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Vanessa Springora a-t-elle jamais rencontré Emil Cioran?

21 janvier 2020

Publié le 21 janvier 2020 par defensededavidhamilton

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Mon ami Roland Jaccard a bien connu Cioran.

Que pense-t-il de ceci? Et qu’en pense-t-on?

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« Utilisation de Cioran par Mme Springora »

J’ai vaguement parcouru le livre de Mme Springora. Mais j’ai lu et relu, avec attention et déplaisir, quelques pages – lecture à la suite de laquelle j’ai fini par me poser des questions sur l’ensemble du réquisitoire qui, ces derniers jours, a déclenché une telle tempête dans le monde des lettres et de la morale.
Ce sont des pages où il est question de Cioran. Je l’ai connu sans doute mieux que ne l’a connu Mme Springora, et c’est de là que vient mon étonnement, générateur de doutes.
« Machinalement, je me retrouve en bas d’un immeuble cossu dont le premier étage est occupé par un ami de G., un philosophe d’origine roumaine […]. » Cioran n’habitait pas le premier étage – ce qui, manifestement, cherche à suggérer une certaine opulence -, mais trois chambres de bonne réunies en appartement, au dernier étage.
« Une petite dame d’un certain âge m’ouvre […]. » Simone Boué était grande.
« […] et l’épouse d’Emil […] » Cioran n’a jamais consenti à épouser Simone, qu’il présentait toujours, de manière assez gauche, comme sa « compagne ».
« Emil, c’est V., l’amie de G.! » Aussi bien Cioran lui-même que Simone avaient le prénom Emil en horreur. Elle ne l’appelait donc jamais ainsi, du moins pas en public, préférant utiliser le nom de famille: Cioran.
« […] crie-t-elle à travers l’appartement, puis elle s’engouffre dans un couloir […] » Dans la minuscule entrée s’ouvrait, sur la droite, la non moins minuscule pièce qui servait de bureau, et, devant, une sorte de salon. S’agissant d’un espace particulièrement exigu, prétendre que Simone ait pu crier « à travers l’appartement » est ridicule. Quant au couloir, il n’existait tout simplement pas.
« Le nez d’aigle » de Cioran peut être infirmé par n’importe quelle photographie. Quant à son accent, s’il était, effectivement, fort, il ne lui faisait nullement déformer les mots (« tzitrón? tchocoláte? »).
« Emil, je n’en peux plus […] » Même ses meilleurs amis ne l’appelaient jamais « Emil ». À plus forte raison, une gamine de 15 ans ne se serait pas autorisé une telle familiarité.
« La vision des petits doigts potelés de la femme de Cioran […] » Les mains de Simone n’étaient ni petites ni potelées. « Toute pomponnée, ses cheveux bleutés […]» Simone avait des cheveux blonds foncé, avec une mèche blanche sur le devant. « En son temps, elle a été une comédienne en vogue. Puis elle a cessé de tourner dans des films. » Simone Boué n’a jamais été comédienne, mais professeur d’anglais, et cela durant toute sa vie.
Quant au petit discours que Cioran aurait tenu pour la défense de « G. », il est parfaitement invraisemblable. D’une discrétion maladive, détestant se mêler des affaires d’autrui, Cioran n’aurait jamais accepté de commenter les affaires personnelles de quiconque, et encore moins celles d’une gamine.
Un si grand nombre d’affabulations en seulement cinq pages me font croire que Mme Springora n’a jamais été chez Cioran, et peut-être même ne l’a-t-elle jamais connu. Mais alors, qu’en est-il du reste du livre?

(Texte de Radu Portocala. 14 janvier 2020, 15:22 : Facebook)

https://www.facebook.com/radu.portocala.50?__tn__=%2CdC-R-R&eid=ARAMW-grfr3u0ZtHqtvKf3KIpUwfm7jG1RkZ08wcvYhJ0ZaBDlzwacmb6diTKNl3tHdoxDSmny9gXJre&hc_ref=ARSw_xMdMAVjwivHzPTifQEztQoRwWmTQTIyS3ic-lhmzKlLymk39CHtQh5JioKujCU&fref=nf

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Radu Portocală (d’une longue famille d’intellectuels roumains, dont certains subirent durement la dictature stalinienne), né le 27 mars 1951 à Bucarest, est un écrivain et journaliste qui vit en France. Note de J.-P. F.

 

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