« L’Académie a été peut-être, à un moment donné, l’institution de la bourgeoisie triomphante. Aujourd’hui, face à une nouvelle élite arrogante et barbare, elle incarne, avec son respect des formes et son amour de la belle langue, la résistance de la civilisation », a déclaré Alain Finkielkraut sur France Inter.
J’avoue que je reste interdit. Que serait cette « nouvelle élite arrogante et barbare » ? Qui seraient les gens qui en feraient – selon Finkielkraut – partie ?
Mais surtout… Essayons d’imaginer. Essayons de faire un dessin. D’un côté, l’Académie française. Face à elle, des « barbares » qui, dans le même temps, seraient une « élite ». Donc une élite de « barbares ». Même si je ne comprends toujours pas ce que serait cette « élite de barbares ».
Et « face à » cette élite de barbares, l’Académie française « incarnant », avec « son respect des formes et son amour de la belle langue », la « résistance de la civilisation ».
« La » civilisation ? Quelle civilisation au juste ? N’y a-t-il eu dans l’Histoire qu’une civilisation ? La civilisation chinoise fut-elle exactement la même que la civilisation romaine antique ? La civilisation maya fut-elle exactement la même que la civilisation des aborigènes d’Australie ? Au cours des siècles ou des millénaires, ces civilisations n’ont-elles pas été, souvent, plusieurs civilisations ?
N’y aurait-il qu’une et une seule « civilisation » ? Est-ce « la » même civilisation dont un autre philosophe français, Claude Guéant, parlait il y a quelque temps ? En d’autres termes, est-ce qu’il n’existe qu’une civilisation ? Est-ce qu’il n’existe pas d’autre civilisation que celle de l’homme blanco-biblique ? La civilisation de Monsieur Finkielkraut ? Tout ce qui n’est pas finkielkrautien serait-il « barbare », « sauvage », « incivil » ? N’y a-t-il point de salut pour l’espèce humaine, ou pour l’Europe, ou pour la France, en dehors de Finkielkraut ?
Et puisque Monsieur Finkielkraut semble se représenter sur le rempart de « la » civilisation, comme un Superman ou un Batman sur le rempart de sa civilisation menacée, et qu’il prétend défendre, peut-on demander à l’humble Monsieur Finkielkraut ce qu’il faudrait faire à l’égard de ces « élites arrogantes » qui peuplent ses discours, ses visions, ses cauchemars ou ses fantasmes peut-être ?
Tout ceci rappelle furieusement le fameux « credo » d’un autre académicien français, le très philo-américain Henri Lavedan. Et ici, avec Lavedan, on n’est plus parmi les « néo-réacs» mais bel et bien parmi les « archéo-réacs »…
Olivier Mathieu.
Olivier Mathieu est né le 14 octobre 1960. Il est le petit-fils de l’écrivain et romancière Marie de Vivier, née à Liège (Belgique) le 14 octobre 1899, décédée à La Celle Saint-Cloud (France) le 17 janvier 1980. Marie de Vivier fut aussi la dernière maîtresse du fameux écrivain belge André Baillon, mort suicidé à Marly-le-Roi au début des années trente, et qui est peut-être le grand-père d’Olivier Mathieu. Par ailleurs, Marie de Vivier est la dédicataire du fameux roman « Tempo di Roma » d’Alexis Curvers. En 1971, Marie de Vivier publie un roman dont Olivier Mathieu est l’unique personnage: « Cent pages d’amour, lettre à un petit garçon » (Paris, 1971).
Filleul de l’écrivain basque (qui acheva sa vie en travaillant comme bouquiniste à Paris) Ferdinand Teulé, Olivier Mathieu a passé la plus grande partie de son enfance et de sa première jeunesse à Marly-le-Roi (aujourd’hui dans le département des Yvelines). Jamais scolarisé, il a été éduqué par sa mère, Marguerite Marie-José Mathieu (née le 8 août 1925 à Anderlecht, Belgique, décédée à Paris le 12 août 1988). Docteur en Philosophie, Docteur ès Lettres, Marguerite Mathieu parlait dix-sept langues, elle était enseignante à l’Univeristé de Paris-X Nanterre, et aussi traductrice. Olivier Mathieu habitait, en mai 1968, à la Cité universitaire de Nanterre, où il a pu observer les événements de « Mai 1968 ». Il s’est aussi produit à la Salle Pleyel, au début des années 1970, au sein de l’orchestre de jeunes Alfred Loewenguth (il existe un 33 tours du concert).
Il a passé son baccalauréat (section philosophie et lettres) en juillet 1978. Il a eu dès cette époque de nombreuses activités littéraires. Après s’être fait réformer volontairement de ses obligations militaires, il a été journaliste entre 1983 et 1993 environ, signant alors dans les titres les plus prestigieux de la presse française (par exemple « Spectacle du Monde », ou encore « La Nouvelle Revue de Paris » qui paraissait aux éditions du Rocher sous le patronage de l’Académie française). Plus tard, il a continué à donner de temps à autre des articles dans la presse, par exemple dans la revue universitaire belge « Nouveaux Cahiers André Baillon », ou encore dans la revue « Eléments » (les derniers articles en date qu’il y a publiés, sur François Villon et Francis Scott Fitzgerald, remontent à l’année 2010).
Il a publié un grand nombre de livres, par exemple une biographie (400 pages) d’Abel Bonnard parue en 1989, et surtout un cycle romanesque, appelé le « Cycle des Aventures de Robert Pioche » (une quinzaine de romans, parus entre 1990 et 2014).
Il a été éditeur et conseiller littéraire d’une maison d’édition parisienne entre 1986 et 1990.
Olivier Mathieu a aussi publié un grand nombre d’ouvrages de poésie, que ce soit à la fin des années 1970 et au début des années 1980 aux éditions liégeoises « Ouvertures » dirigées par M. Jean-Claude Bologne, ou aux éditions nantaises des « Petits bonheurs », dirigées par M. Jean-Pierre Fleury (docteur en sociologie de l’Université de Nantes) entre 2007 et aujourd’hui.
Candidat à de nombreuses reprises à l’Académie française, il y a obtenu un suffrage en 2003 lors de l’élection au fauteuil de Léopold Sédar Senghor. De même, en 2011, sa candidature au fauteuil de Maurice Druon a engagé M. Etienne de Montety, directeur du « Figaro littéraire », à louer les talents poétiques d’Olivier Mathieu en première page du « Figaro » (8 avril 2011).
Olivier Mathieu est le premier écrivain à avoir déposé sa candidature à l’Académie française sous deux (puis trois) identités diverses, comme l’a souligné par exemple l’encyclopédie du « Quid » en 2004. Olivier Mathieu s’est présenté, le 10 avril 2014, sous le pseudonyme de « Robert Spitzhacke », face à Alain Finkielkraut. Sa dernière candidature en date remonte au 3 mars 2016, face à M. Frédéric Mitterrand.
Journaliste, éditeur, poète, conférencier, essayiste et romancier, Olivier Mathieu a été cité de son vivant dans plusieurs dictionnaires et encyclopédies. Il a été pris comme personnage de roman par divers auteurs, en France et dans d’autres pays.
Il a collaboré, depuis 2007, avec Jean-Pierre Fleury. Il a par exemple préfacé (« Réflexions sur les ratés ») l’anthologie poétique consacrée à Emile Boissier par Jean-Pierre Fleury. Le même Jean-Pierre Fleury a consacré à Olivier Mathieu, en 2009, une biographie de 400 pages, « Olivier Mathieu dit Robert Pioche, le dernier romantique ».
Le journaliste Michel Marmin a récemment écrit, dans la revue « Eléments », qu’Olivier Mathieu était le « grand méconnu » de la littérature française contemporaine.
BIBLIOGRAPHIE sommaire.
LE CYCLE ROMANESQUE DES AVENTURES DE ROBERT PIOCHE, par Olivier Mathieu.
Le dernier carré, roman, 1990.
Les amourettes, roman, 1994.
Une cicatrice, récit bref, 1997.
Tempo di Firenze, roman, 1997.
Je ne suis pas allée bien loin, roman, 1998.
Tropique de la Pioche, roman, 1998.
Mes années noires, roman, 1999.
La quarantaine, roman, 2002.
Les drapeaux sont éteints, roman, 2004.
Une nuit d’été, roman, 2005.
Le passage à niveau, roman, 2008.
Le voyage en Arromanches, roman, 2010.
La petite queue, récits romanesques, 2012.
Jouissive à Venise, roman, 2013.
Châteaux de sable, roman, 2014.
Blog de Jean-Pierre Fleury.
Le blog accueille aussi, de temps à autre, des articles d’Olivier Mathieu : ces articles, alors, sont signés Olivier Mathieu (en titre et/ou en fin d’article);
Ou encore des copies d’articles signés ou non d’autres blogues ou sites; ces articles sont également clairement signalés.
Ajout du 3 juillet : Excellent article du cinéaste S. Guillet au sujet de la réédition (2016) d’un livre d’ Olivier Mathieu, LES JEUNES FILLES ONT L’AGE DE MON EXIL, 2010.
Le « Figaro » titre un de ses articles : « Le silence gêné de Finkielkraut face aux idéologues de banlieue ».
http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/01/23/31003-20160123ARTFIG00111-finkielkraut-agresse-a-dpda-le-silence-gene-face-aux-ideologues-de-banlieue.php
Le mépris germanopratin, le mépris parisianiste, le mépris des intellectuels s’appliquait, jadis, à la province.
Aujourd’hui, les élites autoproclamées méprisent semble-t-il la banlieue.
Les gogues doivent être l’apanage de Paris, pas de la banlieue.
En banlieue, il n’y a que des idéologues, des mystagogues sans éducation. Grands Dieux, des musulmans, peut-être ?
Il y a sans doute, pour le « Figaro », des idéologues comme il faut – l’idéologue comme il faut, pour « Le Figaro », c’est Finkielkraut – et il y a des idéologues de « banlieue ».
Vous vous souvenez de la chanson de Gavroche ?
On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.
Je propose, alors, cette chanson gogayante et gogoyante (du mot latin « gaudium », qui a donné en effet les mots, aujourd’hui vieillis, gogoyer, gogayer, goguayer, et aussi « gogue », joie, raillerie) :
L’esprit en fines crottes,
Voyez donc où il trotte !
Paris pense très haut,
La faute à Finkielkraut !
Il est assez incroyable de voir la haine dont a à souffrir Wiam Berhouma, la jeune femme de confession musulmane qui s’est si admirablement divertie, et nous a tant divertis, il y a quelques jours, en réduisant au silence l’agrégé ès Lettres modernes Alain Finkielkraut, le « philosophe » germanopratin aujourd’hui à la mode de la bien-pensance.
Pourtant, était-ce un « débat » qui a eu lieu entre MM. Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut, diffusé sur France 2 dans l’émission « Des paroles et des actes » ? Est-ce cela que vous appelez un « débat » ? Est-ce qu’en vérité, ces deux messieurs âgés n’appartiennent pas au même camp ? Est-ce qu’ils ne sont pas proches l’un de l’autre par beaucoup de choses, ne serait-ce que par leur âge ?
Est-ce qu’en revanche le moment le plus novateur, le plus original, le plus anticonformiste et donc le plus intéressant n’a pas été, alors, l’intervention de Wiam Berhouma, enseignante d’anglais ?
On dit que le journaliste, M. Pujadas, n’aurait pas présenté correctement la jeune femme. On dit qu’elle serait militante de je ne sais quel parti. Je n’en sais rien, et la chose ne m’intéresse pas plus que ça. Je suis assez grand pour pouvoir juger les paroles d’une personne pour ce qu’elle dit. Ce que je constate, c’est que M. Finkielkraut est invité du matin au soir à la télévision, où tous les journalistes lui donnent du « Monsieur le philosophe ». Combien de ces journalistes auraient le courage de dire que M. Finkielkraut est, en vérité, un simple agrégé ès Lettres modernes ? Wiam Berhouma a été invitée une seule fois, je crois, à la télévision. Ne veut-on donc pas lui laisser le droit de parler, une fois dans sa vie peut-être, à la télévision ? Est-ce qu’à la télévision, ont seulement droit de parler Alain Finkielkraut et ceux qui pensent comme lui ?
En quoi les idées politiques de Wiam Berhouma devraient-elles absolument être mentionnées avant son intervention ? On l’a présentée comme une jeune femme de confession musulmane. N’est-ce pas une jeune femme ? N’est-elle pas de confession musulmane ? Est-ce que, lorsqu’Alain Finkielkaut parle, des journalistes commencent par exemple par rappeler son passé maoïste ?…
Wiam Berhouma a retourné Alain Finkielkraut, comme une crêpe ou peu s’en faut. Telle est la seule vérité, à mon humble avis. Conviée pour échanger des opinions avec Alain Finkielkraut, je crois qu’elle a parfaitement saisi que ce « débat » n’en serait pas un, comme il est hélas souvent arrivé (que ce soit sur TF 1, ou sur France 2, ou ailleurs) lors d’autres « débats » de ce genre.
Personnellement, je me suis présenté à l’Académie française le 10 avril 2014, en plein respect du règlement de l’institution. J’aurais été ravi, et je le serais toujours, de débattre – respectueusement, bien sûr – avec M. Finkielkraut, au sujet de ce qu’il désire: philosophie, histoire, littérature, actualité. Chiche ? Pourtant, pour l’heure, la lettre ouverte que je lui ai écrite (publiée sur plusieurs blogs) est restée sans réponse…
M. Finkielkaut est un « habitué », un « abonné » à sa façon, un véritable locataire des plateaux de télévision, semble-t-il. Leur propriétaire ? Pas encore… Il peut s’exprimer, en tout cas, quand il le désire. Je crois qu’il serait intéressant que des instituts de sondage indépendants nous disent de quel temps de parole il bénéficie dans les « débats » de cette espèce. Je crois que la réponse serait que son temps de parole est plusieurs fois supérieur aux gens qu’on lui « oppose », ou que l’on installe face à lui.
Wiam Berhouma a parlé, il me semble, avec une grande modération. Elle était calme. Elle, une simple enseignante, face à Alain Finkielkraut qui est, lui, un académicien et un grand ponte de la pensée unique et dominante. Elle a souligné la mirifique et continuelle présence d’Alain Finkielkraut dans les massmedia, et par ailleurs le rôle évident qu’il joue dans le monde de l’édition, à la radio et à la télévision. Elle a achevé par une petite phrase : « Taisez-vous pour le plus grand grand bien de la France ». Je ne sais pas si on la reverra sur un plateau de télévision, j’espère quant à moi que oui. Mais qu’elle se rassure. Il y a des gens qui n’ont pas besoin, comme certains penseurs de bas étage, de passer des heures sur les plateaux de télé, si c’est pour ne rien y dire. Il y a des gens qui prononcent une petite phrase, une seule ! Ensuite, on peut les interrompre, leur arracher leur micro, pourquoi pas les frapper. Mais c’est leur petite phrase qui restera à l’Histoire. Ils ont d’ores et déjà gagné leur pari. Nul ne peut exclure que, dans cent ans, la postérité ne se souvienne de la petite phrase de Wiam Berhouma mais ait oublié les tonnes de paperasses publiées par Alain Finkielkraut. Professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, le grand historien israélien Shlomo Sand vient de déclarer, cité par le journal communiste « L’Humanité » : « Quand je lis Finkielkraut ou Zemmour, leur lecture de l’Histoire, je suis effrayé ».
Moi aussi.
Olivier Mathieu, écrivain.
Il y a eu beaucoup de publicité autour d’un « débat », sur France 2, entre Daniel Cohn-Bendit (71 ans) et Alain Finkielkraut (66 ans) au sujet de « l’avenir » de la France, je mets « avenir » entre guillemets citatifs puisque je cite le titre de l’article qui suit :
http://www.toutelatele.com/des-paroles-et-des-actes-daniel-cohn-bendit-et-alain-finkielkraut-debattent-de-l-avenir-de-la-france-79126#VjMzlDjlFP40YHaL.99
Personne, certes, et surtout pas moi qui suis libertaire, ne reproche à une télévision de permettre à M. Finkielkraut de s’exprimer. Le problème n’est pas là. Le problème, tout au plus, pourrait résider dans la permission de s’exprimer, qui selon moi devrait être accordée à d’autres que Finkielkraut.
Prenons un exemple. Je n’avais jamais entendu parler de Wiam Berhouma, une enseignante invitée sur le plateau de l’émission, mais je trouve très sympathique le fait que, de temps en temps, on voie à la télévision des gens nouveaux. Sinon, on a l’impression, et ce n’est hélas pas qu’une impression, que ce sont toujours les mêmes journalistes qui interviewent leurs copains, toujours les mêmes copains, à la télé.
Où serait le problème à ce que Wiam Berhouma s’exprime ? Ne s’agissait-il pas, sur France 2, d’un débat largement annoncé entre l’homme politique allemand Daniel Cohn-Bendit et de nouveau français depuis peu (il opta en 1959 pour la citoyenneté allemande, redevenant français seulement en 2015) et l’agrégé ès Lettres né polonais puis naturalisé français Alain Finkielkraut ? Dès lors, pourquoi Wiam Berhouma ne serait-elle pas tout autant autorisée à s’exprimer, au sujet de la France ou de tout autre argument de son choix, que les déjà cités Messieurs Cohn-Bendit et Finkielkraut ?
Wiam Berhouma, selon la presse, a dit à Alain Finkielkraut : « Là où votre rôle d’intellectuel c’était d’éclairer les débats, vous avez au contraire obscurci nos pensées, nos esprits avec tout un tas de théories vaseuses et tout à fait approximatives. »
Voilà une opinion avec laquelle je suis d’accord (mais là n’est pas le point), et qui permet (enfin) d’entendre un autre son de cloche que les propos que l’on entend, en permanence, sortir de la bouche de M. Finkielkraut et de ses collègues et / ou amis journalistes. Toujours les mêmes. Les mêmes à la télé. Les mêmes à la radio. Les mêmes dans les journaux. Les mêmes qui interviewent les mêmes. Les mêmes critiques littéraires qui encensent les livres des mêmes. Les mêmes. Toujours les mêmes. Ça ne vous lasse pas, vous, cette toujours même France ? La France des mêmes ? La France même ?
Toujours selon ce qui est relaté par la presse, cette enseignante a dit à Finkielkraut : « Pour le bien de la France, taisez-vous ».
Une phrase qui, en somme, a toute sa place dans un débat tenu en France, qui devrait être la patrie de la liberté d’expression. A moins que l’on ne considère un « débat » comme le lieu idéal pour se renvoyer les ascenseurs du conformisme, de la platitude et de l’hypocrisie.
A part l’intervention de Wiam Berhouma, je dois confesser que le débat annoncé a semble-t-il été assez peu intéressant, assez peu utile aussi. Certes, Daniel Cohn-Bendit a semblé nettement plus proche de la réalité, en certaines occasions, par exemple lorsqu’il a dit : « Il y a des Français qui sont heureux, il y a des Français qui sont malheureux (…) Alain Finkielkraut est angoissé, il est malheureux, c’est son droit ».
Plutôt lucide, Daniel Cohn-Bendit s’est souvenu de son âge : « Moi je suis trop vieux, et je trouve qu’il faut un renouvellement, et j’ai loupé mon coup (…), quand on rate son coup dans l’Histoire, et bien l’Histoire vous châtie. »
Ce qui ne l’a d’ailleurs pas empêché d’ajouter : « La seule chose où je pourrais être candidat, si vous voulez le savoir, s’il y avait une élection directe à la présidence de l’Union européenne, je suis tout de suite candidat (…) même si j’ai quatre-vingts berges ».
Cohn-Bendit président de l’Union européenne… et pourquoi pas Finkielkraut candidat à la Présidence de la République, en France, en 2017 ? Certes, tout cela ne serait sans doute pas très juvénile. Cela ne serait pas très « pluriel », non plus. Mais cela me semblerait quasiment logique, d’un certain point de vue. La France des mêmes.
Parlons de choses sérieuses. J’ai noté, et je crois la chose indéniable, le ton très mesuré de Wiam Berhouma. Celle-ci, au demeurant, était bel et bien invitée à s’entretenir, comme d’autres intervenants de la société civile, avec Cohn-Bendit et Finkielkraut. Il est toujours triste, selon moi, il est toujours peu démocratique d’inviter des gens sur les plateaux de télévision pour, ensuite, leur refuser la parole. A ce compte-là, il serait moins hypocrite de ne pas les inviter du tout.
Indéniablement, la jeune femme a interrogé Alain Finkielkraut, ou plutôt elle a essayé de le faire sur le rôle des politiques, des pseudo-intellectuels et des médias dans la montée de l’islamophobie en France.
Estimant alors (à juste titre, je crois) que son interlocuteur n’avait point répondu à sa question, elle a cité Alain Finkielkraut lui-même, puisque tout le monde a pu voir sur You Tube la vidéo hallucinante dans laquelle Finkielkraut semble risquer la crise d’apoplexie sur un plateau de télévision. Finkielkraut ne peut pas être, dans une démocratie, et dans une République, le seul à avoir le droit de dire « Taisez-vous ! »… Wiam Berhouma a alors conclu, avec infiniment d’humour, d’élégance et, si je puis dire toute ma pensée, avec un esprit très français dans le meilleur sens de ce terme : « Il y a une vidéo de vous où vous criez à monsieur Dafri : ‘taisez-vous, taisez-vous’. Eh bien, je vais vous dire, pour le bien de la France, je vous dis la même chose, taisez-vous monsieur Finkielkraut. »
Inviter deux personnes (Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut) qui ne sont, ni l’une ni l’autre, musulmanes, pour « débattre » sur l’islam et les musulmans de France, n’était-ce pas prendre le risque de produire, comme c’est déjà arrivé dans le passé, un débat fallacieux, manquant cruellement d’objectivité et d’impartialité ? A ma connaissance, Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut ne sont en effet ni musulmans, ni jeunes, et je ne crois pas non plus qu’ils vivent dans des « cités ». Inviter Wiam Berhouma, alors, n’était-il pas une excellente idée ? Une idée légitime ?
Pour le reste, je ne peux que poser des questions simples.
1. Pourquoi ma mère, qui était docteur en Philosophie, n’a-t-elle jamais été invitée sur un plateau de télévision ? Pourquoi en revanche M. Finkielkraut, qui est agrégé ès Lettres modernes, est-il invité tous les jours (ou peu s’en faut) en tant que « philosophe » ?
2. Pourquoi et comment des journalistes invitent-ils sans cesse M. Finkielkraut, alors que ce dernier ne manque pas de possibilités pour s’exprimer puisqu’il organise et anime lui-même des émissions de radio ? Les gens, en France, sont-ils donc en quelque sorte condamnés à l’alternative qui consisterait, à la radio, à écouter M. Finkielkraut et, à la télé, à voir M. Finkielkraut ? La « démocratie » est-elle réellement menacée si, une fois de temps en temps, on permet à quelqu’un d’autre (comme à Madame Wiam Berhouma) de dire une phrase ou deux ?
3. De quoi est le prélude, cette « finkielkrautisation » de l’intelligence (ou de ce qui lui en tient lieu) en France ? Articles, entretiens, couvertures de journaux, émissions de radio, émissions de télé, élection à l’Académie… Y en a que pour Finkie ? N’y a-t-il pas, en France et ailleurs, des philosophes, qu’il s’agisse de gens qui ont des titres universitaires de philosophes, ou alors des pratiques de philosophes ? Des esprits de philosophes ? N’y a-t-il pas des gens dont les avis seraient, à tout le moins, aussi intéressants que ceux de M. Finkielkraut ? Les journalistes de télé et les patrons de presse prennent-ils les Français pour des crétins ? Y a-t-il quelqu’un qui n’ait pas encore compris les idées fixes, indéfiniment répétées, la propagande martelée de M. Finkielkraut ? Est-ce que le public français aurait le droit d’entendre des opinions (au pluriel) diverses de celle (au singulier) de M. Finkielkraut ? Est-ce que le public a encore le sentiment qu’existe, en France, un « pluralisme » de l’information? Lequel ?…
Toujours les mêmes. Les mêmes à la télé. Les mêmes à la radio. Les mêmes dans les journaux. Les mêmes qui interviewent les mêmes. Les mêmes critiques littéraires qui encensent les livres des mêmes. Les mêmes. Toujours les mêmes. Ça ne vous lasse pas, vous, cette toujours même France ? La France des mêmes ? La France même ?
Olivier Mathieu.
Ferré – extrait de l’émission de télévision « A bout portant », 1971
1971, l’année (début d’année) où je suis allé pour la première fois à l’un de ses récitals. Il était là accompagné, pour quelque temps encore, par Popaul, Paul Castagnier, le pianiste aveugle.
https://www.youtube.com/watch?v=jwj565sBft4
J’ai lu hier, avec retard – l’article date du 4 courant, mais c’est encore mieux quand on laisse passer le temps – un improbable tâcheron, Jacques Nerson de la feuille de choux sioniste de la dite gauche (Qui pourrait m’expliquer comment on pourrait être réellement de gauche tout en étant sioniste ? C’est la quadrature du cercle, l’union diabolique et totalitaire de deux extrêmes normalement incompatibles), la feuille de choux donc qui a pour nom : Le Nouvel Observateur (dont je me demande d’ailleurs ce qu’il peut bien observer depuis des décennies pour réellement voir et conclure si peu). Je précise que je la lis quelquefois, comme ici en rapport avec un fait précis, et uniquement parce que c’est gratis, du moins en partie sur Internet, ou en intégralité dans quelque salle d’attente, soit souvent avec beaucoup de retard ; ce qui ne gâche en rien la lecture, bien au contraire. Je ne vais quand même pas acheter ce torchon.
Quelques mots sur le pedigree de ce Nerson, journaleux « grand écart » ou plus exactement « fusionnel » du marigot parigot. Il cachetonne entre autres, et à la fois, à Valeurs Actuelles et au Nouvel Observateur, après avoir commencé au Figaro Magazine et être passé au Spectacle du Monde. On l’entend ou l’entendit, voit ou vit sur les radios étatiques (à France Inter dans l’émission « Le Masque et la plume », à France Culture) et sur Paris Première, la chaîne régionale privée [virgule], de Paris, spécialisée de tous les ragots cultureux et chébrans panamiens, émissions : « Rive droite / Rive gauche » et « 93, faubourg Saint-Honoré » d’Ardisson.
Lisons donc le petit homme :
« Jouer n’importe quoi avec n’importe qui.[?!] On peut dire qu’au théâtre, il [Galabru] est passé à côté de toutes les grandes aventures du XXe siècle. [!] Vilar ne l’a distribué que dans « Les Rustres ». [!] Il n’a joué dans aucun spectacle de Roger Planchon, Jean-Pierre Vincent, Patrice Chéreau, Antoine Vitez, Claude Régy, Ariane Mnouchkine ou Peter Brook. [!] Aucun metteur en scène ayant peu ou prou compté dans l’histoire du théâtre n’a fait appel à lui. [!] Et pourtant… Dès qu’il cessait de grommeler, de rouler des yeux effarés, de pousser ses han de bûcheron qui faisaient tordre de rire ses groupies [ô, quelle horreur !], dès qu’il consentait à faire son métier sans truquer [sic], quel prodigieux acteur il était ! Jamais peut-être on ne l’a vu aussi fin et émouvant que dans « Jules et Marcel », petit spectacle [!] tiré de la correspondance Raimu-Pagnol, créé en 2009 et repris l’année suivante. Philippe Caubère lui donnait la réplique. »
On dirait une caricature d’article. Et on notera que le vingtième siècle commence avec Vilar (Jean pas Hervé). Pas même Pagnol pourtant évoqué plus bas d’une manière non antipathique. Voilà en quelques lignes un condensé, un concentré, un ramassis de tous les lieux communs des cultureux dits de gauche. Ceux qui se disent de gauche tout en n’ayant qu’un auditoire petit-bourgeois pour ne pas dire bourgeois qui n’ose même pas dire qu’il s’emmerde fort à leurs spectacles. Mais c’est tellement dans le vent !
Vilar : une seule fois, il y a bien longtemps, les autres pontes, patentés, vieilles idoles théâtreuses : rien, néant, nada ! Certes, seule fois, et devenu fort vieux, Galabru a enfin fait un bon « petit spectacle » et devinez où, quand, ou plutôt pourquoi ? Je vais vous le dire : parce qu’il a fait allégeance et que celui qui lui donna la réplique en l’occasion était Philippe Caubère. Eh oui, uniquement pour cette raison.
Vous ne savez pas qui est Caubère ? Ce n’est pas un pêché. Ce n’est pas grave du tout. Moi aussi j’ignorais, il y a très peu encore, son existence. Il y a belle lurette que je ne fréquente plus les salles de théâtre, d’autant plus si les troupes qui les squattent sont subventionnées comme aux plus belles heures de l’Ancien-régime, ou encore parisiennes, salles que je n’ai jamais d’ailleurs fréquentées, et je ne m’en porte pas plus mal. Je ne crois pas y avoir perdu grand-chose.
J’ai fait ma petite enquête. Donc de ce que j’en ai compris, ce Caubère est le type même de l’acteur ou pseudo-acteur de notre temps de grand ennui et de grande décadence théâtrale. Il en ressort que c’est le modèle même de l’estampillé Monde-NouvelsObs-Libé-Télérama, etc. Je vois qu’il fut de 1970 à 1977 l’un des piliers du Théâtre du Soleil de Sainte Mnouchkine. Je lis également qu’il serait un acteur-improvisateur et qu’il a créé des spectacles interminables « d’autobiographie théâtrale, comique [c’est lui qui le dit] et fantastique [c’est également lui qui l’affirme] ». Pauvres spectateurs ! Il se définit enfin comme « acteur, féministe, marié, et « client de prostituées » ». Quel joli programme ! Quel beau « métissage », quelle bouillie « moderniste » dans la caboche !
Quand on sait par ailleurs que ce monsieur, d’après ce qui s’écrit, « ne renie pas » (expression savoureuse face à ces géants) les influences rien de moins que de Proust, Céline (tout Céline?), la Commedia dell’arte et Fellini – Céline, Commedia dell’arte et Fellini grands pourvoyeurs de baroque, grotesque, démesure, folie et poésie – je ne vois pas en quoi ce même Galabru qui faisait tordre de rire (certes le Vulgaire, comme sous-entend Nerson) avec ses grommellements, ses roulements d’yeux effarés, ses hans de bûcheron, n’aurait pas sa place ici. Bien évidemment en compagnie des comédiens de la Commedia dell’arte.
Mais voilà, il y a comédiens et comédiens, les estampillés et les non-estampillés, comme il y a d’un côté les sociétaires et de l’autre les pensionnaires, à la Comédie française. Pourtant sorti premier prix du Conservatoire, Galabru demeura ainsi sept ans simple pensionnaire de la Comédie française, cantonné dans des rôles peu valorisants. La raison pourquoi il en est sorti.
C’est vrai qu’il faut toujours se méfier du gros rire, de la farce, de la gaudriole. Car du rire du peuple au populisme, la frontière est facilement franchie, surtout à notre époque sans frontières, nous dirait Monsieur Nerson, metteur en scène accessoire de la pièce de Sacha Guitry Le Veilleur de Nuit en 1986, et du Tour de piste d’un certain Christian Giudicelli, au festival « hors », pardon « off », d’Avignon (une référence!) en 2012, puis au Théâtre Les Déchargeurs (sic).
Tiens ! au fait, pourquoi le journaleux n’a pas joint Jérôme Savary à sa liste des élus ? Parce qu’il est arrivé une fois à Galabru de l’avoir eu comme metteur en scène ?
De nouveaux candidats pour l’élection académique du 3 mars 2016.
L’Académie française, dans sa séance du jeudi 21 janvier 2016, a enregistré les candidatures de MM. Valentin Ogier, Jean-Claude Perrier et Arnaud-Aaron Upinsky pour l’élection qui aura lieu le 3 mars 2016, et à laquelle est déjà candidat Olivier Mathieu.
Reste à attendre, le 28 janvier prochain, la réception d’Alain Finkielkraut à l’Académie française.







