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À PROPOS DE L’AFFAIRE SPRINGORA

8 janvier 2020

L’éternel retour des déboires éditoriaux de Lolita ?

Dérision des propres excès de la propagande, misère (morale, sociale, sexuelle…) d’une société française à l’agonie, constituée d’un nombre non négligeable de franchouillards qui sont des veaux dévots et par là même occasion autant de justiciers auto-proclamés et de lâches anonymes ; mais aussi retour de flamme juste et salutaire d’une publicité éditoriale dérisoire, retoquée par l’Esprit : voici donc Matzneff et Springora, l’Ombre et la Lumière (les gazettes), en concurrence sur les rayons « best-sellers » des bouquinistes internétaux tant amateurs que professionnels.

Que cela ne tienne ! Une des principales officines de vente d’Internet (déjà fort peu encline à respecter les lois dans le domaine des impôts ou du droit du travail, mais laissée plus ou moins impunie car yankee), non contente d’une campagne de diffamation médiatique généralisée, qui semble tourner au moins en partie en jus de boudin, se lance maintenant dans la censure pure et simple (le retrait des ventes des exemplaires d’un « mauvais livre » ; ne reste plus qu’à les brûler). Censure très stalinienne ou plus précisément très maccarthyste, car cela correspond parfaitement à l’hypocrisie moraliste de type nord-américain (si prompte par ailleurs à semer le malheur dans le monde entier).

Dans le même temps, la Justice totalement débordée comme lors de l’affaire Flament, non contente de laisser la diffamation, les menaces contre Matzneff aller son train, lui cherche maintenant des poux dans ou, si vous préférez, sur la tête qu’il a pourtant chauve depuis si longtemps. Alors même que Vanessa Springora n’a aucunement envie d’ester en justice contre son ogre. Elle a laissé suffisamment de temps passer pour que tout fût prescrit. Et puis porter plainte à quel motif ? quand on reconnaît avoir connu une grande passion avec un homme, fût-il très largement son aîné. Et très probablement son premier amour avec celui qu’elle décrie maintenant.

On croyait être sorti définitivement d’un certain obscurantisme nord-américain des années d’après-guerre. Or, il n’en est rien ! C’est le progrès des néo-cons qui, après avoir adulé ou avoir été les promoteurs de tous les excès, se font nouveaux prêcheurs de morale à l’encontre des pêcheurs du commun. Ceci à l’heure où la pornographie et toutes les déviances autrement dégradantes pour les deux sexes sont étalées à peu près partout dans le monde des media. Et ceci à l’heure où n’importe quel mineur peut naviguer sur la toile à sa guise ou, qui sait, pour les rares non-illettrés se procurer librement les ouvrages de Sade en livre de poche.

Que l’on me comprenne : je ne suis pas en train de dire que l’on devrait réprimer plus, étant pour la triple liberté d’expression, d’édition et de diffusion intégrale. Je veux simplement dire deux choses : 1 – Qu’il y a un âge à tout (et malheureusement en ce domaine le laxisme vient tout autant d’en haut que d’en bas). Et 2 – que le dernier scandale en date, symptomatique d’une caste « hors-sol » (tout ce petit monde « consanguin » des médiateux au sens le plus large) est totalement disproportionné et pour ne pas dire grotesque, abyssalement minable. Et plus encore : hors sujet.

Une campagne de propagande médiatique à côté de la plaque ?

En effet, le livre de Springora est tout farci de freudisme primaire, de reconstruction, de psychothérapie et de « cure de la parole ». Papa a quitté maman ; « depuis qu’il a disparu, je cherche désespérément à accrocher le regard des hommes » écrit-t-elle, comme s’il y avait un rapport évident de cause à effet. Le Figaro précise : « la jeune fille est totalement éprise ; elle s’insurge contre ceux qui ne partage pas son enthousiasme. Pourquoi une fille de quatorze ans n’aurait pas le droit d’aimer qui elle veut, s’interroge-t-elle. « Jamais je n’accepterais d’être séparée de lui. Plutôt mourir. » » Puis le coup de foudre passé, et les mystères de l’ Amour dévoilés, elle a décidé de ne plus revoir le vilain bonhomme qui, lui, s’accrochait encore à elle. Mais alors où se situe le problème ? La réponse pourrait être formulée ainsi : l’Ogre (le surnom de Gabriel Matzneff dans Le Consentement, le livre de Vanessa) n’était qu’un chasseur de chair fraîche ! Et elle voulait demeurer l’Unique et sa Propriété.

« Notre histoire était pourtant unique, et sublime » écrit-elle dans son livre en corrigeant aussitôt ainsi : « Notre passion extraordinaire aurait été sublime, c’est vrai, si j’avais été celle qui l’avait poussé à enfreindre la loi par amour, si au lieu de ça G. n’avait pas rejoué cette histoire cent fois tout au long de sa vie. »

(voir « Le Consentement » : euh, consentiras-tu, ô Sigismund Schlomo Freud, à sortir de ce corps ?, article paru le 1er janvier courant sur le blog en défensededavidhamilton : https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2020/01/01/le-consentement-euh-consentiras-tu-o-sigismund-schlomo-freud-a-sortir-de-ce-corps/

J’en conclus donc qu’il peut y avoir des passions insincères et uniquement et obsessionnellement collectionneuses. Et que dans ce cas, cela ne s’appelle plus de l‘amour ; mais disons du désir animal, du sexe sans plus. Ou si l’on préfère que l’amour, l’amour vrai se doit d’être fidèle et unique. Bien piètre attaque finalement qui reste à l’intérieur du convenu. J’ai donc du mal à y voir une attaque contre ladite pédophilie.

Et donc l’histoire en serait restée là – émotions et nouveautés passées, mortes et enterrées… – si Springora n’avait pas eu l’impression très rapidement d’avoir eu affaire à une sorte de mufle, un pseudo-romantique, qu’elle transforme aujourd’hui à loisir (en prose de circonstance) en pédophile. C’est pourquoi son livre qui n’est certes pas un nouveau roman d’éducation, n’est qu’un vulgaire « roman autobiographique » de reniement et de dénigrement, où le « héros » masculin, de vieil amant chéri, est devenu simple et unique prédateur. Au mieux pourrait-on parler d’un roman d’amour d’adolescente bernée qui depuis a attendu son heure (l’heure de la chasse des pédophiles ou jugés tels, au sein de la classe médiatique privilégiée à laquelle elle appartient) pour en tirer partie, avantage publicitaire et… vengeance.

Je dirais même vengeance mesquine contre Matzneff et ses parents, contre sa mère en particulier, mais pas contre ce qu’elle fut elle-même alors – « enfant ni pure, ni innocente  entachée de désirs amoureux » pour le dire avec les mots de la morale courante. C’est Vanessa qui l’explique en long et en large. Tout cela paraît fort ambigu ; ambiguë comme sait l’être la femme parfois, vue du côté des hommes. Et hors-sujet. Juste mauvais prétexte. Car de qui se plaint Vanessa : sinon d’un mâle (sans doute manipulateur, mais c’est un autre sujet) qui l’a rendue amoureuse et n’avait aucunement l’intention de passer sa vie avec elle. D’avoir été trompée, naïve, sur la marchandise, mais aucunement d’avoir été « détournée » en tant que mineure puisqu’elle entendait assumer alors pleinement sa situation, n’écoutant qu’elle.

J’ai déjà dit ce que je pensais des vengeances anti-hamiltoniennes des prédécesseurs féminins de Vanessa Springora. J’ai déjà évoqué la place occupée par les déceptions diverses des accusatrices de David Hamilton. On nage, ici aussi, dans les mêmes eaux saumâtres. J’ai l’impression de découvrir en ces occasions quelque trait singulier de l’esprit humain – et féminin en particulier – qui a du mal à faire un choix clair et net finalement. L’ambiguïté que je viens d’évoquer. Quel est l’homme qui ne l’a jamais ressentie ?

Vanessa nous parle d’histoire d’ « amour … sublime » tout en dénigrant l’Ogre ; Flavie nous dénigre son vieux prétendu violeur tout en exhibant sur Internet les photos d’elle prises par lui. Après avoir vécu quelques années avec David Hamilton Élodie l’accuse inlassablement de viol (Savez-vous que des études forts sérieuses ont conclu que le fantasme de viol occupait une place non négligeable dans les esprits féminins?) Tandis que d’autres ex-jeunes-femmes, actrices vieillissantes et passées de mode, et aux cachets également vieillissants, viennent cracher dans leur propre soupe en condamnant la « promotion canapé » qu’elles ont parfaitement acceptée en leur temps.

Il y a un côté bas en tout ça et diabolique. Diabolisme féminin, cela dit d’une toute autre teneur que celle que Jules Barbey d’Aurevilly évoque dans La vengeance d’une femme qui va à rebours des bonnes mœurs en se livrant en holocauste à la prostitution, et à la pourriture syphilitique mortelle, en voulant élever le scandale au niveau d’une pyramide de fumier. Mais n’est pas la duchesse d’Arcos de Sierra-Leone qui veut…

Amour et haine, la vengeance des femmes, comme celle des êtres humains en général, gérontophobe (comme on est arachnophobe) adore s’en prendre aux vieillards hors-jeu, aux vieux à déambulateur comme Weinstein. Tout y est hors-contexte et l’on voit, comme ici, la justice minuscule inquiéter même certains au-delà des délais de prescription. C’est minable, d’autant plus minable que dans un tas d’affaires de sexe, c’est parole contre parole, avec l’avantage laissé à l’accusation, surtout en ce moment, s’il s’agit d’une femme. D’autant, qu’avec les années, les faits, les témoins, les preuves, les indices, les protagonistes ne sont plus là ou plus les mêmes.

Avant de clore, je voudrais poser une question, ou plutôt un ensemble de questions :

Pourquoi Vanessa après Flavie ? Pour cela la réponse est évidente : tout le poids du quatrième pouvoir : celui du monde médiatique au sens le plus large qui contient aussi bien la radio que la télévision, la presse, le cinéma, la publicité, etc. conglomérat tenu, bien tenu (enfin « mal tenu » à mon goût) par la finance (sans oublier les politiciens étatiques du moment).

Et pourquoi Gabriel après David ? Pourquoi un écrivain après un photographe, pourquoi un « reste » de russe blanc orthodoxe après un « reste » de dandy british anachronique, plutôt que Pierre, Paul ou Jacques – politiciens bien connus par exemple, aux renommées autrement sulfureuses ? Est-ce uniquement le hasard qui joue, une simple affaire de circonstances ? Une question de goût et de préférence ?

From → divers

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