Je cite in extenso le billet :
Publié le 24/09/14
[Nantes] —Une regrettable opération de révisionnisme historique est menée depuis plusieurs années par les responsables de la région administrative « Pays de la Loire ». Elle vise à conforter la séparation du département de la Loire-Atlantique de la région administrative « Bretagne», héritée du découpage effectué par le gouvernement de Vichy en 1941.
Cet héritage est à l’origine de la remise en cause et de la modification de nombreux faits historiques : à savoir, en premier, l’identité bretonne du département de la Loire-Atlantique et de sa principale ville Nantes. Ce département est pourtant riche en lieux forts de l’histoire bretonne comme le château des ducs de Bretagne à Nantes et les châteaux forteresses, érigés sur les Marches de Bretagne, de Châteaubriant à Machecoul en passant par Oudon, Ancenis et Clisson. Le département ne serait plus breton mais serait devenu « ligérien », le château des ducs de Bretagne, un château du Val de Loire. Il a fallu qu’en mai 2011 l’UNESCO intervienne pour faire savoir que ce château ne faisait pas partie du périmètre du Val de Loire mais était bien un château de Bretagne.
Aidée par une coûteuse propagande, l’administration régionale s’acharne donc à détruire l’histoire passée du département. Ce qui n’est pas sans rappeler de fâcheux précédents révisionnismes historiques. Il est donc important de réagir à cette débretonnisation, véritable falsification de l’histoire.
Or, jusqu’à ce jour, les historien(ne)s des Universités d’Etat et privées de Nantes, de Rennes, de Brest, de Lorient et de Vannes et les professeur(e)s d’histoire de l’enseignement secondaire sont silencieux. A la différence des géographes, des artistes, il y a aucune mobilisation des communautés universitaire et académique. Ce qui illustre une certaine irresponsabilité sociale et politique de la Cité savante. Mais aussi un faible intérêt de cette même Cité pour la matière historique bretonne.
Yves-François Le Coadic.
Professeur honoraire de Science de l’Information du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). Ancien Secrétaire de la section Sciences, histoire des sciences et des techniques et archéologie industrielle du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS) de l’École des Chartes.
Deux grandes remarques à propos de cet article :
Premièrement.
Comment un historien, certes fonctionnaire (ceci expliquant largement cela) et très certainement distingué, peut faire de l’expression « révisionnisme historique » une sorte d’injure, un élément de dégoût ? Quelle époque vivons-nous ? Tout vrai historien, tout historien qui recherche la vérité ou pour le moins la vraisemblance, la véracité si l’on veut le dire autrement, ne peut être que par nature révisionniste. À défaut de quoi il n’est qu’un vulgaire propagandiste ânonnant le catéchisme que son maître lui dit d’enseigner ou ne cherche que ce qu’il est convenu non seulement de chercher mais de trouver. Et taxe en mauvaise part le contestataire de « révisionniste », de quasi déviant, délinquant de la Pensée.
Tout est toujours révisable et tout doit toujours être révisé. Ici, certains diront pour noyer le poisson que « le révisionnisme, certes, mais qu’à tout prendre ce n’est que de l’hyper-criticisme ». Hyper-criticisme, autre mot pédant et péjoratif qui recouvre pourtant dans la pratique une réalité toute simple : le refus des certitudes et des évidences, ou encore des apparences, même et surtout les mieux affirmées et ressassées comme en autant de pages de missel. Le révisionnisme historique (historique car il existe ou a existé également des révisionnismes politiques, dans le dit marxisme par exemple, et religieux dont un dans le judaïsme) est l’esprit de doute et surtout le refus des idéologies politiques et religieuses. C’est aussi toujours chercher à comprendre qui s’agisse derrière les grands mots, les bons sentiments, les belles paroles, les certitudes consacrées, les traditions rabâchées. L’établi. Dans l’École et l’Université y compris, et même en premier lieu. Il n’y a qu’un type d’Histoire qui n’est pas révisable et jamais révisée : l’Histoire officielle qui relève le plus souvent du mythe (de mythes divers, plus exactement) et de l’hagiographie nationale ou encore du discours des vainqueurs. Les vaincus, et à tout prendre le peuple qui toujours subit, n’ont pas d’Histoire.
Comme d’autres ici et là, je confirme que ce que je sais de l’Histoire (et de la Géographie et plus encore de la Culture) de la Bretagne je l’ai appris en grande partie par moi-même. Il m’a donc fallu sortir d’un silence complice bien établi et fouiner avec curiosité, et il m’a fallu réviser pas mal de lieux-communs concernant notre Bretagne historique. Et ceci, « tout seul comme un grand », ou en compagnie de rares manuels d’auteurs obscurs et dévoués à la bonne cause. Ce que l’École ne m’avait pas enseigné. Et certainement pas l’« école de la république ». Normal puisque cette école a toujours eu en haine ce qui n’était pas au centre, ce qui n’était pas autrefois Versailles puis ce qui est devenu Paris. Paris : « Sodome » comme la nommait le Barde, à juste raison. La périphérie, les périphéries n’étant peuplées, c’est bien connu, que de ploucs attardés, tous de la mauvaise graine réactionnaire.
Secondement.
Je ne parle pas en l’air. J’ai deux enfants qui ont fréquenté une maternelle Diwan en Haute-Bretagne, à l’époque on n’avait pu mettre en place une école primaire (dissentions internes, faiblesse du soutien local y compris parmi ceux qui s’affirmaient haut et fort, associativement, culturellement, politiquement bretons, celtes, etc.). Ce fut donc essentiellement un acte politique pour prendre date (autour de 1980). Il y aurait à dire sur les œillères d’un certain milieu breton, qui contient comme tout milieu militant « qui se respecte », sa palanquée considérable de « cons de militants » bornés (redondance). Mais c’est un autre sujet.
Personnellement, je suis « depuis toujours » pour la réunification de la Bretagne. Mais il ne faut pas tomber non plus dans le tout « gwenn », tout « du » des illusions. La Loire-Atlantique a toutes les caractéristiques d’une marche, Nantes en premier. D’ailleurs il est de nombreux pays ou de nombreuses régions où la capitale se trouve en limite et non au centre de son entité régionale.
La Presqu’île guérandaise est la partie la plus bretonne, on y a parlé breton autrefois, on y parlait encore breton dans quelques villages du côté de Batz-sur-Mer au début (et même peut-être courant) du XXe siècle. Toute la toponymie qui part de la région nazairienne en passant par la Brière est largement empreinte d’éléments celto-bretons.
La bordure Est du département est maino-angevine, il suffit de regarder les maisons pour le sentir. Le reste de la partie nord du département est britto-roman. Des noms comme « le Pays de la Mée », « le Pays Mitau », « la rivière Le Mès », etc. sont là pour rappeler que cette région est mitigée, que du moins elle était mitigée dès une époque ancienne.
Mée, Mitau, Mès ; ces mots, ces toponymes semblent tous provenir du latin « medius, media, medium » (ou d’un dérivé). Si le sens premier de « medius » est « qui est au milieu », un de ses autres sens bien attestés, est celui de « intermédiaire » et de « qui met en relation » (c’est le sens de « medium » en français). C’est en ce second sens qui faut comprendre ces Pays de la Mée et Mitau (mitan, « dans le mitan du lit » dit la chanson, d’un ancien « mediu tantu »). Petits pays qui se trouvent en position intermédiaire, à la marche de deux entités bien affirmées (Bretagne et France, en l’occurrence) ou pour le dire autrement entre Bretagne gallaise et France angevine. En situation « équivoque » ou « ambiguë », ce qui est au final un autre sens du mot latin « medius ». Comme on dirait en français : mi-figue, mi-raisin. Mi-ceci, mi-cela. Donc pas Pays du Milieu, mais Pays Entre. « Entre Loire et Vilaine » dénomme-t-on parfois, de même, tout cet ensemble comprenant la Presqu’île guérandaise, la Grande-Brière et leurs alentours.
Je crois déjà avoir écrit que les langues antiques se caractérisent par l’emploi de nombreux mots à double sens, je ne suis pas le premier à le dire, c’est établi depuis les débuts de la philologie antique. Plutôt que de dire double sens, il faut mieux dire d’ailleurs, à sens ouvert et à sens fermé, à sens confluent et à sens diffluent, unissant ou séparant ; ou si l’on veut encore, à sens positif et à sens négatif, montant ou descendant, s’approchant ou s’éloignant, etc. L’un des meilleurs exemples que je connaisse est le mot latin « altus » qui veut dire, selon le contexte, « haut, élevé » (qui s’étend vers le haut, pourquoi pas jusqu’au ciel) ou « profond » (qui s’étend vers le bas, pourquoi pas jusqu’aux abysses). Ainsi « medius » qui est soit le centre ou ce qui sépare en deux, est présentement ici, ce qui sépare.
Tout ce qui est au Sud de la Loire (Pays de Retz, Vignoble, etc.) est tourné vers la Vendée qui elle-même relève du Poitou. Là aussi, il suffit de regarder l’habitat. Autrefois, les habitants du Pays de Retz appelaient les habitants du Nord de la Loire des « gars bertons ». Le mot est suffisamment parlant. D’ailleurs de nombreux habitants de n’importe quelle partie de la Loire-Atlantique, vieux autochtones pour certains pourtant, je veux dire autochtones depuis plusieurs générations, ont tendance à dénommer « breton » celui qui est là-bas plus à l’ouest, disons à partir de Vannes, ou plus loin encore.
Nantes, comme toute grande ville ou ville moyenne, est de nos jours cosmopolite, mais depuis des siècles par sa population elle est à la fois haute-bretonne et basse-bretonne (certains quartiers nantais parlèrent bretons, il s’agissait de bretons venus travailler à Nantes depuis la Basse-Bretagne, comme il y en eut dans le reste de la Basse-Loire, il n’est que de consulter l’annuaire téléphonique pour s’en rendre compte), et elle est aussi depuis bien longtemps indéniablement angevine (échange par la Loire, en ce sens elle est ligérienne) et également vendéenne (là c’est l’histoire de la chouannerie, par exemple, qui est à considérer).
Remarques annexes.
– Vichy qui a coupé la Bretagne en deux ? Comme quoi la Collaboration ne faisait pas particulièrement les yeux doux aux autonomistes ou indépendantistes bretons. Pourtant, il a fallu batailler dur pour nos aînés au sortir de la Guerre 39-45 pour ôter le côté foncièrement réactionnaire, passéiste, attardé, « folkloreux » du Mouvement culturel breton. Je pense ici à un homme comme Glenmor, le ci-dessus Barde, dont le rôle a été essentiel, et à tous ces anonymes des cercles celtiques et autres bagadou… Au fait, quid de la gauche bien établie et jacobine, en cette histoire de découpage vichyste et de relance de la culture et de la langue bretonnes ? Cette « petite gauche » toujours prête à récupérer quand c’est nécessaire et utile pour gagner des élections. Enfin là je crois, au point où l’on en est (Bonnets Rouges et maintien de la non-réunification de la Bretagne), que les « cathos de gauche » socialos et assimilés ont perdu pour longtemps leur emprise sur la Bretagne. Bonne nouvelle somme toute, de voir régresser les rois des faux-culs toujours lorgnant entre tablier et goupillon.
— « Les historiens des Universités d’État et privées… et les professeur(e)s [sic! ô l’horreur orthographique, nous en reparlerons] d’histoire de l’enseignement secondaire sont silencieux. » Qu’attendre d’autre de fonctionnaires et péri-fonctionnaires tout englués dans leur fiche de paie, leurs traites à payer et le conformisme ambiant, cher professeur honoraire ? Ils sont silencieux et couards comme pour la question révisionniste…
Yann-Ber Bleuñvek, citoyen honoraire (et honorable !).
I
1 – Échec quotidien. Savez-vous ce que c’est, à chaque matin qui se lève, que de toujours avoir en tête trente-six idées nouvelles (ou jugées telles en un demi-réveil), trente-six projets, nouveaux ou à bien mener à terme, à la fois ?! Que dis-je : trente-six épais mémoires de thèse ! Et cela pour le soir qui vient ! Ou même, avec un peu de chance et par un travail titanesque et magique, pour le courant de l’après-midi… Grand bout de nuit studieux oblige… tout en se levant tard !… Le vantard.
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2 – Il y a des gens qui ont l’angoisse de la page blanche ; je l’ai connue uniquement en ma prime jeunesse ; mais chez moi depuis, c’est l’angoisse de la page noire qui me tient et m’étreint. Par certains côtés c’est pire encore : c’est la tentation permanente de l’inachèvement perpétuel (mañana… demain dès matines… ou plutôt demain peut-être) dans l’oubli total que l’on est mortel.
*
3 – Tout vouloir dire, confronter, écrire reviendrait in fine à écrire que l’on est en train d’écrire ; dans le but unique d’exister, de bien se conforter que l’on existe. À rien faire d’autre si ce n’est une Œuvre, bonne ou mauvaise. Que l’on a quelque chose à dire de remarquable (que l’on peut remarquer ou qui – voire, serait unique). Tout en oubliant fatalement de ne rien vivre d’autre.
*
4 – Ah, l’absence de ce fichu « point final » ou du mot « fin » ! Ou pour le moins de « suite au prochain numéro », même si finalement à venir il n’y avait jamais d’autre numéro, de second chapitre ou de deuxième volume. Par manque de temps, oubli, avancée sur d’autres terres non défrichées… Ou tout simplement parce que les idées seront reformulées, ressassées différemment. Ce qui est, côté positif cependant, une forme de constance et de ténacité.
II
5 – C’est dès « la cour de récré », généralement à l’écart, en compagnie de rares originaux de mon acabit, et observant dans mon coin, ou confronté toujours malgré moi à certains qui venaient me chercher, que je me suis rendu compte qu’il y avait pas mal d’abrutis sur Terre.
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6 – On a pu me croire, j’ai moi-même pu me croire timide, introverti ou réservé. Froid et distant. Ou à l’inverse blagueur, ironique, provocateur. Rarement entre deux. Parfois hystérique face à la bêtise provocante. Mais, à voir dès mon plus jeune âge les stigmates de la bêtise et du conformisme collectif sur les visages et dans les yeux d’une bonne partie de mes congénères, c’est l’auto-défense contre leur invasion qu’il faut évoquer. Que dire et que faire quand on sent tout enfant qu’on n’a vraiment pas la même manière de penser ou de se comporter que l’énorme majorité, et que l’on n’a pas les idées courantes ?! Ni routine coutumière, ni grégarisme et fort peu d’esprit de meute.
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7 – Quand on ne pense pas, et à outrance, ce que pense la majorité des autres, voire l’immense majorité des autres de tous bords et en tous domaines, sur tant et plus de sujets, et parfois sur les plus humbles, tenus, invisibles, désuets, discrets ; quand on ne pense pas comme la majorité des gens, on est vite taxé de timide, d’original, de cérébral, plus généralement de bizarre ou de toqué. En gros : de personnage suspect, questionneur, déstabilisant, dérangeant, et avant tout empêcheur de tourner en rond, d’individu pesant à éviter. Trouble-fête et rabat-joie. Pourtant, la loi du plus faible, isolé ou solitaire est souvent la meilleure. Voulue et à la fois, subie ; sans choix véritable, ni rémission.
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8 – On se fait alors tout petit de peur d’être encore plus marginalisé et l’on vit ce qui nous convient en notre for intérieur et l’ailleurs, le plus loin et détaché possible des fors extérieurs : dans le passé, le futur, la poésie. Plus généralement en Pays des Nostalgies ou des Souvenirs. Véritable fort où l’on se fait fort, et fort retranché, de perdurer dans l’adversité par les biais subtils de l’ironie, de la dérision, de l’humour noir et du morbide, du langage inversé et pince-sans-rire, des jeux de mots pour rire jaune et bizarre, à minima des compromis et fors toute compromission.
*
9 – Ainsi, parfois l’on se fait tout gros et l’on se rebiffe criant haut, frappant fort et en tout sens le sens commun et les préjugés, coups d’épée dans l’eau des conventions sociales, coup de lance rouillée aux ailes des moulins des normes établies, tournant toujours vent dominant. Mais sans illusion aucune, si ce n’est en quelque vague rêve passant là comme un nuage. Une flammèche d’espoir. Sait-on jamais, vieux fond de naïveté, quelque souffle fou et inattendu d’un dieu béni…
III
10 – L’hypersensibilité est une terrible maladie intérieure. Qui étrille en permanence. C’est un feu intérieur attentif et curieux. Une arderesse désirante qui taraude. En alerte, toujours. Un vague à l’âme ou un dysfonctionnement du cœur. Enfin, un « haut les cœurs » même s’il est atteint parfois, souvent même de haut-le-cœur. C’est pour tout dire : d’aucun sursum corda.
*
11 – Nietzsche étreignant le col d’un cheval de somme martyrisé et lui bisant le museau : si ce n’est pas de la compassion et faire aumône à la nature, qu’est-ce donc alors ? Et aussi un reniement muet du petit homme du vulgaire dépourvu de sentiments qui chute et déchoit… car il est établi qu’« un comte Nietzki ne doit pas mentir ». S’élever, toujours chercher à s’élever du moins.
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12 – Où est-il ce petit homme, cet anonyme et petit charretier quand Nietzsche demeure et que son bon et beau cheval se fit Bucéphale ou Incitatus le temps d’une étreinte ?
IV
13 – Vivre, c’est repousser la Mort instant après instant. Alors même qu’elle nous est de plus en plus proche, et pour les plus lucides ou attentifs et prévenants : familière et attendue.
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14 – Céline disait quelque chose comme : il y a ceux chez qui la Mort inattendue tombe dessus et ceux qui s’y préparent dix ou vingt ans à l’avance. Il avait oublié ceux qui sont nés ou presque avec cette attente lancinante et quasi quotidienne.
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15 – Ma seule prière est la suivante : Ô Dieux des Arts, laissez-moi achever au moins l’essentiel de ce que j’ai entamé. Écrire le mot « fin » au dernier ouvrage. Et à peine le temps de me coucher, mourir en Bardamu. En politesse délicate avec l’Ankou de ci, la Camarde de là.
***
16 – À quoi bon dire « bonjour », serrer des mains, embrasser des joues, pensais-je depuis mon plus jeune âge, tout à l’heure il faudra se dire « au revoir » et même un jour sans savoir ni où, ni quand, ni pourquoi, ni comment, ne plus jamais se revoir. Et parfois plus vite qu’on ne le croit, brusquement ou (lassitude, fin de malentendus, précarité des sentiments…) insidieusement, sans raison véritable.
*
17 – Cette sensation établie ab juventā m’a toujours poursuivi. L’éphémère des choses et des êtres, et au-delà l’inutilité de tout. J’ai toujours retardé et prolongé les préparatifs, dénigré abattu les post festum et abrégé les adieux. Illusoire. Attaché à la constance des êtres, à la pérennité des choses, des cités et des paysages… À l’immuable en général. Quelque petit fond bouddhiste, hindouiste ou taoïste en cela.
V
18 – L’homme du passé, l’homme primitif, voici les valeureux. Affrontant à corps et à mains nues les éléments, la barbarie guerrière primaire de certains, la mort prégnante. La vie dans toute sa nudité, sa cruauté aussi et sa grandeur indicible. Sa beauté crue et drue. Et pour tout dire : terrible
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19 – Les « œuvres » technologistes sont laides et en règle générale totalement dégénérées car sans un seul ferment naturel, ou de bonne culture, ou d’élan généreux et désintéressé en elles ; du rien à côté de l’art pariétal, des mégalithes et autres ziggourats ou pyramides. Autrefois, quelle volonté inouïe de s’élever avecques rien, des bâtons, des bras, de l’allant… De s’élever pour des riens, rien que pour le geste, geste vers les cieux vains et muets. Un grand brin de folie collective d’alors. Le vrai sacré d’antan.
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20 – L’esclavage de ces temps-là ? Certes, mais que dire de l’esclavage né de l’argent et par le salariat, étayé d’un démocratisme représentatif honteux, creux et crasseux, conforté par la glorification des tares (qui fait poids aux envolées, toujours) et la dictature du nivellement par le bas ?
*
21 – La différence – éclatante et radicale – entre l’art décadent (que certains vont jusqu’à nommer par esprit grossier, pervers et antonyme « art vivant ») et l’Art Vrai est celle qui oppose le gousset et la bourse au cœur et à l’âme. Le trivial et le vulgaire au rare et au sacré, l’abaissement à l’élévation. Le passe-temps futile au métier pressant et prenant. L’accessoire et le badin à la Vie et au vital. La distraction blasée à la passion dévorante. Le néant au talent. Le mensonge à la Vérité. La pensée tordue à la pensée torturée. Le matériel à l’idéel. L’indifférence aux sentiments.
L’esprit fantoche de l’escroc sûr de lui, publicitaire, spectaculaire, qui « fait carrière », « l’intéressant », amasse-pognon « pour s’occuper », assurer bons placements, « divertir ses semblables » à l’esbroufe… à l’esprit artiste de qui, plus réel et tremblant, invisible du monde illusoire, « se réalise » ou « se brise ».
Le ricanement du crétin assuré, bien établi dans le cynisme, l’inculture et la bêtise ambiants, au rire sain et sarcastique de qui n’attend rien, si ce n’est la reconnaissance par quelques pairs. La gaudriole puérile sans qualité aucune, au drame humain et la souffrance.
On ne peut s’y tromper, du moins s’y tromper bien longtemps.
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22 – Fatuité, vacuité sont les flasques mamelles de notre Humanité.
VI
23 – La Bourgeoisie (grande ou petite, majuscule ou minuscule) n’est rien d’autre que… ce qu’elle est… une marie-salope vulgaire et décadente.
*
24 – Je recopie de mémoire le passage d’un sketch des Inconnus :
– Monsieur, monsieur… et les Droits de l’Homme ?
– Les Droits de l’Homme… les Droits de l’Homme… Tu vas voir comment ça va te faire, tout à l’heure, les doigts de l’homme !
*
25 – S’il n’y avait que les arabes et plus généralement les musulmans et autres terriens « primitifs » à pratiquer la circoncision, il y a belle lurette que cette pratique aurait été déclarée contraire aux Droits de l’Homme chéris, au respect dû à l’Enfance et au Libre arbitre. Déclarée illégale par « tous les ennemis de la réaction et des traditions exécrables », cette pratique mutilante sur un innocent serait mise au ban de la société « démocratique et de progrès » et nos bons et généreux législateurs élus en feraient un délit qui serait condamné par ladite Justice. Enfin, à condition qu’elle soit honnête et impartiale.
Que de présupposés !
VII
26 – Combien de gens vides qui « pignochent et vivochent »* en immortels de banlieue ? Ils n’ont pas de vie à construire, de destin à accomplir guidés par l’Idée et au fur de rencontres aléatoires ou provoquées, mais un ennui pesant à meubler en spectateur amorphe et béat du Monde, s’amusant de niaiseries et de pantalonnades tout bien réservées à leur usage.
*
27 – Ceux-là s’imaginent être élus d’un Dieu (unique et pourtant à multiples facettes), ou se voient démiurges des techniques (« progressistes ») ou encore idoles (du peuple ou des peuples ou d’une quelconque secte religieuse, politique, cultureuse…). Leur bêtise généralement mal-veillante et mal-faisante, est à l’instar du néant des gens du vulgaire. Au monde d’Absurdie abasourdi et indigent, la Pensée, la Vérité et la Poésie n’ont pas voix au chapitre.
*
28 – Ils sont nuls pourtant (pour si peu) et devraient être non avenus, adorateurs des mauvais mythes, contempteurs de qui seul s’élève (et s’instruit) et s’élève (toujours plus haut), mais ils persistent et signent et, même dans la mort, cherchent, dictatoriaux ou tyranneaux décadis et convenus (en un seul mot ou en deux, au choix), à nous dominer par le bas et nous inculquer leurs mauvaises manières, leurs mœurs indignes de fin d’Empire.
VIII
29 – Notre époque est vile et basse, le culte du Veau d’Or est l’antithèse d’un désir d’Âge d’Or, la bonne utopie.
*
30 – Ils n’ont que les mots « argent », « technique » et « progrès » à leur bouche édentée et putride qui ment. À leur bouche d’égout qui nous fait tant dégoût. Mais en attendant, quelle est donc la technique du Bonheur ? Et son coût ? Est-il côté en Bourse, se vend-il au supermarché ? Et surtout, où se tient son immanence ?
*
31 – Qui veut bien se rendre compte que la Finance est la putain du Monde humain ? La putain, ou la pouffiasse plutôt, qui dévore les hommes et les ravale aux rangs d’esclaves. Y compris et bien avant tout en démocrassie… Ladite démocratie dite représentative. Mais représentative de quoi donc, au fait ? Sinon de tous les chancres mous humains du Monde !
*
32 – Je ne suis pas le seul à le dire… heureusement ! Mais, le plus grand nuisible est l’homme ; cet animal grégaire et omnivore sans frein aucun qui a reçu des dieux le langage, pour mieux les abominer et pour le malheur de la Terre, sauf aux temps anciens des grands créateurs, des poètes qui firent les langues et les légendes auxquelles ils ne devaient croire qu’à moitié et les mythes sans fard « modernistes ». Et la sainte Écriture. Mais partant, les comptes, les décrets et les cités-états ! Et de même, certains textes religieux tribaux « définitifs » et totalitaires, nuisibles pour nous encore. S’imaginaient-ils, hommes perdus sous des cieux inquiétants, que de leur génie et de leur quête de Sens et de Savoir (et de pouvoir aussi ; humain, trop humain !), allait découler tous nos malheurs ?
*
33 – À tout prendre, les Gaulois avaient certainement raison de se méfier hautement du pouvoir maléfique des mots et en premier lieu des mots écrits.
C’est bien pourquoi une bonne part du corpus (très étroit) de textes gaulois qui nous sont parvenus sont des inscriptions votives sur ardoise, généralement tardives, rédigées par populo ou les jeteurs de sorts mauvais, toutes empruntes d’anathèmes ou d’injures à l’encontre du voisin ou du romain (« Cecos ac Caesar ») jetées aux eaux des fontaines sacrées. Un peu comme nos slogans muraux à la peinture, mais en nettement plus poétique et construit. Et discret !
Sagesse antique des bardes dont il ne reste pratiquement rien, si ce n’est ce conseil de premier ordre, cette règle humaine en creux.
*
34 – Mon plus grand regret finalement ? Celui de ne pas avoir fait partie de ceux qui feront bien un jour parti gagnant pour éliminer le Capital, cette abomination sordide. Et construire du plus beau, du plus humain. Désir, perdu et vain pour moi, d’un pâle sauteur de corde.
Cette abomination qui dès mes treize ans environ me turlupinait au coin des méninges et me rendait tout en marchant, les rues et les champs moins beaux déjà et comme en prison. Prison ajoutée à ces autres prisons que sont la Terre et le Corps.**
À moins que ce Capital ne disparaisse un jour, totalement fondu, oublié, noyé ; la masse des hommes l’ayant quitté pour se tourner vers autre chose de supérieur et de plus humain. À cela, j’ai des doutes, la lutte serait vive ; sera vive mais inévitable. Aucun rêve ici, même si cela met des siècles, et si l’Homme est encore ici, ainsi que la Terre***, toute civilisation est mortelle, comme tout dieu.
*
Note :
* Le verbe « pignocher » n’est pas ici, celui que l’on rencontre dans les dictionnaires ; « qui pignoche, vivoche » dit un dicton de l’Ouest de la France ; soit : qui pleurniche tout le temps (de « pigner, pignouser » : pleurer), vivote ».
** À propos de prison. Autre déconvenue lorsque l’on se rend compte qu’une vraie fusion entre les êtres n’existe pas, n’existera jamais…
*** L’homme tant « savant » que « moyen » est tellement abruti qu’il est parfaitement capable de rendre la Terre totalement invivable et, qui sait, de la faire sauter !!! Par dépit, par gloriole, par fanatisme religieux ou prétendu tel. Je ne crois guère au progrès des mentalités.
* Traduction M. Betz (édition Livre de Poche, 1968):
Zarathoustra répondit : "J’aime les hommes."
– Pourquoi donc, dit le sage suis-je allé dans la forêt et dans la solitude? N’était ce pas parce que j’aimais trop les hommes?
Maintenant j’aime Dieu; je n’aime pas les hommes. L’homme est à mes yeux une chose trop imparfaite. L’amour de l’homme me tuerait."
Zarathoustra répondit "Qu’ai-je parlé d’amour! Je vais faire un don aux hommes.
Ne leur donne rien, dit le saint, décharge les plutôt de quelque chose et aide les à le porter. Rien ne leur vaudra mieux : pourvu que toi aussi, cela te réconforte!
"Et si tu veux donner, ne leur donne pas plus qu’une aumône, et attends qu’ils la mendient auprès de toi!
Non, répondit Zarathoustra, je ne fais pas l’aumône. Je ne suis pas assez pauvre pour cela."
Le saint se prit à rire de Zarathoustra et parla ainsi : "Tâche donc de leur faire accepter tes trésors. Ils se méfient des solitaires et ne croient pas que nous venions pour les combler.
Nos pas à travers les rues ont pour eux un son trop solitaire. Et de même qu’ils s’inquiètent lorsque la nuit couchés dans leurs lits, ils entendent marcher un homme, longtemps avant que se lève le soleil, ils se demandent peut être : "Que cherche ce voleur?"
* Traduction « projet Gutenberg » ; nom du traducteur non cité.
Zarathoustra répondit: "J’aime les hommes." "Pourquoi donc, dit le sage, suis-je allé dans les bois et dans la solitude? N’était-ce pas parce que j’aimais trop les hommes?
Maintenant j’aime Dieu: je n’aime point les hommes. L’homme est pour moi une chose trop imparfaite. L’amour de l’homme me tuerait."
Zarathoustra répondit: "Qu’ai-je parlé d’amour! Je vais faire un présent aux hommes."
"Ne leur donne rien, dit le saint. Enlève-leur plutôt quelque chose et aide-les à le porter – rien ne leur sera meilleur: pourvu qu’à toi aussi cela fasse du bien!
Et si tu veux donner, ne leur donne pas plus qu’une aumône, et attends qu’ils te la demandent!"
"Non, répondit Zarathoustra, je ne fais pas l’aumône. Je ne suis pas assez pauvre pour cela."
Le saint se prit à rire de Zarathoustra et parla ainsi: "Tâche alors de leur faire accepter les trésors. Ils se méfient des solitaires et ne croient pas que nous venions pour donner.
A leurs oreilles les pas du solitaire retentissent trop étrangement à travers les rues. Défiants comme si la nuit, couchés dans leurs lits, ils entendaient marcher un homme, longtemps avant de lever du soleil, ils se demandent peut-être: Où se glisse ce voleur?
En rangeant de vieilles choses des plus diverses, j’ai retrouvé un vieil exemplaire de journal dont voici la une :
J’ai caché le titre de la petite gazette et la question que je pose est :
Quelle est cette feuille de choux ?
Minute-Papillon ? L’Immonde ? Le Bigarreau ? L’Abbé-Ration ? Ou NaSional-Hebdo ?
La réponse demain.
Vote de confiance au gouvernement :
Les pseudo-Verts vont s’abstenir tous en chœur (mais pas en cœur, ils n’en n’ont pas).
Quel courage !!!
La place est trop bonne !…
Pantins ou traîtres ?!
J’ m’ai gourationné (sic) ¡ Qué equivocación !
Comme le fait remarquer justement (i.e. avec justesse) Robert Pioche, j’ai inversé deux références. Ceci d’autant plus facilement que c’est à partir de dictionnaires et non de ma connaissance de l’espagnol (pas assez) et de l’italien (quasi rien) que j’ai écrit cet article.
Ce qui m’intéressait de montrer en passant, c’était comment chaque langue peut transformer un emprunt. Et comment l’occitan en particulier peut piocher à la fois du côté italien et du côté espagnol. Ce qui est d’ailleurs normal vu sa situation géographique intermédiaire.
Personnellement, j’ai la nostalgie d’une France plus méridionale et plus méditerranéenne. Le malheur a voulu que les gallo-romains aient été envahis par la noblesse guerrière franque. Tout en découle, linguistiquement parlant en particulier. Pourtant jusqu’à une époque relativement récente c’est le Midi qui damait le pion au Septentrion. Je pense ici aux troubadours et à l’amour courtois… (« Amour » est d’ailleurs un mot qui est de forme occitane ; pour suivre la logique phonétique du français, on devrait dire « ameur » en français commun, comme on dit « fleur », “flour” dans le Midi et également “fyour” en gallo)… Ou à l’introduction cultivée, en cette contrée d’échanges fructueux, d’algèbre, de médecine, de poésie et de musique arabo-ibères. Pendant de longs siècles, l’université de prestige en France fut celle de Montpellier. Tant et plus y étudièrent. Le tourangeau Rabelais par exemple, y fut reçu docteur en plein XVIe siècle.
En fait, Charles Martel n’a rien arrêté du tout, ni personne à Poitiers, certains eurent bien assez de l’Occitanie. Je ne serais pas étonné que, brassage aidant, un bon nombre de français du Sud ne soient de longue date de sangs mêlés gallo-romain-etc. et arabo-berbèro-ibère. Une « variété » de méditerranéens.
Donc rectifions : c’est en italien que « aumône » se dit «lemosina» et en espagnol que ce mot se dit « limosna ». Juste en comparant les deux mots j’aurais dû voir mon erreur. L’italien a souvent tendance à allonger les mots, ou plus exactement demeure plus conservateur des origines (en tout d’ailleurs, phonétiquement, lexicalement…), quand l’espagnol et bien évidemment le français font plus court. Le mot français, le plus bâtard des trois comme généralement, a perdu entre autres le «l» à la syllabe initiale, a réduit un « al » à « au » ; et l’accent circonflexe du « ô » est tout ce qui reste du « s » étymologique.
En espagnol « dar limosna a alguien » veut dire : « faire l’aumône à quelqu’un ». Littéralement : « donner aumône à quelqu’un ». Cette formule a l’avantage de lever toute ambiguïté. En cette langue, on comprend tout de suite qui fait quoi à qui. On n’a pas besoin d’explication pour comprendre. Il n’y a aucun doute sur le sens de la phrase. Ce qui n’est pas le cas dans l’esprit de plus d’un francophone employant l’expression « faire l’aumône », y compris bien sûr de la part des médiatiques et peut-être même… d’un traducteur.
De nouveau, je vous fais l’aumône… Belle aumône, non ?… Je vous fait l’aumône de mon erreur. Ce qui en espagnol se dit quelque chose comme : « concedo la gracia de mi error (ou : de mi equivocación) a ustedes* ».
Je vous concède la grâce de mon équivocation… C’est-y pas poétique et distingué ?
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Quant à « ustedes », c’est tout ce qui reste de « vuestra merced » que l’on peut traduire par « votre grâce ». Merced, dont le pluriel Mercedes est entré dans la composition de l’un des titres de la Vierge : Maria de las Mercedes, Marie des Grâces, pour donner finalement le prénom féminin Mercedes. Curieuse origine que ce mot « merci » qui vient du latin « mercedem », la forme accusative de « merces » qui avait le sens de «salaire, récompense, solde, intérêt, rapport» mais qui prit tardivement le sens de «prix, faveur, grâce qu’on accorde à quelqu’un en l’épargnant». En français, « mercit » est attesté dans un texte datant de 881 avec le sens de « grâce (faire grâce, gracier), miséricorde, pitié ». C’est le sens qu’il a encore en certaines expressions figées comme : être à la merci de (« estar a merced de », en espagnol), avoir merci de, tenir à sa merci, se rendre à la merci de…
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Petite anecdote (vraie) pour finir. Je me soutiens (fin des années soixante-dix) de l’étonnement ou de l’incompréhension – de l’étonnement plutôt – de deux espagnols dont l’une (si je puis dire) se prénommait Mercedes et qui venait de se présenter à un franchouillard moyen qui crut bon de plaisanter son nom en lui disant : «Mercedes… Mercedes-Benz… hein, hein, hein ! (pas de réaction)… eu-eu-euh !… bon !» Il faut dire à sa décharge que ce dernier était chauffeur routier ; c’était un peu avant qu’il ne devienne professeur dans un lycée professionnel. Les routiers sont sympas ! Et drôles ! Et au fond, c’était peut-être et même sans doute de sa part, un compliment.
Je vois sur le blog de Robert Pioche (c’est ici : http://leblogderobertpioche.wordpress.com/2014/09/12/autour-de-francois-villon-et-de-friedrich-nietzsche/), dans un article évoquant Villon et Nietzsche, une citation de ce dernier : "Oh! Malheur à votre pauvreté, vous les hommes, malheur à votre avarice d’âme!" Pioche sous-entendant que l’avarice de l’âme marche de pair avec l’avarice du gousset. Du moins, c’est ainsi que je le comprends. Ce à quoi un correspondant distingué et érudit académique lui répond par une autre citation : "Non, répondit Zarathoustra, je ne fais pas l’aumône. Je ne suis pas assez pauvre pour cela." (Le Prologue de Zarathoustra).
Je n’ai pas sous la main les deux traductions (en édition de poche) que je connais d’Ainsi Parlait Zarathoustra, je ne peux donc jurer de rien sur une citation, d’autant moins que n’ayant jamais étudié l’allemand, je suis incapable de juger sur l’édition originale que je ne possède d’ailleurs pas.
J’ai le souvenir qu’en lisant en second le plus échevelé, je m’étais répété : traduttore, traditore. J’avais maintenant là sous les yeux pratiquement deux livres différents. Je ne sais pas et je ne saurai jamais lequel était le plus fidèle aux mots, aux phrases, à l’esprit de leur auteur. « Auteur », je pourrais dire « hauteur » tant est haut – et si loin de toute mesquinerie et esprit de parti – ce dernier dans la hiérarchie des vrais auteurs européens et universels.
L’un de ces livres était, est encore empli, je devrais dire parfumé à minimum de lyrisme romantique. L’autre est tout chargé, pour ne pas dire surchargé, boursouflé, submergé de quasi gloses baroques in texto et de fioritures rococo (mais j’aime bien le rococo calqué sur l’exubérance naturelle de nos contrées ou des jungles exotiques et je ne vois dans ce mot aucun côté péjoratif). Je soupçonne juste le second traducteur d’avoir tiré «légèrement» – presque à la rompre en fait – sur la corde non pas tendue entre l’animal et le surhomme, mais sur celle du « poésisme » pour employer un néologisme. D’un presque trop-plein de poésie et d’ajouts de son cru.
Par contre, tout ce que je sais est qu’il ne faut pas confondre «faire l’aumône» ou « faire aumône » et « demander… » ou «recevoir l’aumône» ou alors on tombe dans le contre-sens. Ne nous méprenons pas. Faisons donc maintenant l’aumône de quelques phrases de développement.
Par exemple, sur les routes de France, aux parvis des églises ou encore en quelque terre étrangère, le chemineau Germain Nouveau qui nous a gratifié de jolis poèmes malheureusement trop ignorés (car de fond religieux catholique plus très mode et plus encore tous pétris de compassion, de modestie, d’humilité (tares contemporaines), aux antipodes du mythe faussement flamboyant construit, dès Verlaine, autour de son ancien ami Rimbaud qui avait mal tourné et dont il a sauvé du néant une partie de la courte œuvre), ce poète donc recevait l’aumône de qui voulait bien, généralement un être du peuple, un anonyme un peu moins gueux ou pouilleux que lui.
Ce sont les pauvres qui sont les plus généreux. Les riches, ça se saurait depuis le temps ; ou alors c’est si rare qu’il a nom Mæcenas. D’ailleurs, comme je l’ai déjà écrit, s’ils étaient réellement généreux, ils ne seraient pas aussi riches. Donc, si la traduction est exacte et si je comprends bien – et comme apparemment, le comprend également Robert Pioche – le riche assure une sorte de mise en pratique de l’adage zoroastrien cité plus haut : «Non… je ne fais pas l’aumône. Je ne suis pas assez pauvre pour cela ». Pauvre de gousset (mais pas de cœur). Pauvre de cette pauvreté matérielle qui est à l’opposé de la pauvreté ou avarice d’âme qui elle, est bien l’apanage des plus riches.
Un petit retour étymologique. L’aumône – du grec ecclésiastique « ελεημοσυνη » devenu « elemosina » en latin, « limosna » en espagnol, « esmola » en portugais, « limosina » en italien, «milostenie » en roumain, « elemosina, almosna, etc. » en occitan – dès l’origine a signifié : acte ou œuvre de charité, don charitable fait aux pauvres. L’aumône, c’est « ce qu’on donne aux pauvres pour les soulager » nous rappelle Saint Émile-Maximilien et quelques autres.
Mais pourquoi les soulager ? Ici, c’est une question d’appréciation ou de culture. D’éthique, même.
Soit l’on considère que tout chacun normalement constitué qui demande aumône se dérobe injustement au turbin, se défie et se défile du boulot, dérobe sa vie du tripalium esclavagiste et partant « dérobe l’aumône aux pauvres » (Les pauvres, les vrais pauvres étant tous ceux qui ne feraient pas exprès d’être indigents et auraient le mérite indicible d’être pauvres). Et là, pas question d’être soulagé de quelque menue ou moins menue monnaie.
Soit l’on établit que ce tout chacun a été « mis à l’aumône », réduit à la mendicité suite à quelque événement marquant ou scandaleux (du point de vue de l’idéologie dominante) ou à la suite de toute une série de contingences sociales contraires. Quand bien même ce dernier – je veux dire : le pauvre – pourrait en donner publiquement telle ou telle mauvaise raison, ou jugée ainsi par le commun des hommes. Dans ce cas, soulager matériellement soulage moralement.
Mais je crains fort qu’à notre époque, les supposés généreux donateurs à oursins aux pognes, ne soient, pour parodier D’Aubigné (et au sens propre, qui est en fait le sens malpropre), que des êtres prêts à « faire des aumônes si secrètes que personne ne s’en apercevra ». Pas même le premier concerné, le pauvre lui-même.
Ainsi, parlé-je !
Extraits de l’essentiel d’un article d’Émilie Defresne paru le 10 septembre courant sur medias-presse.info :
Mark Paslavsky, officier américain, chef de guerre dans le bataillon Donbass a été abattu près de Donetsk, le 20 août 2014. Il est pleuré à Kiev comme aux USA.
Remontons rapidement les filières historiques pour comprendre qui est cet homme et pourquoi les milices de Kiev arborent des signes nazis sur leurs uniformes et brandissent des croix gammées. Ces milices sont fidèles à leur héros, Stepan Andriïovytch Bandera né le 1er janvier 1909 dans l’Est de l’Empire Austro-Hongrois et mort le 15 octobre 1959 à Munich. Il fut l’un des fondateurs de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et l’idéologue et chef du mouvement nationaliste ukrainien. Il participa également à la création de la Légion ukrainienne sous commandement de la Wehrmacht.
Stepan Bandera fut avec Stetsko l’auteur de la Déclaration de l’Indépendance de l’Ukraine le 30 juin 1941 à Lviv. Il fut élevé à la dignité posthume de héros national par Vikor Ioutchenko, le prédécesseur de Vikor Ianoukovitch à la tête de l’Etat ukrainien.
En Ukraine il est cependant un héros très controversé. Pour les Novorusses, proches de la Russie qui gagna la guerre contre l’Allemagne, il est au contraire détesté. On comprend ainsi le mur idéologique infranchissable qui sépare la Novorossiya de l’Ukraine de Kiev. C’est l’un des successeurs idéologiques de Bandera, Mark Paslavsky, tout auréolé de l’ancienne gloire du héros, qui vient de mourir en Ukraine, illustration du machiavélisme de la puissance américaine qui sait si bien manipuler les sentiments nationalistes des peuples pour les faire agir suivant ses plans impérialistes.
Mark Paslavsky, en effet, était un officier des Etats-Unis, diplômé de West Point qui a terminé ses jours en Ukraine, à 55 ans, dans les rangs du « bataillon Donbass » au cours d’une opération à Ilovaïsk le 20 août dernier, près de Donetsk. Loin de là, de l’autre côté de l’Atlantique, il est tout aussi regretté […].
Il combattait en Ukraine comme mercenaire animé d’une haine exacerbée contre les Russes. il était le neveu du compagnon d’armes de Stépan Bandera, Mykola Lebed, lequel fut recyclé à la fin de la guerre par la CIA, comme beaucoup d’anciens SS. Il avait fondé sous son égide « un bureau » d’agitation qui supervisait les restes de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne dans les années 50/60, quand la guerre froide battait son plein.
Durant la seconde guerre mondiale, les deux côtés, tant soviétique que nazi, se sont abondamment partagés les atrocités commises en Ukraine. Membre de l’éphémère gouvernement nazi, Mykola Lebed, parmi ses nombreux crimes, organisa le nettoyage systématique de la population polonaise d’Ukraine, il est l’auteur notamment du massacre de Volyn. Parmi ces victimes les Juifs ont la plus grande part. Ces deux générations sont emblématiques du cynisme des promoteurs du Nouvel Ordre Mondial, farouches gardiens de la mémoire de la Shoah, comme chacun sait.
La disparition de Paslavsky marque peut-être la fin d’une époque dont la nostalgie est avantageusement agitée par les USA qui ne semblent pas disposés à la paix […].
Kiev aurait-il l’audace de recommencer les hostilités en plein pourparlers de paix sans les encouragements de Washington ? C’est peu probable!
Malheureusement du côté du Pravy Sektor et autres nazillons, les haines recuites issues de la seconde guerre mondiale sont encore un ressort puissant, assez puissant pour balayer la chute de l’empire soviétique et pour ravager leur propre pays au service de l’étranger, les USA étant alliés désormais de l’Allemagne…
Blason d’un autre bataillon néo-nazi ukrainien agissant dans le Donbass-Novorossia : le bataillon Azov.












