Aller au contenu principal

A l’Académie française, où l’on vient d’élire un agrégé ès lettres (Finkielkraut), ils ne devraient pas dire « veuillez d’agréer »

enveloppe lettre

SED PIA TURBA DOLET – MAIS DE LA PIEUSE TOURBE IL DEULT.

Je ne suis pas d’accord sur tout dans ce qui suit (sur le constat oui, sur l’analyse de certains faits de société pas toujours, sur l’emploi de certains mots trop galvaudés ou tics d’écriture, non plus ; mais ceci est de l’ordre normal du débat d’idées).

Cela dit, je suis bien d’accord sur l’essentiel.

1/ Liberté d’expression pour tous et non pour une coterie d’auto-élus. 2/ Pluralisme d’expression. Il ne s’agit pas de faire taire qui que ce soit, mais de permettre à tous et équitablement de s’exprimer. Mais je sais aussi que le « taisez-vous !» employé plus bas fait référence à la propre attitude de mon petit Pinson. 3/ La parole aux sans-voix. Il y en a marre, cela n’a jamais atteint un tel niveau. Quand je pense à tout ce qui a pu être dit et écrit en Mai 68 dans le domaine de ce que l’on pourrait appeler une forme de poésie de la rue, de bonne folie ou plus exactement d’expression libératrice, et quand je vois où on en est pratiquement un demi-siècle plus tard, je suis abasourdi.

Enfin, non des moindres problèmes : 4/ un quarteron de fantoches de la philosophie, de fantoches sans références, d’ennemis irréductibles de la philosophie, de la véritable (et j’allais dire éternelle) réflexion philosophique est là s’exhibant quotidiennement dans les media, en larbins malades des salopards de l’Empire, attisant la haine, entretenant un climat malsain, jouant aux petits-provos, énonçant des « idées » du niveau du Café du Commerce, entretenant le feu d’un prétendu conflit des civilisations créé de toute pièce par ce même Empire destructeur et belliciste. Et pour certains, cela va jusqu’à une responsabilité morale certaine (immorale, pour être plus juste) dans diverses tueries de par le Monde.

***

Jeudi 21 janvier, j’ai participé à l’émission « Des paroles et des actes », présentée par David Pujadas sur la chaîne publique France 2. L’émission intitulée ce soir là « Les deux France » opposait – ou du moins devait opposer – l’intellectuel Alain Finkielkraut à l’homme politique, Daniel Cohn-Bendit.
C’est dans ce cadre là que j’ai été invitée à intervenir en tant que « citoyenne de confession musulmane ». C’est comme cela que j’ai été castée. J’ai mis peu de temps à accepter ; comme beaucoup, nombre des propos tenus par Finkielkraut m’avaient ulcérée et je voulais le mettre face aux conséquences de tels discours. 
Malgré le format difficile (qui ne permet ni un vrai débat, ni la formulation d’une argumentation précise), il me semblait important de pointer les problématiques d’une parole raciste devenue normalisée, d’un climat dangereux et délétère, ainsi que d’une islamophobie institutionnalisée.
Si je m’attendais à ce que mes propos ne plaisent pas à – ce que j’espérais être – une minorité de personnes, je ne m’attendais pas à susciter une telle polémique. Suite à mon passage, beaucoup de personnes se sont laissées aller aux théories les plus fantaisistes et aux connexions les plus incongrues, allant m’inventer des identités, des occupations et des relations qui ne sont pas les miennes.
Si certains se sont arrêtés aux insultes racistes, sexistes et mysogines, (j’ai d’ailleurs décerné la palme à la mention « Beurette siliconée »), d’autres ont poussé la diffamation encore plus loin en s’adonnant à toutes sortes de raccourcis douteux, de « raisonnements logiques » à en faire se retourner Descartes dans sa tombe, et de conclusions dignes des plus grands saute-mouton de la planète.
Je vais être claire, donc.
Non, je ne suis pas membre des Indigènes de la République.
Oui, comme plus d’une centaine de citoyens, de personnalités et d’organisations (Collectif Mwasi, Union Juive Française pour la Paix, Ferguson in Paris, Europe Ecologie-Les Verts…), j’ai signé l’appel de la Marche de la dignité et ai manifesté contre les violences policières et le racisme ce fameux samedi 31 octobre 2015.
Mais non, je n’ai pas eu la chance de l’organiser. Non, je ne suis affiliée à aucun parti politique. Non, je ne suis pas membre du Parti des Indigènes de la République (PIR). Non, je ne suis pas la sœur de Nabilla. Non, je ne suis pas la première femme à avoir posé un pied sur la lune, et non je n’ai pas brillamment vissé le dernier boulon de la Tour Eiffel.  
Une vérification sommaire, que l’on aurait même pu confier au stagiaire de troisième, aurait permis de lever le doute à ce sujet… Mais c’était sans compter sur la course au clic de certains médias, qui ont préféré s’appuyer sur les dires de la twittosphère pour sortir, dans la précipitation et sans aucune vérification, des informations qui tenaient de l’hypothèse plutôt que de la vérité indéniable.
Le plus déplorable dans tout ça – au-delà du fait que ce sont toujours aux mêmes que l’on demande de justifier telle ou telle phrase, tel ou tel lien associatif – c’est que ces vaines polémiques ont occulté mon propos.
Pourtant, il est primordial d’en parler, d’analyser l’islamophobie ambiante et les processus de confiscation de la parole au profit de certains intellectuels réactionnaires surmédiatisés, notamment sur les chaînes publiques. Alain Finkielkraut en est un. Il fait partie de ces gens qui prétendent dire « des vérités dérangeantes » mais qui ne font que nuire à notre capacité à faire société et à construire un « nous » inclusif et juste. Il fait partie de ceux dont les amalgames et les propos tendancieux, inexacts et fantasmés contribuent à opposer les citoyens les uns aux autres. Et ce n’est pas nouveau.
En 2005, il commentait les révoltes urbaines parties de Clichy-sous-Bois de la sorte :
« En France, on a tendance à réduire ces émeutes à leur dimension sociale, de les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation (…) le problème, c’est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane. »
Non, le problème n’était ni leurs origines ethniques ni leur religion mais dans la perception qu’en ont les institutions et le traitement différencié, notamment de la part de l’institution policière, qui en découla.
Quelques mois plus tard, il taclait notre équipe de foot nationale en la qualifiant de « black-black-black », regrettant que cela en fasse « la risée de toute l’Europe ».
La liste des propos nauséabonds s’est allongée au fil des années. En 2006, lors d’une table -ronde du CRIF, Alain Finkielkraut évoque un « lien visible entre Islam et violence » dans notre pays. Étrange donc que les 5 à 7 millions de musulmans vivant en France n’aient pas encore de casier judiciaire !
En 2014, se lâchant sur les musulmans, il déclarera que « la majorité des antisémites sont musulmans ». Sur quoi s’appuie-t-il pour sortir de telles inepties si ce n’est sur ses préjugés et son idéologie mortifère ?
Il continuera en 2015, en expliquant que le djihad au sens de « combat armé pour la défense et l’expansion de l’Islam » est « une obligation léguée par Mohamet à tous les musulmans ».
On pourrait citer bien d’autres propos. Leur point commun ? Ils sont souvent racistes, complètement hors-sol et créent de la défiance à l’égard d’une partie de la population. Surtout, leurs auteurs ont généralement carte blanche – même sur les chaînes publiques – pour exprimer ces idées et ce, sans que le format ni la ligne éditoriale ne permettent une vraie contradiction. C’est en ce sens que j’ai également interpellé David Pujadas. Plus que jamais, les médias ont un rôle à jouer dans l’apaisement des tensions sociales et politiques auxquelles nous faisons face.
Lorsque je vois qu’une intervention de quelques minutes a créé autant de tumulte et déchaîné autant de passions, je me dis qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir et de défis à relever. Je compte bien y prendre ma part… toujours avec le sourire.
Wiam Berhouma (sur Le Nouvel Obs.)

***

Ce que je trouve également extraordinaire, c’est que cette jeune femme ait été invitée à cette émission non pas en tant que française, mais en tant que « citoyenne de confession musulmane ». À ce compte-là qui pourra me dire en tant que qui ou en tant que quoi furent invités les deux permanents des media, les deux comiques bien connus, les frères ennemis Finkie et Cohno ?

***

Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet.

XIR239598 Etienne Dolet (1509-46) 1546 (engraving) (b/w photo) by French School, (16th century); Private Collection; (add. info.: imprisoned, hanged and burnt for sedition); Giraudon; French, out of copyright

Étienne Dolet, né à Orléans en 1509, libre penseur et humaniste, érudit, linguiste, philologue, traducteur, poète, éditeur. Jugé athée par la faculté de théologie de la SORBONNE, il est étranglé (mesure de mansuétude!) par un élément de la lie humaine, puis brûlé avec ses livres le 3 août 1546, place Maubert à Paris, comme, rien que cette année-là, trois autres éditeurs (dont malheureusement je ne saurais dire les noms). Ces dernières paroles auraient été en vers latin : Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet. Il ne s’afflige pas sur Dolet, mais de la foule pieuse il s’afflige.

***

« Dehors, dehoooooooors ! »
Finkielkraut à la Sorbonne, ou le Sacre de l’obscurantisme distingué
31 janvier 2016
Lorsqu’une prestigieuse université (la Sorbonne, à Paris) invite un maître-penseur médiatique devenu académicien, et qu’une doctorante en philosophie de ladite prestigieuse Université s’autorise à l’interpeller sur ses manquements à l’éthique intellectuelle, que pensez-vous qu’il advient ? Un indice : la doctorante est par ailleurs musulmane, et nous en sommes en France, en 2016.
Le Grand Amphithéâtre de La Sorbonne était rempli de têtes bien blanches pour le forum de la philosophie organisé par France-culture. La foule s’était déplacée en grand nombre, mais nulle inquiétude pour Alain Finkielkraut : son public, contrairement à l’équipe de France de football black-black-black qui lui faisait « honte », était à l’image de la France, la vraie. Au programme, un débat prometteur intitulé :
« Qu’est-ce qu’être français ? ».
Voilà que notre philosophe médiatique préféré commence à déballer son bla-bla habituel. Ils applaudissent. Ils applaudissent encore. À chacune de ses interventions, ils applaudissent. Ils applaudissent même lorsque, sur le ton de la confidence, notre invité vedette explique qu’il s’est senti français pour la première fois en 1989, lors de la première affaire du voile à l’école. Notre culture valorise le féminin, se dit-il face à cette altérité radicale. À ce moment je ne peux m’empêcher de penser : quelle magnifique illustration du propos d’Edward Said dans L’Orientalisme : Le Nous ne peut se définir qu’en opposition à l’Autre – le monde musulman en l’occurrence, et la femme musulmane en particulier. La définition de l’altérité précède celle de l’identité, elle en est la condition nécessaire et suffisante. Etre français, c’est ne pas être un « musulman visible ». Être français, c’est être tout ce qu’une femme musulmane n’est pas.
Arrive enfin le temps des questions. Trois ou quatre seulement, parce que Monsieur Finkielkraut a déjà beaucoup parlé, bien plus que ses deux interlocuteurs. On me fait l’honneur de me laisser poser la dernière question. Pour commencer, je souligne qu’il était assez intéressant de constater que notre académicien a défini « l’être-français » par la négative : être français, c’est ne pas être une femme musulmane voilée. Je souligne aussi qu’il met en avant une conception de la féminité très normative, occidentale et blanche. Enfin, je vais à l’essentiel :
« Je voudrais saluer la sagesse des organisateurs parce qu’il est effectivement très judicieux, dans un climat si nauséabond que le climat actuel, d’inviter pour nous parler de ce que signifie être français, une personnalité médiatique islamophobe et raciste. »
L’applaudimètre m’avait déjà indiqué que je ne ferais certainement pas l’unanimité, mais je ne m’attendais pas, pour autant, à un tel lynchage collectif. J’avais ouvert une boîte de Pandore, et sous les huées de la salle, les commentaires et insultes fusaient de tous côtés :
« C’est honteux ! »
« Dehors, Dehoooooooors ! »
« Vous devriez avoir honte ! »
« C’est dommage, vous aviez bien commencé. »
« C’est scandaleux ! ».
Un homme hystérique m’interpelle à nouveau :
« Dehors, Dehoooooooors ! »
Je lui rappelle calmement que je suis doctorante à La Sorbonne et que je suis donc ici chez moi.
Des insultes, de la colère, de la haine et du mépris. Du racisme.
Alain Finkielkraut décide de « quand même » me répondre. Il souligne la haine (imaginée, fantasmée) de mon propos sans rien dire de la violence des réactions que ledit propos a suscitées. Puis, comme tout raciste qui se respecte, il montre patte blanche en jouant la carte de l’ami arabe : il ne peut tout bonnement pas être islamophobe puisque des musulmans (des vrais !) comme Fethi Benslama ont des positions similaires aux siennes. Il aurait tout autant pu dire qu’il ne pouvait pas être raciste puisqu’il aimait le couscous, le thé à la menthe et les pâtisseries orientales.
Au passage, il règle ses différends avec la jeune professeur d’anglais qui l’a brillamment interpellé lors d’une émission télévisée. Ce n’est pas une islamiste, précise-t-il, mais elle a participé à une marche dans laquelle les manifestants criaient « ta race ! » chaque fois que son prénom était mentionné – et bien oui j’ai rigolé, le Finkielkraut peut être drôle. Il ajoute qu’il n’ose même pas imaginer ce que la professeure a pu dire à ses élèves au lendemain des attentats de janvier et de novembre… De la dénonciation de l’islamophobie de Finkie au soutien au terrorisme, il n’y a visiblement qu’un pas.
Cette réponse marque la fin du débat, mais je ne suis pourtant pas au bout de mes surprises. À deux mètres de moi, une sexagénaire indignée s’improvise star du moment et, entourée d’autres sexagénaires, commence une sorte de conférence de presse. Entre deux propos débiles, elle a ce mot magnifique :
« Oui, oui, c’est du terrorisme. »
La boucle est bouclée.
En bonne masochiste que je suis, je reste à ma place pour permettre aux gens de venir m’insulter :
« – C’est honteux, vous l’avez insulté !
– Non, dire d’Alain Finkielkraut qu’il est raciste et islamophobe, c’est…une description !
– Vous avez dit qu’il était nauséabond ! »
Je souris :
« Non Monsieur, j’ai dit que le climat actuel était nauséabond. »
Alors que je m’apprête à partir, une femme m’interpelle pour m’expliquer qu’Alain Finkielkraut n’est pas raciste. Mieux que le Jamel Comedy club, les fans de Finkielkraut :
« Mais quand même, avec Daesh, il est légitime de s’opposer au voile islamique. »
En partant, je lui dis qu’il est affligeant de voir la rapidité avec laquelle elle fait des amalgames, et que dans un forum de philosophie, élever le niveau de la discussion et du débat ne serait pas du luxe.
Cela pourrait n’être qu’une histoire drôle à se raconter entre amis : L’histoire de l’indigène qui avait été huée par les fankielkrauts. Mais c’est un peu plus : une bien triste illlustration, parmi beaucoup d’autres, de la fascisation de la France, et de la libération de la parole islamophobe. Le plus regrettable, sans doute, c’est que nous n’étions pas dans un meeting du Front national : c’est l’Université Paris-Sorbonne qui a donné une plateforme privilégiée au racisme et à l’islamophobie que professe Alain Finkielkraut, et c’est une doctorante de cette même université qui en a fait les frais. Je donnerai donc le mot de la fin à Wiam Berhouma :
« Taisez vous Monsieur Finkielkraut, pour le bien de la France, taisez-vous. »
Mais j’invite aussi les institutions publiques et les grands médias à la responsabilité. Cessez-donc de lui tendre des micros, aidez-nous à le faire taire.
Souad Betka, sur LesMotsSontImportants.net

 ***

Le double scandale du lieu : la Sorbonne (mais pas si étonnant, c’est dans la tradition) et de l’organisateur France-Culture : mais là aussi c’est devenu une tradition en cette radio d’État phagocytée par une racaille de pseudo-intellos et autres incultes et intolérants qui s’auto-reproduisent en vase clos. Dont un très grand nombre de pseudo(s?) « de gauche », de la « petite gauche ».

***

pieter-brueghel-lancien-le-triomphe-de-la-mort1

Le Triomphe de la Mort de Bruegel l’Ancien. 

Ce que personne ne vous dira sur le discours de réception à l’Académie française d’Alain Finkielkraut.

« Finkielkraut et Spitzhacke, quel couple d’adversaires (littéraires) sous la Coupole ! Finkielkraut, que l’on considère neocon (abréviation de néo-conservateur), a dans son nom de famille sept consonnes : F,N,K, L, K, R, T. Spitzhacke, sept consonnes : S,P,T,Z,H,C,K. Finkielkraut a trois consonnes qui se suivent : LKR. Spitzhacke a trois consonnes qui se suivent : TZH. Où a-t-on trouvé des noms pareils ? Imprononçables ! A croire que tout ceci ne se passe pas à l’Académie, mais à la Comédie française ! » (Robert Spitzhacke, c’est-à-dire Olivier Mathieu, sur son blog Médiapart, en 2014)

Jean-Pierre Fleury :
Alain Finkielkraut a été reçu à l’Académie française. Vous avez lu son discours ?

Olivier Mathieu :
Je l’ai lu. Je l’ai trouvé plutôt médiocre.

Jean-Pierre Fleury :
C’est mon opinion également, on n’y échappe à aucun poncif. Mais…

Olivier Mathieu :
Je l’ai trouvé très mal lu, aussi. Finkielkraut ne lit pas bien le français. Dès le début de son discours, il aspire le « h » de « Henri », il dit « de Henri ». En français, on dit : « d’Henri ». Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

J.-P. F. :
Alain Finkielkraut y a parlé de son « nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives »

O.M. :

Oui, c’est une des choses qui m’ont fait sourire. J’avais consacré un article justement à ce sujet, les consonnes de « Finkielkraut » et de « Spitzhacke », sur le blog Médiapart que je tenais en 2014. On le trouve ici : https://blogs.mediapart.fr/robertspitzhacke/blog/090414/alain-finkielkraut-quon-considere-neocon-mais-quel-choc-de-consonnes

J.-P. F. :
– Sur France-Inter, Alain Finkielkraut avait récemment dit : « C’est pas [sic] tout à fait la première fois qu’un juif rentre en majesté : c’était le cas de Simone Veil. La dimension juive de mon existence s’est exprimée dans plusieurs de mes livres. J’ai pensé à mes parents mais aussi à mes grands-parents que je n’ai pas connus ».

O.M. :
– Je me posais de nombreuses questions à ce sujet. Il convient en effet de noter que le père d’Alain Finkielkraut était né, semble-t-il, en 1904 (même s’il falsifiait parfois sa date de naissance et se disait venu au monde en 1908). Alain Finkielkraut est de 1949, il est donc né 45 ans après la naissance de son père. Si l’on veut bien supposer que les grands-parents du philosophe avaient (au minimum) vingt ans en 1904, ils auraient eu (au minimum) 65 ans en 1949. Qu’Alain Finkielkraut n’ait pas connu ses grands-parents paternels n’a donc rien de particulièrement étrange. En ce qui me concerne, par exemple, je n’ai jamais connu mon grand-père maternel, mort vers 1956 et donc quatre ans avant ma naissance.

J.-P. F. :
– Pour mieux comprendre, et donc pour pouvoir mieux saisir la personnalité du désormais académicien Finkielkaut, qui est aussi un personnage public, il faudrait consulter les lieux et dates de naissance et de décès des grands-parents d’Alain Finkielkraut. Mais ces informations ne se trouvent nulle part, sur Internet.

O.M. :
– En effet. Il est dit sur Internet que le père d’Alain Finkielkraut quitta la Pologne « dans les années trente », mais sans aucune date plus précise. C’est bien dommage. Les « années trente » s’étendirent en effet entre le premier janvier 1931 et le 31 décembre 1940, et c’est donc un fort long laps de temps. On ne sait pas non plus au juste si le père d’Alain Finkielkraut proposa à ses parents de le rejoindre en France, au cours des années 30. Jusqu’ici, je n’avais pas trouvé non plus les dates précises d’une déportation du père d’Alain Finkielkraut à Auschwitz, certains sites affirmant qu’il y aurait passé deux ans, d’autres trois ans, d’autres quatre ans. Je pense que le discours de Finkielkraut est un discours plutôt médiocre, je le répète. Mais aussi, ne serait-ce que par honnêteté il faut reconnaître à ce discours de réception de Finkielkraut à l’Académie qu’il donne, sur ce point, une réponse, puisqu’on y lit : « C’est de France, et avec la complicité de l’État français, que mon père a été déporté, c’est de Beaune-la-Rolande, le 28 juin 1942, que son convoi est parti pour Auschwitz-Birkenau ».

J.-P. F. :
– Sauf erreur de ma part, on ne sait pas non plus les dates de naissance et de décès de l’oncle d’Alain Finkielkraut, qui se trouvait en tout cas à Paris après la seconde guerre mondiale.

O.M. :
– Mais le mystère est encore plus complet en ce qui concerne la mère d’Alain Finkielkraut, dont il semble assez difficile de trouver sur Internet la date de naissance et le nom de jeune fille. Je me demande si ce nom de famille n’était pas « Pops » ( http://www.avis-de-deces.net/f_laura-finkielkraut-pops-bagneux-92220-hauts-de-seine_1769702_2014.html ). Quoi qu’il en soit, ayant eu son fils Alain en 1949, on peut supposer qu’elle ait eu environ vingt ans, ou disons au moins vingt ans, cette année-là. On ne comprend pas bien, toujours d’après les informations disponibles sur Internet, quel âge elle avait pendant la seconde guerre mondiale et surtout de quelle façon ou avec l’aide de qui une personne si jeune a pu s’échapper de Pologne. On dit qu’elle aurait habité alors en Allemagne puis en Belgique. Des renseignements quant à la date de naissance et de mort des grands-parents maternels d’Alain Finkielkraut aideraient peut-être le grand public à comprendre certaines choses.

J.-P. F. :
– Je me souviens de Finkielkraut déclarant par exemple à Elkabbach : « J’ai été reçu en tant que personne mais j’ai un nom de famille, je porte avec moi tous les miens : je suis très ému de les voir eux, dont certains sont partis en fumée, entrer sous mon nom à l’Académie Française. Voilà déjà ce que ça m’apporte. »

O.M. :
Je m’en souviens aussi. Le grand public voudrait probablement savoir qui étaient ces gens dont « certains », pour reprendre les mots de Finkielkraut, « étaient partis en fumée ». D’une part, Alain Finkielkraut a déclaré qu’il venait d’une famille de rescapés : « Or, moi qui viens aussi d’une famille de rescapés », déclare ainsi Finkielkraut durant un débat avec Avraham Burg. D’autre part, certains journalistes ont présenté Finkielkraut comme « fils de deux orphelins dont les familles furent presque intégralement englouties dans les camps de la mort », et l’on aimerait en savoir davantage. Il y a dans ces phrases (« certains », « presque » englouties) trop d’imprécision. Combien d’engloutis au juste, et combien de rescapés ? Revenons à l’élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française. Sur le site d’une radio, on a lu : « C’est son fils, Thomas, fils rebelle qui un temps songea à abandonner son patronyme trop lourd à porter, qui l’a convaincu de se porter candidat à l’Académie, rappelant au paternel combien ses parents, petits maroquiniers exilés de Pologne auraient été fiers de le voir sous la Coupole ». Finkielkraut ne manque pourtant jamais de déclarer : « Je ne peux pas bouder mon plaisir, même si je n’aurais jamais eu l’idée de me présenter de moi-même. (…) Des académiciens amicaux m’ont sollicité ».

J.P. F. :
Oui, encore une contradiction.

O.M. :
En effet, il faudrait se décider. Ce sont des « académiciens amicaux » qui l’ont « sollicité », ou alors c’est son fils qui lui a soufflé l’idée ?

J.-P. F. :
Il y a d’autres choses qui vous ont semblé dignes d’être remarquées,  dans le discours de réception de Finkielkraut ? Par exemple ?

O.M. :
Par exemple, que Finkielkraut ait cité Michel de Ghelderode, un ancien ami de ma grand-mère Marie de Vivier ( https://textyles.revues.org/354 ) . C’est même Michel de Ghelderode qui avait donné à ma grand-mère un surnom qui lui est resté, « L’emmerdeuse ». Tout comme moi, en me présentant le 10 avril 2014 contre Alain Finkielkraut à l’Académie française, j’ai joué à l’emmerdeur…

J.-P.F. :
Et d’autres choses encore ?

O.M. :
Oui, une en particulier. La voici. Alain Finkielkraut s’est donc intéressé, pour écrire son discours, à la littérature belge, à Félicien Marceau et à L’oeuf de ce dernier. Mais Finkielkraut s’y est intéressé superficiellement, je le crains. Sinon, il saurait que dans les milieux littéraires belges de l’époque, on accusa L’oeuf de Félicien Marceau d’être un plagiat d’un texte, également intitulé L’oeuf, dont était auteur un poète surréaliste et humoriste bruxellois, ami de Magritte, aujourd’hui totalement oublié, qui avait nom Paul Colinet. Ce Paul Colinet était aussi un ami de ma grand-mère ( http://www.aml-cfwb.be/catalogues/general/titres/210538 ), tout comme Félicien Marceau. L’oeuf, on devrait le savoir, était un sujet cher aux surréalistes belges d’alors. Je possède des photos inédites de ma grand-mère, Marie de Vivier, avec Paul Colinet et René Magritte. Or, la brouille entre Félicien Marceau et Marie de Vivier vint du fait que, selon ma grand-mère, Marceau s’était inspiré de Colinet. L’oeuf de Marceau date de 1957. 1957 qui est aussi l’année de la mort de Colinet.

J.P.F. :
Et donc ?

O.M. :
– Et donc, qu’on le veuille ou non, lors de l’élection au fauteuil 21 de Félicien Marceau, Alain Finkielkaut a été opposé à « Robert Spitzkacke », c’est-à-dire à Olivier Mathieu, petit-fils de Marie de Vivier, laquelle s’était brouillée avec Félicien Marceau au sujet de L’oeuf de Paul Colinet. Mais tout cela, par exemple l’existence de Paul Colinet, ou la polémique qu’il y eut jadis entre partisans de Colinet et partisans de L’oeuf de Marceau, Finkielkraut n’en sait évidemment rien. Il a fini son discours par les mots que voici : « La morale de toute cette affaire, ce n’est certes pas que le temps est venu de tourner la page et d’enterrer le devoir de mémoire, mais qu’il faut impérativement sortir celui-ci de « l’œuf » où il a pris ses quartiers pour lui rendre sa dignité et sa vérité perdues. » Mais ce serait amusant que Marie de Vivier ait eu raison car dans ce cas Alain Finkielkraut, en faisant l’éloge de L’oeuf de Félicien Marceau, aurait fait l’éloge d’un faussaire…

Propos recueillis par Jean-Pierre Fleury.

De la logorrhée finkielkrautée ou : « il est impossible, peut-être même dangereux de dire ces choses aujourd’hui en France » (Finkie dixit), mais la preuve que non, puisque tu les dis sans aucun dommage, tous les jours de l’année, et même avec l’assentiment de tous les media ou presque.

« Personne ne sera reçu dans l’Académie qui ne soit agréable à Monseigneur le Protecteur et qui ne soit de bonnes mœurs, de bonne réputation, de bon esprit et propre aux fonctions académiques. » (Statuts et règlements de l’Académie française, 22 février 1635, article premier)

Ici, c’est le gratin. Lieux communs et approximations. Pour ne pas dire plus d’une fois Le Café du Commerce. Non ! Ta dialectique ne casse pas vraiment des briques ! Surtout quand tu apparentes, bien malgré toi, tes contraires. Tes affirmations péremptoires et tes négations encore plus péremptoires en aucune « négation de la négation », en aucun dépassement digne de ce nom. Tes thèses et anti-thèses en aucune synthèse, si ce n’est en diarrhée mentale à la fois malade et effrontée. De celle que l’on croyait ensevelie à tout jamais dans l’oubli : tous ces propos les plus suintants l’inculture, la bêtise et la haine de la vieille et séculaire Réaction. La Défaite de la Pensée.

Morceaux choisis d’un entretien accordé, selon la formule consacrée… « par l’écrivain et philosophe (sic) » français (resic) Alain Finkielkraut au journal israélien Haaretz, le samedi 19 novembre 2005 (et rapporté par Le Nouvel Observateur du 24 novembre de la même année).

***

« En France, on a tendance à réduire ces émeutes [dans les banlieues] à leur dimension sociale, de les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation . […] Le problème, c’est que la plupart de ces jeunes sont des noirs ou des Arabes avec une identité musulmane. […] Donc il est clair qu’il s’agit d’une révolte avec un caractère ethnico-religieux. »

Mais ouf ! J’ai-t-y z-eu grand peur que notre Finky ne soye raciste :

« Il faut bien entendu éviter les généralisations: Il ne s’agit pas de tous les noirs et de tous les Arabes, mais d’une partie des noirs et des Arabes. »

Seulement ! Mais quelle partie ?

***

« Cette violence a eu des signes précurseurs très inquiétants ». Ici, il cite le match France-Algérie de football, en octobre 2001, au cours duquel des jeunes avaient sifflé La Marseillaise. Dur au premier abord pour « un héritier de Charles Péguy » (les gazettes), non ?!

Parti du socialisme libertaire comme on disait alors, anticlérical et dreyfusard, pour finir militant du catholicisme et du nationalisme des plus forcenés, et mort bienheureux à la Guerre de Quatorze, tel fut Péguy. Mais pour Finkie (cela me gêne toujours de mettre un « e » à ce sujet masculin) c’est un tout autre genre. Qui a lu et reproduit des extraits de cette page 161 du livre de Pascal Bruckner intitulé Un Bon fils (éditions Grasset) ?  où l’on trouve ceci  :

« Alain m’avait aidé à échapper au service militaire grâce à un stratagème délicat, monté avec un ami psychiatre. Lui-même venait d’être réformé de cette façon. Après une semaine passée à fumer abondamment, à ne rien manger, à peu dormir, je me présentai un soir aux urgences d’un hôpital de la banlieue nord, arguant une tentative de suicide aux barbituriques. En fait, je n’avais pris qu’un Valium et demi. Il fallait être groggy tout en restant conscient de crainte que les internes ne pratiquent un lavage d’estomac et ne dénichent la supercherie. […] Un médecin militaire me convoqua à Vincennes, au centre de recrutement : il examina mon dossier, me soumit à un interrogatoire prolongé. J’arguais de mes tendances suicidaires, de mon incapacité à assumer mon rôle de père. Le colonel finit par me dire : « Je suis sûr que vous êtes un simulateur, mais je n’ai aucun moyen de le prouver. Dans le doute, je préfère vous relever de vos obligations militaires ».

***

La mauvaise haine injustifiable et barbare :

« J’ai pourtant découvert qu’eux aussi envoyaient en première ligne de la lutte les plus jeunes, et vous en Israël vous connaissez ça, on envoie devant les plus jeunes parce qu’on ne peut pas les mettre en prison lorsqu’ils sont arrêtés. Quoiqu’il en soit, ici, il n’y a pas d’attentats et on se trouve à une autre étape: je pense qu’il s’agit de l’étape du pogrom antirépublicain. Il y a des gens en France qui haïssent la France comme République. »

La bonne haine et l’œuvre civilisatrice du colonialisme (et ceci dans le même entretien !) :

« Je suis né à Paris, mais je suis fils d’immigrants polonais. Mon père a été déporté de France. Ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Mon père est revenu d’Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine: ce qu’il a fait à mes parents était beaucoup plus violent que ce qu’il a fait aux Africains. Qu’a-t-il fait aux Africains? Il ne lui [sic] a fait que du bien. »

Plus loin :

« Maintenant, l’enseignement de l’histoire coloniale est exclusivement négatif. Nous n’apprenons plus que le projet colonial a aussi apporté l’éducation, a apporté la civilisation aux sauvages [sic]. »

« L’idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L’antiracisme sera au XXIe siècle ce qu’a été le communisme au XXe.» Et le maoïsme ?!

Entendons-nous bien, Finkie ne fustige pas l’antiracisme, mais le mauvais antiracisme, celui « des nègres et autres sauvages ».

Et c’est ce type-là qui a eu le culot de se présenter à l’Académie, celui qui a la haine de la France… finalement en bon collabo de l’empire, qui demain va faire son discours de réception à l’Académie ; mais « bien fait pour lui, nanana ! », il va devoir faire l’éloge de Félicien Marceau.

Rigolons quand même un peu.

Alain Finkielkraut entre dans l’immortalité, par Olivier Mathieu.

Demain, Finkielkraut sera immortel. Fier comme – sur cette caricature d’époque – Fallières élu président de la France.

5

Demain, 28 janvier 2016, préférez-vous ?

1. Assister au discours de réception de Finkielkraut, ou relire « L’Immortel », le livre trop oublié d’Alphonse Daudet sur l’Académie française ?

1*

2

2. Assister au discours de réception de Finkielkraut, ou vous enivrer en buvant des litres d’immortel ?

3

3. Assister au discours de réception de Finkielkraut, ou jouer à l’Immortel ?

4

4. Assister au discours de réception de Finkielkraut, ou attendre qu’il mette en œuvre son programme auquel, par bonheur pour la France, il a toute l’immortalité pour réfléchir ?

6

Olivier Mathieu

NOTULE DE COMPLÉMENT AU PRÉCÉDENT ARTICLE

Le Gauchisme, maladie sénile du communisme, n’est bien évidemment pas ici le livre publié en 2013 par un certain Benoît Rayski qui se définit comme « islamophobe de gauche et de droite ». Je n’ai pas attendu 2013 pour dire ce que je pensais et pense encore et en mal du gauchisme ; c’était déjà mon propos et celui de quelques autres, dès le début des années soixante-dix, par écrit (affiches et tracts) et oralement et publiquement.
Ce qui a amené à notre encontre, une sorte de chasse aux sorcières grotesque et agressive orchestrée par ces mêmes gauchistes (chasse unitaire, alors même que d’une secte à l’autre, ils se haïssaient entre eux) ; on (les gauchos) nous a même mis des choses sur le dos dont on était totalement étranger. Nous avons pu, plus généralement, admirer le gauchisme (trotskyste et maoïste et assimilé) dans son rôle de « dirigeant », intolérant, manipulateur, et pour finir redresseur de tort et auxiliaire de police.
Non, rien à voir avec le judéo-fascisme* de ce petit homme monomaniaque qui lui aussi a fait son fond de commerce de la Seconde guerre mondiale et de « l’antisémitisme », comme notre récent prix Nobel.** Moi, est-ce que je suis tous les jours à geindre sur le sort des 300.000 morts bretons chairs à canon de la Guerre de Quatorze ? Est-ce que j’évoque souvent le lot réservé aux bretons lors de la Guerre de Soixante-dix, ces milliers de volontaires bas-bretons parqués dans un camp de la pire espèce à Conlie, non formés, non armés, certains même étant envoyés à la tuerie presque désarmés, tout ça par peur « républicaine » des chouans ! Et de gens qui à l’époque n’avaient encore qu’une langue, le breton.   Exemples volontairement ethniques ou ethno-culturels.
Mon Le Gauchisme, maladie sénile du communisme à moi, est une humble brochure ronéotée, à faible diffusion, comme il y en eu tant après Mai 68 ; celle-ci doit dater des années soixante-dix ou du début des années quatre-vingt. Un texte de l’ultra-gauche ; au sens réel, historique du terme, et non pas dans son sens dévoyé d’aujourd’hui où beaucoup de choses n’ont plus de sens, et en premier lieu les mots sur-médiatisés.
***
* « Judéo-fascisme » (je pourrais écrire « talmudo-fascisme ») est calqué sur « islamo-gauchisme ». Personnellement, je ne suis ni « facho » ni « gaucho ». Je n’ai aucune « élection » particulière et je ne vois pas beaucoup de différence, pour ne pas dire aucune, dans ce numéro de cirque « gaucho-facho » qui empêche d’aborder les vrais problèmes de société ; et qui devient de plus en plus répétitif, pénible et longuet. Le problème essentiel sur le fond n’a rien à voir avec la religion et encore moins avec de présupposés conflits de civilisation. Mais tout à voir avec l’impérialisme totalitaire. Plus précisément avec l’impérialisme américano-sioniste.
** Ce personnage (Rayski) est le fils de celui qui fut le responsable de la section juive (toujours à part, même là) du MOI (main d’œuvre immigrée) dudit PCF de la période de la « dernière guerre », MOI qui fut proprement abandonné à son sort par les franchouillards du « Parti » (cf. L’Affiche Rouge).

PEAU DE BALLE ET VARIÉTÉS

Eh, oui ! Bienheureux les simples d’esprit, le royaume des creux leur appartient.
Bienheureux les simples d’esprit !…
Le problème est qu’en France les simples d’esprit sont légions (sic) et que ceux qui ont quelque chose à dire n’ont pas le droit, jamais le droit à la parole que c’en est pire que totalitaire, proprement grotesque.
Je pense qu’on est tombé depuis une éternité dans l’infantilisme philosophique, politique et médiatique. Et dans l’anti-humanisme de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Si bien que les esprits du commun et les bonnes volontés sont totalement désemparés.
J’ajoute que le monde a une case de vide, comme on disait quand j’étais jeune (et même plusieurs). Tout dans la société va à vau-l’eau. Et c’est la notion même de « démocratie », de « démocratie représentative » qui fait problème. Liberté d’exploiter et de dominer, de détruite le monde et les cultures – Égalité dans la misère et le silence – et Fraternité « va te faire… lonlaire », à moins de fréquenter les loges et autres maffias.
Quand un bourgeois abruti, exploiteur de « nègres » de la Françafrique, auto-élu philosophe (non ce n’est pas Finkie, mais son double plus belliciste) en appelle, conseillé des princes, à toutes les guerres impériales (en particulier en Europe et au Proche-Orient), défendant depuis plusieurs décennies maintenant, toujours la cause des agresseurs et des plus salops, quand ce spécialiste mondial de Botul énonce que la philosophie est « un art de la guerre », on peut se dire que l’on est rendu au creux du creux, ou que l’on descend continuellement en un gouffre abyssal pour ne pas dire infini.
Quand on voit qu’un « débat », une leçon d’immoralisme ou d’amoralisme politicard, un exercice de propagande, « oppose » deux vieux schnocks sans œuvre qui vaille, mais que tout réunit sur l’essentiel électif et sur les sujets qui ne font jamais débat et sont (mal)proprement tabous (suivez mon regard), on se pose la question :
Qui pourrait, qui pourra, tel un nouvel Héraclès balayer cette chienlit et nettoyer radicalement ces nouvelles écuries d’Augias aux trois mille bœufs castrés du cerveau.
hqdefaultLes deux vieux cons, finalement satisfaits d’être là où ils sont : celui de gauche est de droite, la preuve : chemise blanche impeccable, il porte cravate ; celui de droite est de gauche, la preuve : son col de chemise froissée est ouvert, mais néanmoins tout bleu. Deux beaux jobards !
Car ils sont châtrés du ciboulot les deux piteux séniles, les petites fientes séniles de l’Esprit qui personnellement m’indisposent depuis ma jeunesse. Cela fait pratiquement un demi-siècle, une bonne demi-vie d’homme, qu’ils nous imposent, avec leurs semblables, leurs vues et leurs bévues et leurs retournements de veste et leurs virages à chaque changement de direction du vent dominant.
Comme tout libertaire qui se respecte, je n’ai jamais pu saquer le gauchisme, c’est viscéral en moi, je ne respecte que l’autorité des sages. Et l’autoritarisme gauchiste, de crétins gauchistes, tout autant que celui des cuistres, me fait gerber. Dès l’université je dénonçais avec quelques autres ces sales individus qui n’ont en tête qu’une chose : obtenir une part du pouvoir, de n’importe quel pouvoir, grand ou petit (politique, syndical, culturel, universitaire, étatique, médiatique, maçonnique…), et à n’importe quel prix, mais avant tout quand même au prix d’un esprit totalitaire et intolérant, et du total mépris de tout ce qui n’est pas eux, ce qui les amène sans broncher à soutenir ou participer aux pires dégueulasseries de droite et de gauche des immondes du Monde.
« Le gauchisme, maladie infantile du communisme » élucubra en son temps le tyran Lénine. Je me souviens, je possède encore une brochure d’après-68 qui titrait : « Le gauchisme, maladie sénile du communisme ». Aujourd’hui j’aurais envie de titrer : « Le gauchisme, maladie sénile de l’impérialisme ».
Oui, Cohn et Fink sont deux jolies exemples de l’intolérance, du non-partage de quoi que ce soit. Le pseudo-anar, le « rouge et noir » d’opérette, le petit manipulateur des foules l’a dit lui-même, et il y a déjà des années, il est libéralo-libertaire, c’est-à-dire pour parler clair, net et vrai, bourgeois favorable au libéralisme et minablement libertin, petit hédoniste qui comme chacun sait maintenant s’est spécialisé dans la pédérastie (sans dommage et tout à fait légalement pour lui, et il n’est pas le seul). Fink est ce pauvre type malade de la tête (pourtant il se soigne pour ça, ou plutôt à cause de ça) qui après avoir trouvé bonnes les vertus du maoïsme (une abomination humaine destructrice de civilisation) est tombé dans le sionisme (une autre abomination humaine également destructrice de civilisation) ; et les deux fois quand c’était « mode » et « branché » et porteur.
On me dit que l’Académie, filoute ou fielleuse, lui a réservé le mot suivant du dictionnaire : variétés. En voilà un mot difficile et délicat pour l’intolérant et le sectaire, et le porte-parole des « français sous-chiens » comme écrivent certains. Car ce n’est plus de souche dont il est question mais de larbinat généralisé.
« Variétés » (au pluriel, encore pire!) ; je trouve que « avarié » lui aurait mieux convenu. Sauf dans un seul sens : spectacle de variétés et musique de variété ce qui, en fait, veut dire pas très variée et très convenue, voire vulgaire. Mais bon ! quand on sait que « variété » veut dire en son sens premier :
− Caractère de ce qui est varié, qualité d’un ensemble dont les éléments sont différents. Synonyme diversité. Extraordinaire, extrême, grande, immense, inépuisable, riche variété ; jolie, magnifique, merveilleuse variété […] d’une grande variété. « Par les rues, par les places (…) par les quais coulait un fleuve d’êtres humains se dirigeant vers le Nil. La variété la plus étrange bariolait cette multitude » (Gautier, Roman de la momie, 1858). « Toute littérature est variété illimitée (Valéry, Regards sur la monde actuel, 1931).» − Par métonymie. Ensemble des différences existant entre des choses, des actions, ou parmi des personnes. Variété des couleurs, des sensations; variété des structures linguistiques ; variétés régionales du français. (in le Trésor de la Langue française)
Il est bien difficile de l’appliquer à ce petit homme sans génie aucun, monomaniaque, ce petit larbin de l’impérialisme monochrome, monolingue, monolithe. Et monoxyde de carbone. Le seul sens de « variétés », en fait, qu’il connaisse est celui qu’il s’applique à lui-même et à certaines espèces de « sous-hommes », mais qu’on décerne plus généralement aux « patates » :
Subdivision de l’espèce, groupe d’individus qui diffèrent des autres individus de la population par un ou plusieurs caractères héréditaires. Botanique. Variétés cultivées. « Chaque année, en retrouvant mon jardin, même déconvenue : disparition des espèces et des variétés rares : triomphe des communes et des médiocres (Gide, Journal, 1910) » (idem).
Oui : « triomphe des communes et des médiocres ». Avec lui, qu’attendre d’autre ? Peau de balle et variétés !

 

XVM27e56bd6-c1da-11e5-8814-247cf998cbb2

Entre un vieux déchet de l’élection divine quasi baveux, barbon barbant ânonnant encore et toujours ses mêmes rengaines, agrégé désagrégé, gauchiste inculte (second terme superfétatoire) qui a fini par épouser avec le temps les « thèses » (de gauche et de droite) impérialistes, sionistes et frontistes, accroché à demeure à tous les media ; et une jeune et jolie franco-maghrébine « non-apolitique » (sic) de « l’élite barbare » (resic) qui a pu dire quelques mots au nom finalement des sans-voix et des sans-dents, mon cœur ne balance pas une demi-seconde : À la poubelle de l’Histoire, le vieux con ! ou plus exactement le jeune con devenu vieux, et il y a bien longtemps de ça déjà.

28 janvier, Académie française : gloire à Brune et immortalité à Finkielkraut, remparts de « la » civilisation contre toutes les inondations.

« Comme il a depuis longtemps épuisé les médailles, le roi a fini par envoyer l’étoile de l’honneur à sa noble poitrine »…

 

crue Crue de la Seine, 28 janvier 1910, quai Conti.

Le 28 janvier 2016, Finkielkraut entre à l’Académie.

L’Académie a, en diverses occasions, été menacée par des inondations.

Cette Académie qui, selon Finkielkraut en personne, est un « rempart » de « la » civilisation.

Or, simple coïncidence chronologique, le très oublié Narcisse-Achille de Salvandy, Directeur de l’Académie française, y fit l’éloge, le 9 août 1838, d’un certain Brune, pour des faits qui remontaient à un 28 janvier, précisément.

A croire que le 28 janvier devrait être le jour des inondations ?!

Brune ! Gloire, Brune, gloire sur toi !

Ce Brune semble avoir été un vrai rempart contre les inondations et contre les noyades !

 

crue2Inondations de Paris, janvier 1910, quai Conti.

« Louis Brune ; de Rouen, commissionnaire sur le port, est un homme de la même famille. Des procès-verbaux réguliers attestent à l’égard de quarante-deux personnes qu’elles lui ont dû la vie. Mais il ne se montre pas seulement doué d’un intrépide courage ; il n’a pas seulement dans le cœur le sentiment de l’humanité prêt à éclater quand il y a un péril à combattre ou un malheur à prévenir. Cet homme porte en soi une inépuisable vocation de dévouement ; il fait profession de sauver ses semblables : c’est son état. Il n’attend pas les occasions ; il les cherche, il les épie avec passion. Quand la marée monte, quand le vent fraîchit, quand la brume s’élève, quand les bateaux à vapeur se croisent en grand nombre dans ce port étroit et opulent que vous connaissez, Messieurs, ou vous êtes allés inaugurer l’image du grand Corneille, Brune est là, comme les pères du mont Saint-Bernard à l’approche de l’avalanche, le cœur inquiet, l’oreille attentive, prêt à s’élancer. Ainsi, par exemple, le 28 janvier dernier, la Seine, prise depuis plusieurs jours, était couverte de patineurs. Les hautes marées devaient rompre les glaces et engloutir cette foule imprudente qui restait sourde à tous les avertissements de l’autorité. Brune avait sa vieille mère et sa femme malades ; on le rappelle en vain à sa maison. À l’heure même de ses repas, rien ne peut l’entraîner ; il reste à son poste ; il ne désertera pas. Ces jeunes gens, ces femmes imprudentes oublient leurs dangers pour leurs plaisirs. Le plaisir et l’affaire de Brune est de penser à leurs dangers. En effet, on entend le fleuve mugir ; la foule épouvantée se précipite. Un abîme s’est ouvert ; un couple jeune et riche a été englouti. Brune est là, il court sur la glace rompue, il arrive, plonge, ressaisit le mari et le sauve. La femme avait disparu sous les glaces : il va l’y chercher, il la retrouve mais ses efforts ont été inexprimables ; ses membres sont engourdis. Quand il veut s’enlever sur ces vastes glaçons qui le déchirent, qui l’ensanglantent, qui rompent sous sa main, ses forces épuisées échouent, et personne ne viendra à son aide : il n’y a pas un autre Brune sur le rivage. Cependant on s’agite ; on se lamente ; c’est Brune qui va périr. Que fera-t-on ? Enfin, on imagine de lui jeter une corde qui arrive à lui, qu’il saisit ; et, à son tour, il est sauvé. Les personnes qui lui devaient tout lui proposent des récompenses : il refuse. Il a fait ainsi toujours. Les médailles sont tout ce qu’on a pu lui faire accepter ; et comme il a depuis longtemps épuisé les médailles, le roi a fini par envoyer l’étoile de l’honneur à sa noble poitrine. Cependant la ville de Rouen n’était pas quitte envers lui. Elle a adopté sa femme et sa fille ; et voulant lui faire un don qu’il ne refuserait pas, elle lui a bâti une maison sur le rivage, afin qu’il ait moins de chemin à faire pour donner sa vie. Il est là comme une sentinelle avancée en face de l’ennemi. L’Académie royale de Rouen nous a demandé pour Brune l’un des prix Montyon. Un prix de 3,000 francs lui est donné ». (Narcisse-Achille de Salvandy, Directeur de l’Académie française, 9 août 1838).

 

crue3Les inondations de Paris, janvier 1910, l’Institut, quai Conti, quai Malaquais.

Est-ce qu’il n’y aurait pas eu quelque chose de prémonitoire en Narcisse-Achille ?

« Alain Finkielkraut, de Paris, ne se montre pas seulement doué d’un intrépide courage ; il n’a pas seulement dans le cœur le sentiment de l’humanité prêt à éclater quand il y a un péril à combattre ou un malheur à prévenir. Cet homme porte en soi une inépuisable vocation de dévouement ; il fait profession de sauver ses semblables : c’est son état. Il n’attend pas les occasions ; il les cherche, il les épie avec passion. Quand la marée monte, quand le vent fraîchit, quand la brume s’élève, quand les boutres des sarrasins se croisent en grand nombre dans ce port étroit et opulent que vous connaissez, Messieurs, où vous êtes allés inaugurer l’image du grand Corneille, Finkielkraut est là, comme les pères du mont Saint-Bernard à l’approche de l’avalanche, le cœur inquiet, l’oreille attentive, prêt à s’élancer. Ainsi, par exemple, le 28 janvier dernier, la Seine, prise depuis plusieurs jours, était couverte par des jeunes des banlieues, voire par une élite arrogante. Les hautes marées devaient rompre les glaces et engloutir cette foule imprudente qui restait sourde à tous les avertissements de l’autorité. À l’heure même de ses repas, rien ne peut l’entraîner ; Finkielkraut reste à son poste de radio et de télé; il ne désertera pas. Ces jeunes gens, ces femmes imprudentes oublient leurs dangers pour leurs plaisirs. Le plaisir et l’affaire de Finkielkraut est de penser à leurs dangers. En effet, on entend le fleuve mugir ; la foule épouvantée se précipite. Un abîme s’est ouvert ; un couple jeune et riche a été englouti. Finkielkraut est là, il court sur la glace rompue, il arrive, plonge, ressaisit le mari et le sauve. La femme avait disparu sous les glaces : il va l’y chercher, il la retrouve mais ses efforts ont été inexprimables ; ses membres sont engourdis. Quand il veut s’enlever sur ces vastes glaçons qui le déchirent, qui l’ensanglantent, qui rompent sous sa main, ses forces épuisées échouent, et personne ne viendra à son aide : il n’y a pas un autre Finkielkraut sur le rivage. Cependant on s’agite ; on se lamente ; c’est Finkielkraut qui va périr. Que fera-t-on ? Enfin, on imagine de lui jeter une corde qui arrive à lui, qu’il saisit ; et, à son tour, il est sauvé. Les personnes qui lui devaient tout lui proposent des récompenses : il refuse. Il a fait ainsi toujours. Les médailles sont tout ce qu’on a pu lui faire accepter ; et comme il a depuis longtemps épuisé les médailles, le roi a fini par envoyer l’étoile de l’honneur à sa noble poitrine, et on l’a élu à l’Académie »….

 

crue4

Monsieur de l’Académie et l’académie de Madame.

Il ne reste qu’à espérer que la Seine ne déborde pas, le 28 janvier 2016, pendant qu’Alain Finkielkraut débordera de mots.

Comme la Seine avait débordé, curieuse coïncidence chronologique, précisément le 28 janvier 1910…

Dès ce 28 janvier 2016, Finkielkraut le sauveur, le messie, le rempart de « la » civilisation, sera « immortel ». Même si Henri de Bornier, Pierre Séguier, Maxime Weygand le devinrent encore davantage, immortels, quant à eux, un 28 janvier aussi. Mais cela va sans dire.

Olivier Mathieu

Finkielkrautisation (néologisme) : phénomène qui s’observe quand le creux s’oppose au vide et le rien au néant, à groite, a drauche et au centre.

L’émission Des paroles et des actes, jeudi dernier, n’a nullement opposé, elle a réuni Alain Finkielkraut et son copain Daniel Cohn-Bendit. C’est ce que l’on appelle un « débat », dans la société moderne : prendre deux intellectuels, deux individus qui pensent et disent la même chose, qui appartiennent au même camp, et mettre en scène leurs « différends »… plus ou moins imaginaires.
On a reproché à une jeune professeur d’anglais – celle qui a remis Finkielkraut à sa place – de ne pas être «apolitique», mais est-ce que Finkielkraut et ses amis sont, eux, « apolitiques » ?
Les défenseurs de Finkielkraut (lequel peut compter sur l’appui de pratiquement toute la presse, tous les journaux, toutes les radios, toutes les télés) ont été « horrifiés »… Une jeune femme musulmane a parlé, pendant cinq minutes ! Elle a osé parler, pendant cinq minutes ! Elle a ôté cinq minutes de temps de parole à Alain Finkielkraut, lequel cause – ou peu s’en faut – 365 jours par an et 24 heures sur 24.
Une jeune femme a osé prétendre qu’un faux débat devienne un vrai débat ! Vous voyez le scandale…
Soyons sérieux. Moi, Olivier Mathieu, je vais vous exposer le problème réel. Le problème n’est pas, voyez-vous, que Finkielkraut soit un «pseudo-intellectuel», comme l’a dit cette jeune femme. Où y aurait-il, aujourd’hui, de vrais intellectuels ? A mon humble avis le problème est, en France, que c’est depuis bientôt un siècle que nous avons une gauche, une droite et une extrême droite de pseudo-intellectuels.
La gauche veut évacuer certains thèmes, et elle a tort. La droite et l’extrême-droite, Finkielkraut et ses disciples, Finkielkraut et ses épigones les traitent, ces thèmes, de façon erronée.
Voilà tout. Certes il serait bon, il serait excellent de s’interroger, de faire œuvre d’intellectuels (latin « intelligere ») et d’étudier les concepts de nation, de peuple, d’Europe, et maints autres encore. Ou alors, plutôt que de se branler les méninges, il suffirait d’appliquer les solutions. Les vraies. Les bonnes. Que je connais, moi, depuis longtemps.
Il faudrait le faire en évitant le blabla de la gauche, le blabla de la droite, les complications phraséologiques inutiles de la gauche, le simplisme pathétique de l’extrême droite, en un mot la nullité de la GROITE et de la DRAUCHE françaises.
Moi, si j’étais invité à un débat face au prophète Finkielkraut, je ne lui dirais pas de se taire. Pas seulement cela. Au contraire ! Je lui dirais de parler !
Oui, de parler, mais… pour dire quelque chose ! Quelque chose de nouveau. Est-ce que ce serait trop demander ? Quelque chose de vrai, quelque chose d’intelligent. Ou quelque chose d’ancien, si nécessaire…
Je le supplierais de ne pas se prendre pour le découvreur et le propriétaire du questionnement sur une identité française (car à moi, il me semble que Finkielkraut a un certain retard sur Braudel, qui avait du retard sur d’autres).
Je le supplierais, Finkielkraut, de dire quelque chose qui sorte – une fois, rien qu’une fois – du cadre guignolesque de ces « débats » où le creux s’oppose au vide et le rien au néant.
Voyez-vous c’est cela, le drame. C’est que le journalisme, aujourd’hui, n’est que la réunion d’articles creux dont le seul sujet est la télévision, royaume du Creux. C’est que la littérature est le royaume du creux. C’est que la philosophie est le royaume du creux. C’est que la politique est le royaume du creux. C’est que l’histoire est le royaume du creux. Bienheureux les simples d’esprit, le royaume du creux est à eux.
Le creux de la télé suscite des articles journalistiques sur le creux, articles creux dont on fait des livres creux qui deviennent ensuite à leur tour le sujet d’émissions de télé.
Les livres creux, parlant du creux, seront ensuite recensés par des journalistes, journalistes qui seront alors invités en tant qu’écrivains par des écrivains qui, n’écrivant rien, ont tout le temps pour animer des émissions de télé.
Et d’un côté des intellos conformistes à souhait du système, et d’un autre des idiots qui s’autoproclament anticonformistes. Tout un petit monde, de A jusqu’à Z, d’un extrême conformisme, d’un conformisme total. Le conformisme absolu.
Comment voudriez-vous que tout cela ne produise pas, à la fin, une société creuse ? 

A la radio tu entends Finkielkraut, à la télé tu vois Finkielkraut, dans Le Point y en a que pour Finkielkraut, sur France Culture y en a que pour Finkielkraut, sur France Inter y en a que pour Finkielkraut, chez Pujadas tu vois Finkielkraut, et si ce n’est lui c’est donc ses frères, et si ce n’est lui c’est ses copains, c’est ses copines, les journaleux et les journaleuses qui invitent Finkielkraut dans leurs émissions et que lui invite dans les siennes…
Une société de journaleux qui écrivent creux au sujet d’intellos qui causent creux et de philosophes qui pensent creux. Et tout ce petit monde rebouffe son creux.
Et moi je rigole. Merci, Messieurs. Vous m’aurez tant fait rire.

Olivier Mathieu.