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Où il est question du gâteau au chocolat de Jacques de Ricaumont, et aussi d’un récent article de Gabriel Matzneff sur Véronique Bruez dans les « Lettres françaises »

11 janvier 2020

Publié le 11 janvier 2020 par defensededavidhamilton

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Je demande pardon si je commence cet article en parlant de moi. La simple vérité est pourtant que, à la suite de la mort d’un enfant que j’aimais, un enfant de huit ans (cancer au cerveau) qui avait grandi pendant toute sa trop brève existence auprès de sa maman et de moi, je cours actuellement – à l’âge de cinquante-neuf ans, pour ne pas dire soixante – le risque de me retrouver de façon imminente sous les ponts. A ce malheureux enfant, j’ai consacré un roman, un beau roman je crois, Dans le ciel, qui a été recensé ici  (https://leblogderolandjaccard.com/2019/10/21/olivier-mathieu-un-gladiateur-face-a-la-mort/ ) par Roland Jaccard:

Beaucoup de gens (ou de supposés « amis ») me conseillent le recours à des organismes caritatifs (du genre d’Emmaus) ou à des institutions « d’aide sociale ». Très souvent, ils évitent de la sorte de m’aider personnellement, donc de mettre la main au portefeuille. En se réfugiant derrière lesdites institutions caritatives ou d’aide sociale. Depuis mon enfance, j’ai la phobie du domicile fixe. Même à supposer, chose parfaitement utopique et aléatoire, qu’une organisation caritative ou qu’un mystérieux service d’aide sociale me donnent (chose dont je doute très, très fort) un logement dans une HLM à Besançon, Tours ou Fontainebleau, bref où que ce soit en France, est-ce que j’en voudrais? Je n’ai pour ainsi dire jamais travaillé et il ne devrait échapper à personne (et encore moins aux lecteurs de mes livres) que ce n’est pas à soixante ans que je vais y arriver. Quant aux « aides sociales » (à supposer que je fasse partie des catégories de ceux qui y ont droit), elles visent à « ré-insérer ». Si je comprends le français, et je crois le comprendre,  il s’agit de ré-insérer des gens tombés dans le chômage. Or, je ne peux pas quant à moi être ré-inséré dans quelque chose à quoi je n’ai jamais été inséré. Et dire que , dans les milieux que j’ai fréquentés hier ou ceux que je fréquente aujourd’hui, quand les gens lisent des livres au sujet de la fin tragique des écrivains ou artistes qui leur sont chers ou dont ils parlent souvent, ils trouvent ça tellement déplorable… « Comment, David Hamilton est mort pauvre? Mais c’est affreux« … C’est affreux mais ils n’ont rien fait pour lui, de son vivant. Et ils ne feront sans doute pas davantage quelque chose pour moi, du mien. Je ne peux donc rien faire d’autre, pour l’instant, que de continuer à chercher un hébergement (qui me permettrait sans doute d’écrire en quelques mois la suite de Dans le ciel, un roman dont j’ai l’idée, Le joueur d’échecs), un mécène, des dons, des aides financières.

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Que l’on ne croie pas qu’en évoquant tout d’abord mon propre destin, je me sois tant que ça éloigné du sujet. J’en reviens à Gabriel Matzneff. Avec lequel j’ai un peu correspondu épistolairement (c’était approximativement vers 1979-1982) et à qui j’avais même alors envoyé Cent pages d’amour, le roman que ma grand-mère Marie de Vivier (1899-1980) m’a consacré en 1971. Pourtant, je n’ai jamais rencontré Matzneff, et pas même dans le salon de Jacques de Ricaumont que j’ai pourtant fréquenté avec assiduité, et qui était l’un des amis que nous avions en commun. J’avais publié à l’époque, dans la presse française, plusieurs articles consacrés aux romans de Jacques de Ricaumont. Oui, moi aussi j’ai connu le « fameux » gâteau au chocolat dont Matzneff a parlé dans certaines de ses chroniques journalistiques, mais surtout dans son  livre Boulevard Saint-Germain… (Lire: https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/10/gabriel-matzneff-est-il-ami-avec-jean-marie-le-pen_1772060 )

Gabriel Matzneff vendait – à en croire la presse de ces derniers jours – un nombre ridiculement bas de ses livres. La difficulté extrême de vendre des livres, de nos jours, et de trouver des lecteurs est un problème que je connais fort bien, moi aussi.  Or, les livres de Gabriel Matzneff ont été retirés de bibliothèques (au Canada) et même de certains sites de vente comme Amazon, jetés au pilon par ses éditeurs, refusés par un libraire de Reims (il va probablement y en avoir d’autres). Ses archives de Caen, elles aussi, pourraient être livrées à la police.​ Ce qui veut dire que demain encore plus qu’hier, pour X ou Y raison « politique » ou « morale », tous les livres de qui que ce soit pourraient être retirés des archives et des bibliothèques, des sites de vente par correspondance ou des librairies! Damnatio memoriae complète. Qui en sera victime demain? La chose qui stupéfie, dans le cas de Matzneff, est que toutes ces décisions interviennent en l’absence de toute décision de justice. Des libraires, des éditeurs, des bibliothèques retirent ou interdisent des livres de leur propre initiative, avant même que la justice n’ait décidé – par exemple – l’interdiction de tel ou tel ouvrage! C’est cela qui me semble le plus sidérant.

Ces jours-ci, une page se tourne – ou semble se tourner – dans la littérature, voire peut-être dans la société. Il suffit de considérer, par exemple sur Twitter, ou encore dans la presse à la fois la plus confidentielle et la plus réactionnaire qui soit, les attaques contre Roland Jaccard. Et si l’on n’en était encore – hélas – qu’au tout début de ces campagnes dirigées contre des écrivains?

A propos, le numéro de juillet/août 2019 des « Lettres françaises » vient d’être mis en ligne. Avec un fort bel article de Gabriel Matzneff à la gloire de Véronique Bruez et de Naples. C’est aussi un article où Gabriel Matzneff parle de « Vanessa »:

« Je pense en particulier à Francesca et à Vanessa : dans deux de mes romans, j’ai incorporé des fragments de leurs lettres dont la beauté pouvait à bon droit me faire espérer qu’un jour elles deviendraient des écrivains. Il n’en fut rien« .

(Gabriel Matzneff, Les Lettres françaises, juillet-août 2019, pp. 3 et 4)

Si l’on considère les « excuses » de Bernard Pivot, et d’autres journalistes qui implorent publiquement pardon d’avoir invité Gabriel Matzneff dans leurs émissions de téloche, si l’on considère le mea culpa de Beigbeder qui se sent « morveux » (mais désire paraît-il rester ami de Matzneff tout en étant « du côté de Vanessa Springora »), on peut se poser la question: combien de temps un tel article (celui des Lettres françaises) va-t-il demeurer « en ligne »?

http://www.les-lettres-francaises.fr/wp-content/uploads/2020/01/LF-173-BD.pdf

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Les temps sont durs ( https://wp.me/p89w8Z-543  ) pour les écrivains qui croient encore, ou veulent encore croire dans la beauté ou, tout simplement, dans la littérature.

 

OLIVIER MATHIEU

From → divers

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