Aller au contenu principal

David Hamilton et les oiseaux de malheur

6 février 2018

Publié le 6 février 2018 par defensededavidhamilton

***

Beaumarchais aurait-il vraiment dû parler d’une hirondelle?

*

« La calomnie » (Beaumarchais, Le Barbier de Séville)

Bazile :

La calomnie, monsieur !
J’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés.
Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien ; et nous avons ici des gens
d’une adresse !
D’abord un bruit léger, rasant le sol comme l’hirondelle avant l’orage pianissimo, murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné.
Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement.
Le mal est fait ; il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis, tout à coup, je ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler,
s’enfler, grandir à vue d’œil.
Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription.
Qui diable y résisterait ?

(Beaumarchais)

*** ***

***

Qui sont aujourd’hui les « oisifs d’une grande ville » ? Sinon la société dans son ensemble, entièrement branchée qu’elle est bien plus que sur la presse moribonde de ses propres partis pris, sur les media audio-visuels et Internet. Et de préférence, effectivement, ceux qui n’ont rien d’autre à faire que d’entretenir les rumeurs, les calomnies, les diffamations ; ça leur donne l’impression d’exister et de sortir de leur vie obscure et misérable. De l’isolement généralisé et dépossédé de tout, et en particulier de tout pouvoir de décision au sein du leurre « démocratique ». Hurler avec les loups, mais de préférence dominants. Ça ne coûte rien, ça ne risque aucunement. Confort intégral. Médiocrité patente. Sentiment riquiqui (qui sait ?!) de « faire l’Histoire ».  

Mais il ne faut pas oublier aussi, justement, ceux qui tiennent les commandes de la prétendue « opinion publique ». Il n’y a pas de calomnie sans visée politique, sans désir des puissants d’entretenir, toujours vers le bas et le sordide, les distractions populaires pour ne pas dire populacières et d’amener le peuple à adopter les buts (les lois par exemple), les préjugés, l’idéologie de la caste dirigeante. Même s’ils sont, en apparence ou réellement, bien loin des calomnies originelles.

Que sont devenus de nos jours le bouche à oreille, le téléphone arabe, les signaux de fumée?… Où se situe la Justice, la grandeur humaine, quand la masse des hommes à l’esprit malin se nourrit des contes de fées et des chasses aux sorcières toujours renouvelées, qui semblent indispensables à « l’avancée » des hommes ; des plus gros bobards sociétaux ou historiques qui soient, des mythes en tout genre et des religions (y compris la religion laïcarde).

J’ai connu en ma jeunesse l’époque de la chasse aux « gauchos », puis est venue celle de la chasse aux « fachos » qui semble ne jamais finir ; et je connaîtrai même la chasse à l’homme, la chasse au mâle. Pas de répit, il faut toujours des « têtes de Turc » et des victimes expiatoires. Sans fin aucune. Du Bien et du Mal du moment, en toute dichotomie, réels ou fantasmés. Des oiseaux de mauvais augure, des diables et diablotins, et des démons ;  même dans notre société française si fortement déconfessionnalisée.

Tristesse de constater que l’hyper-technologisme ne change rien à la nature humaine, rien à rien aux mentalités qui ne progressent aucunement, si ce n’est dans la forme, ou en les amplifiant, mais pas sur le fond.

Jean-Pierre Fleury.

From → divers

Commentaires fermés