Morceaux choisis de Je m’accuse… de Léon Bloy (1900) – le découpage, l’assemblage et les sous-titres sont de nous (sauf les sous-titres en majuscules).
Zola, l’homme.
Cris du Cœur !
Les imbéciles eux-mêmes commencent aujourd’hui à entrevoir la magnificence avec laquelle on s’est payé leurs figures, et combien Zola s’est foutu de la Vérité et de la Justice, dont il osa polluer les vocables de sa main merdeuse.
La nation de Chateaubriand, de Lamartine, de Victor Hugo, de Balzac, prosternée devant Émile Zola !!! Et personne pour vociférer, pour remplir de cris douloureux la terre et le ciel, au spectacle de cette effroyable ignominie !…
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Pour ce qui est de moi, je déclare qu’on me fera expirer dans les plus horribles tourments avant d’obtenir que je sacrifie à une aussi fécale idole, ou même que je consente à la regarder, ne fût-ce qu’une fois et de très loin, sans exprimer, de manière ou d’autre, mon dégoût immense.
Dussé-je rester seul, je vilipenderai et je conspuerai, jusqu’à l’extinction de mes forces, le répugnant crétin et l’abominable voyou gâteux, adoré pour sa vilenie par les lâches fils de la Reine des nations vaincue.
Si la France est maudite, rejetée de Dieu, gisante sous les pieds des peuples, si c’est bien cela qu’il faut entendre, alors qu’elle crève une bonne fois et que tout finisse et que la planète, privée de son âme, roule, comme une chose morte, dans l’immensité !…
N’importe quoi vaudra mieux que ce vautrement dans les déjections d’un tel salaud !
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« — Le succès immense de Zola est exclusivement attribuable à son ordure ». Cela, très-spontané, nullement suggéré par moi, a été dit de la façon la plus nette par mon interlocuteur.
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La langue de Zola trouve le secret d’être plus basse que les choses mêmes !!!
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Quelle est donc la vieille putain qui me disait un jour : « Zola, c’est mon romancier de cœur » ?
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Apparence ou velléité d’un commencement de quelque chose. Émile semble vouloir punir le vice et récompenser la vertu, — sous lui. Mais, où est le vice et, surtout, où est la vertu, dans un monde imaginé par ce malheureux Crétin. Avec lui, on ne sait jamais.
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Le personnage.
Ce personnage illustre et sympathique est, d’ailleurs, sur le point de rentrer en France, si, toutefois, il en est sorti — ce qui est une question.
Article de quatre colonnes et de trente mille caractères pour nous apprendre qu’il désire rentrer en silence. À peine quelques mots de Dreyfus. Il parle avant tout, surtout de lui-même et des « tortures » de son exil. Elles ont pu être atténuées, j’imagine, par quelques douceurs. Les souffrances d’exil d’un romancier qui gagne deux ou trois cent mille francs par an avec un unique bouquin salopé, ne paraissent pas devoir être l’occasion d’un deuil national.
N’avait-il pas, d’ailleurs, la consolation d’écrire « Fécondité », et la consolation plus sublime de savoir — lui seul — qu’il « n’avait jamais eu qu’une passion, celle de la vérité… que, depuis quarante ans, il avait servi son pays par la plume et chanté la France par plus de quarante œuvres déjà ?… » Enfin, ne pouvait-il pas se rendre à lui-même le témoignage si réconfortant « d’avoir porté la petite lampe sacrée, qui éclairerait le monde si les puissances mauvaises venaient à éteindre le soleil !!!? etc. ».
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Les tortures de l’exil de M. Zola qui fout le camp, après avoir raflé à ses amis une cinquantaine de mille francs, j’aime à le croire, car tel est le juste prix d’un roman-feuilleton de ce crétin désintéressé ! Voilà qui nous met furieusement loin de l’île du Diable où on s’amuse joliment, comme chacun sait !
Démasque-toi donc tout à fait, égoïste et lâche cafard !
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Zola l’idéologue.
LE CRÉTIN DES PYRÉNÉES.
« On a dit aux peuples de regarder en haut. C’est un langage qui, parfois, me semble impie. » Discours de Zola au banquet des étudiants, 18 mai 1893.
« Le travail, c’est ce qui nous sauve du rêve et de la chimère et nous assure la santé. » Idem.
« L’homme qui travaille est toujours bon. » Ibidem.
« Tous les pays latins ont su me considérer comme un travailleur sincère. Cela me suffit. » Interview du dit par un imbécile du « Gil Blas », 26 mars 1894.
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« Je suis encore assez fort et les jeunes gens n’ont presque jamais le poignet assez robuste pour couper le jarret aux lions… En ce qui me concerne, je n’ai pas grande envie de partir. » Même interview.
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La Médiocrité faite plume.
« Je me demande parfois, avec une certaine anxiété, — disait, un jour, à ses chers étudiants, le révélateur de la Religion du Travail, — je me demande ce que deviendra mon œuvre entre les mains des jeunes hommes que je sens monter derrière moi ». La réponse est trop facile.
Mes documents, je le prévois, iront indubitablement aux latrines, en compagnie du bouquin de Lourdes lui-même, et je veux bien qu’on me fasse bouillir le derrière si je leur trouve un plus pertinent emploi.
Le cerveau du père des Rougon-Macquart, quel que soit son tonnage, ne contient pas une grande variété de marchandises. Quand on a lu cent lignes de ce négociant littéraire, on a tout lu, et l’écrasante masse de son dernier avorton n’ajoute absolument rien aux coïonnades qui ont précédé.
C’est toujours, invariablement, l’expérimentalisme grossier d’un Bacon de table d’hôte, l’horreur du mystère, la science, l’évolution, le travail, le saint coït, l’éternelle resucée de l’atavisme, de l’hérédité, de la dégénérescence, etc. Et toute cette vacherie d’idées, dans quel style, bon Dieu !
Ah ! il ne se renouvelle pas, le vieux serpent, et n’évolue guère, je vous en réponds.
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Le Pauvre.
Le pauvre est exclu de toutes les noces. Sur ce point, Émile n’a jamais varié, et ne variera jamais. Émile n’aime pas qu’on soit sans argent.
Toutes les fois que le pauvre apparaît dans un de ses agréables bouquins, c’est pour être déshonoré, vilipendé, couvert d’ordures et, au besoin, massacré, comme dans l’Assommoir ou dans Germinal.
La haine de cet italiote immonde pour le Pauvre, n’a d’égal que l’instinct de domesticité idolâtre qui le jette au pied de tout simulacre de la Richesse. Là, seulement, s’exalte ce qu’il ose appeler monstrueusement son cœur.
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Syllogisme du parfait Mufle démocratique.
Majeure. Les plus intelligents sont les moins féconds.
Mineure. Or les enfants ne poussent jamais en aussi grand nombre que sur le fumier de la misère qui est, par conséquent, celui de la bêtise.
Conclusion. Donc la supériorité intellectuelle consiste à gagner de l’argent par le moyen rudimentaire des enfants des pauvres.
Monsieur Émile.
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Zola, le styliste, ou les lieux… communs argentifères.
LES CLICHÉS ZOLA.
Les clichés Zola sont assez connus : « le soleil qui met sa note claire sur quelque chose », par exemple. Bien que je ne les aie pas comptés, j’estime qu’ils ne peuvent guère dépasser le chiffre de trente ou quarante, servis régulièrement et infatigablement, depuis qu’il y a des Rougon et qu’il existe des Macquart.
Il paraît que cela suffit aux cent cinquante mille clients de Nana ou de la Débâcle. Plusieurs même doivent trouver que c’est encore trop littéraire, trop encombrant.
Le débit serait peut-être plus énorme si on écrivait décidément, résolument et tout à fait comme un gendarme ou comme un garde-barrière, mais il faut bien faire quelque chose pour l’Académie.
Chacun de ces inusables clichés, dont Monsieur Zola est l’heureux fermier, fut calculé pour un nombre indéterminé de situations identiques où le lecteur est toujours certain de les retrouver. Il est vraiment difficile de se tuer moins que ne le fait ce grand travailleur.
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Une chose que je ne me lasse pas d’admirer dans le feuilleton du Crétin, c’est l’impuissance, l’infécondité de l’auteur. C’est consternant et même un peu diabolique de lire ce bavardage monstrueux, infini, ce déluge de mots, pendant des pages, pour ne jamais aboutir, pour ressasser indéfiniment un lieu commun misérable, sans espoir de rencontrer, je ne dis pas une idée, mais une image, un semblant d’image qui n’ait pas servi un million de fois ! Cela fait penser à la masturbation d’un cadavre.
« … Et il songeait encore aux lits des casernes où dorment solitaires, improductifs, quatre cent mille jeunes hommes, etc. » Ne croirait-on pas entendre les lamentations d’un tenancier de lupanar menacé dans son négoce ? Le digne homme voudrait donner des femelles à tous ces mâles.
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Ce que c’est que d’être le Prince des prosateurs ! Voilà bien dix mille fois que ce « coup de foudre » est servi à toutes les nations, depuis la guerre franco-allemande !
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« On n’enfante que par l’amour » ! Ça, c’est le marteau du penseur. Quand Zola ne parle pas précisément du cul, voilà ce qu’il trouve.
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Ciel ! Que lis-je ? Des gens qui ne se sont pas vus, depuis des années, s’écrient : « Que de choses ! Cela ne nous rajeunit guère ». Le Prince des prosateurs démarquant Alphonse Allais !
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Pour ce qui est du style, ça ne bouge pas, c’est toujours la même chose, les mêmes clichés inusables et indéfectibles, depuis trente ans. Quand on vient de lire un poète et qu’on essaie de lire Zola, on croit tomber dans les lieux.
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Les usiniers ou les entrepositaires de comestibles admettront difficilement, je le sais bien, qu’un romancier qui gagne deux ou trois cent mille francs par an, avec un seul tome, puisse être un crétin.
Dieu me préserve de la tentation de faire comprendre quoi que ce soit à ces hommes utiles ; mais je suis prêt à livrer mon cœur à la personne qui me révélerait un mot plus juste, une épithète plus vraie, un qualificatif plus certain, un emplâtre plus avantageux pour blinder la face d’un scribe déjà plastronné de gloire, qui n’a pu rencontrer une pauvre idée pendant trente ans, une guenilleuse idée qui se donnât véritablement à lui. C’est confondant.
M. Zola est le Christophe Colomb, le Vasco de Gama, le Magellan, le grand Albuquerque du Lieu Commun. Il équipe une flotte de trois cents navires et presse une armée navale de trente mille hommes téméraires pour découvrir que « tout n’est pas rose dans la vie », qu’« on n’est pas toujours jeune » ou que « l’argent ne fait pas le bonheur ».
— Ce continent m’appartient ! s’écrie-t-il alors, en piaffant de son pied vainqueur, et il déploie, au nom du Positivisme, l’étendard couleur de bran des documentaires.
Le Lieu Commun s’échappe sans interruption de ce Découvreur conquérant, comme l’eau des sources miraculeuses.
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Ne serait-ce pas là un grand truc ? Répéter toujours la même chose, resservir obstinément et furieusement les mêmes formules, les mêmes phrases, les mêmes verbes, les mêmes adverbes, les mêmes adjectifs, les mêmes pronoms, les mêmes participes et les mêmes substantifs, en vue d’obtenir les mêmes images éculées, sachant qu’on s’adresse au même public intellectuel, — oh ! combien ! — le public des Vaughan, des Clémenceau, des Esterhazy, des Urbain Gohier, des Mercier, des Quillard, des Couard, des Gonse et des Pressensé !!!… Émile ! viens que je te baise !
N. du P. – Ernest Vaughan est le directeur du journal socialiste l’Aurore (l’Aurore première mouture de 1897 à 1914) dont les colonnes sont largement ouvertes à Zola ; Clémenceau, célèbre franc-maçon et future baderne de la boucherie de Quatorze, fut un temps rédacteur à l’Aurore avant d’en démissionner à cause de l’Affaire ; Esterhazy est selon certains le débiteur de plusieurs banquiers juifs avant de devenir le principal méchant de l’Affaire, espion vénal pour le compte des « sales boches » et faux témoin, il mourut en exil en Angleterre ; Urbain Gohier (né Degoulet qui a aussi usé du pseudonyme de Isaac Blümchen) est membre de la rédaction de l’Aurore, ce curieux personnage se présente comme« monarcho-syndicaliste », il est à la fois socialiste, « antijuif », antimilitariste et dreyfusard (sans doute par antimilitarisme et contre la « justice » militaire), c’est un ami beaucoup plus jeune de Zola ; Auguste Mercier, général et ministre de la guerre (sic) au moment de l’Affaire ; Pierre Quillard, enseignant anarchiste, poète symboliste et helléniste, défenseurs des arméniens, futur secrétaire de la Ligue pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, ami intime de Bernard Lazare et partant dreyfusard ; Couard : ? ; Charles Gonse, général impliqué dans l’Affaire ; Francis de Hault de Pressensé, hobereau, diplomate, député libéral puis socialisant puis membre de la SFIO, journaliste, directeur un temps de l’Aurore, puis de La Vie Socialiste, un des directeur de L’Humanité, pacifiste, militant dreyfusard.
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« Le désir passait en coups de flamme, le divin désir les fécondait… le travail nécessaire, fabricateur et régulateur du monde… Encore un enfant, encore de la richesse et de la puissance, une force nouvelle lancée au travers du monde… etc. »
Je le demande, avec calme, à la douzaine et demie de très pauvres diables séparés de l’innombrable troupeau des mufles, qui gardent au fond de leurs cœurs les traditions d’un art quelconque, l’amoureux souvenir de l’antique noblesse des esprits de France ; je demande à ces malheureux quelle pourrait bien être la formule de mépris applicable à un soi-disant écrivain qui a l’impudence d’offrir, dans un même soi-disant livre, les mêmes niaises et basses phrases jusqu’à trente ou quarante fois, sans y rien changer — et aussi ce qu’il faut penser d’un public assez avili pour admirer une pareille prostitution !
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Je n’osais pas le croire, mais je suis bien forcé de me rendre.
L’infortuné Crétin aura eu l’idée que voici :
« Quelques individus, soi-disant littéraires, osent me supposer fini. Je vais leur prouver que je commence. Je vais me manifester en coup de foudre. Subito, sans avoir averti personne, j’invente le roman à refrain, le roman de dessert qu’on pourra gueuler dans les noces. Ah ! ah ! mes petits détracteurs, vous n’aviez pas prévu cette botte ! » Et il le fait comme il le dit.
Je cite parce que c’est l’unique moyen d’être cru : « Le désir passait en coups de flamme, le divin désir les fécondait… le travail nécessaire, fabricateur et régulateur du monde… Encore un enfant, encore de la richesse et de la puissance, une force nouvelle lancée au travers du monde … » Oui, mon pauvre vieux.
N’est-ce pas désarmant ?
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« … elle était à la fois le charme, la sagesse, la bonté, tout l’unique bonheur solide d’un ménage. Et lui aussi était très bon, très sage, trop sage, disait-on, et elle le savait, se mettait en route, à son bras, heureuse, certaine qu’ils iraient ensemble, du même pas tranquille, jusqu’au bout de la vie, sous ce limpide et divin soleil de la raison dans l’amour ».
D’après un calcul très-modéré, chacune de ces lignes rapporte 15 fr., au moins, à notre gaga. Il y en a là pour une centaine de francs. Quand le cochon a écrit, entre son café et son pousse-café, cent lignes de cette force, il a gagné 1 500 fr., c’est-à-dire le traitement annuel d’un pauvre employé de chemin de fer (service de l’exploitation), qui risque sa vie tous les jours. Il est utile de remarquer que l’immonde cafard n’a pas son pareil pour gueuler le mot de Justice !
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Sur la Fécondité, ou le premier évangile de l’Émile.
Du Q.
Cela commençait à devenir un peu rigolo, si j’ose le dire, l’obstination de ce romancier hongre à pétarder contre l’infertilité contemporaine des reins et des utérus.
Voici : « Vous ne pouvez nier, mon cher monsieur, que les plus forts, les plus intelligents, sont les moins féconds. Dès que le cerveau d’un homme s’élargit, sa faculté génératrice s’affaiblit ». En d’autres termes, Émile Zola a trop d’esprit pour faire des enfants.
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Mais voici douze feuilletons, douze fois trois cents lignes, exclusivement remplis par des conversations de gens appartenant à diverses classes et qui ne s’intéressent qu’aux moyens à employer pour ne pas faire d’enfants. Tout autre thème est exclu. Il n’est parlé que de fraudes, de désirs à satisfaire sans inconvénients, d’individus à gros appétits charnels, de femmes amusantes au lit ou pas amusantes, etc.
Le curieux est que ce porc atteint de priapisme, en attendant la paralysie générale, mais qui — avec une obstination de gaga — veut tout de même être un Moraliste, n’a pas l’audace de l’obscénité. À chaque minute, on sent qu’il crève du désir de préciser une saleté, mais qu’il n’ose pas.
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Il est tout cul, si j’ose risquer ce trope qui, seul, rend ma pensée, et les fraudes, les étreintes vaines, les accouplements stériles, la semence jetée au hasard et qui « se dessèche », « les seaux de toilette, pleins de vie souillée, gâchée qu’on vide au cloaque », tout ce torrent de cochonneries, qu’est-ce autre chose que l’occasion, espérée vingt ans, d’un gâtisme assez obtenu pour que le mandrille [mandrin, malandrin ? brigand de grand chemin], érigé moraliste transcendant, osât enfin se déculotter et se polluer devant les garnos [les hôtels en garni de dernière zone] ?
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Notre Crétin arrive, aujourd’hui, à la fin du « livre premier », une centaine de pages, au moins, dans lesquelles il n’a été parlé que des choses du cul, par le prodige tout spécial à Zola d’une réitération acharnée, enragée, indécourageable, des mêmes objets, au moyen des mêmes formules, des mêmes expressions clichées et cela dans un vocabulaire granitique de camelot, d’agent-voyer ou de secrétaire de commissariat toqué de littérature. On ne connaît pas un romancier populaire qui ait pu compter, autant que lui, sur la stupidité ou la vacherie de ses lecteurs. Et nous ne sommes qu’à l’aurore des saletés, puisque ce n’est encore que le premier livre.
Toutefois, avant de poser — pour bien peu de temps — sa plume légère, il a tenu à promulguer, derechef, que « les plus intelligents sont les moins féconds ». On a lu déjà cette haute maxime, avec son application immédiate. Aujourd’hui, il ajoute, en façon de corollaire, que « les enfants ne poussent jamais en si grand nombre que sur le fumier de la misère », — ce qui revient à cette autre altière sentence que la supériorité de l’esprit consiste à gagner de l’argent, — histoire d’être agréable à MM. Les Mufles et de se recommander à leur bienveillance.
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Le poète de la vie, des mamelles et des semences idoines.
(Cf. plus bas : « Tu as écrit à Mme Dreyfus que tu étais un POÈTE… »)
Il y a peu de choses aussi complètement sinistres que l’effort tenté, parfois, de cet Émile pour montrer qu’il ne sait pas moins jouer de la lyre que du balai à pot de chambre.
Ainsi, dans le feuilleton du 12 [juillet 1899 de L’Aurore], il y a un parallèle ahurissant entre « le petit ruissellement du lait » maternel qui coule « avec un léger murmure de source » (!) et le bruit d’une autre fontaine jusqu’alors inutile, dissipée en des marécages, mais « captée » enfin par le génie de l’agronome balzacien, du virtuose de fécondité, et qui « descend le long des rigoles vers les terres brûlantes ».
Non, quand on n’a pas lu ça, on n’a rien lu et on ne lira jamais rien.
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« … Et il redevint supérieur, beau et victorieux, en homme certain de gagner toutes les batailles de la vie ». C’est une des quinze ou dix-huit phrases écrites par le Crétin 3.745 fois environ, depuis trente ans. Il y tient. C’est sûr.
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« … Le ventre nu, le ventre sacré qui s’ouvrait, comme la terre, sous le germe, pour donner la vie… Le désir créateur du monde ». Je m’étais pourtant bien promis le silence, mais le moyen de résister à cela ?
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Voici ce que je trouve dans mon feuilleton. Il s’agit d’une maman qui donne à téter à son petit garçon. « Et elle fît cela sous le soleil qui la baignait d’or, en face de la vaste campagne qui la voyait, sans la honte ni même l’inquiétude d’être nue, CAR la terre était nue, les plantes et les arbres étaient nus, ruisselants de sève ». !!!!! Ça te la Coupe, Lucien.
Après tout, pourquoi n’oserais-je pas une figuration symbolique ou allégorique des sentiments actuels de notre Crétin ?
Émile, complètement nu, sous un arbre, et le front sillonné de ces innombrables et célèbres plis de la Bêtise, si scrupuleusement inscrits par Henry de Groux, Émile jouant de la flûte, en regardant ruisseler la sève des hommes et des femmes, — dans la forêt de Bondy !
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« … Si l’on avait moins ri, on aurait entendu le ruissellement du lait, ce petit ruisseau dans le torrent de la sève qui soulevait la terre, qui faisait frémir les grands arbres au puissant soleil de juillet. De toutes parts, la vie féconde charriait les germes, créait, enfantait, nourrissait. Et pour l’éternelle œuvre de vie, l’éternel fleuve de lait coulait par le monde ».
Ô égrotants assoupis, ô valétudinaires sereins qui vous liquéfiez silencieusement dans les lits mécaniques de l’Assistance, au sein des asiles ; — que pensez-vous de celle mamelle ?
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« … Ce fleuve de lait qui avait ruisselé d’elle… la bonne déesse en constante fertilité… le divin désir, l’âme brûlante dont les champs palpitent ».
On est au 63e feuilleton. Il y en a bien 40 ou 50 que cela dure, cette maternité de vache, cette pullulation idiote ! L’Image Divine, telle que peut la former le cerveau du pauvre vieux Crétin, rappelle beaucoup ces idoles des anciennes théogonies qu’on représentait avec une double rangée de tétines, comme des truies à face humaine. Il doit croire cet idéal extrêmement neuf. Il paraît même s’être assez fortement emballé sur la trouvaille.
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La force du nombre et la vie.
La force du nombre. Il y est donc enfin venu, le vieux drôle, le vieux sot, le vieux Crétin, je ne dis plus des Pyrénées, mais de n’importe quelles montagnes.
La force du nombre ! que le triple idiot nomme en son patois « la victoire de la vie », dans une incompréhension absolue de toutes les lois philosophiques et du sens même des mots, dans l’obstruction irrémédiable de ce qui aurait pu être sa faculté de concevoir, dans son ignorance invincible de cet axiome enfantin que la force du nombre est précisément, historiquement, physiquement, métaphysiquement et indiscutablement, le triomphe de la mort !
Mais voici. Quand on est la force du nombre, on est cent contre un, dix mille contre un, cent mille, un million contre un, et voilà ce qui plaît à notre voyou. Voilà sa gloire ! voilà ce qui le fait riche et reluisant, et voilà aussi, j’ose l’espérer, ce qui procurera ses funérailles prochaines et incomparablement ignominieuses dans la fosse la plus publique de tout l’occident.
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On m’apporte enfin le dernier feuilleton de « Fécondité ». Dieu soit loué dans tous les siècles des siècles !
Quelques citations :
« Le plus de vie possible, pour le plus de bonheur possible. Tel était l’acte de foi en la vie ». Un million, j’offre un million à celui qui m’expliquera ces mots.
« Il ne s’est pas fait dans l’Histoire un seul pas en avant, sans que ce soit le nombre qui ait poussé l’humanité en sa marche ».
Il n’y a jamais eu de grands hommes, de tuteurs de peuples — avant Émile. C’est bien entendu. On croit, à Médan, que César est un mot assyrien qui signifie multitude. C’est admirable comme les idées basses vont à cette caboche de rétameur littéraire accoutumé à gueuler son industrie dans les quartiers pauvres !
« Le travail obligatoire. Il n’est pas vrai qu’il soit imposé aux hommes en châtiment du péché… Il est, au contraire, l’âme même du monde (???) Que des enfants poussent, ils ne seront que des instruments de richesse ». Ainsi parlent en chuchotant, quand il leur reste un semblant d’âme, les marchands d’esclaves.
« Et c’est la vie encore qui aura vaincu, la renaissance de la vie, honorée, adorée ; de cette religion de la vie, écrasée sous le long, l’exécrable cauchemar du catholicisme ».
Le culte de l’avenir, c’est « la femme féconde et la terre féconde ». Voilà. Dans chaque ville ou village, deux temples : le temple du Travail et le temple du Cul. Autour du premier, à la place des ordinaires boutiques d’objets de piété, des marchands de triques, de fouets, de cravaches, d’aiguillons, de licous, de nerfs de bœuf, etc. Dans le voisinage du second, un humble commerce d’éponges hygiéniques, de bidets, d’irrigateurs, de cartes transparentes, de préservatifs même, en général de tous les accessoires que peut désirer une piété sage, quoique ardente. Ce sera bougrement plus beau, en effet, que le Christianisme, — n’est-ce pas, Francis de Pressensé ?
« Matthieu et Marianne finissaient en héros de la vie. Et, dans leur grandeur de héros, il y avait aussi tout le désir dont ils avaient brûlé, le divin désir, fabricateur et régulateur du monde qui les avait visités en coups de flamme ». Ah ! cela fait du bien de la retrouver, une dernière fois, cette bonne vieille connaissance de phrase !
Il paraît que les deux vieillards pensent beaucoup au cimetière, où leurs innombrables enfants accompagneront, sans doute, avec allégresse, de si tenaces gâteux. « Ils espéraient s’y coucher ensemble, le même jour, car ils ne pouvaient concevoir la vie (!) l’un sans l’autre ». Ai-je bien entendu, Seigneur ? Est-ce que ces deux momies vont faire encore des enfants, dans leur sépulcre ?…
Quel peut bien être le fond, la pensée intime de ce misérable esprit, de ce transcripteur nuisible de lieux communs, de cet imbécile à faire pleurer ? Il me semble que le mot vie qu’on rencontre presque à chaque ligne dans ce dernier feuilleton et qui remplit tout le roman, pourrait bien être la clef de l’endroit.
Ainsi, et seulement ainsi, peuvent s’expliquer les assemblages de mots, si stupides autrement, tels que : « la foi en la vie… la victoire de la vie, … la religion de la Vie… les héros de la vie, … la vie exigeant l’héroïsme, … l’insatiable vie qui veut qu’on lui donne tout », … et, pour terminer, « la cité de paix, de vérité et de justice, c’est-à-dire « le règne uniquement désirable de la Vie souveraine, maîtresse enfin du temps et de l’espace »…
Remplacez le mot « vie » par le Nom terrible, in quo omne genu flectatur cœlestium, terrestrium et infernorum [pour lequel tout genou fléchisse, aux cieux, sur terre et en enfer], et voyez si ce n’est pas à faire peur !…
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C’est à faire rendre des tapirs, de toujours lire les mêmes syllabes dénuées de sens, alignées pour faire des semblants de mots toujours prévus et des ombres de phrases absolument identiques : « la foi en la vie… l’espoir en la vie… l’attentat contre la vie… la floraison de bonté, de joie et de vigueur… » Il y a un vieux sot très-apprécié qui « achève de vivre dans la gaieté sereine de son espoir en la vie » !… C’est incroyable ce qu’on peut faire avaler aux hommes de stupidités ou d’ordures, quand on leur apporte l’évangile de l’inexistence de Dieu et du putanat universel !
Un mauvais tour à jouer à Zola serait de lui demander ce qu’il entend par la VIE. Mais, à quoi bon ? La réponse ne serait même pas curieuse.
Le pauvre homme qui n’a jamais pris connaissance d’aucun rudiment de philosophie et qui doit croire que le mot Métaphysique appartient à une langue oubliée de l’âge de pierre, s’étonnerait comme le premier boutiquier venu, qu’on l’interrogeât sur une chose si simple.
Il répondrait avec bonhomie, — en déchirant une nouvelle feuille de papier, — que la vie consiste à gagner de l’argent, à bien manger, à bien dormir, à bien faire l’amour et à bien faire caca. Quelle autre réponse espérer d’un tel cerveau ?
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L’Affaire.
Un ami m’écrit : « Le dégoût que j’ai pour Zola s’est précisément accru de ce qu’il est l’auteur de « J’accuse ». Il doit y avoir, au fond de son acte, un mobile intérieur dont l’ignominie est connue de Dieu seul ».
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En attendant, voici une interview du Crétin. Un quelconque de l’Aurore court à Médan sur bicyclette. Entretien sublime avec le patron qui n’a perdu, ni risqué — ainsi que le prétendent quelques jobards — ni sa fortune ramassée avec la langue dans les émonctoires des bourgeois, ni sa réputation de Salaud. Au contraire, certes !
On parle aussi, bien entendu, de l’Affaire. Alors, ça devient très beau. « On m’a offert des sommes folles pour des conférences en Amérique ». On lui a proposé des trésors pour un drame ou un roman sur la dite affaire. « J’ai tout refusé » !
Ici, position stratégique : « L’exploitation, par moi, de l’Affaire serait basse et vilaine ». Sans doute, quand le fruit ne donne plus de jus, on jette le zeste au fumier. Cependant… vilaine, oui, mais pourquoi basse ? Du point où est situé le spectateur, il me semble que les étrons même doivent luire au milieu des constellations.
*
Mon pauvre Émile.
Il va donc falloir nous quitter !…
Rien de bon, hélas ! ne peut être cru ni même supposé d’un individu tel que toi qui n’eus jamais une pensée noble ni un mouvement généreux. Souviens-toi de ton océan d’ordures… En ce qui concerne Dreyfus, comment veux-tu qu’on présume le désintéressement d’un avocat qui avait tant à gagner et si peu à perdre ?
Tout le monde ne sait-il pas, depuis une génération et demie, que tu es une indicible crapule, infiniment difficile à classer et tout à fait innommable ? Jules Barbey d’Aurevilly, le haut artiste qui refusa si obstinément de te laisser frotter son parquet, l’a beaucoup trop dit pour qu’on l’ignore. Qu’y puis-je ?
Si je te parle, Zola, si je trouve la force de surmonter l’horrible dégoût que tu m’inspires, c’est que je pense, tout de même, à ta pauvre âme.
Tu veux absolument qu’on t’admire pour avoir défendu ce capitaine, pour avoir accusé — les autres !…
Oh ! la vision douloureuse qui m’est venue, dans l’humble église de Kolding, en faisant le Chemin de Croix, au moment où je priais devant une image barbare de la XIIe station !
Quelqu’un qui a le malheur de te lire et que je ne veux pas nommer, m’avait exprimé, peu de jours auparavant, le plus fier dédain pour les êtres — indignes de tout intérêt — que tes livres ont pu souiller, c’est-à-dire, au fond, le dédain pour les petits, les pauvres, les faibles, les vaincus, les écrasés. « Qu’importe, m’écrivait-il, à côté d’un si grand rôle et lorsqu’on a un si puissant levier (la plume de l’auteur de J’accuse, bien entendu), qu’importe l’imbécile roman Fécondité ? »
Ce dédaigneux, qui est une des conquêtes les plus récentes et les plus déplorables de l’Alexandre des boutiquiers, a passé au fond de moi, dans un sombre sillon de ma mémoire. Et, au même instant, à la même seconde, sans que ma prière en fût troublée, je crus voir un des écrasés de tout à l’heure, dans une île de l’Abîme, tenu par des chaînes spirituelles plus fortes que le fer, séquestré dans une infernale privation d’espoir, et dont le procès ne pouvait, ne devait jamais être revisé par aucun homme.
Le Mercier de ce cauchemar se nommait Émile Zola. Il gagnait quatre cent mille francs par an à vendre la mort, et n’avait jamais fichu un sou à personne. En conséquence, plusieurs millions de sots ou de chenapans le considéraient à l’égal d’un très grand homme, et il conchiait à son aise un peuple, autrefois chrétien, que la justice de Dieu avait mis par terre.
Donc, encore une fois, je pense que le comble de la bêtise est de croire que tu aies pu être magnanime, une seule heure, que tu aies pu faire quelque chose de généreux. Ta nation n’est pas ainsi, ta nation apostate et dégénérée. Si tu as paru accomplir un acte propre, c’est que tu avais ou croyais avoir un intérêt à l’accomplir, — cet intérêt ne dut-il être manifesté qu’au Dernier Jour.
Voyons, vieux caresseur du Tiers État, vieil excitateur du phallus des gens patentés, avoue que tu te souviens de ton article publié par le Figaro, à la date du 18 janvier 1896, et que tu avais intitulé : « Le solitaire ». Ce solitaire, c’était toi, l’homme pourtant des troupeaux, des multitudes, mais la logique te visite peu. Tu te croyais, alors, un sanglier. « Tout écrivain, disais-tu, qui ne gagne pas d’argent est un raté ». Shakespeare en gagnait fort peu et le Dante moins encore. Tu leur es donc très supérieur. Voilà qui est entendu. L’article, d’ailleurs, était horriblement écrit.
Conviens-en, tu as toujours le même cataplasme sur ce qui te sert de cœur. Oui, sans doute, je comprends, tu souffres d’être cru, par les jeunes — peut-être aussi par quelques vieux de mon espèce — un jean-foutre et un gaga. Ta probité vénitienne te força de confesser, dans ledit article, cette tablature sans grandeur. Il ne te fut pas possible de cacher que tu gueulais en bavant, à la seule pensée que les jeunes hommes, qui lisaient passionnément des poètes pauvres tels que Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle-Adam et Paul Verlaine, te considéraient comme une vieille truelle à merde. Était-ce ma faute ? je te le demande.
Il te fallait, à tout prix, une revanche, et l’affaire Dreyfus, heureusement, s’est présentée. « Dans ton grand âge, dans l’état divin d’enfance où tu retournais », c’était bien naturel que tu voulusses paraître un héros. Tu as donc défendu, sauvé Dreyfus qui est, maintenant, lépreux de toi et qui aimerait mieux son île du Diable, s’il te connaissait.
À mon avis, le crime le plus authentique, rémunéré de l’expiation la plus infamante, est préférable à une innocence avérée par toi. Mais voici ce qui est à faire reculer la croupe des constellations :
L’auteur de La Terre et de tant d’autres saletés, devenu le vengeur de l’Innocence opprimée ! le revendicateur de la Justice !! le témoin de la Vérité !!!
La voilà, la honte dernière ; le voilà, le dernier outrage pour la France !
Vivent les morts !
La France était ivre de gloire militaire, depuis Napoléon, surtout. La guerre de 1870 l’a dessoulée d’une façon terrible. Quelque chose, pourtant, reste encore de l’ancienne ivresse. Le renouveau de gloire du grand Empereur, dans ces dernières années, le prouve bien.
On démontre, aujourd’hui, à cette malheureuse nation que ses généraux sont des brutes ou des scélérats, que sa grandeur militaire n’existe plus… Et voilà la France au désespoir !
Quelle occasion pour toi, Émile ! Tu ne l’as pas ratée. C’est une justice à te rendre.
Mais maintenant, ô misérable, maintenant que ton grief de très bas voyou est concédé, aujourd’hui que l’Occident des Saints et des Héros est dans ton ordure, penses-tu, vraiment, que mille galériens innocents, récupérés par ta sale prose, pourraient te faire pardonner cette profanation inexprimable ?
Écoute, si tu es capable d’écouter et de comprendre. Tu es né, on ne sait où, comme naissent les inexistants. Soit. On dit que tu es une relavure de Venise. J’y consens. On naît où on peut et on est ce que Dieu veut.
Mais être absolument dénué de ce qu’on nomme, depuis des siècles, l’esprit français ; être un cul de plomb, un balourd congénital et continental, aussi incapable de dérider le front des autres que de déplisser le sien ; et, en même temps, … régner sur la France ! voilà ce qui enfonce tout. Je suis forcé de le reconnaître.
Qui le croirait, cependant ? Cela ne te suffit pas. Il te faut les siècles à venir. Tu as écrit à Mme Dreyfus que tu étais un POÈTE et qu’à cause de cela, une postérité lointaine observerait tes consignes !…
Comment est-il possible, mon pauvre garçon, que tu n’aies pas un ami pour t’apprendre que dans l’heure qui suivra ta mort, probablement aussi prochaine qu’ignominieuse, il ne se trouvera pas un être humain capable de dire ce que tu as écrit ou ce que tu n’as pas écrit ; et qu’un peu plus tard, tes acheteurs s’évanouissant et les goguenots eux-mêmes découragés par l’immensité de ton bouillon, tu deviendras une très mauvaise affaire ?
Triste Zola…
*
Il y a trop à dire – trop de redites prévisibles et paraphrases, d’ailleurs tout serait à recopier ; des notes de bas de page pour expliquer aux niais, décrypter pour les incultes, seraient également bien utiles, mais laissons les niais en leurs incultures – sur ce texte lumineux d’Olivier Mathieu qu’il vient de me livrer. Je dis ça non pas parce que j’y suis cité – il aurait pu ne pas me citer. Mais parce que je me dis qu’il est à des années-lumière au-dessus de la fiente (j’emploie volontairement ce mot puisqu’il revient souvent dans ce texte nietzschéo-bloyien ; si Nietzsche s’est refusé à toute scatologie, il n’en fut pas de même de ce vertigineux Léon, de l’or !), au-dessus de la fiente donc, des résidus d’égouts, en mon dégoût universel de la dite littérature et des dits arts contemporains, sauf très rares exceptions.
L’Olivier ne sera pas adulé des foules médiocres, amorphes, débiles qui honorent, qui adorent leurs propres reflets néantesques en ces étrons malfaisants, pitoyables auteurs, êtres humains détestables, qui ont pour nom par exemple Botul-le-Lévitique et Où-est-le-(bon)-bec, ces déchets littéraires du début du troisième millénaire. Ces deux fafouillards sionistes, amis des barbares bien connus (eux et les barbares). J’ai entendu – mais non compris – des libertaires qui en font leurs livres de chevet. Quelle misère, quel désordre dans l’Anarchie.
« L’Anarchie est la plus haute expression de l’ordre » (Elisée Reclus), semble bien nous rappeler en ses lignes Olivier Mathieu. Pourquoi, non ?! Lorsque Anselme Bellegarrigue publie le premier journal anarchiste français en 1850, il l’intitule L’Anarchie, journal de l’ordre. Faute de lecteurs, déjà, il clôt boutique au bout de deux numéros… Édifiant, non ! C’est dire si, aujourd’hui même, Robert Pioche s’en fout bien d’avoir du succès…
C’est ici et ça décoiffe, comme dirait l’autre :
http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/17/18774/
Réflexions de Remy de Gourmont extraites de ses inépuisables notes ; cette fois-ci de Nouvelle suite d’épilogues – 1895-1904 (cf. Promenades littéraires, 7e série, Mercure de France, 1927).
La Gloire.
— « Ici, Zola, veux-tu te taire, sale bête ! »
C’est un toutou qui se prénomme ainsi, à la grande joie des passants là-bas, sur le quai et sous les grands arbres sérieux qui regardent pousser les feuilles.
Bon mot.
On rapportait devant un académicien bien connu que M. Zola, durant sa jeunesse, se frappait fréquemment sur le ventre en proférant d’un ton d’orgueil :
— J’ai quelque chose là.
— On s’en est aperçu depuis, répondit l’académicien.
Bon mot de M. Edmond Lepelletier.
— « Emile Zola est le seul Victor Hugo que nous possédions en ce moment. »
Grelots.
De la discussion sur les éditeurs, sur les tirages, il est resté dans l’air comme un bruit de grelots, mais un bruit de grelots qui soupirent, et qui murmurent : « De l’Argent ! Un peu d’Argent ! » On se souvient des délicieux enfants de Villiers qui échangent ces mots divins à travers la grille d’un parc ? M. Zola a une façon de dire : De l’Argent ! Encore de l’Argent! qui rappelle les paroles de Gœthe mourant : De la lumière ! Encore de la lumière !
A Médan.
M. Zola explique à des voisins de campagne le mécanisme d’un petit moulin à faire peur aux oiseaux, et emporté par l’habitude, il dit :
— C’est une vis d’Archimerde.
Monsieur Zo!a et le Père Bourdaloue.
On lit dans le dictionnaire de Richelet, petite édition : «Bourdaloue, s. f. Etoffe modeste ainsi nommée du célèbre prédicateur P. Bourdaloue, jésuite… On donne aussi ce nom à une tresse… qu’on met au lieu de cordon de chapeau… et à une espèce de linge ouvré… »
II y a une quatrième signification que les dictionnaires mentionnent peu, mais qu’explique très littérairement ce passage du Journal des Concourt : « Jeudi 1er septembre (1892). Aujourd’hui, à l’Exposition des Arts de la Femme, je suis resté en faction devant la vitrine des bourdaloues. Oh ! les coquets et les galantins réceptacles du pipi de nos grandes dames du XVIIIe siècle, ces bourdaloues de Sèvres, ces bourdaloues de Saxe, à la forme de ce coquillage nacelle, qu’on appelle nautile, commençant dans les volutes d’un colimaçon… Oh ! les royaux bourdaloues de Sèvres en bleu lapis… mais plus familiers, plus humants, ces bourdaloues de Saxe… bourdaloues d’une forme plus contournée, plus serpentante, plus amoureuse des parties secrètes de la femme.»
II n’est pas du tout sûr que le P. Bourdaloue ait donné son nom à ces objets ; on suivrait pourtant assez facilement le mot à travers les filières analogiques : confesseur, confident, ami secret, ustensile secret. Quoi qu’il en soit, le jésuite va être détrôné par le romancier ; on dit « un Zola dans les porcelaines de Tours ou du pays », et le mot est en train de se répandre, colporté par les voyageurs de commerce. Les filières analogiques seraient assez différentes de celles par où passa Bourdaloue, le résultat est le même : la gloire – ou une sorte de gloire un peu vulgaire, un peu grossière, mais qui rend bien l’idée que M. Zola a donné de lui au peuple et qui témoigne de la qualité des émotions esthétiques soulevées par son œuvre.
Mon maître incontesté en toponymie
– du moins par moi incontesté, si ce n’est en d’infimes détails, mais par beaucoup contesté, rendez-vous compte, il avait un énorme péché à se faire pardonner, il était de la calotte (pas la kippa, la calotte catholique), chanoine en soutane même je crois bien, mais moi je m’en fous bien n’ayant pas pour habitude d’aller y voir, sur les jupes des mâles écossais, grecs, roumains ou aroumains en divers costumes dits folkloriques, ou sous les soutanes passéistes des mâles officiers d’un dieu, soit dit en passant si décrépi qui me paraît bien absent en ce bas et triste monde quand le Diable y resplendit chaque jour que fait mon bien aimé Soleil ; le dantesque, infernal, omnipotent, omniscient, inhumain, radioactif et pourtant bien aimé par moi Soleil –
mon maître incontesté en toponymie disais-je, n’est certainement pas Dauzat, certes compilateur de talent mais tant englué dans l’idéologie du peuplement national par d’hypothétiques gros colons romains ou germains que cela fausse l’essentiel de ses interprétations, mais pourtant, ou plutôt justement coqueluche encore présente chez les ignorants,
mon maître en toponymie donc, est depuis une éternité maintenant François Falc’hun, le Faucon de la toponymie ; le faucon, que dis-je, l’aigle de la toponymie qui a encore bien du mal de nos jours, plusieurs années après sa mort à se faire sa bonne place au Soleil (justement), c’est-à-dire aux premiers des rangs des toponymistes franchouillards, bretonnards et plus généralement celticards.
Mon bon maître en toponymie – bon pour d’autres raisons qui ne sont pas le sujet ici (il n’ignorait pas la compassion et la charité de sa religion, étonnant, non, pour un corbeau), bon j’arrête car on va finir par croire que je me libère d’un certain refoulé – le cureton le plus naturaliste et matérialiste (dans le bon sens du terme) que je connaisse, disait (paroles d’évangile pour moi) que l’essentiel de la toponymie est à rechercher dans la nature, la géologie, dans la géographie physique et aussi humaine. Thèse « incontournable » pour moi, pour employer un mot à la mode des media de masses. Vrai plaisir de lire ses ouvrages.
Je vois donc sur cette curieuse encyclopédie internétale, encyclopédie mêlant le pire au moins bon et parfois au meilleur – tout dépend des disciplines – dont je n’ai pas besoin de citer le nom, écrit par on ne sait jamais qui, parfois même rectifié en plus mauvais*, que selon le Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, saint livre dauzatien qui ne fait pas partie de mes ouvrages canoniques en toponymie, le nom de lieu occitan « Bugarach » viendrait de l’hypothétique « nom d’homme germain Burghar avec le suffixe –aticum ».
Cela me semble un peu léger. Moi, je suis globalement en accord avec l’explication rationnelle donnée l’autre jour par Robert Pioche. Amãn éo (c’est ici) :
http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/02/21-decembre-2012-aucune-trace-de-larche-de-lalliance-a-bugarach-etymologiquement-au-moins/
Hag ahont (et là) :
http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/14/bugarach-brouillon/
Je lis même une explication encore plus loufoque, certes poétique si l’on veut, selon laquelle le toponyme « Bugarach » – en attendant, superbe petit village des Corbières – proviendrait de « bulgare », déformation de « bougre », nom donné au Moyen-âge non seulement aux sodomites mais à divers hérétiques, et aux cathares bien sûr puisqu’on est en pays cathare. Ces braves et pauvres cathares que ne leur accorde-t-on pas post mortem ?!
Pour moi, pas plus de bulgare ou de bougre que de beurre en broche, ou de savoir en bouteille, et encore moins en magnum. Ça, c’est du délire pseudo étymologique, de la fausse étymologie. On ne doit comparer les formes onomastiques que par rapport à des états anciens, ceux des vieilles chartes et des vieux grimoires. Sans oublier qu’ils peuvent être, eux aussi, fautifs ; et que ni la langue (les nombreux dialectes plus exactement), ni encore plus l’orthographe n’était bien fixées aux lointains siècles passés. Le propre même de l’étymologie populaire – les prémices de l’étymologie scientifique ou du moins rationnelle, prémices dont il faut toujours se détacher, surtout quand la solution est trop évidente.
Ce genre de rapprochement, on en trouve à la pelle dans les devises somme toute récentes (des tout derniers siècles seulement, voire du XIXe siècle ou plus récents encore) devises de communes françaises, toutes plus grotesques étymologiquement parlant, les unes que les autres.
Donc, pour moi, il n’y a pas plus de bulgare ou de bougre à Bugarach que, par exemple, de lion dans le célèbre golfe éponyme. Oublions cela. Vous voulez connaître le secret du Golfe du Lion, il est simplissime. Je connais peu le Midi de la France mais j’ai quand même longé une ou deux fois, pendant des kilomètres, la côte méditerranéenne dans les environs de Cette (pardon il faut écrire « Sète » ; oui Georges, je suis bien d’accord avec toi, quelle hérésie orthographique quand on sait que dans les vieux parchemins elle avait nom Cetia ; peut-être à tort, mais c’est encore un autre sujet). « Le Golfe du Lion » me semble être l’illustration parfaite de cette côte sétoise et plus loin encore, de la Camargue ou encore de l’embouchure du Rhône. Il suffit de s’intéresser au gaulois ou à son succédané breton pour le comprendre en une seconde. Pour faire court : il suffit de savoir qu’en breton « yeun » (ou « geun », prononcé avec un « g » et non pas un « j ») désigne un marais, un marécage, un lieu bas ; un marais de bord de mer en particulier comme on peut le voir en toponymie bretonne. « Guène » en roman haut-breton.
Et il suffit d’ajouter que « Lion » n’est qu’un « L’Yon », avec ce « yon » (dont le « n » final devait se prononcer autrefois, et se prononce peut-être encore en occitan, je ne sais ; enfin ce « yeun » breton, ce marais) que l’on retrouve par exemple sous la forme « Nyon » pour « N’Yon » (avec l’article breton « an » contracté, réduit comme souvent) dans les marais de Donges vers l’embouchure de la Loire. Ou avec ce « Yon » hydronymique plus connu, cette petite rivière vendéenne qui arrose la Roche-sur-Yon. « Lion » est dont une forme occitane mal comprise, mal coupée comme souvent avec l’article défini initial, de « l’yon ». Élément notable et qui ajoute du poids : Le Golfe du Lion et la Roche-sur-Yon se trouvent en périphéries, en non-centre de la France. Or, c’est une constante de la dialectologie que les zones extrêmes sont les plus conservatrices. On comprend facilement pourquoi. Plus les hommes circulent en certains lieux et plus ils se brassent, et plus tout se mêle et évolue plus vite qu’aux écarts. Et dans le domaine des langues et des toponymes qui en sont les formes les plus archaïques et les moins mobiles, tout semble rester quasi immuable.
Ultime point à ce sujet. Il n’est pas inutile non plus de noter que le poitevin et le gallo (du sud du moins, celui de Loire-Atlantique où débouche la Loire) possède un petit fond phonétique ou lexical apparenté non pas à la langue d’oïl commune mais à la langue d’oc. Mais c’est une autre réflexion ici aussi.
Et lorsque Robert Pioche ironise sur son « pech », sur « le pech de Pioche », il a encore une fois raison, saine raison. Il poétise mais en partant du réel, du concret, du Pech de Bugarach. Qu’est-ce qu’un « pech » ? Tout méridional, même le plus ignorant ou ennemi de l’occitan, saura nous dire qu’il s’agit d’un sommet, d’un mont. D’un pic montagneux, ou d’une excroissance rocheuse plus précisément, d’un piton comme il y en a deux ou trois à « Lou Peuy de Velay », le Puy en Velay. Piton, tétine, téton ; tétines, on en voit quelques-unes au sommet du Pech de Bugarach qui lui-même à l’aspect d’un beau téton couché sur le sol. Cette forme de montagne, ou de mont au milieu d’une vallée, ont toujours, en toutes contrées, cultures, civilisations, une connotation sacrée, religieuse. Chez nous, où tout a décliné dans le trivial et le technologisme apoétique, c’est le domaine des Ovni, de la fin du monde, des trésors à vile valeur pécuniaire : du minable.
Qu’elle est l’origine du mot « pech » ? Tout d’abord, ce mot n’est pas isolé. « Pech » fait partie d’une série romane d’oc et d’oïl, en compagnie de « puy, puich, pé » ; et j’en oublie et j’en ignore. Mot qui se retrouve sous ses variantes phoniques dialectales partout sur le territoire de la France. Ces mots, ce mot se retrouve dans des patronymes comme : Delpech, Dupuy, Dupé, etc. Et toutes ses variantes dialectales semblent bien provenir du latin « podium ». Le mur épais en surplomb, la plateforme. J’ai moi le souvenir enfant – digression totalement hors sujet – du podium où il me fallait aller faire le pitre en compagnie de mes confrères et consœurs scolaires, danser quelque niaiserie aux fêtes d’école de fin d’année.
« Pech de Bugarach » est un bel exemple de ce que je nomme personnellement la redondance toponymique. En effet, il existe un nombre considérable de noms de lieux qui présentent des formes redondantes, ou semi-redondantes, généralement des traductions ajoutées l’une à l’autre (deux, parfois plus). D’autres fois il s’agit de toponymes géographiquement très proches les uns des autres, ayant des formes synonymes ou phonétiquement également très proches. Le second terme apparaît quand le premier n’est plus compris, n’évoque plus rien de concret, de perceptible dans la langue courante locale. Généralement bien après la mort d’une langue où bien après la création d’un mot devenu obscur car évoluant dans des formes phoniques qui ôtent son sens, ou passant d’une langue ou d’un dialecte à l’autre. Il existe ainsi une palanquée (comme on dit) en Haute-Bretagne mêlant breton ancien à gallo.
Exemple de redondance, je prends un exemple en rapport avec notre sujet : Le Puy de Dôme. Qu’est-ce qu’un dôme (mot qui vient du latin « doma », toiture, terrasse, de « domus », maison, cf. le grec « domos », maison et toute sorte d’abri) ? sinon un puy arrondi, une sorte de podium. Des gallo-romains ont tenu pendant quelques siècles à son sommet un temple dédié à Mercurius Dumias, le Mercure du Dôme dont on peut voir encore les ruines. Ce Mercure devait être probablement un Lugus Mercurius, c’est-à-dire non seulement un dieu du commerce (cf. « mercantile ») et du voyage – lui-même dieu récent dans le panthéon latin – mais un dieu suprême, celui de la lumière, le dieu des dieux possédant lui aussi l’attribut de psychopompe, tout là-haut sur son mont. Il semble donc que le toponyme premier soit « Dôme », et « Pech » le second.
Dernière remarque à propos des fausses évidences phonétiques et/ou orthographiques pour ce qui concerne les toponymes. Je reste encore une fois dans notre domaine. Il existe en Vendée un toponyme qui a fini par être connu en France entière pour une raison politique accessoire (que l’on oubliera, amusante mais c’est encore un autre sujet) liée à l’ancien président du conseil général de cette même Vendée. Il s’agit du Puy du Fou. Ce « puy du fou » n’est évidemment pas un puits dans lequel serait tombé quelque fou, mais à l’inverse le pic, le sommet, le haut du hêtre, « fagus » en latin, mot parti du français courant mais pas des dialectes où il existe sous diverses formes. Vive la diversité ; et la luxuriance des langues en particulier. « Faou, fao, fou, feuy, etc. » dans les dialectes, « faou » encore une fois en breton, langue qui a pris beaucoup au lexique roman ou même latin.
Oui, au pays de cathares, Bugarach fait rêver, écrire, délirer ; nous sommes en plein ésotérique, occultiste, cabale ; du temps « fin de siècle » et « belle époque » de totale effervescence rosicrucienne.
Tout près de Rennes-les-Bains de l’abbé Boudet, auteur de l‘ouvrage d’une fausse érudition, totalement délirant La Vraie langue celtique et le cromleck de Rennes-les-Bains, où il explique très doctement que la langue celtique (qui chez lui est l’anglais, mais ce n’est pas plus débile que la réflexion qu’un crétin de militant me fit un jour, au début des années quatre-vingts : « oui, la vraie langue des celtes, c’est l’anglais ; pourquoi perdre notre temps à leur apprendre le breton ?! ») que cette langue celte, celtique est à la base de toutes les langues ; du languedocien, du basque, y compris même de celle de la Bible.
Nous ne sommes pas très loin non plus de Rennes-le-Château contrée de la tour Magdala, de la rocambolesque histoire de l’abbé Saunière, du trésor wisigoth ou moyenâgeux, des tombes profanées, d’antiques inscriptions lapidaires trafiquées, de simonie, de ce damné homme d’église digne d’un feuilleton des gazettes d’antan.
On évoque d’ailleurs pour ce livre de Boudet – mais pour cacher quel secret, quel mystère ? celui de Saunière disent-certains – le recours à la dite langue des oiseaux, ensemble de procédés cryptographiques qui consiste à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, en jouant sur les sons et sur les sens, avec le recours à des anagrammes, des acrostiches, des fragmentations de mots, des rébus, des mots inversés, ainsi qu’avec la symbolique des lettres et des chiffres, la mise en page, les illustrations, la graphie des mots, etc.
Mais, restons-en là pour aujourd’hui.
* On en trouve de drôles dans cette encyclopédie que chacun peut dit-on compléter à sa guise – à condition bien sûr d’avoir l’agrément d’un politburo anonyme mais très actif, j’en ai fait l’expérience ; voilà ce que j’y ai lu il y a peu de jours à l’article « Véra » – la nouvelle d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam – (vérification aujourd’hui même, ça y est encore) : « Le Comte ne peut admettre l’idée que sa femme est morte, et vit depuis l’événement fatal dans un rêve halluciné, en l’imaginant toujours à ses côtés. Pendant une année entière, il la croit encore vivante. Mais le soir de l’anniversaire de sa mort, le comte d’Athol est comme frappé d’une réminiscence fatale ; un objet brillant tombe du lit nuptial : la clef du tombeau .Tete de bite . » Sic.
La poussière se joue de nos amours et nos amours s’en vont en poussière. Il s’agit de Verlaine. Un journaliste nommé, dit-on, Nyon l’appela « peu », un autre l’appela « honte », un autre l’appela «sans-chemise », et M. Zola, enfin, l’appela « raté ». A ce propos, cet homme de lettres bien connu énuméra quelques ratés célèbres, Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle-Adam, Jules Laforgue, et d’autres dont il ne dévoilera le nom qu’au jour de leurs misérables funérailles.
(« Copeaux. La mort de Verlaine », Promenades littéraires, 7e série, Mercure de France, 1927)
M. Émile Zola – II.
(Remy de Gourmont)
Un écrivain célèbre vient de mourir, dont la fortuite disparition a troublé certaines âmes politiques ; la sensibilité littéraire s’y intéresse moins. M. Zola, depuis longtemps, depuis plus de dix ans, « n’écrivait plus » ; il gâchait du mortier humanitaire. Après avoir affirmé une puissance au moins de travail et de constance, il se survivait afin, peut-être, de démontrer qu’en art le travail et la constance ne sont rien, que l’œuvre est tout. Un roman par an : n’est-ce que cela ? On a vu mieux et plus. On a vu moins, aussi : il y a d’heureuses stérilités. Le travail n’est beau que lorsqu’il est une cause de beauté ; il n’est estimable que lorsqu’il est nécessaire. Mais croire que l’assiduité à l’écritoire supplée au génie ! On écrit toujours trop, même quand on a beaucoup de choses à dire ; M. Zola avait le travail long et les idées courtes. Ses premiers romans offrent quelque variété ; il étudie avec soin des cas de psychologie, il s’élance comme un cheval fou dans les plaines lyriques, il ironise, un peu salement, mais avec une belle sûreté de main, les grossières mœurs du menu peuple de Paris, il essaie enfin de peindre en fresque l’épopée des ouvriers et il en reste quelques fragments qui sont beaux. On a reconnu Thérèse Raquin, la Faute de l’abbé Mouret, l’Assommoir, Germinal, et deux ou trois autres œuvres, moins curieuses ; il les répéta, affaiblies et brouillées, travaux on dirait d’atelier, analogues à ces « répliques » avec variantes où s’enrichissent les artistes en vogue. Il gagna beaucoup d’or, et même la paix que ses provocations ne troublaient même plus, car quelle peut bien être, se disait-on, la valeur de l’opinion littéraire du riche fabricant qui vient de livrer Lourdes ? Vers 1893, M. Zola croit entendre que des jeunes gens, pas tous sans talent, se tournaient, en dégoût de lui-même vers la rêverie mystique. « Ils veulent du mysticisme, dit-il, je vais leur en faire Moi ! » Et on vit naître cette pauvre chose qui a nom le Rêve. L’œuvre blanchâtre fut nécessairement un de ses plus grands succès d’argent ; les familles pieuses burent avec joie cette douce jatte de lait que venaient de leur traire les grosses mains scatologiques de Nana et de Pot-Bouille.
Si les derniers romans de M. Zola donnaient infatigablement la sensation de déjà vu et surtout du déjà lu, cela ne doit pas faire méconnaître ce que les premiers contenaient d’original dans la méthode, très rarement dans le style. Ils sont généralement construits selon une assez bonne logique ; l’auteur a le sens du feuilleton, de la gradation d’intérêt ; il organise à merveille les mises en scène ; il donne à ses personnages, procédé de Walter Scott, de Dickens et de Daudet, des manies et des tics d’où ils tirent une vie apparente. L’Assommoir est très curieux et même amusant, et presque toujours écrit, même dans les parties basses, avec goût. C’est dû à l’ironie, à la manière de voir qui, là, plonge de haut ; l’auteur, outre qu’un livre quasi technique l’a bien documenté, connaît son milieu ; il l’a vécu et c’est pourquoi on le sent vivre le long de ses pages. Mari de la fille d’un restaurateur de faubourg et qui servait elle-même Coupeau et Gueule-d’or, il a frôlé, au moins sur la table grasse, la manche de chemise des compagnons. Sans les aimer, il ne les déteste pas ; sans les estimer, il ne les méprise pas ; sa sympathie est moyenne, inclinée vers le dédain : de là l’ironie, qui fait de ce livre le seul livre relativement supérieur de M. Emile Zola. Sous presque toutes ses autres œuvres, il demeure comme écrasé, soit qu’il n’ait rien compris au sujet : Nana ; soit que la masse à soulever ait vraiment été trop lourde : Rome ; mais là encore, la cause du ratage est surtout dans l’ignorance et dans l’aveuglement. Prendre le train, aller passer trois mois à Rome et croire qu’on a vu Rome, senti Rome ! Il y a des ignorances heureuses ; il y en a de lamentables. Qu’un touriste ingénu se vante de connaître Rome pour y avoir, durant quelques semaines, obéi à Baedecker*, cela est inoffensif ; mais non si ce touriste est un écrivain de réputation qui, s’étant infatué lui-même, va infatuer tout un public docile. Connaître Rome ! Stendhal ne s’en vantait pas.
Le caractère littéraire de M. Zola, ce fut décidément l’infatuation. Il était persuadé que nul objet d’étude ne pouvait résister à ses violents acharnements. Il s’y jetait comme à l’eau un homme déterminé à apprendre à nager sur l’heure, et, s’il ne s’est pas noyé, on peut dire qu’il a barboté abondamment. L’infatuation, c’est un des noms péjoratifs de la foi. M. Zola avait foi en lui-même à un degré presque délirant. Ses formules de littérature, de sociologie, de politique étaient également péremptoires. Jamais il ne douta; jamais sa brutale assurance ne connut la moindre crise. C’était bien l’accusateur. Le ton de ses polémiques littéraires différait fort peu de celui dont il colora le manifeste fameux, qui accrut jusqu’à la démence les discussions nées de l’Affaire. On fut, ici ou là, surpris de la violence des litanies « J’accuse » ; il avait accusé avec la même sauvagerie tous les écrivains à peu près du dix-neuvième siècle. De Chateaubriand à Verlaine, aucun, sinon quelques utiles contemporains, n’échappa à ses invectives. Quel grand cœur, et que de haine il pouvait contenir ! Souvenons-nous de son mot favori : Mes Haines !
Grand par la haine, grand par l’orgueil, grand par la constance de l’effort : soit, et c’est tout. Il faut réserver avec une jalouse piété le titre de « grand écrivain ». Il nous appartient, à nous qui écrivons et qui jugeons : ne le laissons décerner qu’à ceux dont nous pouvons être totalement fiers. Les grands écrivains sont les maîtres d’école de l’humanité ; les uns apprennent aux petits enfants à épeler leurs lettres ; les autres apprennent aux hommes à épeler leurs pensées. Ils ne pensent pas pour nous, mais ils pensent devant nous, et c’est à les regarder à l’œuvre que l’on apprend à penser à son tour. Un Gœthe, un Chateaubriand, non je ne puis, dans le sentiment où je prononce ces deux noms, dire : un Zola. Que d’autres trouvent les motifs qui pourraient excuser un tel abus ; pour moi, je les ignore et je ne veux pas les chercher.
Mais, cette réserve essentielle une fois faite, il n’est aucunement question de contester la place que gardera Emile Zola dans l’histoire littéraire de son temps. Encore que son influence ait été à peu près nulle même sur ses disciples, encore que le meilleur et le seul véritable roman naturaliste soit les Soeurs Vatard**, encore que du groupe du Médan*** il ne soit, pour les lettrés, que le second ou peut-être le troisième, M. Zola demeurera longtemps pour la foule des amateurs le représentant d’une phase de notre littérature. Quand on a été célèbre de son vivant, il en reste toujours quelque chose : que la gloire dure ou qu’elle meure, il faut expliquer cela. Si ce n’est plus le travail de la critique esthétique, c’est celui de la critique psychologique : l’œuvre disparue, il n’en est que plus curieux d’étudier les causes de sa popularité momentanée.
Si cette appréciation semble pessimiste, qu’on la confère avec l’enthousiasme lacrymatoire dont les journaux débordèrent. Alors on la trouvera d’une froideur assez raisonnable. Je me souviens qu’Alphonse Daudet fut pareillement favorisé d’une apothéose prématurée. La cime où l’on veut à ce moment poser M. Zola, les thuriféraires d’alors la réservaient à M. Daudet.
« L’œuvre de Daudet, disait un journaliste enivré de deuil et d’admiration, flamboie au sommet de l’Humanité, la guidant, l’enseignant la consolant et la vengeant, torche superbe inextinguible, etc… » — « … Il est dans l’histoire des lettres un des plus admirables créateurs d’humanité que nous ayons eus… » — « Il a vidé la large coupe de l’Humanité, où bouillonnait la liqueur dangereuse, mortelle de la vie… » — Il est « le Penseur » (avec une majuscule) ; oui, « plus qu’un maître de l’humanité », il est le « Penseur surhumain, tel que l’a sculpté Michel-Ange au tombeau de Laurent II, dominant l’aurore et le crépuscule, et au-dessous de sa statue il faudrait graver ces mots: « Ici est la vie de l’humanité. »
C’est toujours le même jeu, tant est bref le champ où évolue l’imagination des sots. Changez le nom, et vous avez un résumé de l’opinion des derniers amis de M. Zola sur l’écrivain qu’ils méprisaient il y a quelques années, alors qu’il n’avait pas accumulé sur son œuvre les lourdes et froides pierres des Trois Villes et des Quatre Evangiles.****
Pour moi, j’écris aujourd’hui sur M. Zola ce que j’en ai toujours pensé. Son intervention politique n’a point troublé mon jugement. Qu’elle ait été justifiée, et je l’admettrais, cela n’augmente pas la valeur esthétique du Ventre de Paris. Il faut juger séparément les œuvres et les hommes, et surtout ne pas incorporer à l’idée d’art les idées parasites de moralité, de vérité, de justice. C’est la méthode chrétienne. Elle mène à des classements singuliers où la vertu de Fénelon est additionnée avec son mérite littéraire. Qu’un parti béatifie M. Zola, celui qui n’est d’aucun parti, observateur sévère de la vie, séparera donc dans ce personnage l’œuvre artistique de l’œuvre sociale et il les connaîtra successivement, comme s’il s’agissait de l’activité de deux hommes différents. C’est une attitude difficile ; on ne la conseille qu’à ceux qui se rient des injures et considèrent avec pitié, quand ils en font le tour, les grimaces de l’une et de l’autre face du vieux Janus.
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Note 231 de novembre 1902 in Épilogues – 3e série, opus cité (Mercure de France, 1905).
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* Karl Baedeker (1801-1859) libraire et écrivain allemand qui se fit connaître en créant des guides de voyage. C’est le Joanne des allemands : Adolphe Joanne (1813-1881) et Paul Joanne (1847-1922) auteurs des guides franchouillards du même nom.
** Les Sœurs Vatard, œuvre oubliée de Huysmans. Voir juste après : « … encore que du groupe du Médan il ne soit, pour les lettrés, que le second ou peut-être le troisième, M. Zola… ». On peut donc supposer que du groupe des six de Médan, le « palmarès » de Gourmont est : 1er Huysmans, 2e Maupassant, 3e Zola.
*** De Gourmont fait référence au lieu de réunion des écrivains « naturalistes », la résidence de Zola, mais plus précisément à l’ouvrage « Les Soirées de Médan », recueil collectif de six nouvelles, publié chez Georges Charpentier (Paris, 1880) réunissant Paul Alexis (auteur « flaubertien » oublié et, pour l’anecdote, futur dreyfusard), Henry Céard (autre auteur « flaubertien » oublié, et futur non dreyfusard), Léon Hennique (romancier et dramaturge également oublié qui collabora avec Daudet et Huysmans, futur non dreyfusard et président de l’Académie Goncourt), Guy de Maupassant (le vrai maître du genre, à mon goût, et mort juste avant l’Affaire dont on peut penser, vu le personnage, qu’il en eut rien à faire), Joris-Karl Huysmans (qui abandonna le naturalisme pour le décadentisme et le symbolisme) et l’Émile Zola.
**** Les Trois Villes, cycle religieux zolaïesque écrit entre 1893 et 1898 soit à l’époque de l’Affaire, curieux ; elle suit le cycle populiste des Rougon-Macquard ; son héros, l’abbé Pierre… Froment, sert de fil rouge aux trois romans, Lourdes, Rome et Paris. Les Quatre Évangiles (sic !!!) ultime cycle romanesque zolaïesque écrit entre 1898 et sa mort en 1902, comprend Fécondité (!), Travail (!) et Vérité (certes) ; la Justice n’a été qu’ébauchée, dommage. Le gaz mortel, curieuse prémonition de la matière, en a voulu autrement. Ô Saint Zola !!! Amon !
Monsieur Zola
(Remy de Gourmont)
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A-t-il l’âme aussi stercoraire* que ses écrits ? En vérité, il y a bien de la bassesse, bien de la haine et bien de l’envie en ses derniers articles du Figaro.** Il y a de la bassesse à conseiller à la populace bourgeoise le mépris pour des êtres qui, comme Villiers et Verlaine, furent trois fois sacrés par le génie, la pauvreté et la souffrance ; il y a de la haine dans ces invectives contre une jeunesse qui professe de l’ignorer encore plus qu’elle ne l’ignore vraiment ; et c’est la haine la plus sotte, la haine contre une collectivité, et quelle ! vague, instable, flottante ; et cette haine est aveugle, puisque malgré ses dires il n’a lu ni Paul Adam, ni Eekhoud, ni quelques autres qui sont, comme lui, des violents, et plus aigus ; et cette haine est injuste, car de ce que l’on n’aime pas le genre de talent d’un écrivain, il n’est pas permis d’inférer que ce talent n’existe pas. M. Zola croit nous rendre coup pour coup ; il se croit nié ; pas en dehors des heures de nécessité polémique et pas de ceux qui assument, certains jours, des opinions critiques. Nier ? Nie-t-on Rochefort ou Drumont ? Ils ont leur public auquel ils sont nécessaires. M. Zola a son public ; il a même, lui aussi, ses badauds. Une œuvre énorme ; oui, arithmétiquement, mais peut-on compter dans une œuvre des saloperies tristes comme La Terre,ou des platitudes exaspérées comme La Bête humaine ? M. Zola demande-t-il un tri ? Ses lecteurs les mieux enchaînés le font déjà. Etonnés par la niaiserie de Lourdes,ilsn’ont qu’un espoir petit de se reprendre au cours des fastidieuses pages appelées Rome.
Appeler un livre Rome !Il y a en ce moment une femme (maison Malot ; sa veuve continue le commerce), qui intitule un roman : La Beauté. Tout simplement. Et M. Zola, avec une vanité parente de la naïveté de la bonne dame, se figure que Rome, c’est un mélange confus d’archéologie et de piété superstitieuse ; ajoutez quelques rengaines sentimentales et les séries d’un séminariste romantique, et voilà la Rome dite par le colosse d’ignorance et de vanité qu’est M. Zola. Il est peu probable que cela fasse oublier Madame Gervaise. Et j’écris ces deux mots, d’abord parce qu’ils sont le titre d’un chef-d’œuvre, et ensuite parce que : il y a aujourd’hui un écrivain qui ne professa aucun des évangiles chers aux nouveaux venus, et qui pourtant, malgré toutes sortes de différences d’intellectualité et de sentiment, malgré son naturalisme avéré, proclamé, prôné, est unanimement tenu pour un grand écrivain et pour un maître par cette menue jeunesse à qui M. Zola répugne ; c’est Edmond de Goncourt. S’il faut vraiment entre les vivants élire un Empereur des Lettres, que l’on couronne Goncourt. Celui-là gagna noblement sa gloire.
Et si l’on comparait les deux œuvres et les deux gloires ! Il est arrivé pour M. Zola ce qui arriva pour Alexandre Dumas : sa réputation a été faite et surfaite par les journaux. Pressés de juger, désireux de se ménager des patrons, heureux de hautes références et de Larousses vivants qui s’ouvrent et disent n’importe quoi sur n’importe quoi, les journalistes les vrais, les agités acceptent volontiers les réputations de la pile et de la recette, ceux qui font le maximum ; et un écrivain ou un dramaturge doué d’évidents mérites, fécond, laborieux, orgueilleux, un homme destiné à une large et honorable célébrité, ils le transforment, par quelques interviews, en un grand homme. Cependant ils attendent muets, la nécrologie au croc, la mort de Verlaine. Dumas était assez discret ; la réaction n’est venue qu’après sa mort, quelques jours ont épuisé les lamentations productives et voici le grand silence. M. Zola est trop bruyant ; il crie trop haut ses vieilles haines qui sont devenues des envies ; il prend trop de place ! On s’en apercevra, et il verra la fin de sa gloire avant la fin de son œuvre. Comme d’autres entrèrent vivants dans l’immortalité, il entrera vivant dans le grand silence.
Car son œuvre a, dès maintenant, tous les signes de la caducité : elle est vulgaire et sans style ; c’est une Avenue de l’Opéra : au bout du profil des massives piles de bouquins ou de moellons on n’aperçoit qu’un monument d’une médiocrité gigantesque. M. Zola de tous les dons qui font le grand écrivain n’en aura eu que deux et au degré accessoire, les dons de l’imagination et de l’assimilation ; ce sont plutôt des qualités d’architecte, c’est un créateur de palais de rapport. Quant aux idées, son style aux mailles larges et lâches laisse passer toute la flottille des poissons d’argent. Qui se souvient de s’être arrêté, anxieux, sur une de ses pages ? Qui jamais y trouva prétexte à réflexion, à rêve, à retour sur soi, à voyage vers ailleurs ? Ibsen et Tolstoï nous emmènent où ils veulent, ils ont toute puissance sur les âmes ; on n’échappe à leur étreinte que par la fuite ; M. Zola a si peu de force attractive, qu’un cercle de désert s’est tout naturellement et tout logiquement dessiné autour de lui. Il est obligé de crier pour qu’on s’aperçoive de son existence ; si les journaux cessaient de s’occuper de lui, il cesserait d’être, car son rôle est fini. Il n’a même plus d’ennemis : nul ne conteste ce que son œuvre laborieuse a de mérites. Elle est vaste, elle est haute, elle est massive ; c’est un lourd et gros pâté de maisons habité par d’honorables commerçants, de sérieux bourgeois, des filles riches, des coulissiers, des ecclésiastiques, des militaires, des bonnes et M. Alexis, une petite ville ; seulement elle se trouve dans l’axe de prolongement du boulevard de l’Idée Nouvelle, — et l’enquête vient de commencer, les locataires font leurs paquets, l’entrepreneur des démolitions rassemble ses pioches et ses tombereaux ; demain la palissade se fleurira d’affiches.
Notes du 11 mars 1896 in Epilogues – Réflexions sur la vie – 1895-1898 (Mercure de France, 1903).
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* Pas « scorsonère », « stercoraire » !.. Ouvrons notre Littré bien aimé, que lis-je ?
Stercoraire, adj. : du latin stercorarius, de stercus, excrément.
1° Qui a rapport aux excréments.
2° Terme de pathologie. Fistules stercoraires ou stercorales, celles qui sont entretenues par le passage continuel des matières fécales, appelées aussi matières stercorales.
3° Terme d’histoire naturelle. Qui croît sur les excréments, ou qui s’en nourrit.
S. m. pl. Genre d’oiseaux palmipèdes. ♦ On y distingue : le stercoraire longicaude, dit vulgairement chasse-merde, le stercoraire, le labbe, le parasite, c’est le lestris parasitique des auteurs qui ont employé lestris pour terme générique ; le stercoraire pomarin, nommé vulgairement le pomarin ; le stercoraire catarrhacte, dit le catarrhacte, décrit par Buffon sous les noms de labbe brun et de goëland brun, ce qui ne doit pas le faire confondre avec le lare frontal, autre palmipède appelé aussi goëland brun par Buffon et que certains navigateurs nomment cordonnier (Legoarant).
** après bien des recherches sur Gallica, et dans Le Figaro, je n’ai pas trouvé cette ou ces références ; c’est bien dommage ; il s’agit probablement d’articles du supplément littéraire du dimanche du Figaro, or la période 1896-1905 n’est pas consultable, pas mise en ligne pour l’instant – pour l’instant, je l’espère du moins ; et rien antérieurement.
L’APOCALYPSE EST POUR BIENTÔT, L’HUMANITÉ DEVRAIT ÊTRE PRIVÉE DE L’ULTIME DÉFAITE DE NOËL…
Noël, y compris – c’est là le plus rigolo syncrétisme, ou saint-crétinisme comme on veut – chez les non-croyants en christianisme, agnostiques, indifférents, déistes, doutistes, panthéistes, naturalistes ou autres athées et j’en oublie ; et – plus amusant encore – chez les croyants d’autres confessions qui se plient de bonne grâce aux simagrées des marchands du Temple à l’enseigne du Veau d’Or.
… Par exemple des musulmans de France. J’en connais ou j’en vois qui fêtent la magique, miraculeuse, conte-de-féestesque (crèche et tout le tralala) naissance d’Îsâ. Ben oui, qui ne sait pas – les antimusulmans sans doute, renseignez-vous avant d’anathémiser ! – qu’Îsâ le fils de Maryam est aussi leur prophète à eux les musulmans – mais rassurez-vous également, des antimusulmans très primaires nous affirment qu’il s’agirait d’un autre Îsâ et d’une autre Maryam, dont acte comme dirait l’autre, mais l’un n’empêche pas l’autre non plus. Certes, prophète moins grandissimesquement prophète que Le Prophète (que je ne veux même pas nommer), le seul, l’Unique et sa Propriété, ce fils d’Abraham tout comme un autre ; mais bien classé quand même au Panthéon musulman avec sa maman.
Remarque en passant : comme quoi il est évident que l’islam est du réchauffé chrétien eurasiate mâtiné sémite du cru (arabe bien évidemment, mais aussi juif nazaréen nous disent certains très savants érudits ; eh, oui encore, le divin Prophète – mince, je viens de blasphémer – eut aussi très probablement quelque sang juif en lui). Le christianisme étant lui-même du judaïsme mâtiné de tant et plus de rites, fêtes et croyances païennes : sumériennes, akkadiennes, babyloniennes, égyptiennes, et in fine gréco-latines. Sans oublier en nos contrées de douceur rance*, les croyances celtiques ancestrales. Par exemple : cultes des pierres, des eaux, des forêts, et cette profusion de cultes de petits saints locaux et autres sages et vénérables ; faites un tour en Bretagne et vous verrez à tous les coins de bois, au-dessus de chaque lavoir et dans tous les enclos paroissiaux, du paganisme et de la vieille, saine et pathétique angoisse de la Mort christianisée, du surajouté pour faire plus joli au pays des éléments naturels. Ce qui semblait tant plaire au Rêvasseur Bardique.
… Voire des juifs (ou des judaïstes, je ne sais plus trop quel terme employer avec une bonne partie d’entre eux) ; des juifs amoindris, s’entend ; des petits juifs à l’âme mortifiée par le crime commis autrefois contre leur propre frère et ancêtre lointain, ce juif des banlieues galiléennes, ce petit loubard plus ou moins pacifique (il fut quelquefois violent) ; qui (les petits juifs) pris de remords tardifs et l’âme en peine, mettent le drapeau de Tsahal en berne le temps d’une soirée pour faire plaisir à des amis noëlistes, en toute fraternelle communion d’humanoïdes, d’humanoïdes associés.
Pourquoi, même ici en évoquant Noël et la fin du Monde, je parle de Tsahal, de l’armée hallal juive, pardon, grand pardon… de l’armée kasher sioniste ? Parce que cette entité infecte comme toute armée, abjecte quand elle prétend agir au nom de son dieu, me semble être l’avant-garde, les troupes avancées de la Légion, des Brigades nationalistes et racistes des Anges des Enfers annonçant, préparant les âmes et les cœurs et les corps, à la venue inexorable mais si lointaine pourtant chez eux du vrai Messie. Toute divine apparition du Vrai Messie.
Enfin, tant que le Messie n’est pas là pour remettre un peu d’ordre, on peut tout se permettre et tout tenter ; et tout ce qui nous arrive de tragique quand il nous « occurre » du malheur est à mettre au crédit-débit des cruels mais si justes châtiments voulus par l’Innommable dans toute sa méchanceté foncièrement barbare. Ah, ce Messie juif rédempteur qui effacera tout du Mal ; mais pour le profit des juifs seulement, je précise quand même ! ‘ Faut pas trop délirer.
Le Divin Messie Juif, comme il est écrit en ces saintes écritures (ces compilations décadentes et chroniques pitoyables de petits faits guerriers et cruels de bédouinets antiques, semi-nomades sans civilisation). Ces écrits tanakhoïdiens, talmudiques, et autres fadaises du Livre ânonnées par tant et plus d’occidentaux ! Pauvres occidentaux… Fadaises judaïques, chrétiennes et islamiques qui firent et font encore tant de mal et autant de tort à l’humanité humaine, si je peux oser cette redondance « pléonasthmatique ».
Au moins les roumains, qui fêtent la Nativité en tous bons orthodoxes qu’ils sont bien généralement, savent entretenir l’ambiguïté – chez eux aussi il y a beaucoup de paganisme derrière leur christianisme, je parle ici seulement de la religion ultra-majoritaire des roumains – en appelant « Noël » : « Crăciun » (crëtchoun). Autrement dit : Création (du latin « creatio, creationis »). Et non pas « crèche » comme je le crus un temps, dans mon ignorance alors quasi totale de cette langue de nos cousins latins.
À chacun après de choisir selon ses goûts. S’agit-il de la création du christianisme, de la naissance du Petit Jésus ou de la recréation, la renaissance apparente du Soleil ? (Renaissance si lente et oscillante. À la Nao, d’un pas d’jao !**) Toute l’indécision pagano-chrétienne ou christiano-païenne est là. En sa presque normande hésitation. Tiens, en voilà d’une belle histoire de Noël…
Moi qui suis particulièrement mécréant, et qui traîne un cafard accru lors des sinistres fêtes – dites de famille ou entre amis – de fin d’année, je dois reconnaître que je suis pour toutes les trêves de Noël du monde humain ; de toutes les trêves de confiseurs que je voudrais voir se dérouler tout au long de tous les jours des années entières – bissextiles comprises – et de toute éternité. Utopie !
Enfin !.. En attendant, lisez donc ce qu’écrit Olivier Mathieu sur APOCALYPSE NOW ; c’est « tissi » :
http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2012/12/06/robert-pioche-devoile-des-secrets-apocalyptiques-au-sujet-du-21-decembre-2012/
* Je voulais dire : de douce France.
* À la Noël, d’un pas de coq ! (en gallo ; avec « ao » diphtongue).


