Frédéric Mitterrand a retiré sa candidature à l’Académie française, au bénéfice d’Andrei Makine.
Hier, sur BFMTV, on a donc entendu Frédéric Mitterrand.
http://www.bvoltaire.fr/extvideo/frederic-mitterrand-retire-sa-candidature-a-lacademie-francaise-pour-ne-pas-nuire-a-andrei-makine
La journaliste : « Sauf que vous êtes pas tout seul dans la course en face de lui ? Il y en a d’autres, non ? »
(Eclats de rire).
Frédéric Mitterrand : « Non, les autres sont pas… sont pas si importants… enfin, je veux pas les insulter, ils se présentent depuis dix ans, je sais pas… il y a toutes sortes de… c’est sûr qu’il y a quelqu’un derrière la porte qui voudrait vous remplacer, Nathalie »…
(Eclats de rire)
J’apprends donc que « les autres » (dont je fais partie) « sont pas… sont pas si importants », mais que Frédéric Mitterrand « ne veut pas » les « insulter » (éclats de rire), « il y a toutes sortes de »… « c’est sûr qu’il y a derrière la porte quelqu’un »…
Curieuses pratiques, où l’on voit le candidat Frédéric Mitterrand retirer sa candidature au profit d’un de ses copains du petit milieu germanopratin, tout en annonçant qu’il se représentera ultérieurement, et enfin en ayant l’extrême bonté de juger de « l’importance » de ses adversaires, précisant même (quelle bonté) qu’il « ne veut pas les insulter ».
C’est trop d’honneur…
Parce que, excusez-moi Majesté, si les candidats face à vous n’étaient pas importants, ça voudrait dire qu’on pourrait les insulter ?…
Les journaux de la grande presse, comme d’habitude, se recopient les uns les autres. On lit donc ce qui suit.
« Sept autres candidats sont en lice pour l’élection fixée au 3 mars mais leur chance d’être élu est quasi nulle. Plusieurs de ces candidats s’étaient déjà présentés à l’Académie sans jamais recueillir une seule voix ».
Et une fois de plus, les journaux de la grande presse disent n’importe quoi, parce que sont en lice pour l’élection du 3 mars 2016 des candidats qui se présentent pour la première fois (comme Eduardo Pisani ou Eric Dubois). D’autres, en revanche, comme par exemple Arnaud-Aaaron Upinsky, Michel Carassou ou Olivier Mathieu, ont déjà recueilli une voix à l’occasion de l’une ou de l’autre élection.
Un autre « mystère » est le suivant. L’un des candidats, Eric Dubois, a déclaré au site ActuaLitté : « C’est au nom de tous les poètes, des écrivains méconnus ou peu connus des médias, de tous les accidentés de la vie, de tous les déclassés, que je me présente. J’ai très peu de chance d’être élu, mais ce n’est pas grave. Je vais avoir 50 ans dans quelques mois. Je me représenterai jusqu’à l’âge de 75 ans. »
Et donc, Eric Dubois semble indiquer son intention de se présenter à toutes les élections.
Personne ne semble le lui reprocher, et tant mieux, parce que M. Eric Dubois est certes libre de présenter sa candidature.
Non. Ce qui est drôle, c’est que lorsqu’il s’agit d’Olivier Mathieu, les journalistes tentent de faire preuve d’esprit. Par exemple lorsque Télérama appelait Olivier Mathieu, il y a deux ans, « candidat périodique ».
Et on se demande bien pourquoi la même attitude – celle qui consiste donc à se présenter à de très nombreuses élections, comme par exemple MM. Carassou, Delaporte ou Mathieu – ne devrait être l’objet de moqueries que lorsqu’il s’agit d’Olivier Mathieu…
Poser la question c’est y répondre…
L’Académie française, dans sa séance du jeudi 4 février 2016, a enregistré les candidatures de MM. Michel Carassou, Éric Dubois, Andreï Makine et Eduardo Pisani.
Ainsi que le retrait des candidatures de MM. Frédéric Mitterrand et Jean-Claude Perrier. La procédure du retrait de candidature, qu’elle soit une simple recherche de publicité ou la volonté d’indiquer un désaccord de fond, est une procédure assez habituelle.
Les candidatures sont closes, sauf si l’élection est remise à une date ultérieure.
Les candidats encore en lice sont alors, si l’élection a bien lieu le 3 mars 2016: les écrivains Michel Carassou, Éric Dubois, Andreï Makine, le chanteur Eduardo Pisani, un candidat (à nous inconnu) répondant au nom de Valentin Ogier, Arnaud-Aaron Upinsky que l’on dit proche des milieux cathos traditionalistes, le « blogueur » Yves-Denis Delaporte et, pour finir, Olivier Mathieu.
Il y a quelque temps, le journal Le Point – toujours admirablement renseigné – nous avait appris que le délicat M. Finkielkraut, qui déplore l’accent beur qu’il entend dans le métro, n’aimait pas non plus les mots « chier » et « merde ».

Citons Le Point : « Dans son dernier ouvrage à succès, L’Identité malheureuse, l’essayiste déplorait notamment la dérive scatologique de notre vocabulaire, soulignant le déferlement des termes « chier » et « merde »
http://www.lepoint.fr/societe/alain-finkielkraut-caillasse-a-l-academie-04-04-2014-1809014_23.php
Merdre!
Finkielkraut nous en dira tant.
Si on enlève les mots « chier » et « merde » de la littérature française, et de la littérature en général, il va falloir expurger Rabelais ou Céline, pour n’en citer que deux.
Par exemple, lorsque Céline raconte un cunnilingus administré, dans son enfance, à une dame, il va donc falloir – selon M. Finkielkraut – enlever le mot « merde » ?

Ça cocotte la merde.
Citons Céline:
«Chéri petit cochon! (…) Va! gros chouchou!… Vas-y…
Appelle-moi Louison! Ta Louison ! mon petit dégueulasse! (…)
Elle m’agrafe par les oreilles… elle me force à me courber, à me baisser jusqu’à la nature… Elle me plie fort… elle me met le nez dans un état… C’est éblouissant et ça jute, j’en ai plein dans mon cou… Elle me fait embrasser… ça d’abord le goût de poisson et puis comme une gueule d’un chien… (…) Je glisse moi dans la marmelade… J’ose pas trop renifler… J’ai peur de lui faire du mal… Elle se secoue comme un prunier… (…) Ça cocotte la merde et l’œuf dans le fond, là où je plonge…
Je suis étranglé par mon col…le celluloïd… Elle me tire des décombres… Je remonte au jour… J’ai comme un enduit sur les châsses, je suis visqueux jusqu’aux sourcils»…
(Céline, Mort à crédit)
Cela, c’est de la sublime, c’est de l’immense littérature.
On a donc voulu avoir, à l’Académie française, un monsieur – Monsieur Alain Finkielkraut, pour le nommer – qui ne supporte pas le mot « merde » dans la littérature française???
Monsieur Finkielkraut aime tant à disserter (je ne sais à quel titre, au juste) des « fondements » de la France.
Par exemple, voir Le Figaro :
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/03/27/31003-20140327ARTFIG00074-de-peguy-a-finkielkraut-l-enracinement-comme-fondement-de-l-identite-francaise.php
Les fondements, les fondements… Comme on sait, « fondement » a pour synonyme « derrière » et « anus »:
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/fondement/34487
Je demandais, il y a quelques mois : « Monsieur Alain Finkielkraut n’emploierait-il donc pas les mêmes mots que Rabelais, que vous ou moi, ou que le bas peuple, pour aller sur les fondements? »
La réponse est : si, Finkielkraut dit « chier », comme vous et moi.
http://mcetv.fr/mon-mag-buzz/media/le-petit-journal-alain-finkielkraut-stresse-se-lache-avant-rentree-academie-francaise-0302/
Olivier Mathieu
Ils se promenaient alors près des grands boulevards, le temps était printanier à l’image des jolies passantes qu’eux – gent forte, élevée, d’élite – ignoraient superbement tout en les croisant.
Se couchant tôt, ils allaient se rendre, non par goût, mais par esprit d’étude et d’analyse, à une matinée de l’un de ses quelconques théâtres de seconde zone jouant quelque oeuvrette à la mode, fruit d’un obscur travail collectif de scribouillards sans nom. Une de ces pièces pitoyables, sans génie aucun, ni lendemain, tournant inlassablement, méthodiquement sur l’éternelle histoire de la dame qui cocufie (mais sans dommage) son gros benêt de mari. D’un humour prévisible, nettement moins drôle qu’une farce du moyen-âge. Du niveau de ragots et de jeux de mots du dernier sous-sous-Meilhac ou Halevy venu, mal venu.
Pécuchet se dit qu’ils en feraient tous deux de plus belles pièces, si un jour ils voulaient bien s’en donner le temps. Ceci l’affligea ; et saisi d’un désir d’en rapporter les termes à son compère, il se tourna vers lui, mais il fut surpris de découvrir, par je ne sais quel jeu mental, que ce dernier avait la tête du cocu de la pièce ou plus exactement du cocu imbécile d’un couple dont il n’était rien de moins que l’autre élément.
Oui, devant l’air ahuri de son complice, Pécuchet se prit d’un doute quasi existentiel. Instant lucide où il se para de quelque don qui… chut ! Il se mit à juger, en son for intérieur, la part de sa valeur ajoutée aux talents communs. Son âme n’en fit qu’un tour, et son esprit au sang chaud pensa : — pourquoi mon cerveau oscillant en catimini n’a pas encore vu, noté, compris que nous courions fatalement à l’échec avec un tel buvard, baveux, bavard. Sa tête molle, son air de crétin satisfait et sa faconde de boulevard, me paraissent aussi incontinents que sa bedaine respire, depuis si longtemps, la…
(Gustave Flaubert, cahier de travail inédit, fragment d’un chapitre final inachevé).
Mais que pouvait donc respirer sa bedaine ? Nous ne le saurons pas. Flaubert nous en dispense à jamais.








