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Dans le Marais humide de la gynécocratie, par Félix Niesche

20 janvier 2020

J’ai toujours apprécié Gabriel Matzneff, comme écrivain. Il vient d’être la victime collatérale de la pandémie de dénonciation des gorets par de petites cochonnes qui les [a] valaient bien. Avides de succès, elles rêvaient toutes de devenir les favorites en titre de Ben Cinema. Hélas, ce dernier s’est mis à grogner derrière d’autres derrières plus roses. D’où leur ressentiment. Mais le féminisme va leur offrir le moyen d’assouvir leur vengeance avec le déballage des turpitudes. Faire les intéressantes et faire coffrer leurs zex, que demander de plus ?

***

Merveille du féminisme qui vous ressuscite la pudeur, comme l’hyménoplastie vous recoud un hymen flambant neuf !

Au début les dommages de ce mouchardage suidé ne frappaient que les Porcs d’élection, les grands mâles dominants de nos temps dominés. Bien fait pour leur groin, mais ce n’était qu’un début ! Bientôt nous deviendrons tous des porcs en puissance. Matzneff marque la transition.

Je reste insoucieux de tous ces rapportages, vivant à l’écart des foules et des houles, loin de tous les relents de moules avariées et des morues racisé.e.s.

Cependant je voudrais republier un petit texte où je racontais mes propres mésaventures pédestres avec ma dulcinée, juste pour rire, et pour montrer la différence de traitement, selon que l’on est un homme « en vue », ou un type ordinaire.

J’avais 50 ans elle 19.

Depuis longtemps j’avais noté lors de nos rares déambulations citoyennes une certaine défaveur populeuse à l’égard de notre équipage, bien que nous ne nous produisions jamais attelés. Elle attribuait cet intérêt dubitatif à l’incrédulité quant à notre statut : père et fille ou bien vieil amant et jeune maîtresse ? Et la muflerie ostensible par laquelle il se manifestait à cette très en vogue grossièreté populacière signe de nos temps orduriers.

Car s’il n’est pas une once de démocratie dans la structure sociale, la plus crasse démocrassouillasse règne dans les mœurs. C’est pour ça que les pauvres qui ont abattu la féodalité, alliés à la bourgeoisie, n’ont jamais vraiment voulu renverser cette dernière, car elle est leur part satisfaite, seule la supériorité naturelle offense vraiment. Le capitalisme achève de nos jours sa mission esthétique, qui est d’éradiquer de la surface de « c’te planète », toute noblesse et toute distinction.

Pour en revenir à notre ballade marécageuse, sans doute notre pittoresque suffirait à expliquer une classique gaieté simiesque, cette belle hilarité grégaire de nos néo-singeries, puisque nous divergions à proportion, de siècles et de centimètres.

Je suis coutumier du fait d’être ouvertement moqué dans la rue par de jeunes babouins encagoulés qui portent leurs pantalons aux chevilles et traînent après eux des femelles en collants moulant étroitement leurs vulves tumescentes, mes propres canons vestimentaires ne tombant pas justes, has been je suis, autant d’apparence que d’essence.

Mais ce dont je parle ici, et qui nous vise tous les deux, est tout sauf moqueur. — « Mecs jaloux » explique ma compagne avec modestie.

Je lui fais remarquer que si effectivement la plupart des types bronzés lui font ouvertement des avances sexuelles comme si je n’avais pas été là, avec d’autant plus de courage que la modestie de mon gabarit eu égard à la moyenne établie, facilite le déni de ma présence au monde, c’est dans la gent qui porte mamelles et plus précisément sa sous-division « blancos », que l’on montre la réprobation la plus explicite.

Désapprobation lisible et visible : yeux exorbités et bouches bées devant le scandale de notre vue, se demandant à haute et intelligible voix si c’est encore possible, de voir ça !, permis, licite, et s’il ne fallait pas appeler les fliquettes cliquetantes d’armes et de chaînes !

Nous étions dans un film d’Hollywood et j’étais le méchant du film. Je portais le signe maudit du prédateur du blantriarcat oppresseur. J’étais une survivance anachronique et inadmissible de l’insupportable privilège masculin. Moi dont la pauvreté frise la misère, je me trouvais près d’elle exhaussé au rang du porc milliardaire traînant sa pute slave.

Ou plutôt non. C’est précisément parce qu’on devinait ma pauvreté, derrière mon dandysme baroque, c’est-à-dire la faiblesse sociale, que l’on s’insurgeait de me croire en bonne fortune. Car si j’ai pu conquérir le cœur d’une toute jeune femme à mon âge, et sans le payer, ce ne peut être que par une espèce de talent. C’est cela qui fait hennir le vulgaire, alors que l’Argent qui excite l’envie, n’offense pas sa vanité.

Cependant, ma compagne jugeait cette clairvoyance « pure parano ». Car si elle m’aimait un peu elle ne me comprenait guère.

Mais ce jour là, dans le Marais, cette atmosphère de haine palpable, regards furibonds, désignation du doigt, fut sentie aussi par ma coéquipière, d’habitude inconsciente des rapports de force de trottoir. Nous étions, j’étais, dans l’étroite bande d’espace-temps qui précède le Big Boum. Un pas de plus et je tomberais sous le coup de la loi de Lynch.

Nous le sentions, c’était tangible, répugnant et angoissant.

Seuls les troupeaux de gays, paissant paisiblement dans leurs abreuvoirs délimités par des cordes, se foutaient royalement de notre existence, vivant et laissant vivre, entre eux, peinards. Je ne crois nullement dans cette fable ridicule de la cause commune homosexuelle. Les milieux gays et gouins sont radicalement différents, ils vivent en des univers hétérogènes, et sans doute même hostiles, l’hystérie LGTiste n’est que du L et même du XXXL.

Cela est su dans le milieu, mais tu, par crainte de l’Inquisition.

Ainsi nous allions, au milieu d’hommes qui s’embrassaient goulûment à pleine bouche, de laides gougnottes tatoués au groin percé, ostensiblement en préliminaires, d’obscènes cougars tenant impunément en laisse de petites gouapes sournoises et peut-être mineures, nous seuls désignés à la vindicte, réprouvés comme des lépreux, untermensch, tchandalas*, moi bousculé de coup d’épaules rabiques, elle dévisagée par les gestapistes féministes à envie du pénal, et par les vrais porcs libidineux.

« Regarde regarde ! Non mais t’as vu ça ? » avons-nous distinctement ouï, rue Saint Merri, à deux pas de l’Église où nous nous réfugiâmes : Asile ! Asile !

Les plus fins auront saisi combien cette étouffante chape ne peut que gâter nos rencontres à l’air libre. Nous étions éclaboussés par la saleté de cette boue haineuse. Stupidement, un peu lâchement, pour lâcher un peu de vapeur, je me mis en rogne contre elle, lui reprochais injustement ses toilettes (qui n’ont pourtant rien d’osé de nos jours) et ses talons de 18 cm qui font que je lui arrive au nombril. Elle avait grief de mon hyper-sensibilité trop à fleur. Les rares fleurs de nos rencontres se fanent, elle est triste et mon humeur s’obscurcit de sombres regrets :

Ah ! si j’avais pu prévoir la possibilité de ce meilleur des mondes, au lieu de lire les poètes j’aurais étudié le Jujitsu. J’eus été vrai Petit Poucet : on aurait suivi ma trace par les connards ensanglantés gisant sur mon chemin. Mais le privilège de casser des gueules, de fracturer des mâchoires, de crever les yeux de son prochain est exclusivement réservé à la tourbe carapaçonnée des chiens de garde du capital.

En attendant, déjà trop casanier pour son goût je ne peux plus sortir avec elle. Là voilà triste et déçue. Et sans doute secrètement frustrée que je ne sois pas capable de faire régner les égards à coup de poings.

Quel enfer que ce monde, me dis-je dans un accès solipsiste, un enfer privé, un enfer pour moi seul. Un enfer à mon seul usage puisque je ne connais personne d’autre qui partage, qui pourrait partager, pareille condition, où quelque chose de cosmique s’acharne à me torturer.

Mes seuls collègues en antiféminisme sont les catholiques de tradition qui défendent avec raison la famille, qui croient dans la désinfection suffisante du Cul par le sacrement du mariage. Ils voient bien la putréfaction du monde, mais pensent faussement que nous vivrions dans un monde permissif, jouisseur, reprenant par là l’antienne maréchaliste classique.

En réalité la norme c’est la répression libidinale masculine, la haine de la liberté du sexe prétendument fort. La seule licence accessible au plus grand nombre ce sont les licenciements. Ce que veulent les féministes, mais c’est le pénal ! « L’Envie du pénal », comme l’a dit Philippe Murray.

La haine de Don Juan, et de ceux que l’on croit tel. Sauf lui les hommes sont naturellement soumis à la femelle. […]

Les solitaires sont condamnés, leur race bientôt éteinte, il n’y a plus pour ce monde pitance que pour la chiennerie.

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout. 

* (Charles Baudelaire, Le Voyage)

Félix Niesche.

* tchândâlas membre de la caste la plus basse dans le système traditionnel hindou.

From → divers

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