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UN POÈME EN BRETON DE BATZ

26 juillet 2019

Pourquoi dire d’un feu dialecte qu’il est éteint quand on peut le rallumer de temps à autre, le conforter et lui rapporter ainsi périodiquement notre flamme ?

Après avoir occupé toute la Presqu’île guérandaise, le dialecte breton vannetais spécifique à la Loire-Atlantique et à l’extrême Sud du Morbihan a fini par mourir courant du XXe siècle à Batz-sur-Mer.

Avec les bribes de ce que l’on en connaît (rares études, attestations sur l’Atlas Linguistique de la Basse Bretagne de Pierre Le Roux) j’ai essayé d’écrire ici, en ce dialecte, très certainement le premier sonnet qui soit.

Ce texte sera republié plus tard muni d’une série de leçons concernant la graphie et la lecture du texte. Pour l’instant, je me limite à cette seule remarque : pour avoir le bon nombre de pieds, certaines diphtongues subissent ici (comme on le fait également en français) une diérèse ; par exemple : é-o, é-oñ ; d’autres pas comme : bichueñ (ẅe͊) ; y compris des triphtongues ; par exemple : uéis (éys), bouéis (wéys). Remarque à laquelle s’ajoute les notes dans le texte ci-après…

***

POKETÉO EN EÑ FIGNOLEIT

FLEURS D’ÉTÉ ORNÉES

*

Tuem éo en añmezeir, Hiòulë àr er lec’h

Ud reveur a sklerat tròed e uéis àrneñ.

Er mor a dré, a dam de dam, àr bouéis berveñt

A-pe buéé en dour déoñ zéo ur frec’h.

*

Chaud est le temps, le Soleil bien présent,

Pour trop de lumière tournée en nage sur moi.

La mer baisse, morceau à morceau, doucement bouillante,

Quand la vie de l’eau profonde est un fruit.

*

Marf éo en añmezeir, èl ur bodad lerc’h.

Nâ ! ne ges konabenéo, mez er bichueñ

A ga ou tréo en guenachtrek, er krichteñt !

Me docht : er mor-séoñ zo añkoueit e Brerc’h.

*

Mou est le temps, comme une potée de lait.

Non ! il n’y a pas de nuages, mais le bleu

Qui tourne au grisâtre, l’homme !

Je m’approche : le morson* est oublié en Bretagne.

*

– Hia ziskar, vol a bras, er mor veur**, géo chet !

– Petra hou lar ? Er mor zo defardeit ha tret ;

Achti, ahouded mat, er gleün, anhéoñ.

*

– Elle déchale***, tout entière, la grande mer, n’est-ce-pas ?

– Que dites-vous ? La mer est descendue et basse ;

Voici, bien embarrassée, la vasière, là-bas.

*

Ur volegar a kouadurigéo à reit,

Hag a-ter ke me zo aman, me sel, dourneit,

Chaleñ ur galéoñ e kres er goeméoñ.

*

Une volée d’enfants court

Et pendant que je suis ici, je regarde, battu,

Sortir un cœur du creux du goémon.

***

Notes :

* le bruit permanent et lancinant des vagues calmes ou violentes éternellement renouvelées de la mer qui s’échouent sur le rivage. Du breton « mor », mer et « séoñ », chanson.

** un bretonnant pourrait me faire remarquer que « mor » est du masculin en breton et donc que j’ai tort d’écrire « hia ziskar » (elle descend) et « mor veur » (grande mer), mais dans le dialecte de Batz il y avait une grande confusion au niveau du genre des noms, et la mer était devenue femme comme en français. Il en va de même du premier mot du titre, fruit d’une mutation consonantique fautive : « poketéo », fleurs, pour « boketeù » ou « bouketeù », ailleurs en breton vannetais ; du français « bouquet » (de la mariée).

*** « elle descend » en français local (du breton « chal ha dichal », flux et reflux).

From → divers

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