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SUR CHIRAC ENCORE ET AUTRES REMARQUES

8 octobre 2019

Une lectrice attentive de ce blog, me dit que j’ai encore tout faux. Elle exclut que l’on puisse employer, même sans guillemets citatifs, l’expression « à titre personnel » concernant le soutien de Chirac à Hollande lors de l‘élection présidentielle de 2012.

L’expression « à titre personnel » – m’écrit-elle – est attachée exclusivement à l’élection de 1981. En 1981, étant politicien en exercice, il déclarait voter « à titre personnel » [pour Giscard], c’est-à-dire que son vote n’était pas une consigne donnée à ses électeurs. En 2012, il n’était plus politicien en exercice. Dès lors, il eût été inutile de préciser « à titre personnel ».

Dont acte.

*

À propos de citations, en voici quelques-unes que l’on dit être de Chirac :

* Faussement prémonitoire et dans le style girouette du personnage. « Rayez ce mot « opéra » de votre vocabulaire. Il n’y aura pas d’opéra à la Bastille » (AFP, 21 juillet 1986).

* « Misogyne ». À propos de la mère Thatcher (ou si l’on préfère : de l’amère tas d’ chair), lors du Sommet européen de Bruxelles de février 1988 : « Mais qu’est-ce qu’elle me veut de plus cette mégère ? Mes c…lles sur un plateau ? » (cité dans Libération du 9 mai 1995).

* « Scatologique » : « Sarközy, il faut lui marcher dessus. Pour deux raisons. Un, c’est la seule chose qu’il comprenne. Deux, ça porte chance » (cité par Ghislaine Ottenheimer in Le Fiasco ; Albin Michel, 1996) .

*

La citation suivante va m’imposer de longs développements.

Le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la Rafle du Vél’ d’Hiv’, Chirac a eu la très mauvaise idée de faire (consciemment?) une confusion ou un amalgame entre ledit État Français de l’époque de la Collaboration et l’État français, le nôtre actuellement, celui de ladite République Française, en déclarant que « la folie criminelle de l’occupant a été secondée […] par l’État français ». Pas même De Gaulle, ni aucun autre président de la République n’a déclaré une telle énormité. C’est comme si Chirac s’excusait (pour tout le monde d’ailleurs) au nom du « régime de Vichy ».

Le dit État Français de la Seconde Guerre mondiale, à la devise : « Travail, Famille, Patrie » que l’on trouve inscrite sur les pièces de monnaie de l’époque, n’était qu’une autorité de fait et non de droit, qui n’avait plus rien à voir avec ladite République Française à la devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». D’ailleurs, ce dit État Français était lui-même traversé par le clivage Collaboration / Résistance.

*

À ce propos, ce qui continue à me sidérer est qu’il a fallu que le gauchisme émerge, et surtout que la « petite gauche » arrive au pouvoir en 81, pour que l’époque de la Guerre devienne une véritable obsession « antifasciste » et «antiraciste»; et pire encore « holocaustique » («holocauste», terme religieux s’il en est); ce qu’elle n’était pas ou peu durant les Trente Glorieuses. Et je me demande si Brassens aurait de nos jours le droit de s’exprimer sur l’époque de l’Épuration et d’évoquer les « tondues » (simple exemple).

Je peux en témoigner : dans les années cinquante-soixante, on en parlait assez peu finalement de la Guerre à l’École ; et certainement pas de la manière loufe-dingue et mythique des temps d’aujourd’hui. L’époque, plutôt heureuse, était à la Reconstruction ; et à la réconciliation nationale pour la simple raison que tant la Résistance (les résistances) que la Collaboration (les collaborations) n’ont jamais concerné qu’une infime minorité, la minorité politicienne. Le peuple n’aspira qu’à la paix après la Drôle de Guerre ; et la Déroute en est son expression. La Guerre 14-18 avait suffit aux plus vieux et les politicards n’avaient pas demandé l’avis des citoyens (rien n’a changé de nos jours) pour déclarer la guerre à l’Allemagne, sur pression anglaise,

Les gens du commun n’avaient souvent pas bonne opinion tant des uns que des autres. Il n’y avait certainement pas le Bien d’un côté et le Mal de l’autre. Cela serait trop simple, comme au cinéma. Mais souvent la bassesse et la vengeance, des règlements de compte politique ou de simples querelles politicardes de clocher, et de la barbarie des deux côtés. Et alors même qu’il y eut aussi bien des juifs que des non-juifs collabos, et des personnes de gauche que de droite collabos. Et il est même bien établi aujourd’hui que la Collaboration se situa très majoritairement à gauche.

Ainsi, les deux principaux partis « légaux » de cette époque, le Rassemblement National Populaire, parti « socialiste et européen », et le Parti Populaire Français furent créés, le premier par Marcel Déat, qui fut député, et ministre de l’Air en 1936, passé par la SFIO, puis le Parti Socialiste de France, puis l’Union Socialiste Républicaine ; et le second par Jacques Doriot, ex-député-maire communiste de Saint-Denis, exclu du Parti communiste en 1936 car partisan d’une « union antifasciste » réunissant toutes les branches du socialisme et du communisme.

Après guerre, la masse des français ordinaires avait tourné la page d’autant plus facilement qu’émergeaient des générations qui n’avaient pas connu ou à peine connu la guerre. Si ce n’est dans les souvenirs de leurs aînés. Ce qui est mon cas et qui m’a rendu indéfectiblement défaitiste dans le sens politique du terme, celui que l’on associe plus précisément au « défaitisme révolutionnaire » opposé au bloc de toutes les nations belligérantes sans distinction.

Comme je l’ai déjà écrit sur ce blog, mais il faut toujours répéter ces choses-là, la petite ville où j’ai grandi parmi les immeubles et maisons neuves de la Reconstruction, mais aussi les quartiers innombrables de baraques en bois et les blockhaus, a été détruite pendant la Guerre à 85 % selon certains, à 95 % selon d’autres ; et de nombreuses personnes y ont été tuées. Ceci pour l’essentiel ne fut pas le fait de l’armée allemande, mais le résultat des bombardements anglo-américains. Il y a bien longtemps que j’ai compris le sens de cette mascarade de nos prétendus « alliés ». « Seigneurs » conviendrait beaucoup mieux !

Seule une certaine ignorance de l’Histoire, ou l’ignorance de la complexité de l’Histoire, hors de toute propagande des uns et des autres, et en particulier des vainqueurs (qui très généralement écrivent à leur unique avantage l’Histoire officielle depuis toujours, sur les stèles de l’antiquité, dans les chroniques du moyen-âge ou aux attendus d’une justice militaire expéditive ne réclamant pas l’établissement des preuves à l’encontre des sous-fifres), seule la paresse intellectuelle et l’indigence de pensée des esprits bornés et binaires (Ombre ou Lumière, Diable ou Dieu), peut faire que des générations de jeunes aient pu, au travers de slogans dits de gauche, adhérer à une gauche – socialiste en particulier – qui n’a jamais été que collabo en tout.

Collabo du bellicisme nationaliste et capitaliste en 14-18 ; collabo belliciste du colonialisme lors des guerres du Riff, d’Indochine ou d’Algérie, pour parler du passé ; ou petit et médiocre collabo du mondialisme belliciste et de l’Union Européenne totalitaire, pour dire quelques mots du temps présent. 

Fin de cette longue mais nécessaire digression.

*

J’en étais arrivé à Chirac ânonnant sa repentance tordue et très catho, et fausse à la base ; repentance qui n’est déjà pas la mienne, pour la simple raison que je suis né après Guerre. Ajoutons-y ces nouvelles citations :

* «  On ne peut pas promettre un nouveau truc tous les jours. Qu’est-ce que vous vouliez ? Que je leur montre mon cul ? » (in Le Canard Enchaîné du 18 décembre 1996).

* «  J’espère que les Juifs sont contents parce que je ne peux pas faire plus » (cité par Éric Zemmour in L’Homme que je n’aimais pas ; Balland, 2002).

Voici maintenant un extrait du livre du journaliste Bruno Dive : Chirac, la vie d’après (préface de François Hollande) ; Mareuil éditions, 2015) :

« Avec le rabbin Haïm Korsia, il a de longues discussions philosophiques. Jacques Chirac n’ose plus appeler “rabbinou” celui qu’il connaît depuis la fin des années 70, mais qui est devenu en 2013 le nouveau grand rabbin de France. L’ancien président a toujours eu le respect des grades et des hiérarchies. “Il a une bonne connaissance du judaïsme, assure Haïm Korsia. Les cultures qui transmettent le passionnent.” Chirac aime à dire : “Quand les juifs arrivent quelque part, ils construisent une école ; quand les catholiques s’installent quelque part, ils construisent une église. Je préfère les premiers.” Encore un beau sujet de discussion et de conflit avec son épouse ! “Vous n’allez pas vous [sic] convertir au judaïsme, au moins”, lui lance un jour Bernadette Chirac. Laquelle s’est efforcée d’éloigner le rabbin de son grand homme. Alors c’est chez lui, chez Haïm Korsia, que Jacques Chirac se rend parfois, en secret, le samedi après-midi. »

Deux remarques à cet extrait :

1 – « Une culture qui transmet » : joli pléonasme car c’est justement le propre d’une culture, par définition même, que de transmettre ! Une culture qui ne transmet pas, ou plus, meurt. Ce qui ne l’empêche pas de survivre dans le patrimoine du Monde en tant que donnée de l’Histoire ; de l’histoire des idées, des croyances, des techniques et des arts en particulier.

2 – Je ne sais pas où Chirac a pris que lorsque les Juifs arrivent quelque part ils construisent une école ; une école talmudique peut-être… mais je les verrais plutôt construite tout autre chose de plus lucratif, du domaine de l’influence de l’opinion, ou du divertissement des masses : un commerce de luxe ou une friperie, un cabinet de psychanalyse ou une banque, une clinique privée ou un medium (organe de presse, radio, télévision…), une entreprise de production cinématographique ou une maison d’édition, une salle de concert du genre Bataclan, etc.

Et pour finir, de Chirac encore, qui y perd le fil de sa phrase :

Comment voulez-vous que le travailleur français, qui habite à la Goutte-d’Or où je me promenais avec Alain Juppé la semaine dernière, il y a trois ou quatre jours, et qui travaille avec sa femme, et qui, ensemble gagnent environ 15 000 francs, et qui voit, dans son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela… le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou ! C’est comme ça ! Et il faut le comprendre ! Si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela » (au cours d’un dîner-débat du RPR à Orléans, le 19 juin 1991).

 

le 3/10.

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