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JULIAN ASSANGE VENDU POUR 10 MILLIARDS DE DOLLARS

12 avril 2019

De différentes dépêches de presse.

Article écrit hier pour l’essentiel.

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Je ne présenterai pas ici, je pense que tout le monde sait qui il est, l’australien, programmateur de formation et (selon l’expression consacrée) lanceur d’alerte et fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié près de sept ans dans l’ambassade d’Équateur à Londres. Rappelons juste les éléments essentiels du moment.

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En 2010, il révèle de nombreux documents militaires et diplomatiques secrets américains obtenus par des lanceurs d’alerte avec l’aide de l’analyste militaire anglo-américain Bradley Edward Manning (aujourd’hui dénommé Chelsea Elizabeth Manning), ce dernier s’étant fait prendre par la Justice.

En 2012, suite à son arrestation consécutives a son inculpation en Suède pour viol et agression sexuelle (faits qu’il nie intégralement), en liberté sous caution en Grande-Bretagne, la justice britannique lance un mandat d’arrêt à son encontre, au motif qu’il n’a pas respecté les règles ; depuis elle a toujours refusé de lever ce mandat.

Peu de temps après, Assange se réfugie à l’ambassade londonienne de l’Équateur. Non seulement il y obtient l’asile mais bientôt la citoyenneté équatorienne lui est octroyée par le gouvernement socialiste d’Équateur.

Mai 2017 : les poursuites en Suède contre Julian Assange sont abandonnées.

15 novembre 2018 : WikiLeaks annonce que Julian Assange a été inculpé aux États-Unis. «Le département américain de la Justice révèle « accidentellement » l’existence de chefs d’accusation secrets (ou de projets de tels chefs d’accusation) contre le directeur de WikiLeaks Julian Assange, dans ce qui semble être une erreur de copier-coller [sic] dans une autre affaire également instruite dans le district Est de la Virginie» (WikiLeaks sur Twitter).

Depuis on a appris (AFP, Reuters, communiqué du Département américain de la Justice) que Julian Assange a été inculpé aux États-Unis, de «piratage informatique» et de « conspiration » dans l’affaire Manning qui a été condamné(e) et incarcéré(e) pour trahison, et libéré bien avant la fin de sa peine par Obama. Assange est soupçonné par la justice américaine d’avoir aidé Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents américains classés secret-défense. De son côté, ces temps derniers Manning a été placé(e) en détention en raison de son refus de témoigner dans une enquête fédérale sur WikiLeaks. Julian Assange encourrait 5 ans de prison maximum selon ces chefs d’inculpation.

Février 2019 : Scandale des INA papers, du nom d’une société extra-territoriale d’optimisation fiscale (doux euphémisme) créée par le frère de Lenin Moreno, l’actuel président de l’Équateur, et dénoncé… par WikiLeaks.

Février 2019, également : «  »L’Équateur obtient 10,2 milliards de dollars de crédits de la part d’organismes internationaux, principalement le Fonds monétaire international (FMI) [pour 4,2 milliards] et la Banque Mondiale, avec lesquels le gouvernement précédent [2007-2017] avait rompu », a annoncé mercredi le président Moreno », nous dit la presse d’alors.

Ajoutons à la liste :

la Banque Inter-américaine de Développement (BID), la Banque de Développement d’Amérique Latine et le Fonds de Réserves Latino-américain ;

La Banque Européenne d’Investissement (BEI) et… l’Agence Française de Développement (AFD) ! La France ex-pays d’asile politique.

« … Le fait que le monde ait confiance en nous et nous croie démontre que nous sommes sur la bonne voie », s’est félicité le président. (la presse)

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Ce matin, 11 avril à 11 heures : Julian Assange a été arrêté par la police britannique, au sein même de l’ambassade équatorienne, après que Moreno (pas Dario, mais Lenin, ironie de l’Histoire) a révoqué son asile. L’arrestation a été menée en vertu du mandat de juin 2012, délivré par le tribunal londonien de Westminster Magistrates, pour « non présentation au tribunal ».

Julian Assange, vieilli avant l’âge, quasiment porté, trainé hors de l’ambassade, a été placé en garde à vue dans un commissariat londonien et sera « présenté au tribunal de Westminster dès que possible ». Le triste sire et larbin des gringos Moreno, s’en est félicité.

Wikileaks a également réagi en accusant le pays d’Amérique du Sud d’avoir mis fin « de manière illégale » à l’asile de son fondateur en « violation de la loi internationale ». Mais peut-on encore parler de droit alors qu’il est bafoué tous les jours et ceci dans lesdites « démocraties ». Dont la France.

Le ministre d’État britannique pour l’Europe et les Amériques (sic), ci-nommé Sir Alan Duncan, a déclaré : « Nous sommes très redevable envers le président équatorien pour son initiative et nous réjouissons d’une future relation bilatérale forte pour les années à venir. » «Merci à l’Équateur et au président Lenin Moreno pour votre coopération», a ajouté le chef de la diplomatie britannique sur Twitter.

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Aujourd’hui même Assange a été reconnu coupable par une juge britannique d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire. Et à l’issue de sa comparution devant le tribunal de Westminster, il a fait savoir, par son avocate Jennifer Robinson, qu’il s’opposerait à la demande d’extradition américaine. Tandis que le sénateur démocrate yankee Joe Manchin s’est félicité de l’arrestation de Julian Assange. «Il est notre propriété. Nous pourrons obtenir de lui les faits et la vérité», a-t-il déclaré. À quand son extradition vers les États-Unis. ? Trump l’attend déjà, lui qui disait en 2016 : j’adore Wikileaks ; mais qui prétend maintenant ne pas en savoir grand chose.

Et du coup, une accusatrice suédoise de Julian d’Assange demande la réouverture d’une enquête pour viol «Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l’enquête suédoise et qu’Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol», a déclaré son avocate.

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Rafael Correa (peut-être pas exempt, lui non plus, en son temps de corruption), président de l’Équateur de 2007 à 2017, année où il ne s’est pas représenté et a décidé de s’exiler en Belgique, a déclaré : «C’est une vengeance personnelle du président Lenin Moreno parce que WikiLeaks il y a quelques jours a publié un cas de corruption très grave». Il fait allusion ici a ce qui a été dévoilé par WikiLeaks en février. Tandis que le gouvernement équatorien déclare qu’une personne proche de Julian Assange est impliquée, avec des pirates informatiques russes (ah ! ces inévitables Russes malfaisants !), dans un plan de déstabilisation (sic) du président (carpette) Lenin Moreno.

Sur twitter Correa vient d’écrire : « El traidor más grande de la historia ecuatoriana y latinoamericana, Lenín Moreno, permitió que la policía británica entre a nuestra embajada en Londres para arrestar a Assange. Moreno es un corrupto, pero lo que ha hecho es un crimen que la humanidad jamás olvidará ».

« Le traître le plus grand de l’Histoire de l’Équateur et de l’Amérique latine, Lenin Moreno, a permis que la police britannique entre dans notre ambassade de Londres pour arrêter Assange. Moreno est un corrompu, mais ce qu’il a fait est un crime que l’humanité, jamais, n’oubliera. »

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Par ailleurs, le « rapporteur de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires » Agnès Callamard a déclaré que l’Équateur faisait courir à Julian Assange, en l’expulsant de son ambassade à Londres. «Un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux».

Tandis que le « rapporteur spécial des Nations unies pour le droit au respect de la vie privée », Joe Cannataci, qui devait rencontrer Julian Assange le 25 avril prochain à l’ambassade d’Équateur à Londres, a de son côté fait savoir aux media qu’il n’entendait pas annuler son voyage et prévoyait de rendre visite au fondateur de Wikileaks «dans un poste de police ou partout ailleurs au Royaume-Uni où il pourrait être détenu».

« Enfin », l’autre lanceur d’alerte bien connu Edward Snowden (celui que notre président normal ne voulait pas chez nous, le pitre pitoyable) a déclaré quant à lui : « Images of Ecuador’s ambassador inviting the UK’s secret police into the embassy to drag a publisher of – like it or not – award winning journalism out of the building are going to end up in the history books. Assange’s critics may cheer, but this is a dark moment for press freedom ».

« Des images de l’ambassadeur de l’Équateur invitant la police secrète du Royaume-Uni dans l’ambassade afin qu’ils traînent un éditeur – que ça plaise ou non – d’un journalisme primé, hors du bâtiment vont se retrouver dans les livres d’histoire. Les critiques d’Assange peuvent applaudir, mais c’est un moment sombre pour la liberté de la presse ».

Anecdote finale : des gens se sont déjà posé la question sur le livre que tenait en main Julian Assange lors de son arrestation. Plusieurs particuliers ou organes de presse ont déjà répondu à la curiosité ambiante, tel Sean Rossman d’USA TODAY :

« The WikiLeaks founder Julian Assange held on to a book about America author Gore Vidal as he was arrested Thursday in London. The book entitled « Gore Vidal: History of the National Security State » focuses on the « historical events that led to the establishment of the massive military-industrial-security complex, » according to the book’s description. The book features interviews conducted with Vidal by Paul Jay, senior editor of the Real News Network, on a number of political topics ».

« Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, tenait en main un livre sur l’auteur américain Gore Vidal, quand il a été arrêté jeudi à Londres. Le livre intitulé « Gore Vidal: Histoire de l’État de sécurité nationale » porte sur « les événements historiques qui ont conduit à l’établissement de l’énorme complexe militaro-industrielo-sécuritaire », selon la description du livre. Le livre contient des entretiens menés avec Vidal par Paul Jay, rédacteur en chef du Real News Network, sur un certain nombre de sujets politiques ».

Rappelons, ce qui n’est pas inutile en l’occasion, qu’Eugene, dit Gore, Vidal (1925 – 2012) fut un prolifique romancier, scénariste, dramaturge, acteur et essayiste nord-américain qui, particulièrement dans les dernières années de sa vie, était devenu très critique vis-à-vis de la société américaine. Voir :

Decline and Fall of the American Empire (1992) ;

Perpetual War for Perpetual Peace or How We Came To Be So Hated (2002) ;

– Dreaming War : Blood for Oil and the Cheney-Bush Junta (2002) ;

Imperial America: Reflections on the United States of Amnesia (2004).

Il a également émis des doutes concernant la version officielle desdits Attentats du onze septembre 2001 et a participé au documentaire Zero – Inchiesta sull’11 settembre du journaliste italien, député européen de 2004 à 2009, russophile et russophone, ancien membre du PCI et actuel membre de la Sinistra Democratica (Gauche Démocratique), Giulietto Chiesa. Zero – Pourquoi la version officielle sur le 11 septembre est fausse, est également un ouvrage collectif paru en 2007, en même temps qu’un autre ouvrage collectif de Chiesa et al. intitulé : Les prisons secrètes de la CIA en Europe. Zero est aujourd’hui dépassé par les progrès de la critique, mais a eu en son temps un impact très fort dans la remise en cause des dires officiels américains.

Donc ceci (Vidal) expliquant parfaitement cela (Assange lisant Vidal).

En attendant, espérons que Julian Assange ne meure pas prochainement, d’un « cancer » ou d’un « suicide », dans quelque geôle occidentale.

From → divers

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