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HOUÉ – POUSSIÈRE

21 juin 2019

Petit poème en breton vannetais.

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HOUÉ 1

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Achiù er goleu, dal,

Chetui en noz e ta,

Emé eañ.

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Huizen iein sklas en Ankeu,

Da holovein, én ur zichen

Hed a hed d‘en du gùeridig

Ha tioél, devized en-dés :

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« Neùe-amzer, inean koed é riolen,

Boket a houé, gouélan pé skrev, kolet ér mor,

En den-hont, ne houian ket hag ean e zei

Éndro, àr er bratel, étre chal ha dichal« .

***

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POUSSIÈRE

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La lumière est échue, aveugle

Voici la nuit qui vient,

Dit-il…

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La sueur très froide de la Mort,

Qui tire au lof 2, en descendant

Le long de la noirceur sensible

Et ténébreuse, a expliqué :

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Printemps, âme des bois en ruisseau, primevère,

Goéland ou bien mouette, étant perdus en mer,

Cet homme-là, je ne sais pas sil reviendra

Pardessus la pelouse, entre chal et déchal 3.

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Notes :

1. Hu, houé, huan, huen, huéen : poussière, poudre ; voire fine poussière ou atomes de l’air. Plus bas, l’expression « boket a houé », littéralement « fleur de poussière«  est le, un des noms bretons du primevère (primevère qui est aussi un ancien nom du printemps en français). Boket : du français « bouquet«  ; mais le mot purement breton de « fleur » est « bleuen », parfois aussi « flour » (emprunt au gallo voisin) en certains sens particuliers comme pour traduire « fleur de sel » ou pour parler d’un « beau pelage, d’un pelage soyeux » d’un animal.

2. « Tirer au lof« , ou « aller au lof«  (en breton : holovein, est un verbe fait sur le français : au lof ; soit : lofer en français) c’est tenir un navire au plus près du vent. Pour reprendre la définition de Littré : « Lofer. Terme de marine. Venir au vent, se rapprocher du lit du vent, porter l’avant du navire au lof. On dit indifféremment lofer, venir au lof, venir du lof et venir au vent.«  Le lof étant « le bord ou côté du navire qui se trouve frappé par le vent. Aller au lof, venir au lof, aller au plus près du vent. Virer lof pour lof, virer vent arrière, en mettant au vent un côté du vaisseau au lieu de l’autre. […] Fig. Revenir du lof, modérer ses prétentions, sa colère, etc. […] Danois, luv ; hollandais, loef ; anglais, loof ; suédois, lof.« .

3. « Pardessus la pelouse » est une reprise de l’expression bretonne « àr er bratel« , littéralement : sur la pelouse (pratel : pelouse, verdure autour d’une maison, pâtis ; mais aussi préau). « Chal », flux (de la mer) et dichal, reflux, (parfois : jusant) ; voir le français régional : « déchaler », ou « déchâler » c’est-à-dire « descendre » en parlant de la mer. Cf. « la mer a bien déchalé » qui veut dire : la mer c’est très bien retirée ; la mer est très basse ; c’est une marée très basse.

 

From → divers

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