois, Andreï Makine, le chanteur Eduardo Pisani, un candidat (à nous inconnu) répondant au nom de Valentin Ogier, Arnaud-Aaron Upinsky que l’on dit proche des milieux cathos traditionalistes, le « blogueur » Yves-Denis Delaporte et, pour finir, Olivier Mathieu.

Putain ! Finkielkraut a failli « chier dans son froc », lui ! Par Olivier Mathieu.

    Il y a quelque temps, le journal Le Point – toujours admirablement renseigné – nous avait appris que le délicat M. Finkielkraut, qui déplore l’accent beur qu’il entend dans le métro, n’aimait pas non plus les mots « chier » et « merde ».

1
Citons Le Point :  « Dans son dernier ouvrage à succès, L’Identité malheureuse, l’essayiste déplorait notamment la dérive scatologique de notre vocabulaire, soulignant le déferlement des termes « chier » et « merde »
http://www.lepoint.fr/societe/alain-finkielkraut-caillasse-a-l-academie-04-04-2014-1809014_23.php

Merdre!
Finkielkraut nous en dira tant.
Si on enlève les mots « chier » et « merde » de la littérature française, et de la littérature en général, il va falloir expurger Rabelais ou Céline, pour n’en citer que deux.  
Par exemple, lorsque Céline raconte un cunnilingus administré, dans son enfance, à une dame, il va donc falloir – selon M. Finkielkraut – enlever le mot « merde » ?

2
Ça cocotte la merde.

Citons Céline:
«Chéri petit cochon! (…) Va! gros chouchou!… Vas-y…
Appelle-moi Louison! Ta Louison ! mon petit dégueulasse! (…)
Elle m’agrafe par les oreilles… elle me force à me courber, à me baisser jusqu’à la nature… Elle me plie fort… elle me met le nez dans un état… C’est éblouissant et ça jute, j’en ai plein dans mon cou… Elle me fait embrasser… ça d’abord le goût de poisson et puis comme une gueule d’un chien… (…) Je glisse moi dans la marmelade… J’ose pas trop renifler… J’ai peur de lui faire du mal… Elle se secoue comme un prunier… (…) Ça cocotte la merde et l’œuf dans le fond, là où je plonge…
Je suis étranglé par mon col…le celluloïd… Elle me tire des décombres… Je remonte au jour… J’ai comme un enduit sur les châsses, je suis visqueux jusqu’aux sourcils»…
(Céline, Mort à crédit)
Cela, c’est de la sublime, c’est de l’immense littérature.

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On a donc voulu avoir, à l’Académie française, un monsieur – Monsieur Alain Finkielkraut, pour le nommer –  qui ne supporte pas le mot « merde » dans la littérature française???
Monsieur Finkielkraut aime tant à disserter (je ne sais à quel titre, au juste) des « fondements » de la France.
Par exemple, voir Le Figaro :
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/03/27/31003-20140327ARTFIG00074-de-peguy-a-finkielkraut-l-enracinement-comme-fondement-de-l-identite-francaise.php
Les fondements, les fondements… Comme on sait, « fondement » a pour synonyme « derrière » et « anus »:
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/fondement/34487

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Je demandais, il y a quelques mois : « Monsieur Alain Finkielkraut n’emploierait-il donc pas les mêmes mots que Rabelais, que vous ou moi, ou que le bas peuple, pour aller sur les fondements? »
La réponse est : si, Finkielkraut dit « chier », comme vous et moi.
http://mcetv.fr/mon-mag-buzz/media/le-petit-journal-alain-finkielkraut-stresse-se-lache-avant-rentree-academie-francaise-0302/

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Olivier Mathieu

LE DOUTE INTIME DE PÉCUCHET.

Ils se promenaient alors près des grands boulevards, le temps était printanier à l’image des jolies passantes qu’eux – gent forte, élevée, d’élite – ignoraient superbement tout en les croisant.

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Se couchant tôt, ils allaient se rendre, non par goût, mais par esprit d’étude et d’analyse, à une matinée de l’un de ses quelconques théâtres de seconde zone jouant quelque oeuvrette à la mode, fruit d’un obscur travail collectif de scribouillards sans nom. Une de ces pièces pitoyables, sans génie aucun, ni lendemain, tournant inlassablement, méthodiquement sur l’éternelle histoire de la dame qui cocufie (mais sans dommage) son gros benêt de mari. D’un humour prévisible, nettement moins drôle qu’une farce du moyen-âge. Du niveau de ragots et de jeux de mots du dernier sous-sous-Meilhac ou Halevy venu, mal venu.
Pécuchet se dit qu’ils en feraient tous deux de plus belles pièces, si un jour ils voulaient bien s’en donner le temps. Ceci l’affligea ; et saisi d’un désir d’en rapporter les termes à son compère, il se tourna vers lui, mais il fut surpris de découvrir, par je ne sais quel jeu mental, que ce dernier avait la tête du cocu de la pièce ou plus exactement du cocu imbécile d’un couple dont il n’était rien de moins que l’autre élément.
Oui, devant l’air ahuri de son complice, Pécuchet se prit d’un doute quasi existentiel. Instant lucide où il se para de quelque don qui… chut ! Il se mit à juger, en son for intérieur, la part de sa valeur ajoutée aux talents communs. Son âme n’en fit qu’un tour, et son esprit au sang chaud pensa : — pourquoi mon cerveau oscillant en catimini n’a pas encore vu, noté, compris que nous courions fatalement à l’échec avec un tel buvard, baveux, bavard. Sa tête molle, son air de crétin satisfait et sa faconde de boulevard, me paraissent aussi incontinents que sa bedaine respire, depuis si longtemps, la…
(Gustave Flaubert, cahier de travail inédit, fragment d’un chapitre final inachevé). 
Mais que pouvait donc respirer sa bedaine ? Nous ne le saurons pas. Flaubert nous en dispense à jamais.

Les 90 ans de Giscard et la Mauvaise Pioche de Philippe Bouvard

Hier, l’ex-président Giscard fêtait ses 90 ans. Beaucoup d’articles ont été consacrés par la presse à ce non-événement, et pas mal de journalistes ont aussi rappelé son élection à l’Académie française.
Rappelons que Giscard fut élu à l’Académie par 19 voix et qu’Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, n’en reçut qu’une.
http://www.academie-francaise.fr/actualites/election-de-m-valery-giscard-destaing-f16

Sur l’élection de Giscard à l’Académie,
voir aussi
http://www.centrisme.free.fr/vge.htm

« Le 11 décembre 2003, il est élu à l’Académie française au fauteuil numéro 16, laissé vacant par la mort de Léopold Sédar Senghor, obtenant 19 voix sur 34, contre deux voix à Michel Tack et une au romancier Olivier Mathieu, dit Robert Pioche ».

Philippe BOUVARD écrivit dans le « Figaro Magazine » du 20 décembre 2003 :

« J’essaye d’imaginer Robert Pioche, le parfait inconnu au bataillon académique qui, face à Giscard, a obtenu une voix, l’autre jeudi, sous la Coupole. Qu’a-t-il écrit en dehors de quelques lettres adressées à sa famille lorsqu’il faisait son service, naguère, à Colmar ou à Nancy ? Sans doute profite-t-il aujourd’hui d’un repos d’autant plus mérité que son absence de talent et d’ambition l’a dispensé de briguer la place de quiconque. A moins qu’il ne s’occupe des chevaux de Maurice Druon à la campagne. Peut-être a-t-il effectué quelques menus travaux de plomberie au domicile de Jean Dutourd. S’il n’a pas d’oeuvre, il a une famille. Son épouse – qu’on surnomme «la bonne Pioche» – lui a donné une ribambelle d’enfants qui n’ont pas davantage défrayé la chronique avant de prendre leur retraite en même temps que lui. En tout cas, Robert Pioche est un modeste : il n’avait pas fait acte de candidature au fauteuil de Léopold Sédar Senghor ».

C’était raté, parce que Robert Pioche (Olivier Mathieu) s’est fait réformer du service militaire. Il n’a fait son service ni à Nancy ni à Colmar, M’sieur Bouvard, parce qu’il ne l’a jamais fait du tout.
Sur son « absence de talent », M’sieur Bouvard, il est probable que Robert Pioche (Olivier Mathieu) préfère le sien au vôtre.
Robert Pioche (Olivier Mathieu) ne s’est jamais occupé des chevaux de Maurice Druon. En revanche, en 2011, il a écrit un livre, « Eloge de Maurice Druon », qui a suscité les éloges d’Etienne de Montety, en première page du… « Figaro ».
Robert Pioche (Olivier Mathieu) n’a jamais été plombier chez Dutourd . En revanche, en 1986, Olivier Mathieu partageait la « une » de la Nouvelle Revue de Paris, lors de la parution du numéro « Jean Dutourd ».
Sur son « absence d’oeuvre », M’sieur Bouvard, il est probable que Robert Pioche (Olivier Mathieu) préfère la sienne à la vôtre.
Robert Pioche, cher M’sieur Bouvard, ne prendra pas sa retraite, parce qu’il n’a jamais travaillé de sa vie comme esclave appointé à l’inverse de M. Bouvard, pour la bonne, simple et suffisante raison que le travail salarié le fait chier. Bonne retraite à vous, alors, M’sieur Bouvard.
Enfin, M’sieur Bouvard, si vous pensiez à vérifier ce que vous écrivez avant de le publier, vous sauriez que Robert Pioche avait – contrairement à ce que vous écriviez – bel et bien déposé sa candidature à l’Académie. Voyez ici : http://www.academie-francaise.fr/actualites/candidatures-au-fauteuil-de-m-leopold-sedar-senghor-f16
Mais pourquoi tant de méchanceté, M’sieur Bouvard ? Pourquoi ?…

A l’Académie française, où l’on vient d’élire un agrégé ès lettres (Finkielkraut), ils ne devraient pas dire « veuillez d’agréer »

enveloppe lettre

SED PIA TURBA DOLET – MAIS DE LA PIEUSE TOURBE IL DEULT.

Je ne suis pas d’accord sur tout dans ce qui suit (sur le constat oui, sur l’analyse de certains faits de société pas toujours, sur l’emploi de certains mots trop galvaudés ou tics d’écriture, non plus ; mais ceci est de l’ordre normal du débat d’idées).

Cela dit, je suis bien d’accord sur l’essentiel.

1/ Liberté d’expression pour tous et non pour une coterie d’auto-élus. 2/ Pluralisme d’expression. Il ne s’agit pas de faire taire qui que ce soit, mais de permettre à tous et équitablement de s’exprimer. Mais je sais aussi que le « taisez-vous !» employé plus bas fait référence à la propre attitude de mon petit Pinson. 3/ La parole aux sans-voix. Il y en a marre, cela n’a jamais atteint un tel niveau. Quand je pense à tout ce qui a pu être dit et écrit en Mai 68 dans le domaine de ce que l’on pourrait appeler une forme de poésie de la rue, de bonne folie ou plus exactement d’expression libératrice, et quand je vois où on en est pratiquement un demi-siècle plus tard, je suis abasourdi.

Enfin, non des moindres problèmes : 4/ un quarteron de fantoches de la philosophie, de fantoches sans références, d’ennemis irréductibles de la philosophie, de la véritable (et j’allais dire éternelle) réflexion philosophique est là s’exhibant quotidiennement dans les media, en larbins malades des salopards de l’Empire, attisant la haine, entretenant un climat malsain, jouant aux petits-provos, énonçant des « idées » du niveau du Café du Commerce, entretenant le feu d’un prétendu conflit des civilisations créé de toute pièce par ce même Empire destructeur et belliciste. Et pour certains, cela va jusqu’à une responsabilité morale certaine (immorale, pour être plus juste) dans diverses tueries de par le Monde.

***

Jeudi 21 janvier, j’ai participé à l’émission « Des paroles et des actes », présentée par David Pujadas sur la chaîne publique France 2. L’émission intitulée ce soir là « Les deux France » opposait – ou du moins devait opposer – l’intellectuel Alain Finkielkraut à l’homme politique, Daniel Cohn-Bendit.
C’est dans ce cadre là que j’ai été invitée à intervenir en tant que « citoyenne de confession musulmane ». C’est comme cela que j’ai été castée. J’ai mis peu de temps à accepter ; comme beaucoup, nombre des propos tenus par Finkielkraut m’avaient ulcérée et je voulais le mettre face aux conséquences de tels discours. 
Malgré le format difficile (qui ne permet ni un vrai débat, ni la formulation d’une argumentation précise), il me semblait important de pointer les problématiques d’une parole raciste devenue normalisée, d’un climat dangereux et délétère, ainsi que d’une islamophobie institutionnalisée.
Si je m’attendais à ce que mes propos ne plaisent pas à – ce que j’espérais être – une minorité de personnes, je ne m’attendais pas à susciter une telle polémique. Suite à mon passage, beaucoup de personnes se sont laissées aller aux théories les plus fantaisistes et aux connexions les plus incongrues, allant m’inventer des identités, des occupations et des relations qui ne sont pas les miennes.
Si certains se sont arrêtés aux insultes racistes, sexistes et mysogines, (j’ai d’ailleurs décerné la palme à la mention « Beurette siliconée »), d’autres ont poussé la diffamation encore plus loin en s’adonnant à toutes sortes de raccourcis douteux, de « raisonnements logiques » à en faire se retourner Descartes dans sa tombe, et de conclusions dignes des plus grands saute-mouton de la planète.
Je vais être claire, donc.
Non, je ne suis pas membre des Indigènes de la République.
Oui, comme plus d’une centaine de citoyens, de personnalités et d’organisations (Collectif Mwasi, Union Juive Française pour la Paix, Ferguson in Paris, Europe Ecologie-Les Verts…), j’ai signé l’appel de la Marche de la dignité et ai manifesté contre les violences policières et le racisme ce fameux samedi 31 octobre 2015.
Mais non, je n’ai pas eu la chance de l’organiser. Non, je ne suis affiliée à aucun parti politique. Non, je ne suis pas membre du Parti des Indigènes de la République (PIR). Non, je ne suis pas la sœur de Nabilla. Non, je ne suis pas la première femme à avoir posé un pied sur la lune, et non je n’ai pas brillamment vissé le dernier boulon de la Tour Eiffel.  
Une vérification sommaire, que l’on aurait même pu confier au stagiaire de troisième, aurait permis de lever le doute à ce sujet… Mais c’était sans compter sur la course au clic de certains médias, qui ont préféré s’appuyer sur les dires de la twittosphère pour sortir, dans la précipitation et sans aucune vérification, des informations qui tenaient de l’hypothèse plutôt que de la vérité indéniable.
Le plus déplorable dans tout ça – au-delà du fait que ce sont toujours aux mêmes que l’on demande de justifier telle ou telle phrase, tel ou tel lien associatif – c’est que ces vaines polémiques ont occulté mon propos.
Pourtant, il est primordial d’en parler, d’analyser l’islamophobie ambiante et les processus de confiscation de la parole au profit de certains intellectuels réactionnaires surmédiatisés, notamment sur les chaînes publiques. Alain Finkielkraut en est un. Il fait partie de ces gens qui prétendent dire « des vérités dérangeantes » mais qui ne font que nuire à notre capacité à faire société et à construire un « nous » inclusif et juste. Il fait partie de ceux dont les amalgames et les propos tendancieux, inexacts et fantasmés contribuent à opposer les citoyens les uns aux autres. Et ce n’est pas nouveau.
En 2005, il commentait les révoltes urbaines parties de Clichy-sous-Bois de la sorte :
« En France, on a tendance à réduire ces émeutes à leur dimension sociale, de les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation (…) le problème, c’est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane. »
Non, le problème n’était ni leurs origines ethniques ni leur religion mais dans la perception qu’en ont les institutions et le traitement différencié, notamment de la part de l’institution policière, qui en découla.
Quelques mois plus tard, il taclait notre équipe de foot nationale en la qualifiant de « black-black-black », regrettant que cela en fasse « la risée de toute l’Europe ».
La liste des propos nauséabonds s’est allongée au fil des années. En 2006, lors d’une table -ronde du CRIF, Alain Finkielkraut évoque un « lien visible entre Islam et violence » dans notre pays. Étrange donc que les 5 à 7 millions de musulmans vivant en France n’aient pas encore de casier judiciaire !
En 2014, se lâchant sur les musulmans, il déclarera que « la majorité des antisémites sont musulmans ». Sur quoi s’appuie-t-il pour sortir de telles inepties si ce n’est sur ses préjugés et son idéologie mortifère ?
Il continuera en 2015, en expliquant que le djihad au sens de « combat armé pour la défense et l’expansion de l’Islam » est « une obligation léguée par Mohamet à tous les musulmans ».
On pourrait citer bien d’autres propos. Leur point commun ? Ils sont souvent racistes, complètement hors-sol et créent de la défiance à l’égard d’une partie de la population. Surtout, leurs auteurs ont généralement carte blanche – même sur les chaînes publiques – pour exprimer ces idées et ce, sans que le format ni la ligne éditoriale ne permettent une vraie contradiction. C’est en ce sens que j’ai également interpellé David Pujadas. Plus que jamais, les médias ont un rôle à jouer dans l’apaisement des tensions sociales et politiques auxquelles nous faisons face.
Lorsque je vois qu’une intervention de quelques minutes a créé autant de tumulte et déchaîné autant de passions, je me dis qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir et de défis à relever. Je compte bien y prendre ma part… toujours avec le sourire.
Wiam Berhouma (sur Le Nouvel Obs.)

***

Ce que je trouve également extraordinaire, c’est que cette jeune femme ait été invitée à cette émission non pas en tant que française, mais en tant que « citoyenne de confession musulmane ». À ce compte-là qui pourra me dire en tant que qui ou en tant que quoi furent invités les deux permanents des media, les deux comiques bien connus, les frères ennemis Finkie et Cohno ?

***

Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet.

XIR239598 Etienne Dolet (1509-46) 1546 (engraving) (b/w photo) by French School, (16th century); Private Collection; (add. info.: imprisoned, hanged and burnt for sedition); Giraudon; French, out of copyright

Étienne Dolet, né à Orléans en 1509, libre penseur et humaniste, érudit, linguiste, philologue, traducteur, poète, éditeur. Jugé athée par la faculté de théologie de la SORBONNE, il est étranglé (mesure de mansuétude!) par un élément de la lie humaine, puis brûlé avec ses livres le 3 août 1546, place Maubert à Paris, comme, rien que cette année-là, trois autres éditeurs (dont malheureusement je ne saurais dire les noms). Ces dernières paroles auraient été en vers latin : Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet. Il ne s’afflige pas sur Dolet, mais de la foule pieuse il s’afflige.

***

« Dehors, dehoooooooors ! »
Finkielkraut à la Sorbonne, ou le Sacre de l’obscurantisme distingué
31 janvier 2016
Lorsqu’une prestigieuse université (la Sorbonne, à Paris) invite un maître-penseur médiatique devenu académicien, et qu’une doctorante en philosophie de ladite prestigieuse Université s’autorise à l’interpeller sur ses manquements à l’éthique intellectuelle, que pensez-vous qu’il advient ? Un indice : la doctorante est par ailleurs musulmane, et nous en sommes en France, en 2016.
Le Grand Amphithéâtre de La Sorbonne était rempli de têtes bien blanches pour le forum de la philosophie organisé par France-culture. La foule s’était déplacée en grand nombre, mais nulle inquiétude pour Alain Finkielkraut : son public, contrairement à l’équipe de France de football black-black-black qui lui faisait « honte », était à l’image de la France, la vraie. Au programme, un débat prometteur intitulé :
« Qu’est-ce qu’être français ? ».
Voilà que notre philosophe médiatique préféré commence à déballer son bla-bla habituel. Ils applaudissent. Ils applaudissent encore. À chacune de ses interventions, ils applaudissent. Ils applaudissent même lorsque, sur le ton de la confidence, notre invité vedette explique qu’il s’est senti français pour la première fois en 1989, lors de la première affaire du voile à l’école. Notre culture valorise le féminin, se dit-il face à cette altérité radicale. À ce moment je ne peux m’empêcher de penser : quelle magnifique illustration du propos d’Edward Said dans L’Orientalisme : Le Nous ne peut se définir qu’en opposition à l’Autre – le monde musulman en l’occurrence, et la femme musulmane en particulier. La définition de l’altérité précède celle de l’identité, elle en est la condition nécessaire et suffisante. Etre français, c’est ne pas être un « musulman visible ». Être français, c’est être tout ce qu’une femme musulmane n’est pas.
Arrive enfin le temps des questions. Trois ou quatre seulement, parce que Monsieur Finkielkraut a déjà beaucoup parlé, bien plus que ses deux interlocuteurs. On me fait l’honneur de me laisser poser la dernière question. Pour commencer, je souligne qu’il était assez intéressant de constater que notre académicien a défini « l’être-français » par la négative : être français, c’est ne pas être une femme musulmane voilée. Je souligne aussi qu’il met en avant une conception de la féminité très normative, occidentale et blanche. Enfin, je vais à l’essentiel :
« Je voudrais saluer la sagesse des organisateurs parce qu’il est effectivement très judicieux, dans un climat si nauséabond que le climat actuel, d’inviter pour nous parler de ce que signifie être français, une personnalité médiatique islamophobe et raciste. »
L’applaudimètre m’avait déjà indiqué que je ne ferais certainement pas l’unanimité, mais je ne m’attendais pas, pour autant, à un tel lynchage collectif. J’avais ouvert une boîte de Pandore, et sous les huées de la salle, les commentaires et insultes fusaient de tous côtés :
« C’est honteux ! »
« Dehors, Dehoooooooors ! »
« Vous devriez avoir honte ! »
« C’est dommage, vous aviez bien commencé. »
« C’est scandaleux ! ».
Un homme hystérique m’interpelle à nouveau :
« Dehors, Dehoooooooors ! »
Je lui rappelle calmement que je suis doctorante à La Sorbonne et que je suis donc ici chez moi.
Des insultes, de la colère, de la haine et du mépris. Du racisme.
Alain Finkielkraut décide de « quand même » me répondre. Il souligne la haine (imaginée, fantasmée) de mon propos sans rien dire de la violence des réactions que ledit propos a suscitées. Puis, comme tout raciste qui se respecte, il montre patte blanche en jouant la carte de l’ami arabe : il ne peut tout bonnement pas être islamophobe puisque des musulmans (des vrais !) comme Fethi Benslama ont des positions similaires aux siennes. Il aurait tout autant pu dire qu’il ne pouvait pas être raciste puisqu’il aimait le couscous, le thé à la menthe et les pâtisseries orientales.
Au passage, il règle ses différends avec la jeune professeur d’anglais qui l’a brillamment interpellé lors d’une émission télévisée. Ce n’est pas une islamiste, précise-t-il, mais elle a participé à une marche dans laquelle les manifestants criaient « ta race ! » chaque fois que son prénom était mentionné – et bien oui j’ai rigolé, le Finkielkraut peut être drôle. Il ajoute qu’il n’ose même pas imaginer ce que la professeure a pu dire à ses élèves au lendemain des attentats de janvier et de novembre… De la dénonciation de l’islamophobie de Finkie au soutien au terrorisme, il n’y a visiblement qu’un pas.
Cette réponse marque la fin du débat, mais je ne suis pourtant pas au bout de mes surprises. À deux mètres de moi, une sexagénaire indignée s’improvise star du moment et, entourée d’autres sexagénaires, commence une sorte de conférence de presse. Entre deux propos débiles, elle a ce mot magnifique :
« Oui, oui, c’est du terrorisme. »
La boucle est bouclée.
En bonne masochiste que je suis, je reste à ma place pour permettre aux gens de venir m’insulter :
« – C’est honteux, vous l’avez insulté !
– Non, dire d’Alain Finkielkraut qu’il est raciste et islamophobe, c’est…une description !
– Vous avez dit qu’il était nauséabond ! »
Je souris :
« Non Monsieur, j’ai dit que le climat actuel était nauséabond. »
Alors que je m’apprête à partir, une femme m’interpelle pour m’expliquer qu’Alain Finkielkraut n’est pas raciste. Mieux que le Jamel Comedy club, les fans de Finkielkraut :
« Mais quand même, avec Daesh, il est légitime de s’opposer au voile islamique. »
En partant, je lui dis qu’il est affligeant de voir la rapidité avec laquelle elle fait des amalgames, et que dans un forum de philosophie, élever le niveau de la discussion et du débat ne serait pas du luxe.
Cela pourrait n’être qu’une histoire drôle à se raconter entre amis : L’histoire de l’indigène qui avait été huée par les fankielkrauts. Mais c’est un peu plus : une bien triste illlustration, parmi beaucoup d’autres, de la fascisation de la France, et de la libération de la parole islamophobe. Le plus regrettable, sans doute, c’est que nous n’étions pas dans un meeting du Front national : c’est l’Université Paris-Sorbonne qui a donné une plateforme privilégiée au racisme et à l’islamophobie que professe Alain Finkielkraut, et c’est une doctorante de cette même université qui en a fait les frais. Je donnerai donc le mot de la fin à Wiam Berhouma :
« Taisez vous Monsieur Finkielkraut, pour le bien de la France, taisez-vous. »
Mais j’invite aussi les institutions publiques et les grands médias à la responsabilité. Cessez-donc de lui tendre des micros, aidez-nous à le faire taire.
Souad Betka, sur LesMotsSontImportants.net

 ***

Le double scandale du lieu : la Sorbonne (mais pas si étonnant, c’est dans la tradition) et de l’organisateur France-Culture : mais là aussi c’est devenu une tradition en cette radio d’État phagocytée par une racaille de pseudo-intellos et autres incultes et intolérants qui s’auto-reproduisent en vase clos. Dont un très grand nombre de pseudo(s?) « de gauche », de la « petite gauche ».

***

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Le Triomphe de la Mort de Bruegel l’Ancien. 

Ce que personne ne vous dira sur le discours de réception à l’Académie française d’Alain Finkielkraut.

« Finkielkraut et Spitzhacke, quel couple d’adversaires (littéraires) sous la Coupole ! Finkielkraut, que l’on considère neocon (abréviation de néo-conservateur), a dans son nom de famille sept consonnes : F,N,K, L, K, R, T. Spitzhacke, sept consonnes : S,P,T,Z,H,C,K. Finkielkraut a trois consonnes qui se suivent : LKR. Spitzhacke a trois consonnes qui se suivent : TZH. Où a-t-on trouvé des noms pareils ? Imprononçables ! A croire que tout ceci ne se passe pas à l’Académie, mais à la Comédie française ! » (Robert Spitzhacke, c’est-à-dire Olivier Mathieu, sur son blog Médiapart, en 2014)

Jean-Pierre Fleury :
Alain Finkielkraut a été reçu à l’Académie française. Vous avez lu son discours ?

Olivier Mathieu :
Je l’ai lu. Je l’ai trouvé plutôt médiocre.

Jean-Pierre Fleury :
C’est mon opinion également, on n’y échappe à aucun poncif. Mais…

Olivier Mathieu :
Je l’ai trouvé très mal lu, aussi. Finkielkraut ne lit pas bien le français. Dès le début de son discours, il aspire le « h » de « Henri », il dit « de Henri ». En français, on dit : « d’Henri ». Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

J.-P. F. :
Alain Finkielkraut y a parlé de son « nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives »

O.M. :

Oui, c’est une des choses qui m’ont fait sourire. J’avais consacré un article justement à ce sujet, les consonnes de « Finkielkraut » et de « Spitzhacke », sur le blog Médiapart que je tenais en 2014. On le trouve ici : https://blogs.mediapart.fr/robertspitzhacke/blog/090414/alain-finkielkraut-quon-considere-neocon-mais-quel-choc-de-consonnes

J.-P. F. :
– Sur France-Inter, Alain Finkielkraut avait récemment dit : « C’est pas [sic] tout à fait la première fois qu’un juif rentre en majesté : c’était le cas de Simone Veil. La dimension juive de mon existence s’est exprimée dans plusieurs de mes livres. J’ai pensé à mes parents mais aussi à mes grands-parents que je n’ai pas connus ».

O.M. :
– Je me posais de nombreuses questions à ce sujet. Il convient en effet de noter que le père d’Alain Finkielkraut était né, semble-t-il, en 1904 (même s’il falsifiait parfois sa date de naissance et se disait venu au monde en 1908). Alain Finkielkraut est de 1949, il est donc né 45 ans après la naissance de son père. Si l’on veut bien supposer que les grands-parents du philosophe avaient (au minimum) vingt ans en 1904, ils auraient eu (au minimum) 65 ans en 1949. Qu’Alain Finkielkraut n’ait pas connu ses grands-parents paternels n’a donc rien de particulièrement étrange. En ce qui me concerne, par exemple, je n’ai jamais connu mon grand-père maternel, mort vers 1956 et donc quatre ans avant ma naissance.

J.-P. F. :
– Pour mieux comprendre, et donc pour pouvoir mieux saisir la personnalité du désormais académicien Finkielkaut, qui est aussi un personnage public, il faudrait consulter les lieux et dates de naissance et de décès des grands-parents d’Alain Finkielkraut. Mais ces informations ne se trouvent nulle part, sur Internet.

O.M. :
– En effet. Il est dit sur Internet que le père d’Alain Finkielkraut quitta la Pologne « dans les années trente », mais sans aucune date plus précise. C’est bien dommage. Les « années trente » s’étendirent en effet entre le premier janvier 1931 et le 31 décembre 1940, et c’est donc un fort long laps de temps. On ne sait pas non plus au juste si le père d’Alain Finkielkraut proposa à ses parents de le rejoindre en France, au cours des années 30. Jusqu’ici, je n’avais pas trouvé non plus les dates précises d’une déportation du père d’Alain Finkielkraut à Auschwitz, certains sites affirmant qu’il y aurait passé deux ans, d’autres trois ans, d’autres quatre ans. Je pense que le discours de Finkielkraut est un discours plutôt médiocre, je le répète. Mais aussi, ne serait-ce que par honnêteté il faut reconnaître à ce discours de réception de Finkielkraut à l’Académie qu’il donne, sur ce point, une réponse, puisqu’on y lit : « C’est de France, et avec la complicité de l’État français, que mon père a été déporté, c’est de Beaune-la-Rolande, le 28 juin 1942, que son convoi est parti pour Auschwitz-Birkenau ».

J.-P. F. :
– Sauf erreur de ma part, on ne sait pas non plus les dates de naissance et de décès de l’oncle d’Alain Finkielkraut, qui se trouvait en tout cas à Paris après la seconde guerre mondiale.

O.M. :
– Mais le mystère est encore plus complet en ce qui concerne la mère d’Alain Finkielkraut, dont il semble assez difficile de trouver sur Internet la date de naissance et le nom de jeune fille. Je me demande si ce nom de famille n’était pas « Pops » ( http://www.avis-de-deces.net/f_laura-finkielkraut-pops-bagneux-92220-hauts-de-seine_1769702_2014.html ). Quoi qu’il en soit, ayant eu son fils Alain en 1949, on peut supposer qu’elle ait eu environ vingt ans, ou disons au moins vingt ans, cette année-là. On ne comprend pas bien, toujours d’après les informations disponibles sur Internet, quel âge elle avait pendant la seconde guerre mondiale et surtout de quelle façon ou avec l’aide de qui une personne si jeune a pu s’échapper de Pologne. On dit qu’elle aurait habité alors en Allemagne puis en Belgique. Des renseignements quant à la date de naissance et de mort des grands-parents maternels d’Alain Finkielkraut aideraient peut-être le grand public à comprendre certaines choses.

J.-P. F. :
– Je me souviens de Finkielkraut déclarant par exemple à Elkabbach : « J’ai été reçu en tant que personne mais j’ai un nom de famille, je porte avec moi tous les miens : je suis très ému de les voir eux, dont certains sont partis en fumée, entrer sous mon nom à l’Académie Française. Voilà déjà ce que ça m’apporte. »

O.M. :
Je m’en souviens aussi. Le grand public voudrait probablement savoir qui étaient ces gens dont « certains », pour reprendre les mots de Finkielkraut, « étaient partis en fumée ». D’une part, Alain Finkielkraut a déclaré qu’il venait d’une famille de rescapés : « Or, moi qui viens aussi d’une famille de rescapés », déclare ainsi Finkielkraut durant un débat avec Avraham Burg. D’autre part, certains journalistes ont présenté Finkielkraut comme « fils de deux orphelins dont les familles furent presque intégralement englouties dans les camps de la mort », et l’on aimerait en savoir davantage. Il y a dans ces phrases (« certains », « presque » englouties) trop d’imprécision. Combien d’engloutis au juste, et combien de rescapés ? Revenons à l’élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française. Sur le site d’une radio, on a lu : « C’est son fils, Thomas, fils rebelle qui un temps songea à abandonner son patronyme trop lourd à porter, qui l’a convaincu de se porter candidat à l’Académie, rappelant au paternel combien ses parents, petits maroquiniers exilés de Pologne auraient été fiers de le voir sous la Coupole ». Finkielkraut ne manque pourtant jamais de déclarer : « Je ne peux pas bouder mon plaisir, même si je n’aurais jamais eu l’idée de me présenter de moi-même. (…) Des académiciens amicaux m’ont sollicité ».

J.P. F. :
Oui, encore une contradiction.

O.M. :
En effet, il faudrait se décider. Ce sont des « académiciens amicaux » qui l’ont « sollicité », ou alors c’est son fils qui lui a soufflé l’idée ?

J.-P. F. :
Il y a d’autres choses qui vous ont semblé dignes d’être remarquées,  dans le discours de réception de Finkielkraut ? Par exemple ?

O.M. :
Par exemple, que Finkielkraut ait cité Michel de Ghelderode, un ancien ami de ma grand-mère Marie de Vivier ( https://textyles.revues.org/354 ) . C’est même Michel de Ghelderode qui avait donné à ma grand-mère un surnom qui lui est resté, « L’emmerdeuse ». Tout comme moi, en me présentant le 10 avril 2014 contre Alain Finkielkraut à l’Académie française, j’ai joué à l’emmerdeur…

J.-P.F. :
Et d’autres choses encore ?

O.M. :
Oui, une en particulier. La voici. Alain Finkielkraut s’est donc intéressé, pour écrire son discours, à la littérature belge, à Félicien Marceau et à L’oeuf de ce dernier. Mais Finkielkraut s’y est intéressé superficiellement, je le crains. Sinon, il saurait que dans les milieux littéraires belges de l’époque, on accusa L’oeuf de Félicien Marceau d’être un plagiat d’un texte, également intitulé L’oeuf, dont était auteur un poète surréaliste et humoriste bruxellois, ami de Magritte, aujourd’hui totalement oublié, qui avait nom Paul Colinet. Ce Paul Colinet était aussi un ami de ma grand-mère ( http://www.aml-cfwb.be/catalogues/general/titres/210538 ), tout comme Félicien Marceau. L’oeuf, on devrait le savoir, était un sujet cher aux surréalistes belges d’alors. Je possède des photos inédites de ma grand-mère, Marie de Vivier, avec Paul Colinet et René Magritte. Or, la brouille entre Félicien Marceau et Marie de Vivier vint du fait que, selon ma grand-mère, Marceau s’était inspiré de Colinet. L’oeuf de Marceau date de 1957. 1957 qui est aussi l’année de la mort de Colinet.

J.P.F. :
Et donc ?

O.M. :
– Et donc, qu’on le veuille ou non, lors de l’élection au fauteuil 21 de Félicien Marceau, Alain Finkielkaut a été opposé à « Robert Spitzkacke », c’est-à-dire à Olivier Mathieu, petit-fils de Marie de Vivier, laquelle s’était brouillée avec Félicien Marceau au sujet de L’oeuf de Paul Colinet. Mais tout cela, par exemple l’existence de Paul Colinet, ou la polémique qu’il y eut jadis entre partisans de Colinet et partisans de L’oeuf de Marceau, Finkielkraut n’en sait évidemment rien. Il a fini son discours par les mots que voici : « La morale de toute cette affaire, ce n’est certes pas que le temps est venu de tourner la page et d’enterrer le devoir de mémoire, mais qu’il faut impérativement sortir celui-ci de « l’œuf » où il a pris ses quartiers pour lui rendre sa dignité et sa vérité perdues. » Mais ce serait amusant que Marie de Vivier ait eu raison car dans ce cas Alain Finkielkraut, en faisant l’éloge de L’oeuf de Félicien Marceau, aurait fait l’éloge d’un faussaire…

Propos recueillis par Jean-Pierre Fleury.