AVEC L’AMI BIDASSE
Le 11 novembre évoque pour moi le 11 novembre 1978 lorsque j’étais, en tant qu’appelé, incarcéré (pour reprendre l’expression employée par Pierre Desproges) dans un régiment de génie, pardon du Génie (pas spécialement génial) à proximité du Prytanée militaire de La Flèche, dans la Sarthe.
Ce jour-là fut particulièrement gris, en une caricature de temps de Toussaint, avec un brouillard épais. Je me suis retrouvé avec trois autres conscrits comme moi sous les ordres d’un sous-off en fin de carrière qui s’occupait par ailleurs des achats, dont ceux du mess et du foyer qui servait de lieu où pouvaient se réunir les appelés en buvant un coup, en regardant la télé ou en écoutant de la musique et de la chanson « dans le vent » (j’ai été quelquefois celui que tenait le bar).
Emmenés dans une jeep ou quelque chose de ce genre, nous nous sommes retrouvés dans un petit village pas très éloigné, mais je ne saurais dire lequel. Dans son cimetière et devant le Monument aux Morts. Il y a eu un peu de musique militaire je crois, peut-être même quelques mots de dit, un bref discours, avec les drapeaux d’associations d’anciens combattants tenus par des hommes âgés. Et divers : « Présentez … Armes ! » et « R’posez … Armes ! ». Non sans un fusil tombé à terre par l’un de mes « acolytes », du meilleur effet. J’ai oublié la suite de la journée. Sans doute que j’ai dû tenir le bar, je le tenais les jours de perm du préposé « officiel ».
Il faut dire que l’on était quelques-uns à être plus âgés que la plupart des appelés. On était des sursitaires qui avions repoussé notre date d’incorporation, pour poursuite d’études. Moi, j’étais au maximum : 27 ans. Pas moyen d’aller au-delà.
J’ai entendu parler de plusieurs qui dans ces temps antimilitaristes échappaient à l’« incarcération militaire » par divers procédés liés à la prise de drogue, au jeu de la folie, etc. Moi, bien qu’antimilitariste, je n’avais aucunement envie de me lancer dans ça.
Ce qui me fait penser également à ceux qui après des marches, de préférence sans chaussette au pied, s’arrangeaient pour entretenir des cloques sous les pieds afin d’être reconnus inaptes à la marche. Je me souviens ainsi d’un sursitaire plus ou moins de mon âge, un gauchiste de la Ligue communiste révolutionnaire qui était un grand adepte de cette technique ; technique qui, je suppose, devait être éculée dans le monde militaire.
J’en ai connu également dans mon entourage, à la Faculté en particulier, qui ont échappé au service grâce disons à la chance. Un par exemple a reçu un formulaire, ce devait être en 1969 (Mai 68 était encore tout proche), sur lequel on lui demandait de répondre par « oui » ou par « non » s’il désirait être appelé. Il s’était donc empressé de répondre NON et de retourner rapidement le papier aux autorité militaires.
Un autre a échappé à la conscription parce que fils unique, il fut reconnu soutien de sa mère malade que son père avait quitté. Quant à moi, tout nouveau chargé de famille (mon fils aîné est né cinq jours avant que je parte à l’armée) je n’ai pu échapper à ce lieu sordide et d’ennui (on peut comprendre qu’il y ait des engagés qui virent alcooliques) au bout de huit mois à peine. Ayant chopé une sciatique je fus bientôt exempté de toute activité physique (je n’ai jamais fait qu’une fois des essais, des bouts dudit Parcours du combattant), et je fus même « exempté de station debout prolongée », autrement dit de garde. Et j’eus même droit, revenu dans ma ville d’origine, à mon mercredi pour études.
Dans ma jeunesse l’antimilitarisme était très présent dans la société. La Guerre du Vietnam, puis sa fin, ont marqué pendant des années la société y compris en France. Sur ce thème la gauche n’était déjà pas unie. L’antimilitarisme était marqué dans les milieux libertaires (qui n’avaient pas grand-chose à voir avec les prétendus « anars » contemporains). Dans le gauchisme, c’était plus ambigu, avec la volonté de certains d’y faire une sorte d’entrisme, d’y amener leur contestation. Du moins la contestation de « l’armée bourgeoise », mais pas de « l’armée révolutionnaire » à naître.
Les plus malins ou les plus conformistes dans les milieux intellectuels, ou du moins parmi ceux qui avaient obtenu entre 16 et 20 aux épreuves des Trois Jours, à gauche (dans ce que j’ai toujours appelé « la petite gauche », socialo, communistes) s’empressaient de suivre les formations pour être aspirants et plus tard officiers de réserve. Moi j’avais refusé de le faire. Et je suis demeuré simple bidasse, et le jour où au final je devais être nommé caporal, mon exemption de toute activité physique m’en empêcha. Et je dis : tant mieux, ce jour-là.
Et ce que je constate de nos jours, c’est que ladite « gauche » est ouvertement belliciste. Ce qui n’est pas très nouveau quand on pense à ce que fut l’esprit colonial et l’action coloniale de la gauche « ordinaire » entre les deux guerres et dans les années cinquante (Indochine, Algérie…). Mais plus étonnant du côté du gauchisme qui prétendait contester autrefois l’existence d’une armée bourgeoise, ou armée capitaliste. Alors même que dans l’ensemble elle soutient tous les bellicismes de l’empire mondialiste sans problème. La seule exception est le soutien de LFI aux Palestiniens. Mais j’ai quelques doutes sur la sincérité de ce soutien. Il s’agit aussi de caresser une partie de son électorat dans le sens du poil.
Quant aux anars, je ne parle pas des plus jeunes qui sont englués dans un anti-fascisme et un antiracisme délirants, attardés, hystériques et fous, mais des vieux dans mon âge ; quelle catastrophe également. L’emblème le plus caricatural de cette engeance est sans aucun doute un individu, un triste individu comme Val, ex. chansonnier bêlant et « humoriste » finalement très convenu (air du temps) avec son pote le pédophile Font (paix à son âme), qui est devenu ouvertement belliciste. Ami de l’Otan ! Dans tout son confort, il ne risque pas de faire la guerre au front. Non seulement dans son soutien « progressiste » de la racaille bandérisme ukrainienne contre le « tyran » (sic) Poutine mais aussi dans son soutien « anti-antisémite » (sic) de la racaille sioniste en Palestine occupée. Et ceci même contre les Juifs anti-sionistes.
Je pourrais évoquer également le triste milieu des escrologistes, de ces dits écolos dits « de gauche » qui dans l’hystérie belliciste sont sans doute les pires ; comme ils sont parmi les pires dans le domaine dudit « wokisme » ou dans celui des prétendus anti-racisme et anti-fascisme.
Quand on pense à l’esprit pacifique pour ne pas le pacifisme des plus anciens écolos. Ce qui ne fut pas toujours le cas d’une partie des écolos. Mais c’est encore un autre sujet.
J’ai le souvenir du temps de la maffia « de gauche » qui a fini par virer Waechter, le partisan d’une écologie à laquelle je souscrivais : « Ni de droite, ni de gauche, mais devant ». À une époque où la loi mémorielle Fabius-Gayssot, loi contestable bâtie sur des attendus d’un tribunal militaire (celui de Nuremberg en 1945) fit en sorte d’interdire une libre recherche et une libre expression dans le domaine des dites chambres à gaz homicides. Et fit du remous au sein de nombreux milieux politiques, dont celui des Verts de l’époque.
« Chambres à gaz » devenues ouvertement la misérable, détestable, ignoble « caution morale » (sic) du sionisme extrême, alors même que ce même sionisme barbare, ouvertement génocidaire, écrabouille les Palestiniens dans ce que l’on peut assimiler à des camps de concentration : Gaza et Cisjordanie. Sans parler du Liban, etc.
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