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LA POSTE COUVRE LES CORBEAUX 

24 juillet 2019

Un des collaborateurs du blog vient de recevoir, par courrier postal, une lettre de menaces de mort. Il importe peu, aujourd’hui, et en tout cas pour l’heure, de révéler l’identité de ce collaborateur. Car en somme, cela ne change rien. Les menaces de mort sont interdites, et lourdement punies – en principe – par la loi française. A qui que ce soit qu’elles s’adressent.

Tout pareillement, il est inutile aussi, à ce stade, de dire ou de supposer les motifs de ces menaces de mort. Est-ce que, par exemple, des ennemis de David Hamilton seraient furieux que l’on défende sa mémoire? Rien n’est à exclure. On trouve, en juillet 2019, des internautes généralement anonymes qui déversent encore leur haine contre le grand photographe des jeunes filles en fleur et incitent (par exemple) à aller uriner sur sa tombe…

Les menaces de mort sont interdites, et AUCUNE justification ne peut leur être apportée. Il n’existe AUCUNE justification à l’envoi de menaces de mort.

En attendant que d’autres enquêteurs que nous effectuent leur travail, nous publions quant à nous les quelques réflexions qui suivent.

Depuis quelques années, « comme on n’arrête pas le progrès », la Poste (mais aussi les grosses entreprises ayant des flux importants de courrier), par souci d’automatiser au maximum les tâches de distribution et d’oblitération des lettres, et donc dans un double but de gain maximal de productivité et de moindre coût salarial, a totalement transformé l’oblitération et le tri du courrier. 

De nos jours, il existe des machines qui peuvent trier et oblitérer plus de dix lettres à la seconde. On est loin de l’image traditionnelle du postier de village ou de quartier oblitérant manuellement les quelques dizaines de lettres journalières de gens qu’il connaissait pour la plupart, qui lui passaient entre les mains. C’était le temps où chaque bureau de poste effectuait toutes les tâches d’oblitération. Et celui du tri manuel dans les centres de tri. Bientôt, cela aura totalement disparu de notre paysage.

Donc, si j’ai bien compris le mode de fonctionnement présent, il n’y aurait plus en France qu’une trentaine, bientôt une vingtaine de Plateformes Industrielles [sic] du Courrier (PIC), centres de tri du courrier munis de machines automatiques capables de lire les adresses et les informations complémentaires inscrites sur les enveloppes, automates qui assurent à la fois le tri et (au premier tri de chaque lettre) l’oblitération de celle-ci ; largement moins d’un centre par département comme c’était le cas autrefois avec les centres de traitement du courrier (CTC). Ces PIC travaillent de concert avec des Plateformes de Préparation et de Distribution du Courrier (PPDC) et d’autres PIC. 

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que non seulement le tri mais, plus encore, l’oblitération des lettres a complètement changé : si la flamme d’oblitération de l’affranchissement est toujours presente (les vagues imprimées sur les timbres), du moins sur les lettres timbrées, il n’en est plus de même du « cachet de la Poste faisant foi ». 

1 – Le lieu d’oblitération du courrier (lors de son arrivée dans son centre de tri originel) s’est substitué au lieu de dépôt du courrier qui autrefois était inscrit sur le cachet de la Poste ; 

2 – la date d’oblitération s’est substituée à la date réelle du dépôt (ce peut être le lendemain, ou bien plus en cas de grève par exemple, sans parler des lettres égarées dans les services de la Poste avant oblitération) ; 

3 – l’étoile qui pouvait indiquer que le courrier avait été déposé au-delà de la dernière levée a disparu ; 

4 – il en va de même de l’heure du dépôt qui, avec ce système, a bien évidemment totalement disparu. 

Autre remarque en passant, on m’a dit (de source sûre, je suppose: quelqu’un travaillant à la Poste) que les machines de tri sont incapables de reconnaître les couleurs et de faire la différence entre un timbre dit vert de tarif lent, et un autre. Mais j’ai des doutes là-dessus, car il y a un pré-tri. 

Voici ce qu’en dit le site officiel de la Poste qui est malheureusement muet sur le point essentiel qui nous occupe: l’oblitération et, plus important encore, sur les différentes codifications qui peuvent s’ajouter au code ROC. Je les recopie :

LA COLLECTE

Une fois glissé dans la fente, le courrier tombe dans une caissette. Après l’heure de la dernière levée inscrite sur la boîte aux lettres, le postier récupère cette caissette et l’apporte au centre du courrier de proximité, qui rassemble les plis provenant d’autres boîtes postales de la ville. 

LA CONCENTRATION

Un camion collecte ensuite ces lettres et les emporte vers une plate-forme de préparation et de distribution, qui regroupe le courrier de plusieurs villes. Celui-ci est trié selon les formats et niveaux d’urgence, afin d’en faciliter la gestion. Ce trajet a lieu en fin d’après-midi, si la lettre a été postée avant l’horaire de levée indiqué. 

LE TRI AU DÉPART

Les lettres sont ensuite acheminées vers une plate-forme industrielle de départ, où les courriers rassemblés provenant de plusieurs villes sont triés en trois temps par des machines équipées de lecture optique. Les machines déchiffrent les adresses ainsi que les mentions figurant sur les enveloppes.

Elles trient également le courrier à grande vitesse selon le destinataire, l’urgence et le service sélectionné. Cette première phase de tri permet d’organiser le courrier par plateforme industrielle de destination. 

Fin de citation.

On peut déjà dire que ce qui peut amener des conflits entre des particuliers et des organismes les plus divers, a une conséquence fort inquiétante en ce qui concerne les courriers de menaces et autres lettres anonymes, dont il devient impossible de connaître la traçabilité ; un comble à notre époque. 

Je m’explique. Autrefois une lettre dite anonyme possédait, comme toutes les autres, sur son enveloppe (sauf si elle était mise directement dans la boîte d’un particulier) un cachet de bureau de Poste précis par exemple : « Rennes RP », ici le cachet de la Poste centrale (la Recette Principale) de la ville de Rennes. Sur ce cachet se trouvait reporté le numéro du département, ici le 35, et surtout le jour et l’heure du dépôt de la lettre. Qui n’a pas vu, ou ne voit pas encore (mais ça ne va pas durer) des employés de la Poste déposer, à l’instant même où on la donne, un cachet, un tampon sur l’affranchissement d’une lettre?

On était donc assuré qu’à la Poste principale de Rennes, tel jour et vers telle heure, une personne physique (comme on dit) avait déposé telle lettre. Certes, cela n’assurait pas que la personne ait habité à proximité de ce bureau de Poste. Elle aurait pu se déplacer pour l’envoyer de cet endroit, ou la remettre à quelqu’un pour qu’il la depose. Simplement glisser la lettre dans une boîte sans passer par un guichet. Mais c’était cependant des éléments qui pouvaient aider les enquêtes de Police. 

De nos jours, on ne peut plus parler de cachet de la Poste, mais d’oblitération du centre de tri. Je lis, sur une vieille information de 2007 (date du début du processus) que « chaque bureau de poste aura ainsi son propre code » et que « la disparition des indications géographiques ne sera que très progressive puisqu’elle se fera au gré des remplacements des anciennes machines à oblitérer par de nouvelles ». 

Or, sur le Forum des Postiers (Internet) une information moins ancienne (2013) affirmait déjà que « ce sont les PIC qui oblitèrent ». C’est ce que, moi-même, j’ai pu constater sur des courriers que j’ai reçus tout récemment. Ce sont peut-être aussi certains PPDC qui assurent l’oblitération (pas facile de trouver des informations en ce domaine du côté de la Poste elle-même) mais cela ne change rien sur le fond. 

Enfin, ce qui est établi est que sur les enveloppes des lettres que l’on reçoit, on a maintenant l’indication d’un dit « code ROC », avec ROC  pour Référentiel des Organisations du Courrier. Cinq chiffres suivis de la lettre A. Et éventuellement, après un tiret, deux chiffres supplémentaires ; du moins j’en ai rencontré de cette sorte. Mais tout ne semble pas (encore) unifié nationalement au niveau de la présentation des oblitérations. 

Sur certaines enveloppes figurent le code ROC « tout nu » d’une PIC, avec en-dessous la date d’oblitération de l’affranchissement. Sur d’autres la même chose mais, en plus, en clair, le nom de la PIC. Sur d’autres encore (je l’ai remarqué sur l’envoi d’un catalogue qui bénéficie d’une remise de la Poste) un timbre imprimé et tout un tas de références codées (chiffres et lettres) ; j’ai recherché désespérément sur Internet à quoi pouvaient correspondre ces références. J’ai reçu également, il y a peu, un courrier de la Sécu ; celui-là avait pour unique référence postale : « La Poste », imprimée sur l’enveloppe, et aucune date d’envoi ! Ce qui est encore pire que certains courriers administratifs où l’on pouvait lire, il n’y a pas si longtemps encore : « date (celle du cachet de la poste) ». 

Ce midi même, je viens de recevoir un pli contenant un relevé bancaire. Je recopie ce que l’automate y a inscrit. Sur la première ligne : DOCONE CS 30078 — eco’Pli 19/07/19 LA POSTE. Je vais essayer de traduire ce que je peux. 

DOCONE. « DocOne est une société spécialisée depuis de très nombreuses années dans la gestion documentaire et dans le routage, composition, impression, mise sous pli, personnalisation multi – supports (carte et/ou papier), dépôt postal ou communication digitale (mail, sms, html 5).

Il s’agit d’une lettre de moins de 20 grammes, « eco-Pli » au tarif le plus bas et à la distribution la plus lente (oblitérée le 19, elle m’arrive le 24 juillet).

Sur la seconde ligne, je lis : 33693 MERIGNAC CEDEX — 31 MIDI-PYRENEES PIC CI 1447. L’adresse à Mérignac (33) correspond à la ville du siège social de DocOne. Ce qui suit, aux coordonnées de la PIC Midi-Pyrénées sise à Castelnau-d’Estrétefonds (31), et qui normalement ne gère que le courrier en partance d’Ariège, Gers, Haute-Garonne, Lot, Tarn et Tarn-et-Garonne. Et non pas le 33. Mais suivant l’activité, ai-je lu, il peut y avoir des reports d’une PIC sur l’autre, ou le renfort de centres de tri complémentaires. 

Au dos de l’enveloppe, je trouve une référence chiffrée : 007546, dont je ne peux rien dire de plus, ainsi qu’une nouvelle marque DOCONE. 

Donc voici une lettre mise sous pli (et peut-être même éditée) en Gironde par une société spécialisée, pour le compte d’une agence bancaire située en Bretagne historique, triée et oblitérée dans la grande banlieue de Toulouse. 

Maintenant, admettons qu’un corbeau m’expédie une lettre de menaces. Celui-ci habite le Mont-Saint-Michel, en Normandie, juste en limite de la Bretagne. Mais rusé, l’individu dépose sa lettre, un peu plus à l’Ouest, disons à Dinan (22). La Poste de Dinan est une poste ordinaire qui dépend du bureau de distribution, au code ROC 24125, de Quevert – Dinan. Normalement, ce n’est pas là, ce  n’est plus là que la lettre va être oblitérée, mais, en début d’acheminement, à la PIC dont il dépend. Dans notre exemple, il s’agit de la PIC 21658 de Noyal-Châtillon-sur-Seiche (35) qui est le centre logistique du tri postal des Côtes d’Armor (22), d’une partie mais bientôt de tout le Finistère (29), de l’Ille-et-Vilaine (35), de la Mayenne (53) et du Morbihan (56). 

Donc, le corbeau peut dormir sur ses deux oreilles. Du moins, à ce niveau ; car il est impossible de savoir d’où sa lettre a été expédiée, sinon de l’un des cinq départements suivants : 22, 29 (moins un secteur), 35, 53, 56. Ce qui ne veut pas dire qu’il habite lui-même l’un de ces départements-là, comme on le voit dans notre exemple. 

C’est ce que l’on appelle le progrès ! 

Reste à espérer que le corbeau ait l’amabilité d’expédier sa lettre en recommandé avec accusé de reception…

Toujours est-il qu’un correspondant a posté à l’un de nos collaborateurs, le 19 juin 2019, une lettre anonyme de menaces de mort. Code ROC 21530A-02.

La question est d’intérêt public car d’autres se la posent :

https://droit-finances.commentcamarche.com/forum/affich-7674204-d-ou-sont-postees-les-lettres-avec-comme-code-2153a-02

La lettre est entre les mains de qui de droit…

Si les petits malins qui l’ont « courageusement » envoyée sont repérés, on vous en parlera… La plupart des lettres anonymes proviennent de l’entourage…

En attendant, cet article était nécessaire, témoignant du fait que LA POSTE COUVRE LES CORBEAUX.

Jean-Pierre Fleury.

From → divers

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