J’ai écrit hier que je n’avais pas les paroles de la chanson (assez hamiltonienne) de Kernoa : De David Hamiton, depuis elle a été retrouvée, chantée sur un site de chansons peu courantes qui a un énorme défaut. Oui, il est vraiment dommage que ceux qui tiennent ce site (et qui par ailleurs se disent mélomanes) éprouvent le besoin de gâcher l’écoute des chansons en éructant un « bide et musique » laid et ridicule, comme à la pire des radios, à chaque début et chaque fin de chaque chanson, comme s’ils n’en étaient pas les heureux dépositaires, mais les propriétaires abusifs ; quel respect pour ces chansons rares et très généralement inconnues. D’ailleurs, si elles étaient librement « recopiables », ça serait plus intelligent et ça permettrait aux chansons et chanteurs d’être plus largement connus. On me dit que « Bide et Musique » (au jeu de mot douteux) est une « radio associative » : eh bien, on ne dirait pas ! Mais il y a sans doute du « pognon » à gagner avec de la « pub ».
http://www.bide-et-musique.com/song/14561.html
paroles : J.P. Kernoa ; musique : Y. Gilbert
Tes grands yeux sont à la pluie
Quand ton cœur est à l’automne
Comm’ dans les photographies
De David Hamilton
Une brume indéfinie
A effacé les étoiles
Un des tes seins par défi
Sort de ton corsage pâle
Tes grands yeux sont à la pluie
Quand ton cœur est à l’automne
Comm’ dans les photographies
De David Hamilton
La brume s’est répandue
Dans une abstraite équivoque
Tu regard’s une revue
Qui parle d’une autre époque
La maison semble endormie
Sous un lourd manteau de neige
Sur la table je t’écris
Dans une lumière beige
Le feu dans la cheminée
N’est qu’un rêve qui s’épuise
Et cette fin de journée
Je l’imagine à ma guise
Mais mon cœur est à la pluie
Et ma plume est à l’automne
Comm’ dans les photographies
De David Hamilton
Le réveillon de la Saint-Sylvestre s’est « particulièrement bien passé » selon le Ministère de l’Intérieur, et sans « problème majeur ».
Alors, on se demande pourquoi il a déploré « un trop grand nombre d’agressions ou d’insultes ou de jets de projectiles sur les force de sécurité » qui ont justifié l’interpellation de 454 personnes et 301 garde à vue.
Par ailleurs, il a rappelé que (seulement sans doute) 650 voitures avaient été incendiées, contre 602 l’année dernière !
Une broutille, le train-train quoi !
On aimerait connaître les statistiques pour les grandes villes. Et les autres jours de l’année. Mais pour ça, les journaux ont l’ordre de se taire, ou d’en dire le moins possible.
Voici le dessin d’un certain Charmag, dont je ne sais rien de plus sauf qu’il a un blog sur Internet et que son pseudonyme ressemble à une contraction de Charb-Magazine, si c’est le cas, c’est tout dire ! Charb, celui qui à ses dires, préférait mourir debout que de vivre à genoux ; et qui finalement sera mort assis à une table de presse.
Je ne peux m’empêcher d’ajouter à cette « chose » deux commentaires trouvés sur le site (avec modérateurs et à l’occasion censeurs) du militant de la savate catholique et pourtant persécuté Alain Soral :
___ Même son suicide est » flou » … chapeau l’artiste. On se comprend.
___ Il aurait été trouvé mort, un téléobjectif de 300 mm fiché dans le fondement…double justice immanente… ?
Je me dispense d’en mettre d’autres, du même acabit gluant.
***
En des temps pas si éloignés, aurait-il été normal, moral (oui je sais, ça peut faire rire à notre époque qui marche les pieds au plafond, de parler de morale ou de moralité!), enfin aurait-il été acceptable et accepté de la société des hommes, ou tout simplement aurait-il été sensé et humain (dans le bon sens du terme) que des journalistes, caricaturistes, ou supposés tels, s’abaissent à se moquer (par exemple) de la mort par suicide du chanteur Mike Brant, du peintre Marcus Rothkowitz, ou de l’actrice Marilyn Monroe ?
David Hamilton était un vieux monsieur de 83 ans qui, un mois avant sa mort, disait craindre pour sa vie. Il a été retrouvé mort, avec un sac de plastique sur la tête et avec la porte entrouverte (!), dans des circonstances fort peu claires.
Est-ce donc là toute ladite charité chrétienne, est-ce là la charité tout court que mérite un homme de 83 ans, décédé et qui n’avait été condamné à quoi que ce soit par les tribunaux ?
L’article 225-17 du Code pénal prévoit une peine d’un an de prison et de 15 000 € d’amende à l’encontre de quiconque porte atteinte à l’intégrité d’un cadavre ou se rend coupable d’une profanation d’un tombeau, d’une urne cinéraire, d’une sépulture ou d’un édifice construit à la mémoire de personnes décédées.
Si le délinquant a porté atteinte à l’intégrité d’un cadavre enterré dans le tombeau ou dans l’édifice qu’il a profané, la peine maximale s’élève à deux ans de prison et à 30 000 € d’amende.
Enfin, les peines sont aggravées si l’atteinte au respect dû aux morts est commise parce que le défunt appartenait (ou n’appartenait pas) à une nation, à une race, à une religion ou à une ethnie déterminée. En effet, dans ces cas, les sanctions prévues par l’article 225-18 du Code pénal peuvent atteindre trois ans de prison et 45 000 € d’amende. Le maximum des peines est porté à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 € d’amende si, dans ce cas il y a eu à la fois profanation de l’édifice dans lequel le défunt était enterré et atteinte à son intégrité.
Ces sanctions s’appliquent même si le délinquant supposait que le défunt faisait partie (ou ne faisait pas partie) d’une race, d’une nation, d’une religion ou d’une ethnie déterminée alors que ce n’est pas le cas.
La loi, donc, sanctionne la profanation d’un cadavre ou d’une tombe.
Et quand il s’agit de la mémoire d’un homme?
se trouvent sur le blog EN DÉFENSE DE DAVID HAMILTON
https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2017/01/01/mister-david-hamilton-kahimi-karie-2/
***
Jacques Hustin — La visite (huile)
Les Petites Filles de David Hamilton par Jacques Hustin (1940 – 2009) chanteur (et peintre) belge in album : Le voyageur immobile (1979)
http://audiotut.ru/mp3-album-jacques-hustin-download-5876381.html
ou
http://audiotut.ru/download-music/14652731/jacques-hustin-les-petites-filles-de-david-hamilton.mp3
Dans un coin de campagne anglaise
Avec des fleurs
Les voici rêvant à bicyclette
Un chambre, un lit, une chaise
Et de la douceur
Les voici à l’heure de la toilette
Les petites filles de David Hamilton
Sur ces belles photos glacées
Ont un regard bleu qui ne voit jamais personne
Et ne pensent qu’à leur beauté
Elles ont le sourire timide
Des secrets qu’on a profanés
Et des allures de sylphides
Que l’on voudrait emprisonner
Les petites filles de David Hamilton
Si bien couchées sur le papier
N’ont plus aucune pudeur quand elles s’abandonnent
Ah, mais on ne peut que regarder
En promenade sur une falaise
Cheveux au vent
Les voici comme tombées du ciel
Un jardin, l’été, les fraises
Et les oiseaux blancs
Les voici en voiles et en dentelles
Les petites filles de David Hamilton
Ont les robes de leurs poupées
Des dents de porcelaine et la tristesse de l’automne
On aimerait les consoler
Dans une vie bien trop rapide
Où les rêves sont dépassés
Elles ont redonné l’air candide
À nos désirs inavoués
Les petites filles de David Hamilton
Semblent perdues dans leurs pensées
Comme pour oublier les gens qu’elles passionnent
Et ne pas être à leur portée
{ad lib:}
Les petites filles de David Hamilton…
Jacques Hustin — Musicienne (gouache)
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Mister David Hamilton par Kahimi Karie, chanteuse japonaise née en 1968, in album Larme de crocodile (1997)
https://www.youtube.com/watch?v=ne-TcBXJ8Ws
*
Mr. David Hamilton is photographing me
Down among the lillies, down among the lillies
Shooting with his Hasselblad beneath the willow tree
One foot in the river, I’m bored and slightly chilly
Thursday goes and then Friday goes
And I long to strike another pose
Rain begins to patter on the leaves
Soft focus eroticism, hard photography
Mr. David Hamilton and me
Mr. David Hamilton is photographing me
Like a pervert teacher with his languid creature
Sketching out on adolescent sexuality
When nature longs for culture, culture longs for nature
His big umbrella flash gun goes
He comes to rearrange my clothes
I must make sure that my big legs are seen
Romanticism, classicism, soft pornography
Mr. David Hamilton and me
In the south of France I hear
He keeps a house for waifs and strays
Where teenage girls like me can come and learn
Stay in bed til three o’ clock
Or lounge about with nothing on
He only asks for photos in return
Member of the Royal Photographic Society
Mr. David, really, don’t you think it’s silly?
A tank of liquid nitrogen, a cloud of carbon snow
Just to gild the lilly, just to gild the lilly
But if this lazy suffering
Can bring erection to the lap
Of just one man, it hasn’t been in vain
Mr. David Hamilton is photographing me
Leaves begin to patter on the rain
Sunday goes and then Monday goes
And I long to strike another pose
A cow begins to nibble at my dress
Romanticism, classicism, soft pornography
Mr. David Hamilton, I guess
ET ARTICLES « EN SECONDE DIFFUSION »
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Nous avons le plaisir d’annoncer la prochaine parution d’un livre autour de David Hamilton et des années 1970. Ce livre, petit par le nombre de ses pages, contiendra un texte littéraire de grande qualité, consacré à l’œuvre et aux films de David Hamilton. Un livre édité à peu d’exemplaires et hors commerce, pour notre simple plaisir.
Nous n’excluons pas qu’il soit suivi, un peu plus tard, par la publication des articles que le blog Lequichotte, ainsi que le blog « En défense de David Hamilton », a publiés sur le grand photographe disparu.
Naturellement, notre blog donnera tous les renseignements utiles, en temps et en heure, au sujet de ces ouvrages.
J.P. Fleury.
We are pleased to announce the upcoming publication of a book about David Hamilton and the 1970s. This book, small in number of pages, will contain a high-quality literary text about works and films by David Hamilton. A book published with few copies, for our simple pleasure.
We do not exclude that it will be followed, a little later, by the publication of the articles that the blog Lequichotte, as well as the blog « In defense of David Hamilton », published on the great photographer disappeared.
Naturally, our blog will give all the useful information about these books.
J.P. Fleury.
C’est à lire sur le site EN DÉFENSE DE DAVID HAMILTON
https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2016/12/29/2017-bientot-le-retour-de-maurice-michel-bokanowski-et-de-jean-gilbert-jules-dit-gilbert-jules/
Où l’on voit qu’il ne faut pas confondre le politicien Bokanowski et l’écrivain Nabokov.
cet article se trouve également sur le blog En Défense de David Hamilton :
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David Hamilton a réalisé en 2013, autour donc de ses quatre-vingts ans encore alertes, une série de photographies qui est sa vision du Songe de Poliphile oeuvre célèbre, chez les écrivains des siècles passés du moins, souvent copiée ou recopiée, dont l’original est un joli incunable à xylographes de la Renaissance italienne.
Certaines de ces photos d’Hamilton illustrent cet article.
HYPNEROTOMACHIA POLIPHILI , VBI HV
MANA OMNIA NON NISISOMNIVM
ESSE DOCET .ATQVE OBITER
PLVRIMA SCITV SANE
QVAM DIGNA COM
MEMORAT .
* * *
* *
*
cliché Jean-Philippe Balter
Si tu t’imagines…
chanté par Marcel Mouloudji
https://www.youtube.com/watch?v=fioUpqaQ4Q4
chanté par Juliette Gréco
https://www.youtube.com/watch?v=zcrujIHaNiU
DE L’HISTOIRE LITTÉRAIRE POUR COMMENCER
Qui connaît la Hypnérotomachie de Poliphile, hormis les bibliophiles et vieux écrivains nostalgiques, romantiques à la Nodier, Bertrand, Nerval et aux goûts antiquaires ? « Les ringards », diront les crétins et les médiocres. Pourtant, elle fut oeuvre maintes fois étudiée, copiée, traduite, depuis son apparition au temps de la Renaissance italienne. Née des trois mots grecs hýpnos (sommeil), érôtos (d’Éros), mákhê (combat), la hypnérotomachie est rien de moins que le « combat du rêve érotique », ou le « combat du rêve d’amour » ; celui mené plus précisément par Poliphile : hypnerotomachia poliphili, le combat du rêve érotique de celui qui aime Polia. Polia étant le nom de code, le pseudonyme, le surnom mystère de l’aimée bien terrestre.
Ce que nous vous présentons à suivre, sont quelques extraits de cette Hypnérotomachie ou Discours du Songe de Poliphile déduisant comme Amour le combat à l’occasion de Polia, sous la fiction de quoi l’auteur, montrant que toutes choses terrestres ne sont que vanité, traite de plusieurs matières profitables et dignes de mémoire. Nouvellement traduit de langage italien en françois. A Paris, pour Jaques Keruer aux deux Cochetz, rue S. Jaques. M. D. XLVI.
Jaques Keruer : Jacques Kerver, célèbre imprimeur-libraire d’une famille d’imprimeurs et de libraires. Cette famille Kerver ne serait pas, malgré ses apparences, bretonne mais allemande, de Coblence.
L’auteur présumé de cet ouvrage serait Francesco Colonna ; ceci a été déduit grâce aux lettrines des têtes de chapitres de l’ouvrage qui forment la phrase latine : Poliam frater Franciscus Columna peramavit. « Polia que le frère Francisco Colonna aima intensément » (immensément, très affectueusement ; adora). Les érudits s’accordent plus ou moins pour voir en ce Franciscus Columna un certain Francesco Colonna, un moine prêcheur dominicain vénitien né vers 1433 et mort en 1527 dont on sait très peu de choses. Si ce n’est quand même qu’il tomba follement amoureux d’une certaine Hippolyta de Trévise (qui serait ainsi devenue Polia sous sa plume qui écrivit cet ouvrage en dialecte (sans doute vénitien) mêlé de grec, latin, hébreu et même arabe (pour la première fois semble-t-il en Europe).
Le manuscrit de cet ouvrage aurait été achevé vers 1467, mais il ne fut imprimé pour la première fois qu’en 1499 par Alde Manuce à Venise. Joli incunable dont on attribue généralement les cent-soixante-douze xylographes qui ornent ce roman disons courtois et leste à la fois, ouvrage très original et typique du Rinascimento, rien de moins qu’à Andrea Mantegna et leur gravure sur bois à Giovanni Bellini.
Savoir qui est l’auteur de la présente et première traduction française du Songe de Poliphile (autre titre de ce livre) n’est pas chose aisée. Dans son édition princeps de 1546 (édition dédicacée à un certain Henry de Lenoncourt, un capitaine) Jan Martin, qui était le secrétaire du cardinal Robert II (dit : le Bon) de Lenoncourt et qui se présente finalement comme simple éditeur, évoque « un mien amy » sans autre précision, comme ayant été le traducteur. Mais d’autres éditions donnent comme éditeur Jaques Gohory (Parisien), un avocat, médecin, alchimiste, écrivain, traducteur, érudit du temps, dont il aurait reçu le manuscrit d’une traduction ancienne, des mains d’un chevalier de Malte. D’autres voient dans cette traduction l’œuvre conjointe de Martin et Gohory, ou encore celle du cardinal Lenoncourt seul, ou de Lenoncourt et Martin. Dans la deuxième (de 1554) ou la troisième édition (de 1561), « Jan Martin secrétaire de Monseigneur le Révérendissime Cardinal de Lenoncourt » a remplacé la dédicace par un avis « aux lecteurs » tout différent et plus long ou il évoque encore « un mien amy » comme ayant été le traducteur de cet ouvrage.
En fait de traduction de cette allégorie d’amour finalement, fatalement platonique, il conviendrait mieux de dire : contraction, adaptation, et volonté même de noyer les allusions trop vives ou trop évidentes et crues, en des phrases plus floues et expressions plus parfumées et délicates. C’est du moins ce qui se dit généralement parmi les érudits, mais je n’ai pas pris le temps de vérifier.
De même enfin, incertitude sur les graveurs de ces éditions françaises que l’on dit être Jean Cousin et/ou Jean Goujon.
***
LA HYPNÉROTOMACHIE DE POLIPHILE
PREMIER EXTRAIT
Sous ce pont sourdait une grosse veine d’eau vive, claire et bouillonnante à plaisir, qui se départait en deux petits ruisseaux, coulant l’un à dextre et l’autre à senestre. Leurs rivages étaient bordés de toutes manières d’herbettes qui aiment le voisinage des eaux, comme souchet, nymphée, adiante, cymbalaire, trichomanes et autres. Puis, à l’entour on pouvait voir toutes espèces d’oiseaux de rivière : savoir est hérons, butors, canards, sarcelles, plongeons, cigognes, grues, cygnes, poules d’eau et cormorans.
Outre le pont avait une grande plaine toute plantée à la ligne d’arbres fruitiers, en forme de verger. Les écureuils y sautaient de branche en branche et les oisillons gazouillaient entre les feuilles, si bien que c’était grande mélodie. Le parterre était semé de toutes manières de fleurs et herbes odorantes convenables en médecine, enrosées [arrosées] de si petits ruisseaux qui rendaient le lieu si plaisant, que je pensais lors être aux Îles Fortunées […]
Entre les deux colonnes, dedans le carré [de la belle fontaine] était entaillée une belle Nymphe dormant, étendue sur un drap, partie duquel semblait amoncelé sous sa tête, comme s’il lui eut servi d’oreiller. L’autre partie, elle l’avait tirée pour couvrir ce que l’honnêteté veut que l’on cache. Et gisait sur le côté droit, tenant la main dessous sa joue, comme pour en appuyer sa tête. L’autre bras était étendu au long de la hanche gauche, jusques au milieu de la cuisse. Des pupillons de ses mamelles (qui semblaient être d’une pucelle) issait [sortait, naissait] de la dextre un filet d’eau fraîche, et de la senestre un d’eau chaude ; qui tombaient en une grand’pierre de porphyre, faite en forme de deux bassins éloignés de la Nymphe environ six pieds de distance.
Devant la fontaine, sur un riche pavé entre les deux bassins, y avait un petit canal auquel ces deux eaux s’assemblaient, sortant des bassins l’une à l’opposite de l’autre ; et ainsi mêlées, faisaient un petit ruisseau de chaleur attrempée, convenable à procréer toute verdure. L’eau chaude saillait si très haut qu’elle ne pouvait empêcher ceux qui mettaient leur bouche à la mamelle droite pour la sucer et y boire de l’eau froide. Cette figure était tant excellentement exprimée, que l’image de la déesse Vénus jadis faite par Praxiteles, ne fut onques si perfectement taillée […]
Elle avait les lèvres entr’ouvertes, comme si elle eut voulu reprendre son haleine, dont on lui pouvait voir tout le dedans de la bouche quasi jusques au nu de la gorge. Les belles tresses de ses cheveux étaient épandus par ondes sur le drap amoncelé dessous sa tête, et suivaient la forme de ses plis. Elle avait les cuisses refaites [sic], les genoux charnus et un peu retirés contremont, si bien qu’elle montrait les semelles de ses pieds, tant belles et tant délicates qu’il vous eut pris envie d’y mettre la main pour les chatouiller. Quant au reste du corps, il était d’une telle grâce qu’il eut (par aventure) pu émouvoir un autre de la même manière.
*
Guy Béart : l’Eau Vive chanson du film éponyme, revisitée pour illustrer ces extraits de Manon des Sources (d’après l’œuvre de Marcel Pagnol), en compagnie d’Emmanuelle Béart qui, à cette date (1986), avait déjà tourné Premiers Désirs (1983) de David Hamilton
https://www.youtube.com/watch?v=90nlBZXxbwA
cliché D.H.
***
LA HYPNÉROTOMACHIE DE POLIPHILE
DEUXIÈME EXTRAIT
En la frise de dessous était écrit ce mot [sic] :
PANTON TOKADI.
C’est-à-dire : À la mère de toute chose. 1
Le ruisseau qui sortait de cette fontaine courait entre deux haies de rosiers assez basses et enrosaient [arrosaient] un champ plein de cannes de sucre. Au long de son cours croissaient des artichauts aimés de la belle Vénus, asperges, satyrion, melilot, et chicorée sauvage. Aux deux côtés, y avait des orangers et citronniers, plantés à la ligne, chargés de leurs fruits, les branches pendantes à un pas près de terre, tellement qu’ils étaient ronds et larges devers le bas, le haut montant en pointe à la façon d’une pyramide, et fleurant si très soif que mes esprits en étaient tous recréés. […]
Sur ce, j’ouïs derrière, un merveilleux bruit qui semblait le battre des ailes du Dragon : et par devant un autre, comme le son d’une trompette. Adonc, je me retournais soudain tout éperdu et vis à côté de moi aucuns arbres de caroubes, avec leurs fruits mûrs longs et pendants, lesquels, agités du vent, s’étaient un peu entreheurtés ; par quoi je revins à moi-même et commençais à rire de ce qui m’était avenu. […]
Peu de temps après, j’ouïs venir devers moi une compagnie de gens chantant ; et me sembla bien à la voix que c’étaient jeunes pucelles accompagnées du son de quelque lyre ; par quoi m’inclinais par dessous les rameaux pour voir que ce pouvait être, si bien que j’aperçus cinq damoiselles qui marchaient de bonne grâce, les cheveux liés à cordons de fil d’or, portant chapeaux de Myrte en leurs têtes, avec autres fleurs divinement agencées, vêtues d’un accoutrement de soie à la mode de l’île de Cos.
C’étaient trois tuniques, l’une plus courte que l’autre. Celle de dessous était de satin cramoisi, la seconde de soie verte et la première de toile de coton, déliée comme crêpe, claire et safranée de bien bonne grâce. Ces damoiselles étaient ceintes de carcans de fin or au-dessous des mamelles. Les bracelets étaient de même, qui serraient les poignets de la dernière tunique. […]
Quand elles m’eurent aperçues, tout incontinent s’arrêtèrent et cessèrent de chanter, regardant l’une l’autre sans mot dire, en sorte qu’il semblaient qu’elles fussent ébahies de me voir, comme si ce leur eût été chose étrange et nouvelle ; puis, se joignant ensemble, furent un petit temps murmurant à l’oreille l’une de l’autre ; et, plusieurs fois s’ébahirent de me voir, comme si j’eusse été quelque fantôme. Hélas, je me sentais adonc renverser et remuer toutes les entrailles, comme feuilles battues du vent, car je n’étais encore bien assurée de la peur que j’avais passée. […]
D’autre part, honte me retenait, connaissant que j’étais indignement arrivé en ce lieu qui, par aventure était saint, et en la compagnie des Nymphes, le cœur souillé d’affections mondaines, voire certes par une audace présomptueuse et importune, témérairement entré en région défendue à profanes.
Étant donc en ces grands doutes, une des cinq, la plus hardie, se prit à dire : Qui es-tu ? À laquelle voix fut si surpris de peur et de honte, que je ne sus que dire ni répondre, mais demeurais comme statue à qui parole est interdite. […] Toutes s’approchèrent de moi, disant : Jeune homme, qui que tu sois, notre regard ne te devrait épouvanter. N’aie doute de rien, car en ce lieu ne trouvera que courtoisie. Pourtant parle un petit à nous, et laisse ta peur inutile, disant hardiment qui tu es, et que tu cherches.
Cette gracieuse parole me fit recouvrer un petit de voix, tant que je répondis tout bas : Nymphes divines et admirables, je suis un amant le plus malheureux et infortuné qui jamais naquit en ce monde, car j’aime et ne sais où est celle dont trop ardemment suis épris ; non certes où je suis moi-même. […] Pour Dieu, prenez pitié de moi.
Adonc les belles me voyant en cette douleur furent émues de compassion et me prindrent [prirent] gracieusement par les deux bras pour me relever en disant : Nous savons assez, pauvre homme, et est chose toute certaine, que peu de gens peuvent échapper de la voie par laquelle tu es ci entré.
1 – Pantôn tokadi, mot-à-mot : à celle qui a enfanté de tous.
*
Georges Brassens : Dans l’eau de la claire fontaine
https://www.youtube.com/watch?v=kHeP_DrlXPI
*
LA HYPNÉROTOMACHIE DE POLIPHILE
TROISIÈME EXTRAIT
Certainement je me trouvais en grand plaisir et satisfaction de courage parmi ces parfums et senteurs plus odorants que tous les simples que l’Arabie heureuse saurait produire. Les damoiselles se dépouillèrent et mirent leurs riches vêtements sur le dernier degré qui était hors de l’eau, enveloppant leurs blonds cheveux en belles coiffes de fil d’or. Et sans aucun respect de honte, me permirent librement voir leurs personnes toutes nues, blanches et délicates le possible, sauf toutefois l’honnêteté qui fut par elles toujours gardées.
Leur charnure semblait proprement à Roses vermeilles, mêlées parmi de la neige, dont mon cœur était lors tant ému que je le sentais tressaillir et quasi fendre tant il était surpris de volupté ; car il ne pouvait assez constamment résister aux affections véhémentes qui l’assaillaient de toutes parts. Néanmoins, je m’estimais bienheureux de jouir de cette vision excellente sur toutes autres, laquelle m’embrasait d’une ardeur amoureuse telle que je ne pouvais bonnement endurer. Mais pour éviter à tous inconvénients et pour mon mieux je détournais souventefois ma vue de la beauté tant attrayante.
Et elles qui prenaient bien garde à mes sottes manières et contenances par trop simples, en souriaient de grand plaisir, tirant leur passe-temps de moi dont [sic] j’étais le plus aise du monde, comme celui qui désirait leur complaire en tout et par tout pour acquérir leur bonne grâce.
***
Léo Ferré : Petite.
https://www.youtube.com/watch?v=MjWmD9gHBTI
Anecdote qui ne me semble pas être vraiment hors-sujet. Il y a peu d’années, une certaine Annie Butor, belle-fille de Léo Ferré (i.e. fille de sa deuxième femme) a publié un livre de souvenirs où il est souvent question de Ferré, mais cherchant par bien des exemples à le rabaisser ; certes tout homme a ses défauts, tout artiste perdu dans son monde n’est pas nécessairement facile à vivre au jour le jour, ni un saint. Mais ce livre avait la particularité de donner des précisions disons mesquines ou pour le moins curieuses du genre : c’est ma mère qui terminait les chansons de mon beau-père pendant qu’il dormait ; Ferré ne m’a jamais reconnue (semblant oublier qu’elle avait été fort logiquement reconnue par son père naturel du temps où il fut marié avec sa mère) ; la Jolie Môme de la chanson, c’est moi ; et mieux encore : il a eu des vues sur moi, etc. (affirmations reprises comme autant de paroles d’évangiles par les media). En fait, la raison profonde de cette attitude semble bien être le fait qu’elle ne fut jamais associée, malgré son désir et ses chicanes, à la succession de Ferré et qu’elle eut même quelques déboires avec le compagnon des vingt dernières années de la vie de sa mère Madeleine, qui se serait accaparé « indûment » des meubles du temps de la vie bretonne de Ferré qui appartenaient à cette dernière. Bref une basse histoire de pognon et de très juteux héritage qui lui est passé (fort légalement) sous le nez. De la rancœur, de l’aigreur.
Cliché J.-P. B.












