J’ai entendu hier sur un medium quelconque (peu importe lequel et médiocre) un médium femelle dégoiser la forte sentence suivante : "… et si l’art contemporain est généralement difficile d’accès… le sien est…" Je n’ai pas cherché à entendre la suite, suite que l’on devine.
Difficile d’accès… pour qui ? Pour les mongoliens de l’inculture et autres, pourtant, "amateurs éclairés et très avertis" ?
La pétasse nous ferait croire que ledit "art contemporain" ait quelque chose à dire de caché, de secret, de "conceptuel" comme disent les abrutis… Et qui sait d’artistique ou de sacré !
Non ! L’art contemporain n’est pas difficile d’accès puisqu’il n’existe pas, ou du moins qu’on ne peut pas appeler "art" ce qui n’est, très généralement, que de la fiente monnayée.
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"C’est du Picasso !" n’a jamais été un compliment. Mais qu’on se rassure, depuis on a fait bien pire…
Lui, il a montré en sa jeunesse qu’il savait peindre et dessiner, mais il a décidé un jour, à l’esbroufe, d’épater le bourgeois. Il est vrai qu’entre temps, il avait décidé de s’installer au cœur de la veulerie décadente, je veux dire Paris. ("Sodome" la surnomma Glenmor, le barde breton).
Quant à la plupart des nouveaux, ils n’ont aucun talent, ni confirmé ni d’origine.
La bande-dessinée et la caricature, le dessin animé, sont peut-être les seuls domaines où le dessin et partiellement la peinture ne sont pas définitivement morts. Indépendamment de ce que l’on peut penser des scenarii souvent affligeants.
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Celui qui ne change jamais d’opinion est peut-être un imbécile — ce qui, somme toute, n’est qu’une opinion — mais sûrement pas un tourne-veste ou une girouette. Ce qui est une certitude, du moins tant que le vent dominant n’a pas tourné, les "vérités" partielles et partiales du moment étant très versatiles à l’image des masses humaines. Après avoir été dans "l’erreur" on peut se retrouver dans "la vérité" malgré soi. Et vice-versa. Si bien que de savants théologiens ont conclu que versatile pouvait être la Grâce elle-même.
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Même dans les meilleurs des souvenirs, il est bien difficile de reconstituer en soi, je veux dire physiquement, l’émotion ou l’émoi passé. Si ce n’est en sensations fugaces, s’enfuyant malgré nous. Et s’enfuyant d’autant plus vite qu’on y pense plus fortement. Comme lorsque l’on veut revivre un rêve.
Vu et entendu le premier janvier, en passant devant une télévision ouverte, une journaliste béate d’imbécillité (tautologie) annoncer « fière comme d’Artagnan » comme aura pu dire Coluche, qu’elle allait nous montrer « le bonheur des lituaniens, de ce si petit pays qui vient d’adopter l’euro ».
Comme écrivent les apparatchiks de Courrier International, l’officine américano-sioniste : « la Lituanie, un exemple de résistance à l’impérialisme russe ! » Et un état indépendant. La preuve : les bases américaines de ce grand marais lituanien aux portes de la Russie, ce qui n’est bien évidemment pas une provocation. C’est sans doute au nom de cette réalité et dans la même logique que les citoyens d’origine russe, quand ils ne fuient pas les pays baltes, sont interdits de vote en Estonie et Lettonie voisines et que le russe n’est pas reconnu comme seconde langue nationale en ces lieux.
Vive la démocratie ! La démoncratie.
Tiens, à propos, si l’on rappelait l’existence d’un impérialisme… français, du moins de ce qu’il en reste, ou du droit des minorités linguistiques en France ?
Bienvenue donc aux lituaniens au sein du club des esclaves de l’euro en la compagnie des français, mais aussi des grecs, pour ne citer qu’eux !
L’année nouvelle commence vraiment bien ! Moi qui avait pourtant échappé aux « bons vœux » du fantoche ! Au fait, savez-vous que je ne sais plus quelle feuille de choux amerloque a suggéré de supprimer le poste (inutile) de président de la république française ? Véridique.
Certes, pendant ce temps les « fachisses » hongrois sont en train de prendre leur distance d’avec l’euro et « bien plus pire » encore, d’avec l’OTAN.
Autant en emporte le vent aux temps des décatis.
“L’Homme a été créé à l’image de Dieu” ! Quelle prétention ! Quelle présomption ! Quelle présomption d’innocence… crétine et débile* ! Quelle dérision anthropocentriste ! Quelle extravagance ! Où alors je veux bien, mais du Dieu du Mal. Ou du Dieu des Larves et du Grand Rien.
Et puis, si Dieu existait réellement, pourquoi se préoccuperait-il en particulier d’un être aussi moralement, poétiquement et humainement indigent ? « Humainement » dans le sens philosophique et quasi utopique du terme. Finalement, si l’Homme est élu de quelque chose, c’est bien du Néant.
L’Homme est du domaine du superflu, du dérisoire et du risible pour la Nature et la Matière intersidérale. Si tant est que la Nature est eu un jour envie de rire, ou de penser à autre chose qu’à elle-même, ou simplement de penser à quoi que ce soit en bien ou en mal, utile ou inutile, sens ou non-sens. Ou à ce grotesque animalcule humain terrestre.
Certes, les savants, certes les artistes… Mais quelle portion du monde humain ? Mais quelle part des sciences et des techniques consacrée à un réel progrès ? Mais quelle part aujourd’hui pour les arts véritables et non dégénérés ?
L’étrangeté de la vie et de l’élan vital, le sens (ou non-sens) de l’existence, l’ordonnancement cruel (pour l’Homme) de l’Univers, le Soleil paternel et pourtant atomique, l’ordonnancement plus feutré de la Terre, l’inter-ordonnancement des flores et des faunes, la parole et les langues… sont autant de mystères qu’aucun dieu, même le mieux attentionné et le plus grand ou plus futé démiurge qui soit ne peut expliquer. Ne peut en être l’explication ultime. Car cela n’explique rien. Ou ne pourrait en donner la raison, le sens ou plus trivialement parlant, l’utilité.
En quoi dire, confortablement finalement, que la vie a été créée par un être supérieur, une pensée efficiente, ou tout ce que l’on voudra est une idée plus satisfaisante et plus juste ou plus noble que de dire, sans aucun espoir de quoi que ce soit, que l’Univers, la Vie sur Terre, l’Humanité, que tout ceci n’a aucun sens ? Du moins, aucun sens pour une intelligence humaine. Le courage (l’orgueil, dira l’homme d’Église) est plus du côté de l’incroyant lucide ou indocile.
Dans les deux cas, de toute façon, cela dépasse l’entendement humain. Mais, bien au-delà de toute idée agnostique, car savoir, connaître le sens et le mystère ne changerait rien à la basse, pauvre, pitoyable condition humaine. D’un Homme qui aime se rouler dans sa fange et se complaît dans le bêtise individuelle et collective, culturelle et sociale… Heureusement au demeurant, qu’un mystère perdure en ce domaine, a écrit substantiellement je ne sais plus quel poète, autrement la vie serait encore plus terne et plus invivable.
L’unique tragédie humaine est d’ailleurs moins celle de la Vie que celle de la Mort. Ou plus exactement de l’atomisation de la vie en autant d’entités mortelles et physiquement interchangeables, pans de vie erratiques, éphémères (et jamais fusionnables à notre échelle d’entités humaines). Enfin, comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois et après bien d’autres, le drame est que créer la vie, c’est créer la mort. Entretenir la Vie, est entretenir la Mort.
La seule grandeur humaine est de vivre en permanence avec cette idée omniprésente de la Mort, elle-même omniprésente et souvent imprévisible épée de Damoclès. Mort individuelle naturelle ou autre, mort des civilisations, mort de la Terre au rythme où l’on va de l’indigence intellectuelle des nations humaines et de ceux qui ont l’outrecuidance de prétendre les diriger dans le sens du bien commun, mort du système solaire à venir, plus tard. La pérennité de rien en l’une ou l’autre des échelles d’espace et de temps. L’éternel retour de tout, en tout et pour tout. En ceci, l’hindouisme et le bouddhisme, et d’autres encore, ont vu assez juste.
Peu d’hommes finalement en sont assez conscients, volontaires ou désespérés pour en arriver à se détacher suffisamment, à en briser leurs chaînes et leurs prisons diverses. Pour ne plus accepter activement, pratiquement, la mesquine vie en société présente, l’esclavage salarié et le Veau d’Or, les guerres, la destruction imbécile de la nature… Hégémonie du nul ou du médiocre.
L’idée de Création de l’Univers (de notre univers), si elle peut avoir un sens cosmologique savant est quand même pas mal entachée de miasmes et relents de sacristies fort humides et autres lieux de moisissures religieuses et cosmogoniques. À quoi s’occupait le Bon Dieu auparavant et où se logeait-il ? Il ne peut y avoir de non-rien à qui serait déjà quelque chose ou quelqu’un. Il ne peut pas y avoir de notion même de rien sans rien (au sens étymologique, du latin rem, chose), sans espace et sans temps. Dit autrement : il ne peut y avoir d’origine et de fin des temps et des mondes. Univers éternel et sans limite aucune.
Des mutations, des contractions, des expansions, des naissances et des morts bien évidemment, des modifications permanentes puisque rien de fixe n’existe à l’échelle de l’Univers ou des mondes, ou même de la Terre. C’est le lot commun de toutes les manifestations de la matière. Même si présentement notre ciel, notre tout petit coin de ciel, le toit de notre minuscule, microscopique prison terrestre, n’étincelle plus que de luminaires nocturnes si discrets qui sont, pour la plupart, autant de ruines archéologiques.
Ève la moitié femelle de « l’androgyne primordial » m’est sympathique, en son Eden (d’essence fort égyptienne d’ailleurs**), elle en a goûté de la pomme du Verbe et du Savoir. De l’Arbre de la Connaissance. Elle a voulu s’élever. Moins pleutre qu’Adam selon une version, ou complice d’Adam en une autre version. Elle a choisi la Pensée, elle a négligé l’Arbre de Vie. Je ne sais plus également, quel autre poète a écrit qu’elle avait fait le mauvais choix et aurait plutôt dû croquer la Pomme de Vie et d’Immortalité. La pauvre, c’était par là même, la condamner et nous ses enfants avec, à l’Enfer éternel sur Terre !
« L’Homme a été créé à l’image de Dieu ». Axiome humain et non divin invérifiable qui au fond veut dire : « Dieu (des chrétiens ou non) est un sacré crétin ». Ou plus exactement « un crétin sacré ». Remis la tête en l’air, à l’endroit, l’axiome devient : « Dieu a été créé à l’image de l’Homme ». Qui est la bonne prémisse, logiquement parlant. Et qui me semble être l’évidence même, sociologiquement parlant.
On peut même ajouter : tous les dieux ont été créés à l’image de l’Homme, y compris ceux des religions monothéistes totalitaires juive, chrétienne et musulmane. Il n’est que de voir, par exemple, la psychologie pathologique d’un Yahvé. Simple reflet d’un peuple originellement totémique imbu depuis toujours de sa supériorité maladive et suffisante, peuple de mauvais messianisme tout emprunt de perversité pathogène à l’encontre de tout ce qui n’est pas lui.
À tout prendre, je préfère l’histoire de « L’Homme créé de l’argile » qui n’est pas d’origine biblique, mais poétiquement supérieur car né d’un esprit sumérien. L’argile, le pain béni mésopotamien. Très grande civilisation que la civilisation sumérienne. L’une des plus grandes qui n’eût jamais existé.
Pour clore, je dirai que la preuve même, la preuve tangible de l’inexistence de Dieu c’est l’existence de l’Homme, ce trivial, ce tordu, ce prédateur de première, ce petit être grégaire et conformiste très généralement malfaisant et égoïste, borné et non créatif, cette aberration vivante de la Saine Pensée.
Notes :
* Petite remarque en passant : « crétin » est une forme franco-provençale propre aux montagnes de Suisse romande du latin « christianus » qui a donné « chrétien » en français. Ce mot a été fixé par écrit en 1750 suite à la lecture devant la Société royale de Lyon, d’un mémoire d’un certain De Maugiron consacré aux « crétins du Valais », vallée suisse où existait alors un crétinisme endémique, puis en 1754 par l’article « crétins du Valais » dans l’Encyclopédie (source : Trésor de la langue française). Dans un premier temps, « crétin » eut le sens de « malheureux ». Voir par ailleurs quand dialecte landais « chrétien » se dit « crestin », et qu’en ancien béarnais « crestiau » avait le sens de « cagot ». C’est par euphémisme que « crétin » prit son second sens. En effet :
« Crétin » est de la lignée de « benêt », forme normande de « benoît » (du latin « benedictus », béni) car sans doute « heureux, les simples d’esprit » (« beati pauperes spiritu », Matthieu, V, 3). Ceci dans même logique que « innocent » dont le sens étymologique est : « inoffensif, vierge de toute volonté ou possibilité de faire quelque mal que ce soit » (cf. les Saints Innocents, un petit innocent). Et ceci dans la même logique encore que « débile » qui avant d’acquérir le sens de « débile mental » signifiait, et signifie encore : qui manque de force physique ou morale, défaillant, faible.
** L’Eden se retrouve dans des mythes égyptiens. De plus Ève, ou plus exactement son nom d’origine Hawwah ou Hawwā, voudrait dire « La Vivante » alors même qu’en hébreu « vie » s’écrit « חיים » : h (emphatique) y y m » , donc, non pas avec un redoublement de waw (w = le « ou » de « oui ») mais de yod (y = le « y » de « yod »). En fait, c’est probablement du côté de l’Égypte antique qu’il faut chercher l’origine étymologique de ce nom de personne. En cette langue, « H’w » (avec un h emphatique et un coup de glotte rendu par « a ») soit « Haw » a le sens de « (durée de) vie », « h’w » (avec un h « normal), soit « haw », celui de parenté ; et « ‘H’w aw » , soit « aHaw aw » signifie : vie longue. Il ne serait pas étonnant que Hawwah veuille dire quelque chose du même genre.
Ce message est plus particulièrement destiné aux catholiques anti-judaïques naïfs du genre Dieudo ou De Soral qui pourraient me lire. Les photographies qui suivent montrent la façade et le porche majestueux et très kitch pour nos contrées (fait d’un mélange de styles néo : romain, roman, voire gothique, baroque et plus encore byzantin et oriental muni de minarets rehaussés de croix) de la basilique Notre-Dame de Fourvière sise au haut de la « montagne mystique » (Jules Michelet*) de Lugdunum, la capitale des Gaules, la première ville d’importance gauloise qui accueillit le culte judéo-chrétien et les juifs des premiers siècles.
On y voit au fond du parvis, au centre même du porche de cette basilique mariale, rien de moins qu’un lion trônant. Ce lion n’est autre que le Lion de Judah, le symbole du royaume de Judah (ou Juda, comme on veut).**
Il faut dire que cette basilique plus ou moins « fin de siècle », est l’œuvre d’un architecte religieux d’origine lyonnaise, Pierre Bossan, qui fut très porté sur le syncrétisme catholique et sur le mysticisme très prisé de ces temps-là. Et peut-être aussi sur les mauvais jeux de mots.
Notons également, au-dessus de la Déesse Mère et des deux anges d’aspect très sumérien, le symbole du Dieu Soleil tout prêt à accueillir le fidèle.
Cela dit, ce lion, ce porche et cette basilique sont d’une toute autre teneur et tenue artistiques que le piteux lion camerounais des duettistes. Et ne parlons pas du pauvre et vaniteux petit coq qui lui de même, à tout prendre, n’est que le fruit d’un mauvais jeu de mots entre l’animal à deux ailes atrophiées qui, dit-on, est roi sur son fumier, et le fier guerrier antique.
* il en a dit des bêtises celui-là, et il en a publié des contre-vérités historiques tellement il était emprunt d’esprit républicain militant étroit (redondance) qui voyait la royauté uniquement en ombres, ou plus exactement la république toute en lumières et la France « nouvelle » en symboles « éternels » pré-monarchie des temps modernes.
** Imaginons dans moultes siècles [« moultes » en tant qu’adjectif variable], et après la fin de ladite civilisation occidentale, quelque archéologue retrouvant des vestiges de ce lion, de cette Marie et de cette basilique et déblatérant sur le royaume judaïque de Lugdunum (c’est-à-dire « La Ville du Lion de Judah ») dirigée par la caste sacerdo-médiatique des Yehoudim, où l’on parlait une langue dite le français, et où l’on célébrait le culte juif du Lion et de sa parèdre chrétienne la Vierge Sainte, grande déesse de la fécondité des non juifs.
Pour jouer à l’Homme,
Tous les pékins font leur chemin de trois fois rien.
Et pour percer,
Ils font leur trou, un trou pas rond, un trou sans fond.
Dedans la terre,
Rois et valets y font leur tombe, un jour y tombent.
Péril instant,
L’homme-fourmi et l’homme-abeille au regard court,
Inondent l’onde des saisons
Et sanctifient leur monde immonde.
Tout ça pour en arriver là :
Sur le site d’Égalité et Réconciliation, le jour de Noël :
Réconciliation nationale : n’oubliez pas votre inscription sur les listes électorales !
Le parti Réconciliation nationale, fondé par Dieudonné et Alain Soral, sera opérationnel dès ce début d’année 2015. N’oubliez pas de vous inscrire pour pouvoir voter !
Soutenir une vision saine de la France et de la politique :
***
Ce logo, cette vignette, quelle horreur !!! et quel mauvais goût !!! quelle puérilité !!! Et quel rapport avec le schmilblick ? Signalons que ce parti n’a pas encore de programme… ce qui n’est certes pas une originalité, ou tellement différent de tous ceux qui en ont un et se torchent avec.
Aura-t-il pour but d’instaurer un État catholique ? De mettre au cachot l’obscurantisme régionaliste ? selon la forte pensée politique soralienne.
Ou bien se prononcera-t-il pour la décroissance ? la fin de la dictature du Veau d’Or et l’abolition du salariat ? malgré l’esprit commerçant mbalambalalien ?
En l’état :
Mystère… et boule de gomme !!!
Voici un poème en vers blancs de Jean-Marie Mestrallet (1860-sans doute après 1928), extrait de son recueil L’Allée des Saules, sur lequel j’ai mis une mélodie.
Le logiciel que j’utilise ne permettant pas de noter certains rythmes comme ceux basés sur des notes pointées, ni de noter un changement de rythme (ou de tonalité) en cours de route, je précise ici que l’essentiel du morceau qui suit est à 2/3. Pour retrouver le rythme (de passage) à 3/4, il suffit de repérer à la basse, les mesures sans notes pointées.
***
La-a vie est si nue et si pauvre !
Ah! vraiment ce n’est pas la-a peine.
On-on lutte, on-on souffre, on-on aime, on rêve ;
Ri-i-en ne sourit et ne console, et ne conso-le … rien ne sourit…
Rien qui fleurisse et se révèle.
*
On-on arrive en ce monde aride
Avec des soifs, des faims, des-es fièvres ;
Et-é-et l’on va-a pour chercher les sources,
Et-et-et les fruits rêvés que l’on aime, que l’on ai-me… les fruits rêvés…
Et les baumes divins de calme.
*
Et-et rien, ni flots, ni fruits, ni baumes,
L’apparence des choses-es seule.
Leur aspect menteu-eu-eur nou-ou-ous appelle,
Le-e- désir ravi vers lui vole, vers lui vo-le… désir ravi…
Et soudain arrivé, recule.
*
Ri-ien n’existe de ce qu’on cherche,
La soif, mais nulle eau qui l’a-abreuve,
La-a faim, mais ri-ien qui la-a repaisse,
La-a fièvre, mais rien qui l’apaise, qui l’apai-se… la fiè-vre fièvre
C’est le désir qui seul existe.
*
A-ah! vraiment ce n’est pas la peine.
On lutte, on souffre, on aime, on-on rêve ;
Ri-i-ien ne soulage et ne-e console,
Ri-ien qui fleurisse et se révèle, se révè-le… rien qui fleurisse…
La vie est si nue et si pau-au-au-au-vre ! pau…vre.
***
Oui, la vie est si nue…
Ou si nulle ? Insinue
Majuscule, un Sicule.
Pendant des siècles la chrétienté a été un farouche ennemi des « juifs déicides ». Autrefois ennemi (au moins en apparence, ou à certaines époques seulement) du lucre et de l’usure le monde chrétien voyait finalement d’un bon œil les juifs se salir les mains avec l’argent. Erreur fatale : ce qu’ils n’avaient pas prévu était que le dieu Pognon allait prendre le dessus sur le petit père de Jésus.
L’Église catholique fut donc pendant des siècles ennemi des juifs avant tout pour des raisons religieuses et « morales ». De nos jours où l’Argent mène en grand-maître le Monde, le Vatican a sa ou ses banques, ses magouilles financières comme tout le monde et on l’a même connu frayer il y a quelques années avec une franc-maçonnerie mafieuse. Elle s’est donc sérieusement « modernisée ». Elle est « progressiste » et « démocratique » (même si les Conciles et autres Synodes véhiculent une certaine réalité théocratique… même si le non-mariage des prêtres encourage le propre déclin de l’Église… etc.).
***
Vatican II a amené une énorme rupture dans l’Église, à tous les niveaux, sa quasi sécularisation ou protestantisation ou encore judaïsation. Dans un souci d’œcuménisme, était-il affirmé. Dans les faits elle s’est rejudaïsée religieusement et politiquement parlant… Ledit intégrisme catholique en est une forme de rejet, de réaction.
« Les juifs sont nos frères aînés » est-il affirmé de nos jours, « la Shoah, même Dieu [le petit dieu catho] n’aurait pu l’imaginer » dit le pape. Et comme à d’autres heures de l’histoire chrétienne avec de frais convertis, des éléments d’origine notoirement juive occupent des places importantes dans l’Église catholique. Jean-Paul II (ce n’est pas un hasard qu’il fut polonais) était de mère juive. Benoît XVI (ce n’est pas un hasard qu’il fut allemand, malheureusement pour l’idéologie en vogue « mauvais allemand ») est de mère juive. Et sur le parvis de Notre-Dame priaient juifs et rabbins aux funérailles de l’ancien archevêque marrane* de Paris. Depuis, François Ier s’est agenouillé sur la tombe de Herzl l’auteur de Der Judenstaat, le fondateur du Fonds pour l’Implantation Juive en Palestine, le père du sionisme, celui qui dans un premier temps préconisait des conversions collectives (et probablement bidon) de juifs et qui dans un second temps déclarait que l’antisémitisme était une chance pour le sionisme.
À l’heure présente, la bureaucratie ecclésiale catholique est donc, en toute logique, globalement sioniste.
Mais alors même que le catholicisme est retourné clairement à sa source juive, l’orthodoxie tient encore ses distances. Il est notable que celle-ci tient ses distances religieuses avec le monde judéo-chrétien occidental (protestant, juif, maintenant catholique), comme l’État russe tient ses distances politiques (voire en partie financières) avec le monde financiéro-économico-politique « démocratique » et « progressiste » américano-« européano »-sioniste.
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L’aliénation est l’élément à la base de la religion, nous dit Feuerbach (cf. L’Essence du Christianisme, L’Essence de la Religion, etc. ). Celle-ci abaisse sa liberté, sa créativité, sa vie. Les vertus divines ne sont que des valeurs humaines (ou jugées telles) portées à l’absolu. En conclusion : « L’Homme est appauvri de ce dont Dieu est enrichi ». Il convient donc d’inverser le processus et que l’Homme se réapproprie son humanité. Et que l’Humanisme se substitue à toute religion.
Stirner critique ce dernier point en affirmant que l’Homme de Feuerbach n’est qu’une nouvelle déité, ou une nouvelle forme de la déité. Il n’y a rien, pour lui, en dehors de L’Unique et sa Propriété.
Marx et Engels reportèrent cette idée d’aliénation au niveau social et plus particulièrement économique. L’aliénation c’est croire à l’état naturel et non historique d’une société quelconque, à son caractère immuable, immodifiable, éternel, juste, etc. À l’état naturel des rapports sociaux et de production, des normes sociales, des coutumes et des mœurs, à la morale dominante. Croire, sans partage ou sans critique, au sens commun, aux apparences, aux pensées dominantes, etc.
Au niveau du monde des idées, l’aliénation a nom « idéologie » (ou plus exactement « pensée idéologique ») qui s’oppose à la pensée rationnelle ou scientifique. Au niveau de la vie courante, de la vie quotidienne, du monde du travail, l’aliénation a nom « fétichisme de la marchandise » (cf. Marx), « réification » (Lukacs), « fausse conscience » (Gabel).
De nos jours, on pourrait la nommer fétichisme du « spectacle » (cf. Debord) ou fétichisme de la « publicité » (cf. Voyer) ; ou encore fétichisme de la machine. Ou fétichisme des media et de la médiatisation. Ou encore, fétichisme du Veau d’Or. Ou fétichisme de la pseudo-démocratie dont le mythe majeur est celui dudit Holocauste.
***
La question juive ne peut être comprise qu’à l’aune de critères antiques proche-orientaux : cités-états, tribus, dieux locaux et totémiques, castes sacerdotales, morale et coutumes anciennes, esclavage… L’immuabilité au moins apparente et volontariste de ce refus d’évoluer, de ne pas déroger à l’esprit « originel » de la religion, à la Torah mais plus encore au Talmud, livre de la praxis juive totalement anachronique et d’une toute autre époque éthique, pour ne pas dire des temps des civilisations antique et moyenâgeuse, la reconstruction d’un néo-hébreu (au XIXe siècle, seconde reconstruction après l’époque des premiers siècles de la vocalisation de la Bible), enfin les aspects totalement mystiques et faux de l’utopie sioniste « réalisée » (il faut voir comme…), sans oublier bien sûr le mythe holocaustique revisité de 1945 et le messianisme judaïque à l’œuvre dans ledit mondialiste, autant d’aspects d’une situation qui serait risible ou anodine si elle n’affectait pas le monde occidental en son entier par sa prégnance à volonté de domination et d’élection.
Le judéo-talmudo-sioniste a toutes les caractéristiques d’un critérium, d’un critérium dépassé, d’un autre temps, d’un critérium tel que défini par Jules de Strada (de son vrai nom Jules, Gabriel Delarue, 1821-1902, « homme de lettres et peintre » dont la plupart des tableaux ont été détruits à sa mort par sa famille!) :
« Pour qu’il y ait critérium, il faut qu’il y ait infaillibilité, car quelle confiance pourrions-nous garder à un critérium qui nous aurait trompé une seule fois ? Étant infaillible, le critérium est par là même absolu, c’est-à-dire immuable, sans appel. Ce n’est pas assez ; il faut qu’il s’applique à tous les cas donnés dans tous les ordres de connaissances, il doit donc être multiple. Mais il faut aussi qu’il soit un, pour que l’esprit ne soit pas ballotté et hésitant entre des critériums divers, ce qui serait le laisser sans critérium ». (La Méthode Générale, 1868).
Il est donc logique que critérium contre critérium, ou plus exactement critérium judéo-(ou judaïco)-talmudo-sioniste contre critique sociale contemporaine globale (éthique, religieuse, politique, économique…), cette dernière soit à la fois multiple et une. Et revête les divers habits de l’anti-judaïsme (et plus encore de l’anti-talmudisme), de l’anti-mythologie-politique-active (révisionnisme) et de l’anti-sionisme. Trois expressions (et j’en oublie peut-être, par exemple les aspects psychiatriques** ou médiatiques) d’une même critique des fondements même d’une idéologie politico-religieuse et sociale impavide et « éternelle », tribale expansionniste, foncièrement raciste et à vocation totalitaire.
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À l’image de la pensée dominante « occidentale », les dirigeants et les masses chrétiennes (catholique, protestante plus encore) sont philojudaïques, philojuives et sionistes.
Ses marges sont diverses et mêlent misojudaïsme et philojudaïsme, misojuivisme et philojuivisme, sionisme et antisionisme, sans oublier divers degrés possibles d’indifférences vis-à-vis de la religion, des personnes et d’une contrée.
Mais, rares sont les chrétiens qui semblent aptes à analyser l’unité (y compris conflictuelle) judéo-chrétienne, et plus encore judéo-christiano-islamique. Tant au niveau de l’histoire originelle du judaïsme (égypto-babylo-hébraïque) que du christianisme (judéo-hellèno-romaine) et de l’islam (judéo-christiano-arabe). Et tant au niveau religieux que supra-religieux.
***
Pour qui s’arrête en cours de route, en chemin de la critique (alors critique partielle et non globale) les multiples peuvent être divers : l’un se fait anti-judaïste mais sioniste quand l’autre se fait judaïste et révisionniste, etc. Seul celui qui réunit en un seule entité judaïsme, sioniste, etc. réalise réellement une critique achevée et conséquente de l’idéologie pratique juive militante « éternelle ».***
Mais, le dernier stade de la critique est de rejeter les prémices totalitaires de la religion monothéiste juive (judaïque). Tout le multiple sans exception. Cette idéologie théo-politique propre et ses succédanés chrétien et musulman. Il n’y a aucune rupture sur le fond entre le judaïsme et le judéo-hellénisme chrétien, ou l’islam, ou l’athéisme totalitaire. Et que l’on ne nous parle pas de tolérance et de religion d’amour qui n’a jamais existé. Ou d’universalité ou d’universalisme des secondes religions par rapport à la première. Sens commun le plus insidieux. Autre forme d’universalisme, c’est tout. Pour le dire autrement, le christianisme est un judaïsme à destination, au départ, des goyim de l’empire romain et de la culture gréco-latine païenne (d’où l’importance des rites païens en son sein****). Et l’islam un judéo-christianisme adapté au monde arabe*****. La suite logique est judaïsme, christianisme et finalement islam comme résultante des deux premières religions. Judaïsme oriental et christianisme oriental du VIIe siècle. À l’époque même d’ailleurs, et ce n’est peut-être pas un hasard non plus, où les érudits religieux juifs étaient en pleine reconstruction de la Bible hébraïque des origines, ou supposées telles.
Le chrétien ou le musulman ne peut franchir le dernier stade, ne peut, ne veut voir les liens finalement étroits (et donc nécessairement conflictuels) entre ces trois religions méditerranéennes monothéistes en ses multiples manifestations…
***
Notes :
* l’entrisme (grande pratique avant tout trotskiste) est à la politique ce que le marranisme est à la religion. Le rapport au dedans/dehors, domaine réservé/intégration réelle ou apparente (assimilation) est un autre point important dans l’étude du judaïsme religieux, politique, social…
** de l’aspect pathologique d’un certain siono-talmudisme, ou judéo-centriste de la psychanalyse, etc.
*** la critique et le rejet partiel ou actif du judaïsme (en tant que religion) par exemple, n’est pas une démarche suffisante. Y compris de la part d’une prétendue judaïté « laïque ». Il existe même des sionistes néo-païens (à l’image de certains milieux de la droite extrême goya). Ils ont noms : cananéens et furent surtout actifs entre 1930 et 1970. Leur but était de faire revivre les cultes cananéens antiques pré-israélites. Au sein, bien évidemment, d’une Israël pure et dure. Voir encore, les élucubrations à la fois humanophile (le catholicisme : religion d’amour universelle), jacobine et étato-religieuse (voir un précédent article) d’Alain Soral, pourtant l’un des plus critiques en tous les autres domaines de la question juive.
**** les rites ou formes de culte païens sont d’ailleurs présents dans les trois religions telle, bien évidemment, la circoncision archaïque, traumatisante et mutilante. Mais il y en a d’autres : par exemple la dévotion à la Pierre Noire (al-Ḥajar al-Aswad) à la Ka’aba de la Mecque.
***** ainsi la charî’a n’est que le nom, je veux dire la réalité islamique et arabe d’un talmud de plus en plus difficile à appliquer ouvertement (cf. l’américano-européo-centrisme juif), sauf en succédané (cf. l’histoire pédérastique actuelle).
Notes préliminaires.
Dans ce qui suit, mais aussi dans tout l’ouvrage, Lao-tseu développe des oppositions basées sur les notions de yin et de yang.
Le yin représente entre autres, le noir (ou souvent le bleu), le féminin, la lune, le sombre, le froid, le négatif, etc.
Le yang quant à lui, est l’expression du blanc (ou souvent du rouge), du masculin, du soleil, de la clarté, de la chaleur, du positif, etc.
Notons aussi que la couleur chinoise de la mort est le blanc. La mort est donc perçue moins comme une fin que comme une renaissance solaire.
Sombre, froid, négatif n’ont pas en soi de connotation malveillante ou néfaste, de non-valeur ou de sous-entendu péjoratif ; le yin et le yang sont intrinsèquement complémentaires et c’est leur union qui fait la vie, qui donne vie.
En cela l’opposition frontale et très primaire entre le bien et le mal de la sous-dialectique stalino-maoïste (« un se divise en deux » et, si l’on peut dire, une moitié de deux combat et élimine l’autre moitié) est une véritable rupture avec cette idée de base de la vieille pensée chinoise que l’on retrouve également dans le confucianisme : « deux s’unissent en un » ; ou encore « le multiple naît de l’unique ». Par contre l’affirmation d’un parti unique (où les idées les plus opposées et les plus tranchées s’opposent et se combattent farouchement, jusqu’à la mort s’il le faut, comme au temps du maoïsme) est bien l’affirmation d’une unité. Mais unité du multiple, ou d’un certain niveau du multiple, dans le conflictuel.
*
Triple écueil à nos méconnaissances pour nous occidentaux. L’exotisme culturel. L’ancienneté de l’époque ou vécu Lao-tseu (Ve siècle avant notre ère). Et « enfin » la langue elle-même.
Le chinois est une langue tellement concise, tellement liée au contexte, tellement polysémique ou à l’inverse faite d’expressions toutes faites, et plus encore elle est tellement énigmatique pour nous qui sommes habitués à raisonner en terme de construction syntaxique, catégories grammaticales, morphologie complexe, que cela nous conforte dans une certaine liberté de rendu (surtout quand, de seconde main, le but est de faire un donné (plus) poétique, « d’arranger » une traduction première). Le danger alors est de trop s’écarter ou de tomber à côté du sens et de l’essentiel. Personnellement, d’une manière générale, je cherche plus la concision que l’allongement ; et comme toujours, en cas de dilemme, mon critère de choix entre deux mots ou deux formules est celle de la musique des mots.
Traduire ou arranger une traduction est nécessairement exégèse et commentaire, gloses stylistiques où la part de chacun est immense face à « L’Esprit synthétique de la Chine » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Liou Kia-hway (cf. L’Esprit synthétique de la Chine. Étude de la mentalité chinoise selon les textes des philosophes de l’Antiquité ; Paris, PUF, 1961).
Dans la préface d’Étiemble à la traduction de Liou Kia-hway déjà évoquée, qui est à la base de ce que je fais, ce dernier donne des exemples de traduction d’une même phrase chinoise et met le doigt sur ce membre de phrase : « t’ien hia wang », dont les traductions sont soulignées à suivre :
– Le saint garde la grande image et tous les peuples de l’empire accourent à lui (Stanislas Julien) ;
– Parce qu’il ressemble au grand prototype, tous vont au sage (S.J. Wieger) ;
– Conservez dans votre cœur la grande idée, et le monde viendra à vous (Pierre Salet) ;
– Qui possède le grand symbole, tous s’en vont à lui sous le ciel (le Père catholique Houang Kia-tcheng et Pierre Leyris) ;
– Celui qui tient la grande image, tout le monde accourt à lui (Duyvendak).
Eh oui, on peut en écrire des mots à partir de peu de caractères chinois, un peu comme ceux qui en font des pages et des pages à partir de l’égyptien ancien ou du latin.
Étiemble évoque alors la traduction de Liou qui selon lui a résolu au mieux ce passage et tout ce qui suit dans le texte. Il faut savoir que, mot à mot, « t’ien hia » signifie « sous le ciel » et qu’il prend souvent le sens de « le monde » ou de « tout le monde » et que « wang » à le sens de « aller ». À partir de « sous ciel, aller » Liou a traduit tout ce passage ainsi : Celui qui détient la grande image / Peut parcourir le monde. État normal du sage chinois qui se fait ermite ou nomade. Comme on peut le lire plus bas, j’en ai fait : « Celui qui tient la grande image [mais je propose aussi des variantes] / Peut parcourir le monde ». Ce qui est pratiquement la même chose sauf que par souci de rythme (par exemple : 4 + 4 + 4 + 2) je mets un octosyllabe suivi d’un demi-alexandrin. Si Liou joue sur les oppositions ou les parallélismes, sur les répétitions de formules, jamais il ne semble jouer sur le rythme des phrases misent en vers. Cela a été et c’est encore là mon travail de mise en forme essentiel, mais sans vouloir trop triturer la phrase pour ça, avec le souci de la rime, plus ou moins riche, finale et interne, ou de l’assonance. Sons et sens s’épaulent. Son donne sens et sens donne son. Les deux sont à saisir de concert, si l’on peut dire, car derrière tout ceci il y a musique du verbe.
*
XXVIII
Connais le masculin
Adhère au féminin
Du monde sois ravin
Quiconque est le ravin du monde
La constante vertu le sonde
Il redevient enfant1
*
Connaît toute clarté
Rejoins l’obscurité2
Du monde sois la norme
Quiconque est la norme du monde
La constante vertu l’inonde
Il reconquiert le non-borné3
*
Connais toute la gloire 4
Adhère à la disgrâce
Du monde sois vallon
Quiconque est le vallon du monde
La constante vertu en lui y surabonde
Il redevient bûche en bois brut
*
Le bois fendu suivant son fil
Forme des ustensiles
Le sage suit le fil humain
Et devient chef des mandarins
Grand-maître il ne nous blesse en rien.5
Notes et variantes :
1 – Variantes : Il renaît à l’enfance ; il fait retour à son enfance ; il retrouve l’enfance ; il redevient enfance ; il rejoint son enfance ; il retourne en enfance (péjoratif en français).
2 – Variantes : Connais le blanc [immaculé] / Adhère au noir [obscurité] ; Connaît toute blancheur / Adhère à la noirceur ; Connais l’immaculé / Prône l’obscurité.
3 – Liou écrit : « Il retrouve l’illimité », mais ajoute en note : » L’idée d’illimité ne s’accorde pas avec l’intuition fondamentale de Lao-tseu vivant surtout dans un univers fini. La notion d’infini doit sans doute représenter une découverte de Tchouang-tseu, et surtout de son école ». Tchouang-tseu serait pour certains un penseur du IVe siècle avant notre ère, pour d’autres un contemporain de Lao-tseu et de Confucius, voire un penseur d’une époque antérieure. Il aurait été un simple fonctionnaire et aurait refusé de devenir premier ministre du roi Wei de Chu. À la fin de sa vie il se serait retiré du (grand) monde et aurait vécu en nomade parmi le peuple et les montagnes. Sa pensée nous est parvenue au travers du Tchouang-tsi dont on dit qu’il fut à l’origine écrit en vers puis mis en prose quelques siècles plus tard, tout en étant sur le fond trituré, réduit et glosé au cours des siècles. Tchouang-tseu affirmait que « le monde n’a pas besoin d’être gouverné ; en fait, il ne devrait pas être gouverné… Le bon ordre en résulte spontanément quand les choses sont laissées à leur cours ». Idée proche de ce que l’on trouve chez Lao-tseu. Quête impossible du bon ordre « naturel ». Mais dite comme ça, idée vague finalement, qui peut tout sous-entendre et son contraire. Qu’est-ce qu’un bon ordre (naturel) dans le domaine humain, dans le registre de la société ? « L’Anarchie, journal de l’ordre », feuille fondée en 1850 par Anselme Bellegarrigue fut le titre du premier et très éphémère journal anarchiste en France, entreprise rapidement interrompue par l’atmosphère sociale nauséeuse qui allait déboucher sur le coup d’État de Louis-Napoléon le Petit. « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre » énonça de même Elysée Reclus, en sa séance solennelle de rentrée du 22 octobre 1895 de l’Université Nouvelle de Bruxelles… Tchouang-tseu disait encore : » Mort et vie, conservation et destruction, succès et échec, pauvreté et richesse, compétence et incompétence, calomnie et apologie, faim et soif. Ce sont toutes les alternances du destin. Elles opèrent jour et nuit et on ne peut connaître leurs sources. À quoi bon donc, les laisser troubler notre paix. » Et ce qui suit aurait pu plaire à Platon (cf. le mythe ou allégorie de la caverne) ou plus près de nous à Feuerbach, Stirner ou Nietzsche, Husserl, Lukács ou Gabel, Debord, etc. « Nous rêvons que nous festoyons ; l’aube venue, nous pleurons. Au soir, nous pleurons, le lendemain matin, nous partons à la chasse. Pendant que nous rêvons nous ne savons pas que c’est un rêve. Dans notre rêve nous expliquons un autre rêve, et ce n’est qu’au réveil que nous savons que c’était un rêve. Et ce ne sera qu’au moment du grand réveil que nous saurons que c’était un grand rêve. Il n’y a que les sots qui se croient éveillés, ils en sont même parfaitement certains. Princes, bergers, tous uns dans cette même certitude ! Confucius et vous ne faites que rêver ; et moi qui dis que vous rêvez, je suis aussi en rêve. »
4 – Variantes : Connais toutes les gloires ; Connais la renommée.
5 – Variantes : En grand maître il ne blesse aucun; En grand maître il n’en blesse aucun.
XXIX
Qui cherche à modeler le monde
Eh bien n’y parviendra jamais
*
Le monde est vase spirituel
Cristal fulgurant et terrible1
Qui ne peut être façonné
*
Qui le malaxerait le détruirait
Qui le maintiendrait alors le perdrait2
***
Tantôt les gens vont de l’avant
Tantôt les gens sont indolents
Ils ont parfois souffle léger
Et d’autres fois souffle coupé
Ils sont un jour plein de vigueur
Un autre jour plein de langueur
Ils ont un temps la fermeté
Ils sont un temps vite brisés.
*
Ainsi le sage évite
Tout excès tout luxe et toute licence.
Note, variantes :
1 – Cette expression est une glose ajoutée au texte : « la notion de « vase » évoque quelque chose qu’on peut casser à tout moment » ; le « caractère chen indique un mouvement imprévisible » et la terreur également (cf. le § LX à venir) ; ainsi, » l’expression « vase spirituel » évoque quelque chose de très fragile, d’imprévisible, et de terrible. » (cf. Liou o.c.).
2 – Variantes : Qui le maintiendrait et bien le perdrait ; Et qui le maintiendrait lors le perdrait ; Et qui le maintiendrait le perdrait corps et biens.
XXX
Qui fait référence au tao
Comme maître des hommes
Ne conquiert pas les hommes par les armes
*
Toujours cette façon d’agir
Entraîne la riposte
Où campent les armées
Croissent les chardons et ronciers
*
Résolu sans orgueil
Ni exagération
Ni nulle ostentation
Décidé par nécessité
C’est en ça qu’il est volontaire
Ne s’imposant de force.
XXXI
Les armes sont objets néfastes
Qui répugnent à tous
Celui qui comprend le tao
Ne les adopte pas
*
À gauche est la place d’honneur1
Du gentilhomme en sa demeure
Mais elle est à droite en portant les armes2
*
Les armes sont objets néfastes
Qui ne sont pas objets de gentilhomme
Il ne s’en sert que par nécessité
Il honore la paix et la tranquillité
Et ne se réjouit pas de la victoire
*
Celui qui se réjouit de sa victoire
Prend du plaisir à tuer des hommes
Celui qui prend plaisir à tuer des hommes
Ne peut jamais réaliser quelque idéal au monde
*
À gauche est la place d’honneur
Aux jours fastes
Elle est à droite aux jours néfastes
La gauche au général second
La droite au général en chef
Ils sont placés pour le rituel funèbre
*
Il convient de pleurer
Le massacre des hommes
Avec chagrin avec tristesse
Il convient de traiter
La bataille gagnée
Selon tout le rituel funèbre.
Note et variante :
1 – À gauche est la place d’honneur. » Selon la coutume de la Chine traditionnelle, la place d’honneur est à droite. Mais Lao-tseu, habitant de Tch’ou, n’adopte pas la même coutume. » (Liou, opus cité).
2 – Variante : Mais elle est à droite en campagne. (Il s’agit de la campagne guerrière).
*
XXXII
Non le tao n’a pas de nom1
Bien que son fond soit minuscule 2
Le monde entier n’ose l’assujettir3
***
Si princes et seigneurs adhéraient au tao
Les êtres en tous lieux se soumettraient à eux
Alors s’uniraient ciel et terre
Pour que descende une douce rosée
Les peuples sans contrainte aucune
Seraient d’eux-mêmes pacifiques
***
Qui inaugure une institution
Établit ses diverses fonctions
Ces fonctions une fois établies
Il faut enrayer l’hémorragie
Qui tant y remédie à l’étoffe
Pour conjurer toute catastrophe
***
Le tao est à l’univers
Ce que sont les ruisseaux et vallées
Au fleuve et à la mer.
Variantes :
1 – Le tao est sans nom.
2 – « Bien que son fond soit minuscule » : fait possible ou non, ou seulement probable, plus ou moins sûr, avéré, c’est ce que la tradition raconte ; « Bien que son fond est minuscule » : fait certain, tangible, vérifié ; or le tao, personne ne l’a jamais vu, et même s’il est affirmé par les sages qui eux-mêmes ne l’ont jamais vu mais seulement approché ou le subodorent, il demeure une simple idée, un simple code de bonne conduite, une entité idéelle du même genre que toutes les déités. Autres variantes : « Si minuscule soit son fond [Aussi minuscule est son fond] ».
3 – Au monde nul ne le bouscule.
*
XXXIII
Celui qui connaît autrui
Est intelligent
Mais l’être qui se connaît
Est plus éclairé1
*
Si celui qui vainc autrui
Est fort en son corps
Alors qui se vainc soi-même
Est fort en son âme
*
Tel qui peut se contenter
A toute richesse
Tel qui s’efforce d’agir
A la volonté
*
Tel qui demeure à sa place
Vivra bien longtemps
Mais qui meurt sans disparaître
Atteint l’immortalité. 2
Variantes :
1 – Qui connaît autrui [Qui autrui connaît] / Est intelligent / Mais qui se connaît / Est plus avisé [Est moins indigent, moins suffisant, bien plus brillant, bien plus savant…].
2 – Touche à l’immortalité.
– XXXIV –
Le grand tao se répand comme un flot
Il peut aller à hue à dia1
De lui tout être est né
Sans que jamais il ne l’eût exprimé2
Il accomplit ses œuvres
Mais ne s’en approprie aucune
Il protège et nourrit tous les êtres
Sans qu’il en soit le maître
Il ainsi peut grandeur se nommer3
C’est en ignorant sa grandeur
Que celle-ci se parachève.4
Notes et variantes :
1 – Variantes : [À] babord [à] tribord ; À tyouc et à huhô.
2 – Même idée qu’au § 2 (cf. : Bien pourquoi non-agit le sage / Par son enseignement muet / N’étant l’auteur d’aucune chose.). À ce niveau, Liou Kia-Hway précise : « non-expression = non-être originel ; se référant à plusieurs copies anciennes du livre et aux textes anciens qui expriment les mêmes idées de Lao-tseu, Tchou K’ien-tche a établi que « non-expression », selon les copies actuelles de Ho-Chang-kong et de Wang Pi, doit être originellement « non devenir commencement » […] seule cette correction peut exprimer la synthèse concrète des deux contraires et par là l’effacement volontaire du sage taoïste. »
3 – Variante : Il peut ainsi grandeur se nommer.
4 – Variante : Que sa grandeur se parachève.
– XXXV –
Celui qui tient la grande image 1
Peut parcourir le monde
Il le fait sans dommage
Et partout stable et quiet il va trouver la paix 2
*
La musique et la bonne chère
Attirent les passants
Et du tao pour eux
N’émanent que monotonie et que fadeur 3
*
Regarder le tao
N’est pas encor le voir
Écouter le tao
N’est pas encor l’entendre 4
Et goûter le tao
N’est pas le savourer.
Notes et variantes :
1 – La grande image. Expression chinoise pour dire : » l’intuition fondamentale du tao ».
2 – Variantes : Celui qui tient la grande icône [Celui qui tient la grande idée] [Celui qui tient les hiéroglyphes] [Celui qui tient les glyphes] / Peut parcourir le monde / Il le fera sans grand dommage [Il le fait sans danger] / Il trouve paix partout, stabilité, tranquillité [sérénité].
2- et 3 – Variantes : Il le fait sans aucun dommage / Et partout stable et quiet il va trouver la paix/ … / Tandis [Alors] que pour eux du tao / N’émanent que fadeur et que monotonie.
4 – Variantes : Regarder le tao / N’est pas le voir [encore] / Écouter le tao / N’est pas l’entendre [encore].
XXXVI
Tel qui veut abaisser
Doit d’abord rehausser
*
Tel qui veut affaiblir
Doit d’abord affermir
*
Tel qui veut effacer
Doit d’abord exalter
*
Tel qui veut supplanter
Doit d’abord ménager
*
Subtile ainsi est la vision du monde 1
*
Le souple vainc le dur
Le faible vainc le fort
*
Le poisson ne doit pas
Sortir des eaux profondes
Les armes de l’État
Et les plus efficaces
Ne doivent en aucun cas
Être montrées aux hommes 2
Variantes :
1 – Telle est la vision subtile du monde 1
2 – Les armes du pouvoir / Et les plus efficaces / Ne doivent être enseignées / Aux hommes du vulgaire.






