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Le néo-féminisme ambiant, ah oui, c’est « épocal » !

20 janvier 2018

Publié le 20 janvier 2018 par defensededavidhamilton

Tandis que le blog « En défense de David Hamilton » a désormais environ 300 visites par jour en moyenne.

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La chasse aux sorciers.

Malgré la tribune publiée par Le Monde et où de nombreuses femmes, de nombreuses artistes, de nombreuses actrices prenaient position contre le climat de « chasse aux sorcières » (et, je le répète, je préfère pour ma part parler de chasse aux sorciers), malgré aussi les déclarations  de Catherine Deneuve ou de Brigitte Bardot (aucune de ces deux actrices de cinéma ne fait pourtant partie de mes actrices préférées), on n’a pas parlé d’autre chose que d’Harvey Weinstein et d’agressions sexuelles, semble-t-il,  aux Rendez-Vous parisiens. Mais il est vrai que des journalistes ont accouru des quatre coins du monde…

L’actrice Marion Cotillard citée par la presse, me rapporte-t-on, a parlé d’une « révolution nécessaire ». Curieux monde que celui où ce seraient des actrices à décider des révolutions « nécessaires » et de celles qui ne le seraient pas.

Cher Guy Debord, comme il aurait souri au spectacle – à la comédie du spectacle – de tout cela!

 On a donc appris que l’actrice Marion Cotillard ne se reconnaît pas dans la tribune publiée par le Monde. Grands Dieux, c’est son droit le plus strict… et, je pense, personne ne lui demande de s’y reconnaître.

Maintenant, quand cette actrice parle de changement d’époque qui bouleversera le monde, voilà des termes qui font sourire, venant d’une actrice. Outre que personne n’a de boule de cristal, on voudrait rappeler à cette dame le nombre de personnages historiques qui, en leur temps, ont annoncé des bouleversements épocaux (***) … qui n’ont jamais eu lieu. Il serait sans doute bon  de conseiller à Marion Cotillard quelque prudence dans ses affirmations de ce genre. Il me semble qu’elle prenne un peu ses désirs pour des réalités.

Blague à part, on constate donc que des actrices continuent à commenter des déclarations d’autres actrices, d’autres animatrices de téloche, d’autres dames… Rien de forcément mal à tout cela, mais il est toujours amusant de voir des actrices déclarer que les déclarations d’autres actrices (celles qui ne pensent pas comme elles…) seraient « inacceptables ». Je peux dire de n’importe quelle opinion que je ne la partage pas, ou que je la trouve fausse, mais je ne peux pas dire qu’elle soit « inacceptable ». Je ne peux pas contester à qui que ce soit d’avoir l’opinion qu’il veut (à condition qu’il use de la même bienveillance envers moi). Il y a des gens qui pensent que la Terre est plate. Je peux trouver ça ridicule, ou drôle, mais je n’ai pas à juger de ce qui serait « acceptable » ou « pas acceptable ». Et si je dis que l’opinion de l’autre est « inacceptable », je coupe court d’avance à tout débat.

Marion Cotillard déclare que certes, il y a  des accusations d’agressions sexuelles qui sont des accusations mensongères, mais « la plupart des fois, il s’agit de faits réels ». Diantre! Comment fait-elle pour le savoir?

Certes, elle affirme avoir été (elle aussi…) « molestée », mais comment fait-elle pour juger de la véracité de faits présumés arrivé s(ou pas) à d’autres personnes? Quelle merveille! A quoi sert la police? A quoi servent les enquêteurs? A quoi servent les juges? A quoi  servent toutes ces personnes chargées en principe, dans une démocratie, de distinguer le vrai du faux? Alors qu’il suffit (peut-être) d’appeler Marion Cotillard qui sait, donc, que « la plupart des fois, il s’agit de faits réels ».

En ces temps de « libération de la parole », Marion Cotillard parle un peu de tout et de tout un chacun, par exemple de Woody Allen. Elle ne tournera plus de films avec lui, dit-elle. Bon, comme je n’ai jamais vu un film de Woody Allen ou un film avec Marion Cotillard, je survivrai à cette nouvelle. Mais le fait que X ou Y ne tourne plus avec Woody Allen ne me démontre pas la culpabilité de Woody Allen. Même si personne ne voulait plus tourner avec Woody Allen, il n’aurait pas encore été condamné à être brûlé, guillotiné ou écartelé en place publique.

Une autre actrice, Juliette Binoche (celle-là m’était sympathique dans quelques films d’il y a  très longtemps) a dit des choses un peu plus pondérées, me semble-t-il. Mais quand Juliette Binoche (elle aussi « molestée » au début de sa carrière) distingue entre la séduction et le viol, et même si elle a naturellement raison, on voudrait comprendre où, dans la tribune du Monde, cette  (évidente) distinction n’aurait pas été prise en compte…

Pourquoi enfoncer cette porte ouverte? Pourquoi chercher à faire croire que Catherine Deneuve et ses co-signataires ait jamais, même e loin, cherché à légitimer le viol?

De deux choses l’une: si quelqu’un lit la tribune de Catherine Deneuve et pense que cette tribune se livre à une apologie du viol, ou bien ce quelqu’un ne sait pas  le français, ou bien c’est un imbécile, ou bien c’est quelqu’un d’une parfaite mauvaise foi.

En attendant, ce qui se passe actuellement en France n’est pas, à mon sens, un « débat ».

J’appelle débat un moment où tout le monde pourrait parler: les hommes, les femmes, les féministes d’une génération antérieure, les féministes actuelles, et aussi, pourquoi pas, les pas féministes du tout. Ma maman, professeur d’Université dans trois pays d’Europe, titulaire de trois doctorats et de divers prix scientifiques internationaux, qui parlait dix-sept langues, est décédée sans avoir jamais été féministe, mais – même si elle n’a jamais été molestée – c’était elle aussi une femme qui a souvent fait des choses pour d’autres femmes (il y a même eu un article dans le journal « Elle », au début des années 1960, pour le dire).

En d’autres termes, non seulement les femmes qui ne sont pas féministes (j’en connais beaucoup) ont droit à la parole.

Devraient surtout avoir droit à la parole, à leur tour, les femmes qui N’ont pas accès aux médias, les femmes qui N’ont PAS de journalistes sur leur carnet d’adresses, les femmes qui NE sont PAS actrices de cinéma, les femmes qui N’ont jamais fixé  rendez-vous avec Harvey Weinstein dans une suite d’hôtel hollywoodien, les femmes qui N’ONT jamais voulu devenir actrices, les femmes dont PERSONNE ne parle.

Les femmes du peuple (pour employer une expression qui fera sourire, mais j’assume), les femmes du peuple qui ont été molestées, et aussi celles qui ne l’ont pas été, devraient avoir droit à la parole. Autant si pas davantage que les starlettes.

Or, la société française d’aujourd’hui plagie misérablement – comme toujours – la société américaine. Il y a les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Tout est blanc ou noir. Cela s’explique par des raisons historiques, en ce qui concerne les Etats-Unis. Du puritanisme et du Far West aux lynchages médiatiques, il n’y a eu qu’un pas. On comprend moins bien pourquoi cela advient en France, sauf à devoir considérer, hélas, que la France est désormais devenue une banlieue de New York. Il est vrai que je ne peux plus écouter Beethoven ou Schumann, Vivaldi ou Mozart, sur You Tube, sans que le musique que j’ai choisie ne soit précédée par une pub… en anglais.

Cher Etiemble, comme il aurait souri en entendant le franglais de 2018…

Si l’on n’arrête pas rapidement cette chute verticale de la pensée en France, on arrivera à un monde où les gens, avant d’aller coucher ensemble, enregistreront leur consentement sur quelque app, une application de leur téléphone portable. Adieu à la poésie, au romantisme, à l’imprévu, à la séduction!

Si l’on n’arrête pas cette folie, on verra naître dans cette société démocratique (ou présumée telle) des tentatives de censure à l’égard des grands artistes d’hier, de Nabokov à David Hamilton en passant par Balthus, et il y en a beaucoup d’autres.

Si l’on n’arrête pas cette folie, on peut dire adieu à la liberté sexuelle comme à la liberté artistique, autrement dit à la liberté tout court.

Ce serait en effet, comme dit cette actrice, un sacré « changement d’époque »…

J’ai même bien peur qu’on soit déjà en plein dedans.

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Note.

J’écris « épocal » au sens du mot italien, largement utilisé en italien, epocalehttp://dizionari.corriere.it/dizionario_italiano/E/epocale.shtml     ).

From → divers

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