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PARIS LE DÉSERT

https://www.youtube.com/watch?v=31VXDJYZd8Q

Dans ce Paris désert de fin d’année
Amour, ma ville, amour, je t’ai nommée.
Et je cours des jardins du Trocadèr’
Jusqu’à ce mont là-haut que l’on dit Martre.

Amour, ma ville, amour, ma bafouée
Par tous ces faux plaisirs défigurée.
Je cours, je cours, lente se meurt l’année
En ce désert, Paris, ma destinée.

Je passe par l’Hôtel des Invalides :
La gloire avec la mort s’en est allée
Au paradis, à l’ombre des épées ;
Tous ces drapeaux qui claquent dans le vide.

La neige à la Concorde, c’est joli.
Quelqu’un me voit tomber et me sourit.
Je lui réponds « Vous êtes bien aimable,
À ce désert il manque un peu de sable ».

Mon smoking tout crotté, je reprends ma course,
Fuyant la Madeleine et puis la Bourse.
Je pense à saint François face aux notables
« L’argent, Messieurs, c’est le crottin du diable ».

Ah ! Ah ! Mon dernier rire de l’année ;
Minuit, mon premier rire de l’année.
Je pars chercher les autres clowns en ville,
Mon cocktail Smerdiakov et ma sébile. *

*

* allusion aux « Frères Karamazov », le roman de Dostoïevski ; Smerdiakov étant le bâtard de la famille : domestique et cuisinier épileptique et sombre, son matronyme «Smerdiakov» vient du verbe « smerdit » qui signifie « puer» en russe.
***

LE DÉSERT
https://www.youtube.com/watch?v=GH6wIezDvAc

Le vent souffle où il veut.
Tu entends sa voix,
Mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va.
Le vent souffle où il veut.
Tu entends sa voix,
Mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va.
*
Chacun a son désert à traverser,
Chacun a son royaume à retrouver
Et son enn’mi à pardonner (bis)
Ah ah, ah ! Ah, ah ah ! …
*
Chacun a son désert à traverser
Chacun a son secret à révéler
Et son espoir à partager (bis)
Ah ah, ah ! Ah, ah ah ! …
*
Le vent souffle où il veut.
Tu entends sa voix,
Mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va.
Le vent souffle où il veut.
Tu entends sa voix,
Mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va.

La Complainte du progrès
https://www.youtube.com/watch?v=FmnR15HAerY
Le Tango des joyeux bouchers
https://www.youtube.com/watch?v=9yIxK3F1Q2c
La Java des bombes atomiques
https://www.youtube.com/watch?v=eryzp0Pklc8

29 février

https://www.youtube.com/watch?v=EoC62tpz4yE

LAVISSAVAHOHO

Qui c’est celui-là ?
https://www.youtube.com/watch?v=H62C-M7Yb_U
*
Tu veux ou tu veux pas ?
https://www.youtube.com/watch?v=jv81sNYSZ9w
*
La vie ça va
https://www.youtube.com/watch?v=jOyCPTva2Qo

DUBOIS DONT ON FAIT QUOI ?

Je ne saurais dire si je suis bon poète (en prose ou en vers) ou même si je suis vraiment poète, mais je crois avoir plus ou moins compris, ressenti ce qu’il est convenu de faire ou de ne pas faire dans le domaine poétique ; de la vraie poésie qui pense et qui chante.
Dans un précédent article j’ai rappelé qu’au niveau de la poésie ou jugée telle, on pouvait être décadent par le fond. Mais on peut l’être aussi par la forme. Quand on ne l’est pas par les deux, ce qui est très souvent lié. Cette fois-ci, je vais donc parler un peu de la forme.
*
Lorsque j’ai su qu’un candidat académique, Eric Dubois, affirmait : « C’est au nom de tous les poètes, des écrivains méconnus ou peu connus des médias, de tous les accidentés de la vie, de tous les déclassés, que je me présente », ou encore : « … au nom des poètes, écrivains méconnus ou peu connus du grand public, des médias, des librairies et « empoussiérés » dans les bibliothèques, des éclopés de l’existence, des fous, des clochards célestes… » je me suis dis : « tiens, un discours intéressant ».
Certes en y réfléchissant mieux et à froid, j’aurais préféré qu’il se fût présenté en son simple nom et sans mettre tout le monde dans le coup, et moi par la même occasion.
J’ai donc fait le curieux et j’ai trouvé sur le blog Les Tribulations d’Eric Dubois ce dit Poème daté du 2 févier courant :
xxxxxtout est
xxxxxlumière
xxxxxdans l’infini
xxxxxconsentement
xxxxxdu monde
xxxxxles plis
xxxxxdes montagnes
xxxxxles cris
xxxxxde l’océan
xxxxxla fragilité
xxxxxde l’équinoxe
Dubois semble en avoir écrit des dizaines, voire des centaines comme ça. En voici un second, plus exactement une strophe de « poème » :
1973
J’ai sept ans
Pourquoi vivre
De l’autre côté
De la voie ferrée
Dans le confort
Et la modernité
Ça dépasse
Mes compétences
Je préfère
Les chats errants
Et les habitués
Des Flots Bleus
Au moins lui, Apollinaire, accordait en ses calligrammes, ou poésie graphique, plus ou moins forme (dessin) et fond (sens). Sorte de jeu des formes à recréer le sens en une lecture mot à mot ou lettre à lettre. Ou encore des auteurs plus anciens ; avec les moyens plus limités de l’imprimerie ou de la lithographie d’alors, ou avec les moyens de la calligraphie et du dessin sur parchemin. Par exemple les manuscrits du Liber de laudibus Sanctae Crucis, livre mystique des débuts du IXe siècle, œuvre de l’abbé du monastère de Fulda, Hrabanus Maurus.
001  Liber de laudibus Sanctae Crucis – Manuscrit de Bern (centre ou sud de la France – début du XIe siècle)
Mais dans l’exemple de Dubois je ne vois pas trop de rapport entre la forme, le graphisme général de ce texte, et son contenu. Enfin, tout ceci, pour le premier écrivain venu, s’écrit tout simplement : « 1973 : j’ai sept ans. Pourquoi vivre de l’autre côté de la voie ferrée dans le confort et la modernité ? Ça dépasse mes compétences. Je préfère les chats errants et les habitués des Flots Bleus. » Cela peut faire deux ou trois lignes d’un roman bien écrit. Mais ce n’est aucunement un poème.
*
Attardons-nous maintenant sur le premier écrit ligneux. Présenté comme il est présenté (ce que l’on ne voit pas ici : écrit gros, à grand écart) ça devrait faire une page entière d’un recueil. Et donc au premier abord, tout un recueil à peu de mots. Je sais bien que l’on ne mesure pas la valeur d’une œuvre à son épaisseur, mais elle ne tient pas non plus à une non-épaisseur, à une absence ou un néant à la portée du premier non-artiste ; le coup du livre aux feuilles vierges a déjà été fait dix fois, comme celui de la toile blanche ou monochrome (ceci remonte même aux arts dits incohérents, Alphonse Allais et compagnie, qui lui ne se prenait nullement au sérieux!).
Et je me suis quand même dit – lorsque j’ai lu que son auteur avait publié une vingtaine de livres de poésie (et généralement ce genre de recueil tient plus de la plaquette que du pensum) :  » voilà finalement une œuvre présente qui tient, à tout prendre, dans un simple (gros) livre, du moins à condition de la disposer comme elle devrait être, c’est-à-dire sous forme de prose plus ou moins léchée, voire poétique, ou plus rarement de vrai poème, et non d’illusion de poème ».
J’allais dire : pourquoi pas ? et chacun ses goûts ! Mais finalement moi j’appelle ça : tirer à la ligne, comme si « le poète » était et d’une « payé », et de deux « à la page ». Et tromper son monde. C’est un véritable tic de notre époque, tic assez insupportable où les mots (et le sens) ne tendent plus qu’à des images (linguistiquement parlant) fatalement secondaires.
J’ai connu même certains peintres qui prétendaient doctement (et qui doivent toujours prétendre) que le livre est mort (sic), ou moribond, et que les peintres s’accaparent toujours (resic) les techniques « dépassées » ou devenues marginales de l’impression (de la fabrication d’un papier de qualité à l’usage de caractères et d’encres « à l’ancienne »). Aussi agrémentent-ils leurs tableaux (là sauf erreur, peints à la vulgaire acrylique ! ou à l’aide d’outils autres que des pinceaux ou des crayons), leurs recueils et revues à petit tirage, leurs livres de luxe et autres « livres d’artiste » à tirage unique, de textes « prétextes » si je puis dire, car bien souvent illisibles déjà au sens premier et le plus trivial du terme, ou non décemment lisibles en sorte de lettrisme pictural ridicule et sans poésie.
La déconstruction, la négation même de toute poésie. Si tant est qu’il y eût quelque poésie dans le texte brut et nu de départ. Et je ne m’attarde pas à décrire les graphismes et peintures qui sont à l’avenant du reste. Il y a là une véritable usurpation d’identité, une escroquerie sous-artistique. Une perte de la tradition, un mépris de la poésie. Très généralement du vulgaire, et pire encore de l’interchangeable à foison ! Toute absence de style notable, reconnaissable. Si ce n’est dans le non-style. Surenchère à qui fera le pire.
*
Mais revenons au texte « Tout est lumière… ». J’y trouve ces trois autres manies « contemporaines » insupportables 1/ de supprimer systématiquement les majuscules (à l’inverse d’ailleurs du texte « 1973 » qui lui en met hors de saison), 2/ de supprimer systématiquement toute ponctuation, 3/ et d’aller systématiquement – mais sans aucun système – à la ligne, au hasard. Sans sens, ni raison. Pour « faire poème » ou  » faire comme si », sans doute. Ou « faire poète ». Mais la qualité première du poète ne se tient pas là, i.e. ne se tient pas dans les apparences, mais dans une certaine essence, un certain esprit et du métier. Ajoutons encore la dernière toquade de la déconstruction (assez similaire à la fumisterie lettriste théorisée), mais ce n’est pas le cas ici, l’oubli partiel ou total de la syntaxe, ce qui n’est pas du moindre.
Pour résumé l’état du problème je dirai que tout ça se nomme : affecter le débraillé du langage parlé, mais sans talent particulier. Ou du brouillon écrit à la hâte sur le premier morceau de papier venu. Et finalement réduire à néant la musicalité poétique. « La petite musique » que j’évoquais dans un article précédent. Comment peut-on annihiler l’aspect musical d’un texte tout en prétendant écrire de la poésie ?! La poésie est toute musique. (Je parle bien évidemment de la vraie musique avec tous ses ingrédients : rythme, mélodie, harmonie, normes…). Plus d’un poète l’a affirmé. Je ne cite pas les exemples trop bien connus… Quel est le vrai poète qui n’a écrit quelque chanson ? Et ceux des vrais poètes qui ne voulaient pas de musique sur ou sous leurs vers, le désiraient au nom du constat que leur poésie était suffisamment musicale en soi. Du moins le jugeaient-ils ainsi.
Dès Homère, et dans bien d’autres contrées antiques, la poésie, construction complexe, se chantait. A Sumer, les poètes pratiquaient de ce qu’on en a compris, l’allitération. Oui je sais, j’aime assez l’intemporel et l’inactuel. Le rétro. Et le travail poétique. Ou dit autrement l’éternel, le vrai. L’éternel contre le contingenciel. La poésie non chantable s’est longtemps nommée : prose rimée, cet ennui profond. Moi, c’est ce que j’appelle, peut-être un peu méchamment parfois « du Victor Hugo ».
Aujourd’hui où ladite poésie n’a plus rime, ni raison, ni rythme, où elle ne réveille plus comme autrefois le noble, ou n’étonne même plus comme aujourd’hui le bourgeois, et ne scandalise plus jamais au grand jamais les bien-pensants du jour qui l’ignorent, elle n’a même plus de nom « disable », audible, cet autre ennui profond. De prétendus révolutionnaires en poésie (dadaïstes, surréalistes, lettristes… ) ne sont pas étrangers à cette déroute profonde de la poésie. Certes bien aidés par une décadence plus générale des mœurs, le technologisme ambiant et la marchandisation accélérée du Monde. Un matérialisme ennemi des hommes. Mais ça, les poètes, les vrais écrivains et les artistes le disent et le répètent depuis plus de deux siècles maintenant. Il est donc inutile d’en rajouter encore dans le déclin, ou par opportunisme, ou par naïveté et ignorance, ou par flemme et manque de métier.
Ces quelques mots, ci-dessus, avec de petites modifications, j’en fais cinq vers, « à tout casser » et sans trop rien casser, ni même trop me casser :
Tout est lumière (4 pieds)
Dans l’infini consentement du monde : décasyllabe régulier (4+6 pieds)
Les plis des montagnes, (5 pieds)
Les cris d’océan, (5 pieds)
Et la fragilité de l’équinoxe. décasyllabe inversé (6+ 4 pieds).
Je trouve que ça a déjà plus « bons pieds, bons yeux ». Enfin, à tout prendre, je me demande s’il ne serait pas plus simple d’appeler ça de la prose poétique. (Ah, oui, je sais ! certains ne seraient pas con-tents… con-tant… « contemporain », mais j’y viens.) Et ici ça tient tout simplement en deux lignes : « Tout est lumière dans l’infini consentement du monde : les plis des montagnes, les cris de l’océan, la fragilité de l’équinoxe ». Simple phrase, phrase unique (une phrase rien de plus) d’un roman ou d’un texte en prose poétique. Évidemment, là ce n’est plus assez long pour remplir une seule page. Où alors on se rend bien compte que remplir une page de cette manière tient de la farce, de la poésie à minima.
Cette phrase poétique tirant sur l’aphorisme, je n’en discute pas le sens, ni le fond. Chacun ses idées, chacun ses obsessions et ses misères partageables, chacun sa poésie, son lexique, ses expressions fétiches, ses tournures de phrase. Du moins dans la mesure où tout ceci élève et non abaisse comme chez Houellebecq que j’ai évoqué plusieurs fois précédemment. Ici, je reste au niveau de la forme. De la forme dite « poème », ce qui est d’ailleurs son intitulé.
Enfin, des « comme ça », on peut en écrire plusieurs dizaines par jour et sortir une plaquette poétique par semaine, surtout lorsqu’une page est essentiellement faite de blanc(s). Dubois écris-moi un sonnet ou toute autre forme imposée (certaines chaînes ou gageures poétiques sont des ferments d’originalité et des aiguillons bénéfiques) ! Après je regarderai peut-être autrement le reste de ta production.
*
Dans un récent article du Magazine de la Résistance culturelle où Éric Dubois se présente comme « l’autre candidat insolite à l’Académie française » (on ne sait pas lequel est l’un, probablement le petit Ogier sans œuvre), ce dernier nous dit être artiste, poète, peintre, « rive gauche » et « radio libre », et aussi qu’il « cherche du travail dans le monde de l’édition, de la communication et de la culture » et un logement. De préférence, sans doute, un travail dans la culture « contemporaine » et un logement « contemporain » (Pourquoi j’emploie ce mot ? L’explication se trouve plus loin dans ce texte). Et conclut par : « ceci aussi est un SOS ! »
Sa peinture ? De l’infiniment peu que j’en ai vu, je pourrais dire qu’il peint dans le genre figuratif, naïf et maladroit (étonnant non pour un artiste qui défend sa « contemporanéité » avec acharnement). Accordons-lui quand même que ça pourrait être plus « contemporainement » pire ou ne pas exister.
Éditorialement parlant, autre remarque d’importance, l’homme nous dit que l’un de ses récits recherche un éditeur. Comme il est parti, il en trouvera certainement un sans trop de peine. En ce domaine, il ne semble vraiment pas à plaindre puisqu’il a publié, comme dit plus, une vingtaine d’ouvrages et ceci chez divers éditeurs. De quoi se plaint-il ? Il ajoute même qu’il a aussi publié « de nombreux poèmes en revues et dans des anthologies ». Et enfin qu’il a même été publié chez L’Harmattan préfacé par son ami et poète, ancien ponte de la poésie patentée (mais pas spécialement « moderniste ») Charles Dobzynski.
Celui-ci fut un apparatchik dudit Parti Communiste Français qui prit son essor à la sortie de la « dernière » guerre. Il fut rédacteur à Ce Soir, chroniqueur aux Lettres Françaises, membre de la direction de la revue Europe, puis son directeur de publication, critique de cinéma (généralement sous le pseudonyme de Michel Capdenac), nouvelliste, romancier, traducteur et poète. « Révolutionnaire » préfacé par Aragon et Triolet, parfaitement intégré (il fut publié par les maisons d’éditions les plus connues), il fraya un temps avec le lettrisme (dont il fut exclu par Isou pour, sourions ! non respect des règles de composition poétiques) et finit couronné par la bourgeoisie avec un « Goncourt de poésie » en 2005 ; et plus encore avec la breloque de Chevalier des arts et lettres. Je doute que l’on puisse être à la fois apparatchik de la presse culturelle ou autre stalinienne, reconnu du « beau monde » littéraire ou politique, et réellement poète. Je voudrais cependant citer une phrase de ce dernier : « la poésie, c’est un travail ».
*
L’Harmattan mérite un détour. Si vous voulez être édité à coup sûr (ou quasi sûr, je ne sais pas si cette maison se risque quand même dans le « loufoque » ou l' »abracadabrant », et plus encore dans le « dangereux », le vraiment « mal-pensant » ou l' »anti-conformiste »), si vous avez fait des recherches « pointues » n’intéressant qu’un cénacle, ou de la poésie de toute sorte et de toute forme, et bien évidemment si vous avez un peu d’argent en réserve, vous y serez édité. Et à petit tirage sans problème, c’est même une marque de fabrique, une rareté, ce que ne se risque certainement pas à faire les grosses maisons d’édition : « entre 100 et 300 pour un recueil de poésie ou pour un essai « . Cette maison d’édition et de librairie dont le catalogue est énorme (il compte près de 40.000 titres, ce qui la situe en ce domaine, bien au-dessus de deux très gros morceaux comme Gallimard ou Le Seuil), pratique un art curieux dont on ne saurait dire s’il relève du compte d’auteur, du compte d’éditeur, ou par certains côtés même de l’auto-édition.
« Chacun a le droit d’être publié, dès lors qu’il pense avoir quelque chose à dire » ne cesse de répéter le fondateur des éditions de L’Harmattan Denis Pryen, idée non critiquable en soi, mais en ce lieu, c’est le contrat d’édition qui est critiquable, il est curieux. Ainsi, la préparation à l’impression, le maquettage revient à l’édité : le livre doit être « prêt à clicher » selon les normes de la maison (frais à la charge de l’édité). Pratique singulière, puisqu’elle relève de l’auto-édition, L’Harmattan n’étant ici qu’un intermédiaire entre l’auteur et l’imprimeur. Ensuite, l’édité doit acheter 50 exemplaires de son ouvrage (donc à compte d’auteur pour ces exemplaires-ci). Et enfin, les droits d’auteur déjà plus faibles que dans le reste de l’édition, où ils ne sont déjà pas bien folichons (entre 4 % et 6 %, contre 10 % ailleurs) n’interviennent qu’au delà de 500 exemplaires vendus. Compte d’éditeur avantageux, d’autant plus que : rares sont les ouvrages édités à plus de cinq cents exemplaires. Et je suppose que le nombre d’exemplaires est d’abord établi au bon vouloir de l’éditeur qui ne doit pas s’embarrasser de trop de stocks. Rien ne nous dit non plus s’il ne procède pas à des rééditions dans le dos de l’auteur lorsqu’un titre est bien demandé.
Donc les auteurs de L’Harmattan doivent très généralement faire une croix sur tout dividende. Pour le dire autrement  : l’édité paye la maquette du livre et 50 exemplaires (coût réel d’impression ou prix librairie ? je l’ignore) ; et tout le stock restant revient à l’éditeur. Il faudrait connaître précisément comment il assure la diffusion des livres. Mais celle-ci doit être efficace vu ses finances (voir plus bas). Certains se rebellent et cela peut finir au tribunal. Personnellement je me suis retrouvé une fois dans des actes d’un colloque. Et j’ai dû payer les deux volumes de ces actes auprès de l’éditeur, L’Harmattan justement, pour en avoir un exemplaire. Cela dit, je n’avais alors aucune idée de la manière dont avait été financée cette édition ; j’en conclus aujourd’hui : financée par les organisateurs du colloque. J’espère seulement que leurs 50 exemplaires « à compte d’auteur » ont été diffusés au mieux.
Le louable est que cette maison est l’une des rares (avec d’autres très spécialisées dans le domaine universitaire, auteurs anciens, linguistique, philosophie, etc., ou les petits éditeurs de poésie par exemple) à permettre à tout auteur, certes ayant un petit pactole en réserve, d’être réellement édité (pas comme chez certains escrocs du compte d’auteur se chargeant soi-disant de la diffusion). Et ceci en particulier dans le domaine des sciences humaines (livres proprement dits ou actes de congrès par exemple) et dans celui qui fut à l’origine de cette maison en 1975 : les mouvements tiers-mondistes et la lutte anti-néo-coloniale.
Et ces livres, sauf erreur, sont réellement vendus, en premier lieu dans le réseau de librairies de L’Harmattan. Le gros point noir du compte d’auteur et de l’auto-édition, c’est tout ce qui relève de la diffusion : démarchage auprès de lecteurs potentiels, souscriptions éventuelles, porte-à-porte chez les libraires, gestion de stocks. Avec, en plus, des frais postaux qui augmentent substantiellement les prix de vente, surtout quand les livres sont expédiés à l’unité. Aussi, l’autre bon point de L’Harmattan c’est donc la diffusion.
Mais là où ça pèche vraiment c’est que cette maison (qui par ailleurs fait vivre un certain nombre de gens) semble oublier financièrement les auteurs alors que son affaire est tout à fait rentable : son chiffre d’affaires (en 2014) fut ainsi de 8,5 millions d’euros, et ses exercices sont à chaque fois bénéficiaires.
 002
« Sonnet Pointu » in Légende des sexes , poëmes hystériques d’Edmond Haraucourt (1882)
*
Finalement je n’aurais sans doute rien dit d’Éric Dubois, si celui-ci ne m’avait pas embarqué, bien malgré moi, dans son bateau, son bateau ivre si l’on peut dire. Ou plutôt dans le bateau bateau de la « contemporanéité » (sic).
Moi je veux bien me reconnaître dans les poètes et écrivains méconnus, les accidentés de la vie et les déclassés. C’est même le lot commun de nombre de vrais poètes et vrais écrivains de notre patrimoine artistique et littéraire. Il y a quelques années Olivier Mathieu et moi avons tenu quelque temps un petit site qui s’appelait si je ne me trompe « le site des ratés ». C’est dire. Lui, il prétendait qu’il était le plus raté de la Terre, et moi je prétendais que non. Que moi, c’était de l’Univers, pour le moins et de tout temps. De toute éternité (voir Makine). Il y a de l’abus, il ne faut quand même pas exagérer. Le plus raté, c’était bien moi, et de loin. Comme on dit de nos jours (j’y viens, j’y reviens) : il n’y a pas photo ! Et de fil en aiguille, de nouveaux ratages en nouveaux ratages, eh bien le site a fini par rater et disparaître.
Bon ! fermons la parenthèse. Je disais donc que je voulais bien être tout ce que l’on veut de méconnu, mais pas à n’importe quel prix. Moi, Schtroumpf grognon « j’aime pas les chapelles », par contre j’entends défendre la poésie, pas la pseudo-poésie ou la simili-poésie. Alors, quand je lis qu’Eric Dubois est Président de l’association Le Capital des Mots (pourquoi pas, il y a des capitalistes en tous domaines dont certains semblent posséder, ou être possédés par les mots de la capitale, ville où je n’ai mis ni pieds, ni vers depuis trente-cinq ans environ), association « dont l’objet est de promouvoir la poésie et les écritures dites « contemporaines » dans les médias, le web, les bibliothèques et les librairies », projet très ambitieux, là je me dis qu’il y a erreur sur l’intitulé premier : « poètes, écrivains méconnus » etc.
Simple remarque, mais qui a toute son importance poétique, quand on ne fait même pas l’effort d’appeler en français ledit « web » : la « Toile » ou « Internet », certes second mot d’origine anglaise mais qui a un dérivé « internaute », jolie trouvaille, qui passe très bien en français (de racines l’une latine et l’autre grecque), on est bien mal barré pour défendre la Poésie française. Moi, c’est à des petites choses comme ça, aux petits détails, que je juge aussi de la qualité poétique de quelqu’un.
Mais c’est plus encore le mot « poésie » et le mot « écritures » qui me gênent quand ils sont accolés au mot « contemporaines », même muni de parenthèses ou précédé de « dites ». Premièrement, le fait même que l’on vive à cette heure, que notre court passage sur terre est présent, nous font tous des contemporains, à moins qu’il n’y ait sur notre Terre des êtres humains vivant plusieurs « contemporanéités » (mot imprononçable) à la fois simultanées et différentes.
Si je comprends bien la logique que cela sous-tend : Il y aurait des archaïques qui seraient représentés par la masse humaine. Ce qui est une contre-vérité, il existe encore ça et là, poétiquement parlant, des dinosaures, ou des êtres nés juste après les dinosaures encore bien vivants, mais ils sont très rares, quasi invisibles, dans un ailleurs et un en-dehors ; je sais de quoi je cause, je prétends sans modestie en faire partie. Et il aurait des vrais contemporains qui seraient une minorité seule de son temps, qui plus est minorité brimée (absurde !). Et pour être complet, très probablement des futuristes, avant-gardistes d’un genre tout nouveau qui penseraient et vivraient déjà en des temps non encore avenus.
Secondement, ce mot « contemporain » sent son suffisant, son intolérant, son esprit étroit « moderniste », « progressiste » tout imbu de sa prétendue « modernité », de son prétendu « progrès », de sa prétendue « liberté ». Suffisant comme tel autre de l’autre bord. Liberté toujours à la petite semaine, reniement de toute tradition, du métier ; liberté destructrice qui débouche au final sur le néant et la mort de l’Art. « Contemporain » comme ladite « musique contemporaine », comme la « danse contemporaine », « contemporain » comme les déjections picturales, sculpturales… « contemporaines ». « Contemporain » comme tous les faux artistes qui ne sont certes pas, certainement pas des (je recopie les expressions) « accidentés de la vie », ou des « déclassés », mais des exploiteurs d’un système anartistique absolu, d’un Monde ivre de décadence, de bonheur factice, de confort amorphe, d’ersatz de vie, de gloire illusoire, éphémère et avant tout de soif de pognon. De non-art intrinsèque et d’anti-poésie consubstantielle. De la contre-révolution et des faux rebelles. Ersatz de tout, absence totale de Beauté, de Grandeur et de Sacré. C’est si l’on veut le « contemporain » de la très moderne, très techniciste, très dégueulasse et inhumaine, très folle et scientiste bombe atomique ou déforestation amazonienne. Qui rend, dans son camp de la domination et de la destruction, toute poésie déplacée, incongrue, anachronique et hors de propos. « La poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe » disait Ferré, en ces termes ou en termes approchants (je cite de mémoire). Je ne pense pas qu’il avait tort.
Je ne suis ennemi d’aucun « vrai progrès » sans majuscule, des progrès particuliers circonscrits à tel à tel domaine (de la santé par exemple), d’aucune innovation qui élève et construit et non qui abaisse et détruit. Et je suis encore moins ennemi de ce qui a fait les bases du présent (de notre présent par ailleurs vacillant), et d’aucune conservation (même de ce qui n’en vaut pas la peine, je ne suis pas brûleur de « mauvais » livre, d’aucun livre même le plus éloigné de mes idéaux, idées ou goûts). Je ne suis ennemi de rien de ce qui s’est fait de bien, de beau, de bon dans le passé des arts, et même du reste, le plus lointain soit-il. Je respecte les arts du passé, je respecte les arts des peuples les plus humbles, mais je conchie les escrocs. Je ne suis d’aucune chapelle. Il y a des Beaux (je suis ami des différences, ennemi de l’uniforme et de l’amorphe, de la grisaille métisse, du métissage par le bas). Mais à notre époque il y a surtout du Laid, un seul Laid uniforme, du déconstruit, du décadent, du frivole, de l’éphémère, du charlatan, du fumiste (et pire, revendiqué et assumé comme tel). Et tout cela se nomme ou est nommé « contemporain ». De l’uniformément laid, de l’internationalement laid, dans tous les arts et artisanats courants, du plus « classique » au plus « populaire », à commencer par le plus visible : l’architecture.
En conclusion, loin d’être un contemporain dans le sens où ce mot est pris généralement et veut dire « moderniste », « branché », « à la page » (mais quelle page ? celle d’une page vide d’un recueil de poésie dite « contemporaine »), à la mode, de connivence, d’avant-garde, je suis malgré moi et mes apartés, de mon temps qui n’est malheureusement pas beau à voir et pour tout dire pitoyable. À défaut d’autre chose, j’y suis tombé, mais je ne cache pas que j’aurais préféré connaître d’autres époques du passé ; pourquoi pas d’autres contrées  plus reculées, s’il en reste vraiment ; du futur je doute, vu la pente du déclin actuel qui semble inéluctable. J’ai toujours dit que j’avais mangé mon pain blanc, tout jeune ; non pas parce que j’étais jeune mais parce que le temps de ma jeunesse, à tout prendre et malgré ses défauts parfois énormes, était un temps d’ouverture et d’inattendu, et de plus grande liberté que ce failli temps « contemporain » confiné dans le déclin, le bellicisme et le médiocre.
Quand je me dis « non contemporain » à la sauce « contemporaine » ou « contemporaniste », je ne prétends pas non plus défendre quelque idée que ce soit de la réaction, de l’éternelle réaction. Entre les deux, ce n’est pas « mon cœur balance ». Ou plus exactement, si ! mon cœur « balance », mets à la poubelle des arts tout aussi bien le faux-rebelle (je ne me risquerai même pas à dire faux révolutionnaire car la révolution qui abaisse n’est rien de moins qu’une contre-révolution) et le faux-éternel (ou vrai réactionnaire si l’on veut).
003Liber de laudibus Sanctae Crucis – idem.

LA VÉRITÉ

https://www.youtube.com/watch?v=_07FpPq0Jd0

*

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D’abord on le tue
Puis on s’habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

(…)
Le monde doit s’enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
(…)

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Était à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C’est plus juste en somme
D’abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d’hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s’évanouissent
On ne se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent « juste » à l’heure.
L’inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

(Guy Béart, « La vérité »)

Olivier Mathieu parle de son livre sur Finkielkraut.

Jean-Pierre Fleury :
– Votre livre sur Alain Finkielkraut vient de paraître. Alors, c’est qui, Finkielkraut ?
Olivier Mathieu :
– Alain Finkielkraut est par exemple quelqu’un qui, si l’on en croit Pascal Bruckner, s’est fait réformer du service militaire par simulation. Ou bien Bruckner ment mais, tant que Finkielkraut ne dément pas, ou tant que l’on n’a pas accès à son dossier médical militaire, la seule source est Bruckner (voir la page 161 du dernier livre de Pascal Bruckner, « Un bon fils », Grasset). Or, le premier article des statuts et règlements de l’Académie, en date du 22 février 1635, énonce que « personne ne sera reçu dans l’Académie qui ne soit agréable à Monseigneur le Protecteur et qui ne soit de bonnes mœurs, de bonne réputation, de bon esprit et propre aux fonctions académiques. » Je ne suis certes pas un partisan du service militaire obligatoire. Je me suis fait réformer. Je l’ai même raconté dans mes romans. Mais moi, contrairement à Finkielkraut, je ne donne pas des leçons de patriotisme à la France et je ne défends pas des positions bellicistes.
Jean-Pierre Fleury :
– Et qui est Finkielkraut, encore ?
Olivier Mathieu :
– Finkielkraut est aussi un ex-défenseur de Tony Duvert, le fameux écrivain pédophile. Finkielkraut est aussi un fervent défenseur de Roman Polanski, vous savez, ce cinéaste accusé du viol d’une gamine de treize ans. Or, je vous le répète, le premier article des statuts et règlements de l’Académie, en date du 22 février 1635, énonce que « personne ne sera reçu dans l’Académie qui ne soit agréable à Monseigneur le Protecteur et qui ne soit de bonnes mœurs, de bonne réputation, de bon esprit et propre aux fonctions académiques. » Si l’Académie désire donc élire un ex-réformé par simulation (mais qui se prend pour le nouveau Charles Péguy) et un défenseur de Tony Duvert et de Polanski, il n’y a pas grand-chose à ajouter.
Jean-Pierre Fleury :
– Et qui est Finkielkraut, pour finir ? Un « faux philosophe » ?
Olivier Mathieu :
– Monsieur Finkielkraut a évidemment subi un « traumatisme », comme il dit lui-même, celui de son échec à l’École normale supérieure, et je le regrette pour lui. Mais je n’y peux rien. Monsieur Finkielkraut est un faux philosophe. Il a dit lui-même, je ne fais que le citer, qu’il s’est dirigé « vers l’agrégation de lettres modernes, parce que la philosophie » lui « faisait peur ». Ce monsieur s’est alors dirigé vers l’agrégation, qui est du reste un concours plutôt affligeant de l’Université française. J’ai donc le droit, et je le prends, de dire qu’un agrégé ès Lettres modernes (Finkielkraut, tiens, a-t-il jamais étudié le latin?) qui avait « peur de la philosophie », est un faux philosophe. J’espère qu’on ne va pas me conduire sur un bûcher si je dis qu’à mon avis, s’il y avait un jour une rencontre entre la philosophie et Finkielkraut, c’est la philosophie qui aurait le plus peur. Mais si être « philosophe » consiste à « avoir peur de la philosophie », et si l’Académie estime que cela soit être « de bon esprit et propre aux fonctions académiques », je ne dis rien…
Jean-Pierre Fleury :
– Finkielkraut serait en quelque sorte un « recommandé » ?
Olivier Mathieu :
– Cela ne date pas d’hier, je le crains. Lui-même a déclaré que, déjà, son inscription au lycée Henri IV avait été due à une « recommandation » du directeur de son école. Tout ça peut être vérifié, c’est dans le livre « Un prof a changé ma vie » de Vincent Remy.
Jean-Pierre Fleury :
– Revenons à votre livre à vous.
Olivier Mathieu :
– Les journalistes français et parisiens l’ont largement reçu. Je l’ai aussi remis en mains propres, depuis quelques jours, à nombre d’intellectuels parisiens. Ou bien la presse n’en parlera pas, et ce n’est pas grave du tout pour moi. Ou alors, les journalistes en parleront, et on verra bien ce qu’ils en disent, et s’ils arrivent à ne pas proférer trop de bêtises. J’aimerais bien que ces braves journalistes ne se ridiculisent pas en tartinant trop d’insanités ou d’approximations. Ils ont suivi des « écoles de journalisme » et je suppose que beaucoup d’entre eux doivent savoir lire, à défaut de savoir écrire. Il n’en reste pas moins que mon livre existe. Et si par miracle il y a des gens en France qui comprennent et apprécient encore l’anticonformisme, ils en parleront… Je pense que c’est un livre drôle, intéressant, qui se lit comme un roman. Le rire est le propre de l’homme !… On parle de beaucoup de gens, en ce moment, qui sont candidats à une élection à l’Académie. Si les journalistes savaient faire leur travail, s’ils avaient plus de sens critique et moins d’œillères, ou si on vivait dans un pays qui respecte la liberté d’expression, ils liraient mon livre sur Alain Finkielkraut… Moi, si mon livre trouve cent lecteurs en France, je suis déjà content. C’est l’avenir qui me donnera raison. Je ne sème pas pour le présent…

Propos recueillis par Jean-Pierre Fleury.

***

A LIRE, sur le site AFRIQUE-ASIE : http://www.afrique-asie.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=7476:lettre-ouverte-de-robert-spitzhacke-a-alain-finkielkraut&catid=2&Itemid=102

Sur MEDIAPART :
https://blogs.mediapart.fr/robertspitzhacke/blog/120414/lelection-dalain-finkielkraut-et-le-delicieux-canular-litteraire-de-robert-spitzhacke-olivier

Sur ce blog : https://lequichotte.wordpress.com/2015/09/12/pour-celebrer-lanniversaire-de-lecrivain-olivier-mathieu-dit-robert-pioche/

MAIS QUI EST DONC CE DRÔLE DE MAKINE ?

Ce qui suit n’est qu’un ensemble de notes, un jet non définitif. Mais pris par le temps de l’actualité, je le livre tel quel.

Qui est cet incertain Andreï Makine drapé des médailles de la récompense et des biftons qui vont avec ; ça aide pas mal à écrite tranquillement tout ça. De très fraîche date « français de souche » (personnage représenté et défendu si bien, comme on sait, par notre Finkounet national) puisque avant la fin des années quatre-vingt il n’avait encore jamais mis les pieds en Franchouillardie et chassait, selon certains, l’ours polaire en Sibérie. Enfin, on ne peut pas lui enlever qu’il aimait et la langue française et d’aucuns de nos grands z-auteurs.

Et voilà-t-i’ pas qu’à peine arrivé en notre occidentale contrée sous domination impériale, il se lance tel un nouveau Rastignakoff, tel un nouvel Hussard en cuir de Russie (éternelle), que dis-je : tel un cosaque, à l’assaut de Paris, cette vieille catin fort décatie. Je précise quand même : bien moins Paris de la Goutte d’Or que Paris des bordels littéraires de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés. Sodome comme la nommait Glenmor. Car il existe divers cosmopolitismes parigots.

Et la makinovtchina se met en branle, « bistro » dit-elle, qui veut dire « vite » en sa langue maternelle. Bistrot, bistroquet, ces vieux bistrots dont les banquettes suintent encore l’odeur de toutes les vieilles peaux défuntes des mauvais littérateurs « éternellement à la mode », c’est justement là qu’il prend langue (française), qu’il s’acoquine avec le gratin de ce qui fait et défait les renommées, les renommées « éternelles » du jour, ouvre les portes des gros éditeurs et des grands journaux, élit un académicien, voue aux gémonies et réduit à la seule édition confidentielle les « mauvais auteurs », je veux dire, non pas les auteurs sans talent, mais à l’inverse généralement, les auteurs mal-pensants. « Les méconnus », etc. Enfin, dans wikimachin c’est résumé d’un « nabot-minable » : « Andreï Makine vit actuellement à Paris, mais se tient, autant que possible, à l’écart de la vie littéraire et se consacre entièrement à la littérature ». Les gens de lettres anonymes de Wiki y croient vraiment ?

Et voici que quelques années plus tard, en un rien de temps, notre russe francophone (francophile, j’ai de sérieux doutes), enfin notre franco-russe s’entremet si bien qu’il reçoit diverses breloques qui ont l’intérêt premier d’augmenter les tirages (le chaland qui a le sens critique et littéraire aussi affûté et avisé que celui des « spécialistes » de la télévision et des revues, éternel gogo, se rue sans même savoir, ni comprendre sur le quidam). Et c’est ainsi qu’on le retrouve à causer dans les gazettes, sur la littérature, puis bientôt sur tout et sur rien. Et qu’il finit par donner son avis sur la France, ce qu’elle fut, ce qu’elle est, et mieux encore ce qu’elle devrait être. Réclame garantie ; suffit d’appuyer là où ça fait mal. Pendant ce temps, les gens sérieux qui étudient la question se morfondent comme toujours dans l’obscurité éditoriale et l’inculte mépris germanopratin (l’un allant avec l’autre).

Ce littérateur russe à la mode (ou peut-être déjà plus trop à la mode, l’Académie est souvent une voie de garage), ça me fait penser à cette réflexion de Desproges qui évoquait le succès élito-pantruchien de « quelque peintre russe à la mode ». Ici, c’est la même chose, le germanopratin s’en pâme à l’envie. Pendant que le « loquedu » moyen de France, loin de tout ça, ignore tout du complot (je mets exprès « complot », je sais que ça peut énerver certains).

L’EXOTISME FRANCHOUILLARD

Car la France a diverses spécialités, culinaires en particulier, mais il en est une proprement lutécienne (mais quelle spécialité culinaire pourrait avoir en propre Paname ?) qui consiste à tomber d’admiration devant l’exotisme et tout ce qui n’est pas français dans le domaine de la culture et des arts. Je me souviens encore de ce livre-gag d’un africain publié par un « grand éditeur » qui était écrit en pseudo-français, ou plus exactement en un français lexicalement délirant. Donc exoticophilie tellement poussée qu’elle confine en toute logique inversée et phagocyteuse d’amour destructeur, à l’exoticophobie acharnée, pour ne pas dire à l’exoticocide une fois chez l’exotique. L’histoire coloniale et néo-coloniale et impériale présentes sont là pour le rappeler. Turqueries, japonisme, art nègre (tout en colonisant et « pacifiant » l’Afrique)… Mais, ce n’est pas sa faute, n’est-ce pas, si la France est de portée « universelle » et « éternelle ». Immortelle : mais on meurt souvent, bien souvent, très souvent d’être immortel. Et parfois plus vite qu’à son tour. Bistro ! Bistro !

LA MATIÈRE RUSSO-STALINO-BOLCHÉVIQUE

Makine a tout bien compris et très rapidement. Cet homme fait carrière (quelle horreur) de la littérature. Il a très bien su faire ses classes, amener son eau glacée sibérienne au moulin parisien de la renommée, sans faille et sans faillir.

Je commence par ce qui fait ma seule force en arrivant, « je m’ présent’, je m’appelle Andreï … je voudrais réussir, merveille ». J’entame par ce qui touchera les combinards de l’édition (assurés que ça va se vendre, que c’est rentable auprès de tous les fleur-bleu de la lecture, question d’étiquette russe). Juste deux ou trois petits coups, deux ou trois livres pour commencer, son petit fonds de commerce russo-soviétique exotique (La Fille d’un héros de l’Union soviétique, roman russe sur l’après-guerre, Françoise Bour traducteur, Confession d’un porte-drapeau déchu, Au temps du fleuve Amour, titre racoleur à souhait). Mais je vais longtemps persister et savoir y revenir aussi, voir Requiem pour l’Est (2000), La Vie d’un homme inconnu (2009). Son fonds de commerce de pseudo-dissident (dissident tel qu’il est présenté encore par certains) n’a pas fini de s’enfler… Je ne sais pas ce qu’en pensent les vrais dissidents des ex pays de l’Est qui vivent en France, du moins qui sont encore vivants.

Le goût pour l’exotisme, russe en particulier, le goût littéraire « d’esthète » s’entend c’est un peu : Curieux Russe du bout du monde, inquiète-moi, fais-moi peur, dis ! tu as vraiment chassé l’ours en compagnie d’une tribu sibérienne colonisée, et côtoyé l’indicible en ce morne pays des loups et des lichens où rien ne pousse, où rien ne bouge si ce n’est les machines qui exploitent et détruisent son sol et son sous-sol, en ses steppes où hurlent encore et éternellement les rires des exilés devenus fous ? Cause-moi des contrastes, des extrêmes « éternels » ?

Tout était si clair dans ce début de notre vie. Notre enfance avait l’odeur piquante du cuivre étincelant, la résonance martiale de la peau tendue. Et nous marchions, les jambes veloutées de poussière, à travers les chemins des champs. Toujours tout droit devant nous. Toujours vers cet horizon radieux. La moitié du pays était passementée des dentelles noires des barbelés. Clouée au sol par les miradors. Mais dans notre marche nous le croyions en train d’avancer, ce pays, avec nous vers ce but final, vers cet horizon si proche déjà.

Génial ! comme on disait dans les années soixante, soixante-dix où tout était devenu génial. « La résonance martiale… la peau tendue… toujours tout droit… horizon radieux… », et en parachèvement : « les dentelles noires des barbelés… les miradors » Auschwitz, alors ? Certes cela semble être un bout de ton passé, mais c’est un peu frelaté, réchauffé, affadi tout ça, non ? après les grands écrits sur le Goulag, les grandes famines, et les grands malheurs des vrais dissidents ?

Tiens, dans le genre « dissident » je te conseille un livre quasi inconnu, œuvre d’un inconnu, ça s’appelle L’Holocauste des Âmes, je te préviens tout de suite c’est un très mauvais livre écrit par un très mauvais, un obscur roumain mort depuis plus de trente ans. Et « antisémite » avec ça ! Ben oui, il ose lever un tabou en montrant, parmi d’autres choses, une tortionnaire- en-chef stalinienne, nymphomane et juive d’un camp de travail « expérimental » des années quarante-cinquante en Roumanie. Cet auteur se nomme Grégoire Dumitresco. Son livre reste aussi inconnu ou confidentiel (oubli volontaire des « grands éditeurs ») que celui de René Château, alias Jean-Pierre Abel : L’Âge de Caïn (à ma connaissance jamais réédité depuis 1947, donc uniquement trouvable chez les bouquinistes). René Château, agrégé de philosophie (lui) et écrivain, radical-socialiste qui pour son malheur choisit le « mauvais » camp de la « mauvaise » Collaboration. C’est toute la différence avec un bon Collaborateur du bon camp, genre agrégé ès lettres et faux philosophe. Et je le crains bien aussi, genre Makine.

ÉTAT DES LIEUX ÉTABLI PAR MAKINE

Mais retournons à notre Andreï Makine arrivé en France je crois vers 1988. Et à un entretien qu’il a accordé le 18 août 2006 (je retarde un peu, je suis accroché à un méridien antérieur) à Iouri Kovalenko, correspondant du quotidien Izvestia à Paris (cf. fr.sputniknews.com). On y trouve plusieurs perles ou plus exactement certaines incohérences, un peu dans la lignée des « arts incohérents » de Finkielkraut. J’étais d’abord tombé sur ce passage (type même du mauvais exemple qui nous « induit d’erreur » comme disait Colucci). Au premier abord sympathique, mais au second « rabord », comme on va le voir, déjà nettement moins :

Iouri Kovalenko : Dans votre dernier livre [Cette France qu’on oublie d’aimer, Flammarion, 2006], vous ne ménagez pas non plus les intellectuels français, qui se considèrent à vingt ans comme maoïstes, à trente ans comme marxistes [sic] et qui à quarante ans se moquent des uns et des autres. Pour vous, ces intellectuels font partie en quelque sorte de la « couleur locale », de même que le beaujolais nouveau, les fromages, les baguettes et les grèves des cheminots…
Andreï Makine : Des gens de ce genre, il en existe plein, et ce sont eux qui dirigent la vie intellectuelle de la France. Ils sont sûrs de ne jamais avoir tort, ils ne reconnaissent jamais leurs torts et changent de convictions tous les dix ans. Malheureusement, cela concerne la littérature également. Il existe très peu d’écrivains qui sont détachés de leur temps et soulèvent dans leurs œuvres des thèmes éternels. Nombreux sont ceux qui remplissent précipitamment des commandes industrielles. Par exemple, les thèmes de la pédophilie, de l’homosexualité, de la nymphomanie sont déjà « usés ». Il s’agit là d’un système corporatif: chaque corps de métier met en valeur son propre terrain, chaque écrivain se spécialise dans un domaine déterminé.

UNE CERTAINE MATIÈRE JUIVE

On peut noter qu’il manque à sa liste des modes évoquées au-dessus : les « malheurs juifs », les « incommensurables malheurs juifs », de ces « éternels réprouvés ». Roupie de sansonnet à côté de tout ça bien évidemment sont la traite des nègres, la quasi extermination, la chasse au fusil même, ou mise au ban de la société des nord-amérindiens, des aborigènes, des caraïbes, etc. Pourtant Makine a su y puiser largement. Et j’aurais envie de demander à Makine si La musique d’une vie (2001) est un thème réellement éternel. Si Le pays du lieutenant Schreiber (2014) est véritablement éternel. Ou universel. « Éternel », je doute, « redondant », là j’acquiesce sur le terme. Et n’est-ce pas quelque peu réducteur, orienté, tendancieux, et surtout complaisamment intéressé, très porteur encore malgré soixante-dix ans de matraquage, de nous raconter cette histoire du lieutenant juif Schreiber peu considéré par « la France éternelle », ou de raconter dans La musique d’une vie après tant et plus, l’histoire édifiante du pauvre artiste juif victime des méchants sbires staliniens incultes ?

La musique d’une vie, et autres du même genre, c’est faire bien peu cas de l’histoire soviétique réelle ou être très sélectif. Certes Staline ménagea de moins en moins les juifs vers la fin de sa vie (les inoffensifs poètes yiddich en particulier, ou encore lesdits « médecins juifs »), surtout à cause du sionisme d’ailleurs, mais il faudrait peut-être arrêter un jour de toujours présenter les juifs, des juifs, certains juifs en éternelles victimes. Makine ignorerait-il que les juifs étaient surreprésentés dans le Parti bolchévique ? Et je ne parle pas de la valetaille. Je parle des très hautes, hautes, et moyennes instances dirigeantes. Et que des juifs athées (curiosité historique puisqu’il paraît que le judaïsme est une religion), des juifs staliniens « comme tout le monde » et plus que « monsieur tout le monde » ont eu, eux aussi, du sang du peuple esclave, des peuples dits soviétiques, sur les mains. Et pas qu’un peu. L’exemple le plus célèbre est Trotsky, chef de l’Armée rouge, un moins connu est Iagoda, qui connut de l’intérieur Tchéka, Guépéou, NKVD qu’il dirigea de 1934 à 1936, avant d’être purgé en 38 par l’ancien séminariste et terroriste, le géorgien fou. Mais il y a plein d’exemples en ce domaine.

Se focaliser sur les tiens au détriment de tous les autres, en tant et plus de litanies interminables, je regrette, ce n’est pas faire œuvre éternelle, c’est même l’inverse. Et tout dévaluer. Ni encore moins œuvre originale après tant d’autres. Quel mauvais parti pris, quelle inversion du réel, quelle falsification de l’Histoire, quel « négationnisme » pour employer le langage des crétins. C’est l’aplomb bien connu. L’aplomb des puissants. C’est massacrer le vrai sacré des vrais humbles. Et dans ton cas, je dirai (je l’affirme) que chez Makine ça ne peut avoir qu’un côté foncièrement lèche-botte.

Ce qui se confirme encore plus avec ce récent Pays du lieutenant Schreiber ; cela me fait penser à l’écriture d’une dette de reconnaissance. Une nouvelle bassesse en direction de…, mais est-il utile d’en dire plus ? « Andreï Makine rend hommage à Jean-Claude Servan-Schreiber, combattant et résistant  méconnu [sic]. Et déplore que la France ne soit pas à la hauteur de ses héros » nous énonce Paris-Match. Servan-Schreiber qui n’est pas tout à fait le premier « petit juif » anonyme et du commun, mais ce personnage sorti tout droit de la lignée méridionale des Crémieux par sa mère, cofondateur en 1953, avec son cousin Jean-Jacques de L’Express, le gaulliste Jean-Claude qui mit en place la publicité à la télévision en 1968 (grand progrès et quelle année en plus!), celui dont le périodique est aujourd’hui entre des mains franco-israéliennes comme d’autres titres de la presse dite française.

Makine tout frais émoulu français, en nouveau justicier de notre Histoire ! Le prochain opuscule va sans doute être consacré à nous parler de la Collaboration et encore une fois des malheurs juifs ou de la dette éternelle envers cette entité coloniale bien connue. Mais là je te signale que tu retardes : Modiano, le romancier mono-maniaque est passé avant et à raflé le gros magot. Comme quoi les malheurs juifs rapportent toujours quelque chose, même post mortem.

Quel joli collabo de l’Empire ce Makine. Un fort cracheur également. Sur son entregent et dans la soupe. Je le trouve assez glaireux, « glaireux à souhait » (Ferré dixit), d’autant plus glaireux qu’il est le premier à dénoncer les innombrables écrivains qui ne se détachent pas de leur temps et ne soulèvent pas dans leurs œuvres des thèmes éternels, mais juste des thèmes à la mode et « remplissent précipitamment des commandes industrielles ». Nos z-«élites » aussi aiment assez la pleurniche, la repentance chrétienne, et même les excuses déplacées. Du moins la pleurniche et la repentance et l’expiation pour la plèbe franchouillarde, cette masse informe pour ne pas dire difforme.

LA CONTRADICTION INCARNÉE

Makine n’aime pas les écrivains à thème, et plus encore les thèmes à la mode, or il n’a jamais fait que ça. Il a même affirmé (voir plus haut) : »Nombreux sont ceux qui remplissent précipitamment des commandes industrielles. » Aussi, dois-je rappeler en cet endroit que Makine n’est pas le dernier à participer à la production d’œuvrettes de commandes, mais là il se fait discret et pseudonyme : Gabriel Osmonde, par exemple chez Flammarion, série Pygmalion qui offre « une large gamme d’œuvres littéraires qui s’adressent également à un large public. On trouve : des romans historiques fondés sur de grands moments de l’histoire mondiale et prenant appui sur des faits réels qui permettent de s’instruire en même temps que de se distraire ». Distrais populo Makine ! Raconte-lui des bobards historiques, tords tendancieux, le cou à la vérité historique.

En fait Makine est un madré. Son titre déjà évoqué et le plus racoleur de tous, celui de tous les égards, lui ouvrit en 1995 les dernières portes de la notoriété spectaculaire. Des égards en insultant qui est son hôte. Le Testament français, fruit d’une dernière passe dans un hôtel, non pas de la Goutte d’Or mais des plus huppés (genre racheté par les grands démocrates du Golfe). Livre pour midinettes, aubaine pour les industrielles éditions des commandes du même nom (voir plus haut).

Makine n’est qu’un pantin finalement, il est exactement comme ceux qu’il critique et pire encore, je le répète : il crache sans vergogne dans la soupe éditoriale des copains coquins, (soupe monétaire et breloquienne). Et malgré tout, ça rapporte bien : fulgurante ascension, il est passé en 28 ans de russe réfugié (réfugié, c’est à voir, dissident certainement pas, opportuniste plutôt) à très potentiel académicien français. C’est assez sidérant.

L’HOMME DE GOÛT

Il crache même à l’occasion sur les copains plumitifs. Et quels copains !

Q.: Parmi les écrivains français, vous appréciez le plus Michel Houellebecq, qui est très populaire en Russie. [sic]
R.: Houellebecq s’est embourgeoisé [resic!], il n’est plus capable de surprendre. Il n’a pas réussi l’essentiel, à savoir surmonter un certain thème, réaliser un bond qualitatif… Mais dans le présent, il est difficile de comprendre quel écrivain est un génie et qui disparaîtra demain.

Je retiens « il n’est plus capable de surprendre » : mais à quel prix, surprendre, demanderai-je ? Au prix de certaines ordureries de pensée, non ? Est-ce que « surprendre » est bien le verbe qui convient. Et est-ce que le but de la littérature est en soi de surprendre ? D’épater le bourgeois ? Et n’est-on pas parfois chez Thomas dans le simple dégueulis de pensées sordides qui en rajoutent au malheur des démunis, pour un peu plus les ravaler, les dénigrer, les rabaisser ? On sait d’où il sort l’individu qui, bercé par le stalinisme pied-noir, a plongé dans l’extrême-droitisme, le sionisme, l’islamophobie et l’arabophobie maniaque et obsessionnelle.

Celui-là, Thomas dit Houellebecq est tout prêt à reconnaître, quand il est lucide, que sa littérature ne vaut pas un clou et que sa poésie est mauvaise, il l’a dit et écrit même. Ne me demandez pas où, je l’ai bien vite… Bistro, Bistro ! oublié. Mais pour sa « poésie », il se trompe encore. Il est au-dessus de la réalité. Ce n’est pas tant que sa poésie soit mauvaise, mais c’est que ce qu’il appelle « poésie » n’est tout juste que prose plus ou moins rimée (enfin c’est déjà ça, c’est déjà bien pour lui, comme dirait l’autre). De la « poésie Victor Hugo », mais si Hugo pouvait avoir de la grandeur, de la sensibilité, un goût pour la nature, sous une forme malheureusement très ronronnante, trop prolixe et sans génie, Thomas n’a lui que la bassesse intrinsèque d’un cerveau assez fêlé dans la déconfiture littéraire et morale.

On peut-être décadent par la forme, on peut l’être par le fond ou par les deux. C’est par le fond en premier lieu que pèche (mot faible) Houellebecq. Du moins de ce que j’en ai lu, j’ai oublié où, là aussi, mais ça avait comme titre quelque chose comme « morceaux choisis ». Et pour être choisis, sa poésie en bas morceaux était très choisie dans la médiocrité, l’inintéressant, le vulgaire surtout. Aucune expression, ni mot remarquables. Du moins tel en est mon souvenir. Propos d’assez bas-étage, idées peu reluisantes comme toujours chez ce grand malade, ce tordu bien à l’image de notre époque très malade elle aussi. « Pensée » « propre » aux latrines, de calamiteux borborygmes d’idées qui abaissent. De mauvais désaxé. Regardez sa tête. Simple reflet de ces grands tarés qui « dirigent » le monde humain et terrestre à sa perte.

Malgré ses défauts, je veux dire « son absence de saut qualitatif » : le meilleur écrivain français selon Makine !

Hugo serait avec Proust, Nerval et Baudelaire, l’une des quatre grandes références de Makine. Hugo… lequel ? Hugo le confident de Tête-en-poire et pair de France, Hugo le « poète académique et Panthéon », Hugo le « poète obsèques nationales républicaines », Hugo le « poète officiel » ? Un cocktail de tout ça ? Pourquoi pas, on y est à plein avec notre Andreï. Mais que Makine l’opportuniste laisse de côté, oublie Proust, ce reclus caméral et écrivain nocturne du temps de la mémoire, Nerval cet être délicat en ces châteaux rêvés d’autrefois, et Baudelaire ce tourmenté lucide et de style. Avec eux on est au bal des vrais prétendants à l' » éternelle immortalité ».

LE FARAMINEUX CRITIQUE SOCIAL

Houellebecq n’a pas su « réaliser un bond qualitatif » vient de nous asséner Makine. Lui, Makine, a déjà réalisé divers « débonds » ; sa chute qualitative la plus remarquable date de 2006, au moment de l’entretien évoqué plus haut : Il venait donc de publier un livre qui dénigrait le pays qui lui avait accordé une nouvelle nationalité juste quelques années auparavant. Qui lui avait accordé le statut interdit au « français de souche », au commun des mortels, de citoyen français à double-nationalité. Aucune vergogne, vraiment. Disons-le encore une fois pour que ça rentre bien : Makine aime cracher sur tout et tous, et même sur ses bienfaiteurs.

Dans ce livre il y va d’un salmigondis où l’on apprend que la société française est (excusez du peu, les exclus et chômeurs et pauvres apprécieront, et bien d’autres encore, dont moi) une « machine à transformer l’homme en parasite social », une société qui « réunit dans son inefficacité les pires côtés du capitalisme… avec les pires tares du socialisme ».

Je sais bien que la France n’est pas un paradis, je la critique assez (ses « dirigeants » plutôt car je n’ai rien contre la pauvre Marianne en soi) et je l’ai assez dit et répété à des amis étrangers qui avaient des illusions, des illusions de loin, des illusions de livres et de grands auteurs du passé, de grands mots et grands principes, malheureusement souvent totalement faux ou pour le moins noyés, perdus, disloqués, et finalement fictifs. Mais il faut la critiquer pour ce qu’elle est, pas sur des fantasmes ou à partir de préjugés, ou s’en prendre à ceux qui subissent en oubliant ceux qui « organisent » et entretiennent la chienlit ad vitam æternam (tiens, on y est encore dans l’éternité, et là jusqu’au cou, Makine !).

« Transformer l’homme en parasite social », celle-là, elle est fortiche ! Là, tu délires ! « Transformer l’homme en esclave, un peu plus chaque jour » me semblerait plus exact. Même l’extrême extrême-droite n’y aurait pas pensé. Un néo-con du fin fond des Amériques ou plus exactement un éternel réactionnaire (on devrait dire et écrire « néo-réactionnaire » et non « néo-conservateur ») ne dirait pas mieux (si on peut dire « mieux » en ce cas), ni le pire beauf du dernier des cafés du Commerce.

« Les pires tares du socialisme », moi je n’y vois aucun socialisme ; du clientélisme, oui, des clientélismes. Des maffias bourgeoises de plus en plus alliées, de moins en moins concurrentes, mondialisme oblige. Mais je ne développe pas, il y aurait tant de choses à dire à ce niveau.

Et voilà maintenant que des études réalisées à l’autre bout de l’Europe me disent que Makine, qui se prétend « russe de sang et français de cœur » (sic, français de cœur, j’ai du mal à y croire, ou sa vire à la « haine de soi », expression bien connue mais réservée à d’autres) « s’inscrit dans la filiation des écrits critiques sur l’identité française ». Je suppose qu’il faut entendre ici toute cette clique de pseudo-philosophes totalitaires et réactionnaires finkielkrautiens à la mords-moi-le-botul qui sévit depuis le milieu des années soixante-dix. Et que les grosses maisons d’édition patronnent ou plus exactement parrainent dans le plus pur style non pas du « socialisme » mais de Cosa Nostra, la Piovra littéraire.

Et puis, Machin Machine, si c’est si nul ce pays qui t’a tout donné, retourne en Sibérie chasser l’ours, s’il en reste, moi je ne te retiens pas. Ou va y enquêter sur le passé stalinien. Pour ajouter d’autres volumes à ton fonds de commerce. Et dire que cet homme est de parents inconnus, sans doute déportés, il n’en sait trop rien, et le rescapé d’un orphelinat ! Mais tu n’en a pas assez bavé ! Est-ce que ce que tu dis est sensé et raisonnable, doué de raison ? Tu délires comme tes poteaux, les grands malades : comme Houellebecq, comme Finkielkraut et toute la smala bien connue des pires réactionnaires qui insultent tout ce qui n’est pas eux et qui ont la haine de la différence et des plus pauvres. Et comme les grands malades du talmudo-sionisme.

Oui, c’est sûr, tu fréquentes les mêmes bistrots ou les mêmes sauteries qu’eux, quoi qu’en dise wikitrucchose (voir plus haut). Et ton poteau, Mitterrand le neveu, qui se retire (sic) de la course académique pour ne pas te faire de la peine, pas faire de peine à son petit chouchou à la crème (frelatée), à son amour de petit chou prisunic. Et qui modeste ajoute : « Je ne veux pas être un embarras pour son éventuelle élection » ; comme s’il pouvait être un embarras pour qui que ce soit ou quoi que ce soit ! Pendant que le double de Makine par bien des côtés, a failli caguer dans son froc, voir son discours finir en cagaille sous la Coupole… heureusement avant d’en saloper le noble fauteuil ! Mais quel monde !

LE PREMIER TALENT DE MAKINE

Enfin ! revenons une dernière fois à cet entretien de 2006. Makine s’y indigne, le pitre : « La France vit dans un environnement surréaliste. D’une part, elle se conforme aux lois du libéralisme économique poussé jusqu’à l’absurde et transformé en piraterie. D’autre part, la plus grande partie des revenus d’un tiers de la population proviennent de l’État. » Ce n’est sans doute pas faux, mais toi, de quoi vis-tu ? D’où viennent tes subsides ? De ton talent ? J’en doute. Bien plutôt de ta totale adéquation à cette société que tu ne sembles pas aimer ; à son air du moment, à ses modes, à son vent tournant girouette, à toute cette cuisine magouilleuse que par ailleurs tu refuse aux autres, mais auxquelles tu t’agrippes et tu colles si parfaitement que tu vas obtenir, récompense suprême pour un individu comme toi, toi très probable poulain du secrétaire à perpèt de l’Académie, Hélène Zourabichvili : un fauteuil qui malheureusement n’est généralement que celui d’un immortel par antiphrase. Par ironie de l’Histoire.

Pour Finkie par exemple, le dernier récipiendaire, le poulain de Nora (n’aura, n’aura pas), ceci marque incontestablement le début de sa fin, si tant est qu’il connut un début visible et quelque peu honorable. Son bâton de maréchal, de maréchal nous voilà ! Je veux dire son bâton de grand collabo du système, de l’Empire, de la pire des réactions : colonialiste, raciste à l’encontre de tous les petits, suprémaciste. En sa jeunesse il appelait ça : dictature du prolétariat, ce qu’il faut évidemment comprendre comme : dictature sur le prolétariat par l’avant-garde éclairée, dont lui. Misérable petit-blanc qui se prend pour un grand Français et grand Européen. Lui aussi il y a bien longtemps qu’il crache sur les peuples, les peuples autres que le sien, tout en prétendant parler au nom des « français de souche », l’insolente tête à claques, l’intolérant visible (par des millions de téléspectateurs), le chafouin douteux de France-Inculture, le philosophe des gogues, je préciserai même : des gogues bouchées. Bouchées par les déjection de toute cette caste de parasites de la philosophie, de la littérature, de la critique sociale… Je me réserve « raclures de bidet des arts » et « oxyures à prurit de la vraie philosophie » pour une prochaine fois.

Les exemples sont multiples de sans-talent des arts, de la littérature et plus généralement de la culture ou d’écrivains surfaits et de mode (à thèmes faussement éternels ou universels) qui furent académiciens. Parmi ceux qui ont posé leur suprême postérieur sur l’un des fondements (que d’aucuns jugent majeur) de la langue française (ou plutôt de ce qu’il en reste de nos jours), je veux parler d’un fauteuil académique de l’Académie française (car il en est d’autres, d’académies), fauteuil cinq en l’occurrence, j’ai noté celui-ci qui n’est certainement pas le pire : Robert de Flers dont les comédies et les livrets d’opérette sont œuvres mortes. Oui, lui au moins, chercha à faire rire et il n’a fait de mal à personne. Mais ça lui fait bien court l’éternité et l’immortalité.

EN RÉSUMÉ

Vous prenez un faux-dissident (notre époque est remarquable par son taux considérable de toc, toqués et tocards aux commandes), un marchand de Russie « éternelle », un marchand de malheur juif « éternel », un cracheur dans la soupe « éternelle » française, un odieux réactionnaire « éternel » qui semble avoir les pauvres en aversion – le tout en un seul homme – vous touillez à peine et vous obtenez un parfait « français de souche » élu magistralement à l’Acacadémie « française ».

L’un de ceux qui ne se serait certainement pas laissé griser par Assia Djebar en quelque Nouba des femmes du Mont Chenoua.

Les poètes comme Eric Dubois et Edouardo se servent de leurs candidatures à l’Académie pour… chercher un logement et un travail…

C’est amusant, voire pathétique : le « poète contemporain » (deux mots qui pour moi sont plutôt antinomiques), l’ex-slameur (plus slameur que moi, tu meurs! pitié !) Eric Dubois se sert de sa candidature à l’Académie pour… trouver un travail…
http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article9094

Tandis que le « chanteur » Edouardo se plaint d’être logé à Emmaüs… Il cherche donc un logement…

http://www.purepeople.com/article/edouardo-resident-emmaus-et-candidat-a-l-academie-francaise-pour-exister_a172778/1

Et dire que Baudelaire parlait de sa haine envers le domicile fixe…

Cela dit, loin de moi l’idée de me moquer de leur situation, mais Dubois et Edouardo nous répètent par ailleurs qu’ils sont artistes, donc je suppose au moins un peu bohèmes. Probablement je dois retarder, car il est vrai que la notion d’artiste, comme tout le reste, a été dévoyée ; et le public (comme on dit), le public gogo ne connaît plus que des artistes et surtout des faux-artistes friqués ou pour une bonne part subventionnés, donc quasi fonctionnaires. Tous autant faux rebelles. De pseudo-artistes dans l’époque de la décadence.

Ce que j’aimerais c’est que nos deux « artistes » se révoltent. Se révoltent artistiquement parlant. Moi, une bonne partie de ce que j’ai écrit et de ce que j’écris encore fut ou est en réaction à ma situation ou à celle des sociétés. Certes j’ai un toit, un peu de pognon : vu le délabrement de notre pays, l’incompétence et plus encore la dégueulasserie de nos « dirigeants » de tous les bords, je n’ai certes pas le droit de me plaindre, du moins eu égard à la misère économique et intellectuelle qui nous entourent.

Mais dans d’autres domaines je crois avoir pas mal subi, ce que je prends de plus en plus comme une chance (une chance au niveau de l’écriture, de la poésie…), triste chance mais chance quand même. Je ne crois pas aux vertus du bonheur et du confort matériel ou moral dans le domaine de la culture et des arts. Les exemples de l’Histoire artistique sont tellement patents. C’est bien pourquoi je répète assez que, mis à part quelques personnes de valeur, l’Académie est généralement emplie de gens qui au mieux ont été, et au pire n’ont jamais rien été, je veux dire de grand, de noble, de généreux ; d’artiste ; rien de ceux qui réfléchissent intelligemment et élèvent la société des petits hommes et autres homoncules.

Et je dirai même, et ça pourra sans doute surprendre nos « poètes, » que si des media (certes moins prestigieux que ceux réservés à Ogier-le-néant) semblent un tantinet s’intéresser à eux, c’est que tout n’est pas perdu. Artistiquement, je ne sais pas, mais financièrement, je veux dire. Qui sait si un académique généreux, un tout nouvel académicien tel notre Finkie de souche, ne pourrait pas faire un petit quelque chose pour eux. Edouardo veut chanter, qu’il fasse chanter Finkie ! Dubois cherche un éditeur, qu’attend-il pour lui rappeler qu’il est fait du bois des gens « bien de chez nous » ?

Pour tâcher d’expliquer à Dubois et à Edouardo ce que je veux dire, je rappelle qu’Olivier Mathieu lui, constate en se tenant le ventre de rire, en ce moment, l’absence du moindre frémissement du moindre journaliste en sa direction .

Mais Olivier Mathieu, lui, est un « artiste à l’ancienne ».

Par exemple avec sa « Chanson de Cacadémie » publiée il y a déjà une dizaine d’années.

LA CHANSON DE CACADEMIE
par Olivier Mathieu.
 
Que de tracas, qu’Académie
Aura subis pour Robert Pioche
(Candidat importun, ma mie,
Sous ses habits d’éternel mioche) !
 
Et c’est le cas, qu’Académie
Doive changer son règlement
Pour éviter l’épidémie
De cet exemple impertinent.
 
Car quel fracas, qu’Académie
Par crime de lèse-Giscard,
Ait par quelque main ennemie
Voté pour semblable lascar !
 
Pioche braqua – qu’Académie
En tremble encor – sa verte plume,
Cognant gaiment sur son enclume
Les hommes verts déjà momies.
 
Il n’y a qu’à – qu’Académie
Le note bien ! – d’autre façon
Que de héler Gais Sots et çons
Pour sauver la démocratie.
 
On attaqua – qu’Académie
Se le rappelle ! – Abel, vieillard
Avant le terme de sa vie :
Et c’était pas du tout bonnard.
 
Y a du « qu’à… qu’à… » qu’Académie
Devrait savoir quarante fois
Ou quarante fois et demi
L’inverse d’immortel, ma foi !
 
Mettez un K – qu’Académie
L’écrive dans son dictionnaire –
Au mot nouveau : Kakadémie,
Néologisme débonnaire.
 
Comme phonétique enseigna,
Ce n’est point d’un bègue le tic
De dire : qu’A… qu’A… qu’A… qu’A… qu’A…
Et comme tout l’académique,
 
C’est du caca qu’Académie!
Que tous les titis parigots
Ecoeurés par les saligauds
Chantent cette chanson amie,
 
La « Chanson de Cacadémie »
Que Robert Pioche composa
Pour se moquer de l’anémie
Du Grand Caca et cacas qu’A…

3 mars 2016, une pu-CELLE à l’Académie française ?

« Le 3 mars prochain, l’Académie française élira celui ou celle qui prendra place dans le fauteuil 5 laissé vacant par Assia Djebar », lit-on sur Internet… ( http://www.purepeople.com/article/edouardo-resident-emmaus-et-candidat-a-l-academie-francaise-pour-exister_a172778/1 ).

Ou « celle » ?

C’est vraiment très étonnant parce que les candidats appartiennent tous (pour autant qu’on sache) à ce que l’on appelait, dans un passé encore récent, le genre masculin.

Certes, « hommes » et « femmes », ce sont là « de vieux concepts », vous savez, qui ne tarderont certainement pas à être dépassés…

Olivier Mathieu.