Aller au contenu principal

DE L’ANNONCE FAITE À FLAVIE

19 janvier 2018

 

fragment du Triptyque de l’Annonciation de Rogier Van der Weyden (1430-1435)

J’étais en train de me demander si David Hamilton n’était pas mort de son art.

Quelle découverte direz-vous ? Au premier abord, j’ai l’air d’exprimer une évidence, une banalité des plus communes. Presque une galéjade. Pourtant…

Poussons un peu l’analyse.  Certes, il est mort à cause de l’une de ses propres photographies de jeune fille, qui par ailleurs a toute une histoire et qui pourrait résumer la pauvre vie de Flavie Lecanu jusqu’à nos jours, et son ratage psychologique présent et haineux, manifeste et mortifère (du moins pour David Hamilton).  

Mais à y regarder mieux, ce qui est encore plus manifeste, c’est que cette photo n’est pas du tout une photographie provocante ou « sexy », ou délurée. C’est même tout le contraire. Une retenue totale, un regard tristounet et en même temps émerveillé sur le devenir d’une jeune fille. Une méditation sur la femme et l’éphémère.

Bien évidemment tout à l’inverse des publicités fluorescentes et généralement vulgaires et trop fardées de la revue OK! dont Flavie Lecanu a occupé — je ne sais par quelle grâce particulière, enfin, si, j’ai ma petite idée, mais je me la garde — plusieurs fois, plusieurs pages, pendant plusieurs années.

C’est une photographie qui pourrait finalement se rattacher à la tradition religieuse occidentale des peintures et des fresques de certaines madones tristes et fragiles de « l’Annonciation faite à Marie ». Austères et simples à la fois, dépouillées dans leurs sentiments d’inéluctabilité. De ne pouvoir échapper à leur nature même.

Certes ici, je délaisse Gabriel, le second personnage, l’annonciateur, l’homme de Dieu, voire l’homme-dieu (gbr-l). Et je m’attends bien volontiers à ce que rie grassement, vulgairement, cette masse glauque des courageux anonymes d’Internet qui verraient dans l’Annonciation autre chose qu’une simple allégorie. Notre époque est basse.


Fragment de l’Annonciation de Fra Bartelomeo (1497)

Certains diront encore que David Hamilton est mort par où il a péché. Moi, je dirai : par où il a pêché. C’est dans la tradition séculaire de l’Art occidental et plus généralement européen. Qu’y a-t-il pêché ? Certainement pas de la médiocrité, de l’absence d’art et de la vulgarité contemporaine comme le brame, à corps et à cris, la pauvre Poupette, médiocre personne bien de son temps, incapable de penser plus haut que le sexe, le sien ; et dont le livre La Consolation est une aberration psychologique totale, un déni de qui fut en tant qu’être humain David Hamilton.

Mais pouvait-on attendre autre chose de cette petite Poupette, de cette Poupinette ; que peut-elle y comprendre, elle qui semble avoir effectivement un gros problème avec le sexe, avec un sexe très libéré, et qui semble tout ramener à ça ? Sinon massacrer le sacré, tout semblant d’élévation de l’âme. De la fréquentation du catéchisme, n’a-t-elle sans doute retenu que l’hypocrisie jésuitique. Vingt à trente ans de fréquentation d’un milieu aussi tordu que celui des media, des paillettes, du faux, du toc, du spectacle avilissant, des « cher ami, je t’embrasse » et des « après l’un, l’autre », l’a malheureusement marquée à jamais du sceau de la perversité, pour ne pas dire de la perversion mentale.

Elle voit une photographie triste d’elle, j’ai été violée en conclut-elle, et par celui qui l’a faite; ça frise la folie. Et le plus fou dans tout ça est certainement son thérapeute irresponsable et dangereux lui-même qui, au lieu de l’apaiser, en a fait une virago haineuse de ladite cause des femmes. Elle n’a pu être « violée » que par l’ancien, l’antique, le vieux-jeu, le ringard, le laid. Sa haine de la vieillesse et des « pas beaux » est palpable en autant de pages de La Consolation.

fragment du Triptyque de l’Annonciation de Jehan Bellegambe (1516-1517)

La question finale que je pose est : mais, si à la place d’une jeunette sans fard, la tête penchée, le sourire triste (éléments du style hamiltonien), la photographie avait été une photographie banale tout sourire, en partie dénudée, racoleuse, « sexy » de notre époque de bassesse, que serait-il arrivé à David Hamilton ?

Je réponds : rien.

C’est pourquoi je dis que David Hamilton est mort de son art, de son esthétique. De son conservatisme anti-moderne et à l’écart.

De même ne se serait-il rien produit si le « vieux photographe » eût été un « jeune éphèbe », tant bien même ce dernier eût-il, lui et lui seul, été un violeur tangible et affirmé.

J.-P. F.

From → divers

Commentaires fermés