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David Hamilton et la Société du Spectacle

20 janvier 2018

Publié le 20 janvier 2018 par defensededavidhamilton

« Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant »

(Guy Debord)

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La presse française est une grande presse. J’apprends qu’Alain Delon aime les chiens: quand ce sera l’heure (pour lui), ce sera aussi l’heure pour son chien. Un animaliste…

J’apprends que Laeticia veuve Hallyday est « dévastée »: elle doit rentrer de Saint Barth à Los Angeles (moi, quand ma mère est morte, je n’avais pas un sou et je suis rentré dans un appartement de vingt mètres carrés  dans la banlieue, j’étais en pleine forme).

J’apprends que Camille Lacourt (sais pas qui c’est) et Alain Delon voudraient vivre une dernière histoire d’amour (c’est chouette de ne pas devoir payer pour insérer une petite annonce dans un site de rencontres).

J’apprends que Miss France 2018 ne veut pas se réconcilier avec son père (c’est intéressant)…

En revanche, nous sommes en janvier 2018 et aucun de ces prodigieux journalistes de ces prodigieux organes de presse n’a encore songé à se demander le pourquoi et le comment de la mort de David Hamilton.

« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles », ainsi parlait Guy Debord.

Comme l’a montré Debord, la société du spectacle s’avère comme la cerise sur le gâteau (le gâteau imbouffable) de la société de consommation de 2018. Les spectacles sont toujours plus semblables aux spectacles, les histrions aux histrions, les « animateurs  » aux « animateurs ». Les journaux pipole sont de plus en plus nombreux quantitativement et qualitativement identiques et médiocres.  Les gens n’ont plus conscience de leurs vies, justement parce qu’on leur a imposé de vivre par procuration ( à travers la télévision et le cinéma, entre autres) une fausse existence qui est celle imposée par la société de l’après 1945.

Aujourd’hui, Madame Michu se gave de produits pipole (elle écoute, par exemple, les conversations entre animateurs, sur les plateaux de télé, dont le niveau intellectuel est d’une effarante nullité, et qui suintent tous une vulgarité infinie). Madame Michu est un sujet/consommateur, c’est-à-dire qu’elle n’est plus un sujet, sauf en consommant.  Et notamment en consommant les produits et sous-produits de pitoyables industries socio-culturelles (le cinéma, la télévision, le rock and roll, la « grande « presse).

Tous les dix ans, on change (on fait semblant de changer) de modèles et de stéréotypes.

Aujourd’hui, le modèle de comportement que l’on donne comme à suivre est de toute évidence celui de la femme se souvenant avec parfois dix, vingt, trente ans de retard d’agressions sexuelles qu’elle affirme avoir subies. Cela va encore durer quelques mois ou quelques années.

Ainsi, comme le démontrait justement Guy Debord,  la direction du spectacle (dans le monde capitaliste et néo-capitaliste) coïncide toujours avec son but. Comme un chien qui se mord la queue, le spectacle cherche à se justifier lui-même. Et il transmet une vision plate et uniforme de l’existence, en l’imposant  à la conscience du grand nombre. Rares, rarissimes, ceux qui peuvent lui échapper. Sans doute, dans ma génération (et ne parlons pas de celles qui ont suivi) fus-je le seul et le dernier, puisque n’allant pas à l’école (machine à abrutir) et étant éduqué par une mère qui s’y entendait d’éducation, je n’ai jamais regardé la télévision, ou pour ainsi dire jamais vu un film américain.

En revanche, la pseudo-culture qui a  cours depuis environ cinquante ans se traduit par des manifestations d’uniformisation sous les formes le plus diverses mais, que celles-ci soient politiques (gauche, droite, gauche droite, droite gauche), audio-visuelles, musicales (« musicales », sic), littéraires (« littéraires », sic) – et comment ne pas songer aux mythes des faux rebelles, les « héros » américains et leurs épigones français, qui n’ont servi qu’à installer le conformisme? – on peut dire que le monde moderne a imposé de la façon la plus bureaucratique et totalitaire qui soit  l’aliénation (et on revient ici à Debord révisant Marx)  de l’être humain. On est entré dans l’ère de la vie sans vie.

Et voilà pourquoi les plus grands penseurs de la seconde moitié du Vingtième Siècle (je pourrais citer parmi quelques autres  Amadeo Bordiga, fondateur du parti communiste italien, et très souvent Pasolini; ou encore Guy Debord) ont été si tragiquement peu écoutés (ou mal compris).

A ce titre aussi, David Hamilton était « dangereux » car, photographe qui a vécu à l’époque de la Société du Spectacle, il n’en faisait pas vraiment partie puisqu’il produisait de la beauté. C’était potentiellement un « danger » puisqu’il cherchait à tirer l’être humain vers le haut, non pas à l’enfoncer vers le bas. Et que, pour lui, les mots de liberté, ou de liberté sexuelle, avaient encore un sens – et un sens réel.

L’amour et le sexe, la beauté sont des choses dangereuses pour une société qui, après avoir étêté les intelligences, cherche à aplatir aussi les différences de sexe et à tout uniformiser, à commencer par les comportements, au moyen de l’hyper-technologie.

O. M.

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From → divers

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