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Le coronavirus vient présenter l’addition au monde à l’envers

15 mars 2020
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Au Vatican le papet prie, en Italie il arrive que des gens chantent aux fenêtres et le président du Conseil y lit une promesse que tout ira bien, et en France  Macron a déclamé son pensum à la téloche pour dire qu’il « croyait dans la science ». Et cela, au moment même où la science témoigne son impuissance face à un virus dont personne ne sait l’origine. Mais, quelle que soit cette origine (laboratoires chinois, soldats américains, ingestions d’animaux contaminés), il est là, le coronavirus. Elle est là (même si elle a été déclarée avec un grand retard probablement lié à des raisons économiques et financières), la pandémie.

Le coronavirus vient rappeler l’existence de la mort à une société mondiale, occidentale en particulier, qui croyait depuis des dizaines d’années que l’on pouvait détruire la nature, gaver les humains et les animaux d’antibiotiques, polluer la planète, y organiser pour l’éternité des voyages de tourisme de masse, etc, etc, etc, sans jamais avoir rien à payer.

Voilà: le coronavirus vient présenter l’addition à un système mondial qui, depuis bientôt cent ans, est mal gouverné. Qui est gouverné à l’envers. Or, il y a quarante ans que je le répète, la réalité finit et finira toujours par prendre le dessus.

Dans toute l’Europe, en France, en Italie, en Espagne, le temps est celui de la quarantaine. Partout, des mesures « de sécurité » vont être édictées, puis renforcées jour après jour et semaine après semaine. C’est là ce qui se produit en Italie (je suis aux premières loges pour assister à cet étonnant spectacle). Adieu, liberté de circulation. Pour commencer.

Le gouvernement français imite ses homologues européens. Fermeture de tous les lieux publics jugés, par nos éminences, «non essentiels». Plus le droit d’aller au bar. En revanche, aujourd’hui, les élections municipales sont maintenues. Moi, n’ayant jamais voté de ma vie, je confesse humblement avoir quelques difficultés à comprendre l’essentialité des municipales. Mais  la déculottée que devrait subir son parti, Macron pourra toujours en accuser l’affluence (qui sera forcément réduite) et le coronavirus.

Restaurants, bars, discothèques, cinémas, on met la clé sous la porte. Officiellement, pour quelques semaines. Le gouvernement promet que vont rester ouverts les magasins alimentaires, les pharmacies, les banques, les bureaux de tabac et les stations-essence. Pour l’heure, sans doute. Ce n’est pas moi qui me plaindrai, le jour où les banques fermeront. Je n’ai pas de compte en banque. Je suis pauvre.

En Italie, aujourd’hui, les hôpitaux de la Lombardie – les meilleurs du pays – ont annoncé qu’ils sont arrivés au seuil de saturation.  Il n’y aura bientôt plus de lits disponibles en réanimation.

En France, les chiffres (officiels) parlent  de 4.500 personnes contaminées (dont plus de trois cents cas graves). La France a atteint le stade 3 de l’épidémie. Les prières du papet, les chansons aux balcons italiens, et même le discours télévisé de Macron n’ont point dissuadé le virus de circuler, en toute liberté, dans toute l’Europe. Qui est le centre de la pandémie. Cela faisait longtemps que l’Europe n’était plus le centre de quoi que ce soit.

Comme en Italie (et ce blog le prédisait il y a déjà plusieurs jours), le coronavirus semble frapper y compris au sein des jeunes générations. Comme en Italie, des membres du gouvernement sont positifs (notamment le ministre de la « Culture », Franck Riester). Et une douzaine de députés, à l’Assemblée. Comme en Italie, les médecins vont être obligés de choisir quels patients soigner en priorité, lorsque les services de réanimation seront débordés.

Pour moi, tout ça ne change rien. Strictement rien. Les Zautorités françaises avaient déjà conseillé à leurs sujets de se laver les mains et de ne plus se faire la bise. Elles causent maintenant de limiter les contacts avec la famille ou les amis et de rester chez soi. Par immense bonheur, je n’ai aucune famille. Je m’honore aussi d’avoir très peu d’amis. Solitaire et pauvre en argent, ne fréquentant généralement ni les bars ni les restaurants ni les discothèques, je continue à faire ce que j’ai toujours fait. Ce que je veux. Lire, écrire, penser. Écouter de la musique. Non, le coronavirus ne bouleverse pas ma vie. J’observe, c’est tout.  Le coronavirus est très instructif. J’aime m’instruire. J’adore. Roland Jaccard aussi (voyez la chaîne You Tube « Roland Jaccard le vampire »).

Que l’Occident s’écroule ne peut avoir quelque chose de surprenant que pour un imbécile. Même son étymologie (latin occidens, participe passé de occidere «tomber») le vouait à ce destin. Tout ceci est un spectacle que les meilleurs avaient prévu depuis longtemps. Il me semble même que la représentation commence avec quelque retard.

La peur règne, la méfiance s’installe, le coronavirus isole encore davantage tout un chacun dans la petite bulle de son insignifiance, dans le face à face narcissique de chaque petit moi avec son téléphone portable. Sur le territoire italien, la police a arrêté les très rares personnes qui, la nuit, ont encore été surprises à la recherche de prostituées. Par ailleurs, un gamin a été verbalisé parce qu’il cherchait à rejoindre sa copine. Le coronavirus pourrait rapidement devenir un allié de choix de l’ordre moral et de l’asexualisation, qui était déjà presque complète, de ce monde.

Face au coronavirus, donc face à la mort, les bigots de la « Science » et les superstitieux de « Dieu » continuent à adorer en hébétés cette chose dont ils ignorent tout, et qu’ils appellent la « vie ». Paraphrasant Bernanos, je dirais: la vie, pourquoi? La vie, pour quoi?

Il n’y a plus d’Eros. On continue à nier Thanatos.  Voici l’addition. Elle a nom: coronavirus.

L’addition: « Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguette le quantum » (Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte, argots parisiens comparés. Paris, E. Dentu, 1866).

Olivier Mathieu.

From → divers

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