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BERTHE SYLVA

18 janvier 2022

Berthe Sylva, pseudonyme de Berthe Faquet (1885-1941)

On n’a pas tous les jours vingt ans, chanson de Léon Raiter, musique et Fernand Pothier (1935)

L’atelier de couture est en fête
On oublie l’ouvrage un instant
Car c’est aujourd’hui qu’ Marinette
Vient juste d’avoir ses vingt ans
Trottins, petites mains et premières
Ont tous apporté des gâteaux
Et Marinette, offrant le porto,
Dit, joyeuse, en levant son verre

On n’a pas tous les jours vingt ans
Ça nous arrive une fois seulement
Ce jour-là passe hélas trop vite !
C’est pourquoi faut qu’on en profite
Si le patron nous fait les gros yeux
On dira « Faut bien rire un peu !
Tant pis si vous n’êtes pas content
On n’a pas tous les jours vingt ans ! »

Le patron donne congé à ses petites
Et comme le printemps leur sourit
A la campagne, elles vont tout de suite
Chercher un beau petit coin fleuri
Dans une auberge, en pleine verdure,
Elles déjeunent sur le bord de l’eau
Puis valsent au son d’un phono
En chantant pour marquer la mesure

On n’a pas tous les jours vingt ans
Ça nous arrive une fois seulement
C’est le plus beau jour de la vie
Alors on peut faire des folies
L’occasion, il faut la saisir
Payons-nous un petit peu de plaisir
Nous n’en ferons pas toujours autant
On n’a pas tous les jours vingt ans !

Tous les amoureux de ces demoiselles
Sont venus le soir à leur tour
Et l’on entend sous les tonnelles
Chanter quelques duos d’amour !
Passant par là, prêtant l’oreille,
Un bon vieux s’arrête en chemin
A sa femme, en prenant sa main,
Lui dit « Souviens-toi ma bonne vieille…

On n’a pas tous les jours vingt ans
Ça nous arrive une fois seulement
Et quand vient l’heure de la vieillesse
On apprécie mieux la jeunesse
De ce beau temps si vite passé
On n’en profite jamais assez…
Et plus tard on dit tristement
On n’a pas tous les jours vingt ans ! »

***

trottin : jeune apprentie

petite main : personne employée à des tâches subalternes

première : employée de « talent » supérieur

***

Les Roses Blanches (1926) de Léon Raiter, musique et de Charles-Louis Pothier

C’était un gamin, un gosse de Paris

Pour famille il n’avait qu’sa mère

Une pauvre fille aux grands yeux rougis

Par les chagrins et la misère

Elle aimait les fleurs, les roses surtout

Et le bambin tous les dimanches

Lui apportait de belles roses blanches

Au lieu d’acheter des joujoux

La câlinant bien tendrement

Il disait en les lui donnant:

C’est aujourd’hui dimanche

Tiens ma jolie maman

Voici des roses blanches

Toi qui les aimes tant

Va, quand je serai grand

J’achèterai au marchand

Toutes ses roses blanches

Pour toi jolie maman.

***

Au printemps dernier le destin brutal

Vint frapper la blonde ouvrière

Elle tomba malade et pour l’hôpital

Le gamin vit partir sa mère

Un matin d’avril parmi les promeneurs

N’ayant plus un sou dans sa poche

Sur un marché, tout tremblant le pauvr’ mioche

Furtivement vola des fleurs

La marchande l’ayant surpris

En baissant la tête il lui dit:

C’est aujourd’hui dimanche

Et j’allais voir maman

J’ai pris ces roses blanches

Elle les aime tant

Sur son petit lit blanc

Là-bas elle m’attend

J’ai pris ces roses blanches

Pour ma jolie maman.

***

La marchande émue, doucement lui dit:

Emporte-les, je te les donne

Elle l’embrassa et l’enfant partit

Tout rayonnant qu’on le pardonne

Puis à l’hôpital il vint en courant

Pour offrir les fleurs à sa mère

Mais en le voyant, tout bas une infirmière

Lui dit: Tu n’as plus de maman

Et le gamin s’agenouillant

Dit, devant le petit lit blanc…

C’est aujourd’hui dimanche

Tiens ma jolie maman

Voici des roses blanches

Toi qui les aimais tant!

Et quand tu t’en iras

Au grand jardin, là-bas

Toutes ces roses blanches

Tu les emporteras.

***

Frou Frou, de Hector Monréal et Henri Blondeau (1930)

La femme porte quelquefois
La culotte dans son ménage
Le fait est constaté je crois
Dans les liens du mariage
Mais quand elle va pédalant
En culotte comme un zouave
La chose me semble plus grave
Et je me dis en la voyant

{Refrain:}
Frou frou, frou frou par son jupon la femme
Frou frou, frou frou de l’homme trouble l’âme
Frou frou, frou frou certainement la femme
Séduit surtout par son gentil frou frou

La femme ayant l’air d’un garçon
Ne fut jamais très attrayante
C’est le frou frou de son jupon
Qui la rend surtout excitante
Lorsque l’homme entend ce frou frou
C’est étonnant tout ce qu’il ose
Soudain il voit la vie en rose
Il s’électrise et devient fou

{Refrain}

En culotte me direz-vous
On est bien mieux à bicyclette
Mais moi je dis que sans frou frou
Une femme n’est pas complète
Lorsqu’on la voit se retrousser
Son cotillon vous ensorcelle
Son frou frou
C’est comme un bruit d’aile
Qui passe et vient vous caresser

{Refrain}

Leonetto Cappiello

1899

From → divers

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