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LA MEUTE PARODIQUE

2 mars 2018

C’est en préface à son livre La Meute (édition du Sablier, 1927) qu’Alphonse de Châteaubriant disait fort justement :

« Les hommes naissent comme la société les fait naître […] ; entre les mœurs et les hommes, il n’y a pas d’intervalle qui permette d’attribuer aux seconds une existence originelle indépendante des premiers ; et les mœurs d’aujourd’hui ont perdu tout leur antique savoir dans l’œuvre de création des cœurs et des tempéraments propres à ces êtres [les aristocrates ruraux] si particulièrement bâtis. […] la société, en évoluant, a créé de nouvelles fatalités qui ne permettent plus à ces âmes originales de se former et d’agir librement ».

De nos jours si « ces âmes originales », ces aristocrates ruraux, ont disparu dans la tourmente pseudo-démocratique bourgeoise, alors j’appliquerai cette citation aux êtres humains hors du commun, du temps et des lieux que sont les derniers poètes, derniers artistes, derniers romantiques, les rêveurs ou « rêvasseurs bardiques » comme disait Céline, les inconnus en marge de la vie courante et commune et autres inactuels dinosaures des lettres. Et pour demeurer dans notre sujet, à David Hamilton lui-même et tous les gens de sa valeur et de sa trempe. Les êtres rares, de qualité et de talent.

La meute a la particularité de posséder un esprit. Autrement dit, l’esprit de meute c’est un peu comme l’esprit d’équipe tel que le définissait Coluche. « C’est des mecs qui sont une équipe et ils ont un esprit ! Un seul pour tous, alors ils partagent ! » Ce que Coluche laissait entendre est que cet esprit était doublement commun : esprit de troupeau et esprit vulgaire.

C’est ce lourd monceau de vulgarité courte de pensée, tant médiatique que populacière, que dut subir pendant deux mois David Hamilton avant de lâcher prise, ou avant qu’on ne lui fasse lâcher prise. C’est bien pourquoi je pense le retrouver en grande partie ici, dans ce texte (qui ne tire pas à la ligne sans arrêt et sans raison comme dans l’original) que j’ai recopié quasi à l’identique:

En fuyant, Il a signé son arrêt de mort. Elle a lâché les chiens. Des chiens de sang. Les roquets. Des clébards sans collier.

Un sifflement, une plaie, du sang qui coule et les babines qui se retroussent.

Des « sans race », des « bâtards », des « sans famille ». Qui ont trouvé leur maître. À coups de biftons et d’os à ronger.

Et maintenant, de la chair défraîchie et meurtrie : Lui.

Il a voulu tourner le dos à la souffrance. Ne jamais tourner le dos. Il aurait pourtant dû le savoir…

Cruelle, avide, insatiable, la meute est à ses trousses.

La meute est simpliste. Elle se forme dans le dessein de tuer et d’anéantir, peu importe les coups bas et les trahisons fratricides. Les clébards ne font plus qu’un. Les « sans collier » se font monstre.

Il faut le détruire. Le réduire au silence. Lui casser les genoux. Partir, oui. Mais brisé. Mordre avant qu’il ne parle. Le faire saigner avant que l’envie de parler ne le pique. Le museler à coups d’angoisses. Et d’emmerdes.

L’occuper. Le terroriser. L’empêcher de l’ouvrir. L’empêcher de tout faire exploser.

Il ne sait rien d’eux. Ignore encore tout des relations sectaires. Il ne les a pas vu agir, opérer, se comporter. Il ne peut les diviser, les pulvériser. Il n’a aucun dossier. Et pourtant très bonne mémoire…

Alors la meute bave, dégueule, calomnie et invente. Les chiens orientent et donnent le ton. Les clébards racontent l’histoire. L’histoire qui n’est pas la leur. Le meurtrissent au fer chaud d’actes et de mœurs imaginaires.

Il se refuse à une telle bassesse, une telle vulgarité. Il reste paralysé et muet face à l’efficacité du lynchage.

Ils sont plus nombreux. Alors Il n’accepte pas son nouveau statut de coupable et reçoit les pierres en bronchant.

Il le sait. Il ne pourra jamais se laver d’eux. Jusqu’au bout, ils vont l’encrasser. L’enduire de leurs mensonges et étaler leur vice sur ses élans de liberté. Jusqu’au bout. De leur énergie…

Il voulait juste la paix. La paix. Ne pas se retourner et avancer. Alors Il s’est fait une promesse et il la tiendra.

Les morts de fatigue te saluent bien bas.

Ce texte qui n’est pas mien, où « Elle » de l’original est devenu »Il », et réciproquement, où des accords grammaticaux ont été nécessairement revus, où quelques rares mots ont été remplacés par leur antonyme, où de rares expressions négatives ont été positivées, où à l’origine, la chair n’est pas encore totalement défraîchie, où la meute est dite « complexe », où « l’héroïne » se complaît à accepter son statut de coupable (je ne sais de quoi d’ailleurs, elle n’avait pas encore diffamé et poussé au « suicide » David Hamilton), est d’une certaine Flavie Flament ; soit 95% au moins du chapitre 15, titré « La Meute », du livre Les Chardons (Éditions du Cherche-Midi, Paris, juin 2011 ; pages 157 à 160).

À bon entendeur, salut !

***

Le chapitre 15 d’origine, in extenso :

La meute.
En fuyant, Elle a signé son arrêt de mort. Il a lâché les chiens. Des chiens de sang. Les roquets. Des clébards sans collier.
Un sifflement, une plaie, du sang qui coule et les babines qui se retroussent.
Des « sans race », des « bâtards », des « sans famille ». Qui ont trouvé leur maître. À coups de biftons et d’os à ronger.
Et maintenant, de la chair fraîche et meurtrie : Elle.
Elle a voulu tourner le dos à la souffrance. Ne jamais tourner le dos. Elle aurait pourtant dû le savoir…
Cruelle, avide, insatiable, la meute est à ses trousses.
La meute est complexe. Elle se forme dans le dessein de tuer et d’anéantir, peu importe les coups bas et les trahisons fratricides. Les clébards ne font plus qu’un. Les « sans collier » se font monstre.
Il faut la détruire. La réduire au silence. Lui casser les genoux. Partir, oui. Mais brisée. Mordre avant qu’elle ne parle. La faire saigner avant que l’envie de parler ne la pique. La museler à coups d’angoisses. Et d’emmerdes.
L’occuper. La terroriser. L’empêcher de l’ouvrir. L’empêcher de tout faire exploser.
Elle sait tout d’eux. N’ignore désormais plus rien des relations sectaires. Elle les a vu agir, opérer, se comporter. Elle peut les diviser, les pulvériser. Elle a tous les dossiers. Et une très bonne mémoire…
Alors la meute bave, dégueule, calomnie et invente. Les chiens orientent et donnent le ton. Les clébards racontent l’histoire. L’histoire qui n’est pas la leur. La meurtrissent au fer chaud d’actes et de mœurs imaginaires.
Elle se refuse à une telle bassesse, une telle vulgarité. Elle reste paralysée et muette face à l’efficacité du lynchage.
Ils sont plus nombreux. Alors Elle accepte son nouveau statut de coupable et reçoit les pierres sans broncher.
Elle le sait. Elle ne pourra jamais se laver d’eux. Jusqu’au bout, ils vont l’encrasser. L’enduire de leurs mensonges et étaler leur vice sur ses élans de liberté. Jusqu’au bout. De leur énergie…
Elle voulait juste la paix. La paix. Ne pas se retourner et avancer. Alors Elle s’est fait une promesse et Elle la tiendra.
Les morts de fatigue te saluent bien bas.

From → divers

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