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RAVAUDAGES

20 juillet 2021

Voici trois poèmes d’Élisa Mercoeur (1809 – 1835) que j’ai retravaillés sur la forme et sur les rimes.

Les originaux se trouvent dans : Poésies de Mlle Élisa Mercœur (de Nantes) (seconde édition, à Paris chez Crapelet, Imprimeur-Éditeur, 1829).

 

I – FEUILLE FLÉTRIE

 

Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie ?

J’aimais ton aspect doux en ce triste vallon.

Un printemps, un été, l’automne : et ta fratrie

Sommeille enfin sa mort sur l’herbe, ton salon.

 

Pauvre feuille ! Il n’est plus le temps où la verdure

Ombrageait le rameau maintenant sans amant.

Si fraîche au mois de mai ! faut-il que la froidure

Te laisse vivre à peine un incertain moment !

 

L’hiver, saison des nuits, s’avance et décolore

Ce qui servait d’asile aux habitants des cieux ;

Tu meurs, un vent du soir vient t’embraser et clore,

Par ses baisers glacés, un adieu si précieux.

 

II – RÊVERIE

 

Qu’importe qu’en un jour on dépense une vie,

Si l’on doit en aimant épuiser tout son cœur,

Et penché doucement sur la coupe d’envie,

Y goûter, du bonheur, le nectar en liqueur.

 

Est-il besoin toujours qu’on achève l’année ?

Le souffle d’aujourd’hui flétrit, d’hier, la fleur ;

Je ne veux pas de rose inodore et fanée ;

C’est assez d’un printemps, l’hiver est un voleur.

 

Une heure vaut un siècle, une fois trépassée ;

Mais l’ombre n’est jamais une sœur du matin.

Je veux me reposer avant d’être lassée ;

Essayer quelques pas au chemin de satin.

 

III – DEMAIN

 

Chaque flot d’océan, qu’il sommeille ou qu’il gronde,

Emporte mon esquif où le conduit le sort ;

Fétu perdu au monde, il ballotte sur l’onde,

Et s’éloigne incertain des écueils, sans ressort.

 

J’ai vu s’enfuir le port à qui pensait l’atteindre,

J’ai vu ce qu’au sourire il succède de pleurs ;

Combien de purs flambeaux un souffle peut éteindre,

Ce qu’un baiser du vent peut moissonner de fleurs.

 

S’il s’écarte, oublions le nuage peu sage,

Et qu’importe au matin notre destin du soir ;

Du berceau au tombeau, charmons le court passage ;

Un moment de bonheur vaut un siècle à surseoir.

 

Pour chanter, pour aimer, pourquoi toujours attendre

Quand on ne vit jamais deux fois le même tour ?

Le reflux du passé sut-il nous rendre tendre

Un seul de nos moments emportés sans retour ?

 

Un songe d’avenir trouble l’âme d’errance

À poser d’un bandeau sur les yeux du destin.

Que le malheureux seul existe d’espérance

Et s’endorme enchaîné à demain, sans festin !

 

***

Variantes possibles :

En I :

– Pourquoi déjà tomber, feuille jaune et flétrie ?

– Par ses baisers glacés, un adieu trop spécieux.

En II :

– Y goûter le nectar du bonheur en liqueur.

En III :

– Emporte mon esquif là où conduit le sort

– J’ai vu s’enfuir le port pour qui pensait l’atteindre

– Quand jamais on ne vit deux fois le même tour ?

– À masquer d’un bandeau tous les yeux du destin.

– Et s’endorme enchaîné à demain, pour festin !

From → divers

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