Un coup d’État dans l’Europe de style soviétique. D’abord, en fin d’année 2024, « ils » annulent – alors que les bureaux de vote sont ouverts – les élections que Georgescu était en train de gagner, ensuite « ils » l’arrêtent, lui interdisant de se présenter, puis finalement le laisse se présenter alors qu’il a réuni les 200.000 signatures d’électeurs nécessaires pour pouvoir le faire (il en a même présenté 380.000), puis peu de jours après, « ils » l’excluent même des élections par crainte qu’il ne gagne.

À Bucarest et apparemment dans d’autres villes de nombreuses personnes sont actuellement, de nuit, dans la rue.


Par Oliv Oliv
« Les médias français rapportent [mais pas bien fort] que l’une des plus grandes banques d’investissement privées françaises, Milleis Banques, a été acquise par une société offshore liée à Zelensky. Selon les médias, début février, Maltex Multicapital Corp, l’une des sociétés offshore de Zelensky qui figurait auparavant dans les Pandora Papers, a acquis Milleis Banque pour 1,1 milliard d’euros. L’opération a été réalisée par la société Rothschild, Rothschild & Co, où l’actuel président français Macron a travaillé [sic] de 2008 à 2012. Selon les médias français, l’opération d’achat de la Banque Milleis a eu lieu début février [quelques semaines avant la rencontre Trump – Zelensky]. C’est alors que des informations [bien discrètes] ont commencé à apparaître dans les médias sur la situation précaire de Zelensky et qu’il serait préférable pour lui de « partir immédiatement pour la France… ALORS MANU ! DES EXPLICATIONS ! ».
💣💣💣 UKRAINE : MACRON est devenu FOU. Il faut le DESTITUER !!! 💣💣💣 [J’suis pas content ! #Hors-Série]
Greg Tabibian
À écouter, en particulier les 10,25 premières minutes.
Morceau choisi :
Trump a signé un grand nombre de décrets. Oui, mais ces décrets ne sont pas des lois. Ils ont donc déjà commencé à être annulés par des juges. Le décret contre les paiements “USAID”, par exemple, a été annulé par les juges (républicains) de la “Cour suprême”.
Beaucoup d’autres décrets trumpiens seront encore remis en question. Voire tous. En définitive, combien seront appliqués? A mon avis, zéro ou quasiment zéro. C’est dommage en ce qui concerne ceux, d’ailleurs absolument rarissimes, qui seraient intéressants ou, à tout le moins, partiraient d’une bonne intention.
Les terrains d’application de ces décrets, par exemple, prévoient un délai. En d’autres termes, y compris si un décret de Trump interdit quelque chose, une telle interdiction ne sera nullement mise en oeuvre pendant un ou plusieurs mois. Donc pour tout le temps nécessaire afin que le décret soit annulé. Ou encore, le temps que Trump revienne sur sa décision (comme dans l’affaire, cette fois, des taxes imposées au Mexique et au Canada), ce qui prend en général trois jours.
Voyez l’histoire du traité américano-ukrainien, du marchandage au sujet des “terres rares” ukrainiennes. C’est, d’un jour à l’autre, une comédie du “je signe”, “je ne signe pas”. On se croirait revenu au temps de “Tu veux ou tu veux pas?”, la chanson enregistrée en 1969 par le chanteur et musicien de jazz Marcel Zanini, père de Nabe. Voyez ensuite l’histoire de la bande de Gaza devenue une nouvelle Riviera israélo-américaine, puis le changement d’avis à ce sujet (probablement provisoire, lui aussi) de Trump. Voyez Zelenskyy traité par Trump de “dictateur” puis, quelques jours plus tard, le trou de mémoire – ou quelque chose qui se voulait de l’ironie – du président américain: “Moi, j’ai dit cela”?
Le tout ayant continué par la rencontre Trump-Zelenskyy qui était, je l’ai pensé dès la première seconde, une mise en scène pure et simple.
Trump dit n’importe quoi. Il dit tout et le contraire de tout. Il ne fait pas de politique, il fait de la télé-poubelle. Trump occupe l’espace médiatique. C’est tout. Arrivant à la fin de sa vie, ayant en tout cas refusé de communiquer ses dossiers médicaux, il fait beaucoup de bruit pour rien. Soit il sait que tout ce qu’il dit n’est que du vent. Soit, dans certains cas, il croit ce qu’il dit. Ce serait encore plus inquiétant.
Pourtant, en laissant à part des enfantillages (Trump qui pose devant une carte où a été rebaptisé le Golfe du Mexique, Elon Musk qui veut rebaptiser la Manche), en laissant à part des monstruosités écologiques (abattage ou projet d’abattage de millions d’arbres; reprise de forages pétroliers), en laissant à part des promesses de Tartarin de Tarascon (si arriver sur Mars est possible, en tout cas y vivre ne l’est absolument pas), en laissant à part des gesticulations grotesques et totalement inesthétiques (les “saluts” pseudo-”nazis” de Musk), le programme de Trump, à supposer que ce dernier parvienne au terme de son mandat, sera entravé par les juges américains; il sera interrompu, un jour ou l’autre, par quelque procédure d’impeachment; il sera réduit à zéro par le prochain président démocrate qui sera élu; ou il produira dans les urnes, dès 2026 puis 2028, un rejet total de Trump et un raz-de-marée démocrate, “woke” et féministe.
Je n’ai jamais été un partisan de Joe Biden, de Bill Clinton ou d’Obama. Je préférais Jimmy Carter (je me souviens de lui écoutant un concert à la Maison Blanche du pianiste Vladimir Horowitz, géant de la musique classique). Trump, davantage encore que Biden, accomplit simplement l’oeuvre de tous les précédents présidents blanco-bibliques des Etats-Unis (ils jurent sur la Bible, un geste qui se suffit à lui-même). Obama ou Biden ou Trump, je m’avoue incapable d’indiquer quelque préférence que ce soit.
Quant à Musk, combien de semaines avant une dispute avec Trump, dispute certainement déjà programmée et qui le dispensera providentiellement de devoir échouer à aller sur Mars? Avant d’aller sur Mars, il ferait d’ailleurs mieux de commencer à aller chercher les deux astronautes qui seraient “bloqués”, dit-on, dans une station orbitale. A supposer que toute cette histoire se passe à moitié comme on le raconte, et à supposer que je sois astronaute en orbite, je dois avouer que, en voyant une photo de Musk, j’aurais quelques inquiétudes, personnellement. En plus, vu le nombre d’avions qui ont des accidents, en ce moment, aux Etats-Unis, j’espère que tout se passera malgré tout pour le mieux. D’ailleurs, l’astronaute là-haut dans la station spatiale affirme croire ce que dit Musk. Prudence est mère de sûreté, certes.
Le résultat de Trump (par folie réelle, par folie simulée, par surréalisme pur, ou par mise en scène?), sera d’aboutir à l’exact contraire de son propre programme. Involontairement? Ce n’est pas du tout certain.
Dans le cas de l’Ukraine, après la mise en scène de Washington (la disputaillerie de télé-poubelle avec Zelenskyy), je pense que l’on ira très vite vers une réconciliation entre Trump, l’OTAN et l’Ukraine, dès lors que l’OTAN aura soudain trouvé des sous et que Zelenskyy offrira ce que l’on appelle, d’ailleurs à tort (mais c’est là un autre sujet) les “terres rares”.
Je crains qu’à la fin, Trump ne veuille ou ne fasse la guerre un peu partout, ayant par exemple refusé dans un premier temps les troupes de l’UE en Ukraine simplement pour y installer, un jour ou l’autre, les siennes (ou celles de l’UE sous supervision américaine).
Trump, qui joue la folie, n’est pas fou du tout. N’offensons pas les fous. Traité de fou par la grande presse, ou par les politiciens du parti démocrate américain, il n’est pas fou du tout; mais sous le masque de la folie ou de l’antipathie, il serait parfaitement en mesure de propager la “paix américaine”, ou d’essayer, donc la guerre américaine dans le monde entier. Au plus grand plaisir des politiciens du parti démocrate (qui officiellement n’en porteraient pas de responsabilité directe) et du parti républicain américain, tous pareillement ravis d’une expansion toujours majeure, d’une expansion exponentielle de l’impérialisme belliciste sur lequel les Etats-Unis ont construit leurs si minces siècles d’histoire.
Tout le monde est content. Trump est content, on cause de lui. Zelenskyy, notamment à travers la dispute préparée d’avance pour lui à Washington, s’assure une présence médiatique, éclipse ses rivaux, prépare sa réélection. Macron et les membres de l’UE se prennent pour des chefs de guerre, vainquant brillamment la concurrence des chaînes de youtubeurs et podcasteurs à la syntaxe douteuse, et à grand succès. La grande presse dit, et les micro-milieux “souverainistes” gobent, ou espèrent, que l’Occident se fracture. Il n’en est absolument rien: l’Occident, avec Trump, va de mieux en mieux. Il est en voie de recomposition. Il n’y a absolument aucun tournant de l’Histoire. Juste une trumpisation de la politique américaine et occidentale qui au moins, avec Trump, confesse ouvertement et quasi humblement sa nature de talk show.
On comprend la prudence avec laquelle le président russe, Vladimir Poutine, observe les efforts de Zelenskyy, ou ceux de Macron, qui cherchent à faire croire qu’existerait la moindre brouille entre eux et Trump. Et dire que toute cette vaste blague pourrait en outre se compléter les 8 et 9 mai 2025, à Moscou, par une gigantesque embrassade à laquelle, dans un scénario encore plus festif, et pour que toutes les boucles soient bouclées, on pourrait inviter toute la bande, absolument toute la bande!
Olivier Mathieu. 7 mars 2025.
Voici quelques poèmes écrits entre 2022 et 2025, que j’ai décidé de publier ou republier ici. Certains ont été légèrement revus et corrigés, ils ont donc parfois connu des versions très légèrement différentes. Plusieurs de ces poèmes étaient inédits, jusqu’à ce jour. “Vanessa”, en latin scientifique moderne, est un nom qui fut donné par Johan Christian Fabricius (né le 7 janvier 1745, mort le 3 mars 1808) à un genre de lépidoptères diurnes. La “vanesse” est ainsi un lépidoptère diurne de grande taille, aux ailes dentelées, richement colorées, vivant volontiers sur les arbres, et répandu dans beaucoup de pays.
Le premier poème date de 2024, et a été écrit sur les bords de la Mer noire, guère loin des lieux où mourut Ovide en exil. Je n’ai pas mis de trait d’union à “colin-maillard”, terme employé ici dans une acception érotique (voir, plus loin, une photo du ballet de Mozart, “Les petits riens”). J’ai préféré écrire Colin Maillard, en employant le nom propre Colin, abréviation de “Nicolas”, Colin poursuivant Maillard. Colin, que l’on retrouve dans les épigrammes de jadis, fut avec le prénom féminin Colette le nom porté par maints amoureux des opéras-comiques (cf. “Le Devin de village” de J.-J. Rousseau, 1752). Rabelais, dans “Gargantua”, chapitre XXII, évoque quant à lui les jeux de Colin-maillard et Colin-bridé. Colin-maillard se traduit en italien “a moscacieca” (la “mosca cieca” è un tradizionale gioco da bambini, o da amanti. Un giocatore scelto a sorte viene bendato e, diventato la « mosca cieca », deve toccare chi si muove liberamente all’intorno).
*
JEUX DE COLIN VANESSE SUR LES BORDS DE LA MER NOIRE (2024).
EROTISMO DI VANESSA “A MOSCACIECA” SULLE RIVE DEL MAR NERO .
Moi qui fus plus souvent dehors que dans l’école,
Vanesse, papillon aux rougissantes ailes,
La défense des mains, jeux de Colin Maillard,
Et comme sont jolis nos jeux de cache-cache,
Moi qui sus déchiffrer nos secrets à genoux,
Notre premier frémir, nous en souviendrons-nous?
Car comme il sera bref, le temps des jupes courtes!
Et toi mon cœur vieux grec, romain, slave et germain,
Strates du temps perdu, strates des millénaires,
Vous, nuages d’antan dans le ciel bleu, au vent,
Vous volerez là-bas jusques aux grandes terres.
Telle fut mon Europe en ruines et en rouilles.
Le temps n’a qu’un printemps, le destin qu’un instant,
Sa faux d’acier la mort aiguise sur la pierre.
Jupes courtes, bref temps et je suis là encore,
Moi qui ai aimé tout ce qu’il ne fallait pas,
Brûlant avec les mots, jouant avec le feu,
Mon cœur a pour musée un désert des Tartares
Où sont de pauvres gens, des poètes errants,
Fantômes des clandés des siècles d’autrefois
Et l’odeur de la terre en été, sous la pluie
Et putains et marins. Le second concerto,
Dans le soir, de Franz Liszt. Te voici papillon,
Princesse aux mille ports concaves et convexes,
D’Europe au dernier temps la hanche octogonale,
Camée aux cent couleurs, immanente passante
Qui fleuris au printemps, peu avant ma fanure,
Hasard du coin de rue et dans le ciel les nues,
A l’aube le soleil, ma vie au crépuscule,
Voici ma fenaison tout au tard du destin
Et les strates du cœur, de l’esprit et du corps
Et les yeux enfouis sous tes cheveux au vent.
*
TESTAMENT D’AMANT, VANESSE SOURCIÈRE. Le deuxième poème, “Testament d’amant”, date de 2025.
TESTAMENT D’AMANT, VANESSE SOURCIÈRE.
TESTAMENTO D’AMANTE, VANESSA RABDOMANTE.
Mes amis morts, les ci-devant,
Sont retournés à la poussière
Et ils ne souffrent ni le vent,
Ni la faim dans leur gibecière.
Mon bon chien, et ma vieille mère
Ont goûté à la mort amère.
Les morts heureux, dedans Enfers,
Des pauvres vifs n’ont point mémoire.
Nul d’eux ne sait que les hivers
De gel, de dol et de mort noire
Arrachent les jours à ma vie.
C’est temps perdu jusqu’à la lie.
Et dans le monde du sans-cœur,
Longuement mon cœur agonise
A l’ère du trompe-le-cœur
Et longuement mon cœur se brise.
Et je sais que les crève-cœur
A la fin crèveront mon cœur.
Mes amours au fur de jeunesse
En péripatétique exil
Se sont dissipés en vieillesse
Et j’accepte qu’ainsi soit-il
Si tous m’ont donc laissé tout seul
Gisant au bord de mon linceul.
Je sombre dans la tragédie:
Mes amis miséricordieux,
Quand il advient que je mendie,
Me disent de prier leur dieu.
Mon cœur et mon corps en lambeaux
Finiront demain au tombeau.
Né sous le signe d’abandon
De l’ultime nuit des sorcières,
Que ces vers vous donnent le ton
De la Vanesse tant sourcière.
Nuages sont jeux en mineur
Dedans le soleil en majeur.
Or m’ont abandonné les morts,
Les hommes m’ont voué leur haine
Et les filles aux cœurs blonds d’or
Ne m’ont légué que lais de peine.
Moi qui fus hors-la-loi amant,
Je teste et c’est mon testament.
*
JEUX DE MIROIRS ET DOIGTÉS CÉLESTES. Le troisième poème, “Jeux de miroirs et doigtés célestes”, a pour thèmes, entre autres, les miroirs et les doigtés – l’adresse des doigts dans l’exécution d’un morceau – de fameux pianistes de jadis, Lipatti, Cziffra, Neuhaus, Backhaus, ainsi que Liszt.
JEUX DE MIROIRS ET DOIGTÉS CÉLESTES (2025).
GIOCHI DI SPECCHI E DITEGGIATURE CELESTI.
Voici venir les temps du dernier récital.
Comme les doigts tremblants d’un virtuose intime,
Mes mains sur le clavier arpègent le cristal.
Voici venir les temps du récital ultime.
Je songe à Lipatti, à Cziffra, à Neuhaus
Qui savait qu’il avait cinq jours à vivre encore,
Et je songe au dernier des concerts de Backhaus,
L’accord parfait du cœur, résonance sonore
Du cœur au terminus. Belles, les fausses notes,
Désespoir enfantin, rayonnante passion
Qui à travers les feux follets de Liszt dénotent
La beauté conjuguée en mille variations.
Et je vous lègue, amis, au fin fond du grand erre,
Et l’ébène et l’ivoire en touches de destin,
Mes souvenirs heureux du temps des grandes terres,
Les saisons de l’exil et les miroirs sans tain
D’un voyage incompris, jeux d’échecs et de dames,
Un accord en mineur qui se prolonge en drame.
*
LE CAHIER DÉCHIRÉ DE PIAZZA SANTA CROCE. Le quatrième poème s’appelle “Le cahier déchiré de Piazza Santa Croce”. Piazza Santa Croce est une place fameuse de la ville italienne de Florence.
LE CAHIER DÉCHIRÉ DE PIAZZA SANTA CROCE.
IL QUADERNO STRAPPATO DI PIAZZA SANTA CROCE.
Te souvient-il du temps où nous étions amants
Quand l’esprit se mêlait à la chair impérieuse
Jusqu’au tréfonds du corps, te souvient-il du temps
Des cœurs unis, l’un l’autre, en un seul battement?
Il restera de moi quelques lettres d’amour
Au fond d’un vieux tiroir, et un ruban autour.
Dans les pages d’un livre une fleur embaumée,
Un parfum d’autrefois, un pétale de rose,
Un cahier déchiré, un poème ébauché,
Mais que restera-t-il de moi dedans ton cœur?
Peut-être rien de rien, si tu m’as désappris
Peut-être suis-je entré dans le profond oubli
Où l’on oublie amour, et où mort l’on oublie
Comme amant et amante entrés dedans la ronde
Des temps d’amour et puis des temps de non amour,
Comme emporte le vent aux jours où l’on désaime
Peut-être rien de rien, mon pauvre cœur qui t’aime
Mais que je sois au moins, parfois, un mort qui parle,
S’il te souvient un jour que nous fûmes amants,
Et je t’offre ces vers comme mon testament,
Dans le ciel cimetière aux tombes des étoiles,
Aux éclats de soleil dans tes beaux yeux que j’aime,
Mon cœur viendra saigner en crépuscules pourpres,
Au grand saute-mouton de nuage en nuage,
De la vie à la mort le grand saute-mouton.
*
THÉÂTRE DES OPÉRATIONS AMOUREUSES. Voici un cinquième poème, dont l’inspiration m’est venue en 2022 à l’aéroport de Sofia. Si le “front” désigne le théâtre des opérations belliqueuses (par opposition à l’arrière), ici le titre de ce poème renvoie au “front d’amour”, autrement dit le théâtre des opérations amoureuses.
“AU FRONT D’AMOUR”. THÉÂTRE DES OPÉRATIONS AMOUREUSES.
SUL FRONTE DELL’AMORE. TEATRO DELLE OPERAZIONI AMOROSE.
Un jour de mes vingt ans, ma mère à la fenêtre
M’adressait de la main un geste d’au revoir.
On se dit au revoir pour croire à un plus tard.
Le ciel était soleil et bleu plein de nuages.
Le geste maternel disait qui elle était.
Un beau geste d’adieu et de bénédiction.
De Rome à Caracas, du Mexique en Afrique,
J’ai vécu à Belgrade, à Venise, à Oslo,
A Florence, à Madrid, d’Athènes au cap Nord.
Et voici qu’aujourd’hui je survole en avion,
Pour une fois encore et dans le sens contraire
Ma pauvre vieille Europe aux destins condamnés,
L’Europe qui me semble une Carte du Tendre.
Et voilà qu’aujourd’hui je survole en avion
Les pays d’autrefois de ma pérenne errance,
Cœur à l’amour perdu, comme une âme sans corps.
Je me souviens, des ans passés il me souvient.
J’ai ri et j’ai pleuré, semé des cailloux blancs
Comme pour retrouver, au tomber du rideau,
Les deuils auxquels toujours il m’a fallu survivre
Et le ciel est soleil et bleu plein de nuages.
Le soleil me sourit à travers le hublot
Et la pluie est en pleurs, pleurant les amis morts
Et ceux que jamais plus on ne verra du tout.
Et voilà qu’aujourd’hui je survole en avion
Ma malheureuse Europe aux Empires déchus
Et quarante ans ont fui. Ma mère est dans sa tombe,
Tout au revoir finit en jamais se revoir.
Mais mon cœur a lutté, mais mon cœur a battu
Et mon Europe est un vaste champ de bataille
Et c’est un cimetière et c’est un grand poème.
Et merci à la vie, à mon dernier amour
Qui est aussi l’amour du premier de mes jours
Et merci à la mort, à mon premier amour
Quand viendra donc le temps de partir pour la mort.
Et encore une fois je monte au front de guerre
De l’art et de l’amour, ainsi qu’au temps naguère.
*
SEINS, ORBES CRUCIGÈRES BYZANTINS DANS MA MAIN. Le sixième poème s’appelle “Seins, orbes crucigères byzantins dans ma main” (2024). Le vers “Sur des plages de nacre où la grand mer s’endort” renvoie encore à la Mer noire. Les “globes impériaux” évoqués ici sont certes une allusion érotique à des seins, mais également aux orbes, dits “orbes crucigères” quand ils portent une croix, qui renvoient à l’Empire byzantin (“Et de Brest à Moscou, de Berlin à Byzance”: Byzance se trouve exactement entre la Mer noire et la Mer Egée). L’orbe impérial symbolise la volonté de tenir le monde dans sa main.
SEINS, ORBES CRUCIGÈRES BYZANTINS DANS MA MAIN (2024).
SENI, GLOBI CRUCIGERI BIZANTINI NELLA MIA MANO.
Dits aux temps d’autrefois, avant la vie amère,
Ce soir je me souviens de ces mots à ma mère
Quand le destin semblait un kaléidoscope:
“Maman, je deviendrai – tiens! – Empereur d’Europe”.
A travers mon Europe aux Empires illustres
J’ai sillonné sans fin, pendant plus de dix lustres,
Par les jours de soleil et par les jours de bruine,
Ce pauvre continent réduit en champ de ruines.
Dernier carré fantôme, Européen volant,
M’a emporté le vent et j’ai volé au vent.
Où que je sois, partout, l’Europe est ma banlieue,
C’est le lieu de mes bans qu’en bottes de sept lieues
J’ai rompus en riant, et m’en souvienne-t-il:
Les jeunes filles ont l’âge de mon exil.
Les gais sots m’ont bandit, les hommes m’ont banni,
Interdit de séjour, mis hors-la-loi, proscrit
Mais moi, précipité des cimes d’Empyrée,
Le flambeau j’ai saisi aux lumières moirées
Et là-haut, dans le ciel, au gré de mes voyages
J’ai reconstruit l’Empire en reflets de nuages.
Et de Brest à Moscou, de Berlin à Byzance,
Combien d’amis sont morts et que d’amours d’errance,
Que d’atouts décisifs surgis hors de ma manche
Entre ici et là-bas, Mer noire et Arromanches.
Jusqu’au dernier trépas du dernier lendemain,
Et en chaque pays je tins entre mes mains,
Sur des plages de nacre où la grand mer s’endort
Les globes impériaux qui sont faits de chair d’or,
Ailes de papillons tout au long de mes ans
Pleins du pourpre horizon des beaux soleils gisants
Dans le cri déchirant des hautains albatros.
Vanesse, mon empire est l’empire d’Eros.
Texte de tous les poèmes: Olivier MATHIEU.



*
Pour les plus jeunes ou non férus d’Histoire de la triste Quatrième république, Alcide Guy Mollet fut le secrétaire général de la SFIO, Section Française de l’Internationale Ouvrière, sic, qui n’avait rien du tout d’ouvrière, de 1946 à 1969. Député-maire d’Arras de 1945 à 1975, accroché comme un morpion au pouvoir, il a fallu qu’il meure pour qu’il disparaisse de la politique ; ou plus exactement de la politicaillerie. Il a été plusieurs fois ministre d’État dans les années d’après-guerre. Et même président du Conseil en 1956/1957, où en bon socialo colonialiste il a entretenu la guerre en Algérie comme pas un ou comme pas deux ; et où il a été à deux doigts d’ouvrir une seconde guerre en Égypte, en compagnie des britanniques et des israéliens, lors de la nationalisation du Canal de Suez par le grand homme d’État égyptien Nasser.
(Rien de nouveau en 2025 chez les socialos – y compris macronistes -, qui se repaissent encore et toujours d’être les larbins attentifs et dévoués des bellicistes anglo-saxons et génocidaires sionistes!)
Ce Guy Mollet est une caricature de « socialo » magouilleur et plus encore belliciste, dont la dernière des préoccupations était le sort de la classe ouvrière et autres gueux. Le prototype même de l’escroc « socialo » abject, du temps des Trente Glorieuses… et plus encore.
ELECTION (27 MARS 2025).
L’élection académique du 27 mars 2025 approche. Certes, une élection à l’Académie peut toujours être reportée à une date ultérieure. Mais pour l’instant, telle est la date fixée.
POINT GODWIN.
On trouve ici ou là, sur Internet, des gens qui, souvent anonymement, me décrivent comme un “candidat néo-nazi”. Je voudrais rappeler quelques toutes petites choses, élémentaires.
J’ai dit, redit et répété que je n’étais pas néo-nazi. Dans plus d’un de mes livres, je me déclare ce que je suis: anti-néonazi. Je l’ai dit aussi dans plusieurs entretiens avec la presse. Je l’ai écrit, depuis environ trente ans, dans un grand nombre de mes romans. L’un des chapitres de mes mémoires, parus en 2018, a pour titre: “Néonazisme, ignominie”.
Je dois être un curieux “néo-nazi” si je répète depuis trente ou quarante ans, dans la presse, dans mes livres, ne pas être néo-nazi et avoir le mépris le plus complet pour les néo-nazis.
Dans son “Vocabulaire pratique en sciences sociales”, Alain Birou rappelait que “nazi” est une contraction de NATI-SOZI, abréviation de national-socialisme. On a mis “nazi” à toutes les sauces. Elsa Triolet parlait de “pré-nazis”. Tous les préfixes ont été mis à cette sauce.
Certes, nous vivons une étrange époque. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, vient de traiter Zelenskyy de “pur nazi”. Sergei Lavrov est l’un des plus éminents ministres de la Russie et ne peut manquer d’ignorer que l’Union soviétique stalinienne était l’alliée, au moment où elle a attaqué à revers la Pologne, de l’Allemagne nationale-socialiste. Le personnel politique ukrainien actuel, pour sa part, ne manque jamais de traiter le président russe, Vladimir Poutine, de “nazi”. A la fin de 2024, Zelensky affirmait que “Poutine est le vrai nazi d’aujourd’hui”.
La guerre russo-ukrainienne serait donc un combat entre “nazis”? J’ai du mal à me retrouver dans tout cela.
Zelenskyy vient de faire un voyage aux Etats-Unis pour y rencontrer Donald Trump, dont les hommes de confiance, Elon Musk et Steve Bannon, se livrent sur scène (jamais le mot de “scène” n’a été plus approprié) à des gestes qui se voudraient probablement des “saluts nazis”. Ce sont à tout le moins des caricatures de “saluts nazis”. Pour les adversaires de Musk, ce serait là des “saluts nazis”. Sait-on que, dans l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale, était également en vigueur le salut militaire “classique” (la main droite, les doigts serrés et la paume visible, portée à hauteur de la tempe). Si Musk faisait un tel salut, la main à la tempe, serait-il accusé d’être “néo-nazi” parce qu’il imiterait un geste qui fut également utilisé dans l’armée allemande de l’époque du Troisième Reich?
Le président Vladimir Poutine serait “le vrai nazi d’aujourd’hui” selon l’Ukraine, tandis que Zelenskyy serait “un pur nazi” selon la Russie. Je laisse à chacun de décider, en son for intérieur, si les deux sont nationaux-socialistes, ou un seul des deux, voire – c’est ce que je suis enclin à penser – aucun des deux. Des historiens, des sociologues, des journalistes se disputent. Le salut d’Elon Musk serait, selon certains d’entre eux, “nazi” et, selon d’autres, “pas nazi”. Chaque civilisation et chaque société ont les débats qu’elles méritent…
Si l’on transpose tout ceci au Proche-Orient, rien ne change: Israël accuse fréquemment le Hamas, ou l’Iran (pays lié par divers traités à la Russie), d’être “nazis”. L’Iran et le Hamas accusent Israël d’être “nazi”. On comprend quel est le commun dénominateur du monde moderne. Milosevic, Saddam Hussein, Kadhafi, Georg Bush et tous les “puissants” du monde moderne, tous – absolument sans exception – ont été traités de “nazis” par quelqu’un. Ou encore, se sont traités mutuellement de “nazis”. Dans tous les pays, dans tous les milieux politiques, il s’est toujours trouvé quelqu’un pour donner du “nazi” à quelqu’un d’autre.
Joe Biden a accusé en 2024 Donald Trump d’utiliser la rhétorique de l’Allemagne “nazie”. Dans les réunions électorales trumpistes, on a vu des images représentant Joe Biden grimé en “nazi”. Boris Johnson, le ministre britannique des affaires étrangères, a été jusqu’à comparer (c’était en 2017) François Hollande à un commandant d’un camp “nazi” de prisonniers pendant la seconde guerre mondiale. Un journaliste russe, Vladimir Soloviev, a traité (en 2024, sur les ondes de la télévision de son pays) Emmanuel Macron de “nazi”. Est-il besoin de dire que de telles comparaisons étaient et sont manifestement absurdes, et démontrent une totale ignorance historique?
Staline ou les milieux staliniens, au début des années 1950, donc lorsque Staline était passé au concept de “socialisme national”, étaient eux aussi textuellement traités de “néo-nazis” par bien des ouvrages, des sociologues, des milieux politiques. Dans toute pissotière qui se respecte, on lisait il y a quelques années, notamment au moment des Guerres du Golfe, des inscriptions du genre de: “Bush=SS”. Cela me rappelle les graffiti “CRS=SS” qui proliféraient comme des moisissures, j’en ai été témoin direct, sur les murs de la Faculté des Lettres de Paris-X Nanterre, en Mai 1968. Le monde moderne, à l’évidence, et depuis longtemps, très longtemps, manque complètement et de culture, et d’imagination. Et profère des énoncés absolument faux, simplistes et totalement offensants.
Je dis tout ceci, n’étant pas manichéen, avec d’autant plus de facilité que je n’ai pas davantage de sympathies pour Biden que pour Trump, que je ne vois aucune différence fondamentale entre eux et que ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec l’un que je suis d’accord avec l’autre.
Si quelqu’un se souvient d’Amanda Gorman, “la plus jeune poétesse dans l’Histoire des États-Unis”, choisie pour réciter un texte lors de l’investiture de Joe Biden, je me borne à dire que j’ai une autre conception de la poésie (mais il est vrai qu’aujourd’hui, tout le monde se croit et se dit poète) et de la politique. Je n’aurais pas davantage envie de vivre dans une société constituée par les émeutiers du Capitole que par des poétesses comme Amanda Gorman, en d’autres termes dans une société dont les idoles seraient Soros ou Musk, Zuckerberg ou Bill Gates. Tout cela, de Biden à Trump, est un cirque médiatique. Ce sont des pitreries de clowns. La médaille du monde moderne est une médaille qui a deux revers. Partout, ce n’est qu’agitation désordonnée et attitudes outrancières. Pas une once de talent. De plus en plus triste, la “comédie du spectacle”!
On a assisté pendant la campagne électorale américaine à de pseudo-débats entre MM. Biden et Trump, l’un et l’autre s’accusant de gâtisme. Outre que s’en prendre à quelqu’un pour son âge, ou pour ses facultés mentales amoindries, est un manque d’élégance, quiconque a encore un peu d’honnêteté intellectuelle devrait admettre tout simplement que ni Trump, ni Biden, ne sont tout jeunes. Ni, m’est avis, en très bonne santé. Les partisans de Trump savent-ils à quoi ressemble leur chef lorsqu’il n’est pas lourdement maquillé et n’a pas le visage littéralement peinturluré d’autobronzant orange?
Et Kanye West? Kanye West est-il, lui aussi, néo-”nazi”? Ce “rappeur” afro-américain vend désormais, dit-on, des t-shirts ornés de croix gammées. Ou se promène dans les rues avec. Mais qu’importe l’habillement de cet individu? Le “rap” me fait horreur, le gossip aussi, aucun “rappeur” ne m’intéresse, ni d’ailleurs aucune personne arborant des “t-shirts”, que ceux-ci portent des symboles néo-”nazis”, anarchistes, communistes ou néo-quoi que ce soit. Mais au pays des cow boys (en français, “garçons vachers”), tous les épisodes démontrent que cette époque est celle du cirque.
Juger le monde en termes opposés de bien et de mal, par exemple prendre parti pour Trump contre Biden, ou pour Biden contre Trump, c’est blanc bonnet et bonnet blanc. A force de vivre dans un monde de plus en plus uniformisé par Internet, par la presse, par la technologie, les personnes sont confinées dans le dualisme et n’ont plus d’avis. Ou elles sont toujours du même et unique avis.
Personne ne sait plus rien. Notamment en histoire. Et pourtant, l’apparent rapprochement actuel entre les Etats-Unis et la Russie (que semblent découvrir les savants journalistes) n’a rien d’étonnant ni de nouveau, si l’on songe aux relations politiques et commerciales, fondamentalement bonnes voire excellentes, entre ces deux pays depuis la fondation des Etats-Unis, jusqu’à leur alliance pendant la seconde guerre mondiale, en passant – par exemple – par la vente que la Russie fit de l’Alaska aux Etats-Unis. La période de la Guerre froide a été davantage – en apparence – une période de confrontation entre les deux blocs. Mais une confrontation qui, dans les faits, se traduisait toujours par le partage géographique de l’Europe, par sa vassalisation, et la multiplication des bases américaines.
Les chefs d’Etat de “l’Union européenne”, effarés par la perspective de se retrouver abandonnés par les Etats-Unis, prétendent vouloir la paix mais ne cessent de déclarer vouloir armer et réarmer. Trump prétend vouloir la paix. Quelle paix?… Une “Blitzfriede”, comme disait Alfred Fabre-Luce? «La Conférence de Munich se déroule avec une rapidité stupéfiante. On attendait un Blitzkrieg ; on assiste à une Blitzfriede.» *
Qui vivra verra si, contrairement à ce qui se passa en 1939 lors de la déclaration de guerre par la France et l’Angleterre à l’Allemagne hitlérienne, déclaration de guerre suivie par la première incursion militaire (qui, pour qui l’ignorerait encore, fut effectuée par la France sur le territoire allemand), on pourra éviter l’extension du conflit.
Mon idée est que, si quelqu’un doit gagner quelque chose en Ukraine entre Trump et Poutine, une telle victoire sera provisoire. En revanche, si un continent risque de nouveau la défaite complète et pérenne, ce sera cette expression géographique appelée “Europe”, et il en sera ainsi tant qu’elle ne sera pas politiquement unie, tout en restant respectueuse de ses différences, de ses langues et de ses traditions. Et tant qu’elle ne reniera pas le capitalisme, le néo-capitalisme, l’économisme, en bref l’antique vénération de ce Veau d’Or, idole que l’on adorait jadis, nous enseigne la Bible (Exode, 32) au pied du Mont Sinaï. Mais avant tout cela, il faudrait que l’Europe existe. L’Occident semble quelque peu secoué par les affirmations, généralement aberrantes (notamment d’un point de vue écologique), incohérentes, contradictoires ou immédiatement démenties de Trump. Mais qu’importe le sort de l’Occident, si l’Europe ne tire pas les leçons de l’Histoire? D’ailleurs, pour commencer, il faudrait que l’Europe existe.
Dans l’univers du Point Godwin, celui de la comédie du spectacle (dont je n’exclus nullement que l’on vienne d’assister à un épisode lors des disputailleries entre Zelenskyy et Trump), le prochain épisode du triste feuilleton de la modernité pourrait être celui de tout le monde copain copain avec tout le monde, et embrassons-nous, Folleville.
LES EPOUVANTAILS.
J’en reviens à l’Académie et à cette élection du 27 mars 2025, au troisième fauteuil, en remplacement de M. Jean-Denis Bredin.
Ici encore, c’est le Point Godwin. Il se trouve des gens pour me qualifier de “néo-nazi”. Or les néo-nazis me répugnent et je ne cesse de le dire et de l’écrire depuis quarante ans. Les néo-nazis, fort souvent, boivent de la bière à flots. Pas moi. Je suis végétarien et ne bois pas d’alcool. Les néo-nazis ont, fort souvent, la nuque rasée. Pas moi. J’ai porté, dès mon enfance, les cheveux très longs, parfois jusqu’à la ceinture (pas comme un “hippie”, mais comme un page de la Renaissance). Les néo-nazis, très souvent, sont couverts de tatouages. Moi pas. Je déteste les tatouages. Surtout quand ils sont d’une abominable laideur. Les néo-nazis sont souvent couverts de tatouages en anglais, ou braillent des “chansons” en anglais, ou aux titres anglais, ou portent des accoutrements de marques aux noms anglais. Pour ma part, je n’ai jamais appris l’anglais, je n’ai jamais subi la moindre leçon d’anglais, je me suis toujours refusé et refuse de parler anglais. L’impérialisme linguistique anglo-américain est émétique.
“Néo”, préfixe emprunté au grec, a servi autrefois et sert encore aujourd’hui à composer des termes didactiques et en particulier, en philosophie, à désigner des écoles se rattachant, ou prétendant se rattacher à des écoles antérieures, qu’elles continuent ou croient continuer. Au vingtième siècle, la prolifération du préfixe “néo” a été simplement effrayante. J’aurais tendance à dire qu’une société, quand elle ne produit plus aucune nouveauté vraie, multiplie les néo-ceci et néo-cela. Une telle mode donne lieu à des créations lexicalisées dans d’innombrables domaines et donc à de nombreuses créations idiolectales: néo-capitalistes, néo-libéralistes, néo-darwinistes, néo-lamarckiens, néo-malthusianistes, néo-nazis. Louis Aragon voyait des néo-”nazis” dès 1952 quand, dans “Le Neveu de M. Duval”, il évoquait le “réarmement, périlleux pour la paix, la sécurité de la France, d’une Wehrmacht néo-nazie et agressive”. Tant de “néos” donnent une indigestion. Toute cette avidité publicitaire pour la prétendue “nouveauté”, tout ce culte pour la “nouveauté” d’un monde moderne de consommateurs serviles où tout se dit et se croit “nouveau”, depuis les yaourts jusqu’à la “Nouvelle” Droite, la “Nouvelle” Gauche, la “Nouvelle” cuisine, les “Nouveaux” “philosophes”, tout cela est pathétique. Ce qui est et se veut nouveau ne vaut rien.
Tout pareillement, est pathétique la volonté évidente d’apeurer les masses non seulement avec les fantoches néo-”nazis”, mais encore avec le monstre du Loch Ness, ou avec les cailloux dans le ciel qui ont une probabilité égale à presque zéro de tomber sur la Terre dans des dizaines ou des centaines d’années, mais auxquels la “grande presse” consacre tous les jours des articles apocalyptiques. Nous vivons en effet au sein d’une société fondée sur l’apocalyptique, dans une redite infinie de la catastrophe que serait une fin du monde, décrite depuis “L’Apocalypse de saint Jean”, le dernier livre canonique du Nouveau Testament, jusqu’aux délires variés de l’histoire, de la littérature et du journalisme contemporains. L’humanité aime à se faire peur. “L’apocalypse” est l’un des meilleurs moyens, pour les puissants, de maintenir leur contrôle sur les masses.
La vraie nouveauté est le caractère de ce qui n’a jamais été vu ou n’est pas encore connu. Ce qui serait nouveau, ce serait notamment de cesser d’employer des mots à mauvais escient, et donc de traiter tout le monde de “néo-nazi”. Moi, en art notamment, j’ai été davantage attiré par l’archaïsme et, par exemple en poésie, par l’imitation et le prolongement de la manière et des procédés des œuvres anciennes.
Les néo-nazis ne continuent strictement rien. Les néo-”nazis” sont un néant absolu. Les néo-”nazis” sont des néo-riens. Les néo-”nazis” sont des conformistes soucieux d’appliquer la lettre de règles dont ils ne savent rien, et qui exigeraient une subtile délicatesse d’interprétation dont ils sont strictement incapables. On pourrait en dire autant de tous les “néo” quoi que ce soit.
Il y a quelques années, dans un excellent article de Solène Vary (“Zone critique”) consacré à mes candidatures académiques, j’ai déclaré ce qui suit: « J’ai fréquenté des milieux d’extrême droite et d’extrême gauche parce que je suis curieux d’esprit, parce que je peux fréquenter un milieu sans m’imbiber de sa connerie comme l’éponge s’imbibe d’eau, parce que la vie est brève et que c’est donc ma seule occasion de faire un tour d’horizon à peu près complet. »
DES “DIABLES” PARFAITS?
Les néo-nazis que j’ai connus étaient tous d’une stupidité infinie. Tous sans exception. Je le répète ici. Depuis des dizaines d’années, je les fuis comme la peste. Ils calquent leurs attitudes, leurs manières, leurs propos non pas sur des attitudes, des manières ou des propos ayant existé, mais sur les idées totalement fausses qu’ils s’en font. Les néo-”nazis” sont des marionnettes, des épouvantails, des mannequins vêtus d’oripeaux. Le “néo-nazi” est un diable parfait, sur une planète où les principales religions modernes, et les religions laïques aussi, croient ou disent le monde gouverné par le “bien” qui s’opposerait à un autre principe, quant à lui appelé “mal”, outil du “démon” ou du “diable”. Ainsi, “Satan” corromprait le “bien” voulu par “Dieu”, et introduirait le mal et le péché dans l’univers. Il est édifiant que des milliards d’humains croient à de telles insanités…
Au moins, le diable serait un être surnaturel et rusé, représenté jadis par la tradition populaire sous un aspect repoussant. Que l’on se rassure, les néo-”nazis” n’ont rien de surnaturel. Ce sont les plus naturels des crétins. Ils ne sont pas rusés, tout au contraire. Et je doute aussi qu’ils aient un corps noir et velu, des cornes sur la tête ou des pieds fourchus, sinon – qui sait? – dans les fantasmes de leurs adversaires. Les intellectuels néo-”nazis” sont ridicules. Je fuis leur inculture, leur simplisme, leur nullité, leur grégarité. Tout comme je fuis l’inculture, le simplisme, la nullité, la grégarité de tous les milieux, sans la moindre exception.
Je suis un solitaire, un stylite. On devrait admettre que je fais un drôle de “néo-nazi” (sic). Sauf pour ceux qui, ne sachant rien de moi, n’ayant jamais lu une ligne de moi, sont suffisamment mal informés, voire volontairement malhonnêtes, pour me traiter de “néo-nazi”. A moins qu’ils ne soient d’une humilité rarissime. Puisque j’ai écrit des centaines de fois tout le mal que je pense des néo-nazis, ceux qui me traitent de “néo-nazi” avouent ainsi qu’ils disent n’importe quoi, qu’ils m’accusent à tort et à travers, qu’ils ne m’ont pas lu voire, tout carrément, qu’ils ne savent pas lire.
Je ne suis “néo”-rien. Evidemment, précisé-je, je ne suis pas davantage “d’extrême droite”. Je l’ai déclaré, il y a une vingtaine d’années déjà, dans un entretien de deux pages que j’avais accordé au journaliste d’extrême droite Michel Marmin, dans les colonnes du magazine d’extrême droite “Eléments”. Je suis vraiment un bizarre “militant d’extrême droite” si je déclare, dans un magazine d’extrême droite, ne pas être d’extrême droite.
Olivier Mathieu.
*Blitzkrieg : guerre éclair ; Blitzfriede : paix éclair
Ce dimanche au soir d’un vide aux quintaux,
Le Soleil râlant sur de vieux ventaux,*
Un presque printemps perdant ses manteaux,
Calme désert brun, ferme ses linteaux.
Le chevalet clos des yeux s’en va tôt,
Tableautin perdu des rêves gâteaux ;
L’Océan lointain se teint pur gâte-eaux :
C’est l’heure déjà d’enclaver Watteau.
Le Ciel se déchire en morceaux épars,
Se replie à l’Est où il sombre et part,
S’extasie à l’Ouest, fait d’instants actifs.
Dans ce frais moment de vents trop distraits,
Le sol se dilue à nos pas abstraits
Qui fondent perdus comme esprits furtifs.
*variante : raclant quelques vieux ventaux
Blanche Gardin
“Certains génies ne sont pas formés, portés, soulevés par l’époque qui les produit. Ils s’opposent à l’époque et leur force est précisément dans leur inactualité”, écrivait André Gide en 1925. Quinze ans plus tard, en 1940, il précisait de nouveau dans son “Journal”: “C’est seulement dans ce qu’elle a d’inactuel que la pensée peut demeurer valable; dans ce que les circonstances, si adverses qu’elles soient, ne peuvent ni ne pourront modifier”. Voilà des propos qui mériteraient ample réflexion, notamment en 2025 et alors que l’actualité est une comédie de plus en plus folle, vide et insignifiante.
Ayant pour ma part toujours privilégié l’inactuel, c’est avec beaucoup de joie que j’ai reçu de l’un de mes lecteurs (j’en ai peu, par chance pour moi, très peu) une lettre où il évoque le livre de Robert Poulet, « J’accuse la bourgeoise », qui date – sauf erreur de ma part – de 1978.
Dans ce livre, selon ce que me rappelle mon correspondant (qui est un lettré, c’est-à-dire quelqu’un qui a énormément lu et qui, plus surprenant encore, a compris ce qu’il lisait), Robert Poulet mentionnait – en substance – « de jeunes traînards, gibier de maison des jeunes ».
Et là, cela devient intéressant. En effet, Robert Poulet habitait à l’époque à Marly-le-Roi, plus exactement à la résidence des Grandes Terres où, en 1957, comme je fus le premier à le révéler en 1990, Hergé lui avait acheté un appartement.
Robert Poulet était un ami de ma grand-mère depuis le début du vingtième siècle; ils avaient travaillé ensemble, dans les années 1950, dans une grande maison d’édition parisienne; et il connaissait évidemment aussi ma mère, puisque nous étions ses voisins à Marly-le-Roi pendant presque vingt ans, de 1969 à 1984.
C’est cocasse, mais édifiant: jamais les “fans” de Robert Poulet, ceux qui écrivent des livres ou leurs petits articles sur lui, souvent sans l’avoir jamais rencontré, n’ont songé une seule fois à m’interroger, alors que je l’ai connu depuis 1969.
Je ne crois pas avoir été directement mentionné dans “J’accuse la bourgeoisie”. Mais indirectement, certainement. Le lecteur lambda ignorait, voire ignore toujours que Robert Poulet habitait Marly.
Robert Poulet habitait à deux cents mètres de ce qui était alors la “maison des jeunes”, la MJC des Grandes Terres de Marly-le-Roi. Il passait devant, tous les jours. Jusqu’en 1974, en se promenant avec Paul Werrie (mort au début de 1974). Ou avec son épouse. “Maison des jeunes” que j’ai fréquentée, précisément, dans les années 1977-1979.
Entre 1969 et 1975, j’étais invité plusieurs après-midi par semaine chez Robert Poulet, dans son appartement, au premier étage de l’immeuble où il vivait, dans son salon. Ainsi côtoyais-je Robert Poulet, son épouse Germaine, Paul Werrie, son épouse (elle aussi prénommée Germaine), Hergé et beaucoup d’autres visiteurs de cette espèce. Depuis 1975, pour des raisons que j’ai racontées dans plusieurs de mes romans, mes relations s’étaient cependant nettement refroidies avec Robert Poulet. Il en reste sans doute aussi des traces dans sa correspondance, si celle-ci a été conservée, ainsi que dans les lettres que lui écrivait régulièrement ma grand-mère.
Bref, en 1977-1979, il ne fait absolument aucun doute que le “gibier de maison des jeunes” auquel faisait allusion Robert Poulet était inspiré par Olivier Mathieu puisque, fumant quelques pétards à l’occasion, je “traînais” – pour reprendre les termes de Poulet – devant la maison des jeunes où, accessoirement, je me faisais souvent casser la gueule parce que je défendais des idées inacceptables par l’époque moderne.
Robert Poulet donnait une image d’austérité mais sa plume n’en dispensait pas moins un humour personnel et corrosif Mes relations avec Poulet ne s’améliorèrent provisoirement que vers 1983, le poussant par exemple à me citer dans quelques articles (par exemple en 1986, dans la feuille “Présent”) qu’il consacra à mes travaux sur Abel Bonnard.
Plus tard, dans l’un de mes romans paru en 2010, j’ai consacré des dizaines de pages à mes relations avec Robert Poulet et notamment aux regards désolés et consternés qu’il me jetait – en 1978 – quand il passait à quelques mètres de moi, devant cette maison des jeunes qui, aujourd’hui, n’existe plus.
Je ne peux que remercier le lecteur qui m’a fait noter à quel point pourrait s’avérer passionnante, pour une critique littéraire libre, vraiment libre, et de qualité, une double lecture: d’une part celle de “J’accuse la bourgeoisie” (1978) de Robert Poulet, et de l’autre celle de mon roman “Voyage en Arromanches” (2010). Parce que les deux œuvres parlent, l’une comme l’autre, de la même MJC.
En 1978, je me trouvais insulté à la fois (dans la vie de tous les jours) par les conformistes de la “maison des jeunes” et (dans ses lettres à ma grand-mère, et dans ses livres) par un réac assumé comme Robert Poulet. Le vieux facho n’était pas en mesure de comprendre que je fume des pétards, les jeunots antifachos n’étaient pas en mesure de comprendre que je m’intéresse à Abel Bonnard. Et moi? Tout cela m’amusait. Cela m’amusait beaucoup et continue à m’amuser beaucoup, ce manichéisme délirant qui gouverne le monde moderne, et dans lequel le malade – l’homme moderne – croit le monde divisé en deux fractions qui s’affrontent au nom d’un dualisme antagoniste.
J’avais les cheveux jusqu’à la ceinture, Robert Poulet traduisait cela par “gibier de maison des jeunes” alors que j’avais une chevelure de jeune page de la Renaissance. Je lisais Abel Bonnard, ce qui était insupportable par exemple aux communistes. Je lisais aussi, moi, le communiste Paul Nizan. Dont les communistes de ma banlieue, quand j’avais vingt ans, n’avaient jamais entendu citer le nom…
De Robert Poulet, de Paul Werrie, et de mon enfance à Marly-le-Roi, j’ai parlé encore dans mes mémoires, “Je crie à toutes filles mercis” (livre de 2018 et qui fut recensé notamment par un grand article paru dans “Le service littéraire”, numéro 126).
Pour lire mes livres, les esprits véritablement curieux peuvent écrire à: yves47847@gmail.com
Le seul inactuel, hier, aujourd’hui et demain, le seul à obéir au principe du tiers inclus, c’était, c’est et ce sera moi.
Olivier Mathieu.