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L’ART À LA KOONS

2 février 2018

Jeff Koons est un « artisse » nord-américain. En France, depuis un certain temps, il est bien connu que ce qui vient de l’étranger, et en particulier de cette partie du monde, est toujours meilleur, comme est toujours meilleur ce qui vient de Paris pour un politicien local.

Un « créateur » sans grand intérêt comme il y a en a des milliers dans le prétendu « art » contemporain. Mais c’est la dernière coqueluche à la mode dans le monde cultureux dégénéré de la gauche bobo parisienne qui tient la mairie de Paris. Buren ou Christo sont passés de mode, même en province, et l’épouse du second, Denat de Guillebon, est morte.

« Les Parisiens, me disait autrefois en substance mes aînés… ils croient tout savoir, ils méprisent les ploucs de province. Pourtant, un rien les fait rire où les étonne. Un chansonnier se moquant d’un chapeau féminin de l’assistance faisait se gondoler toute une salle. C’est encore l’histoire du parisien à la campagne : ‘Tiens ! c’est quoi ?’ en appuyant du pied, ‘Ô merde, le con de râteau !’ se tenant le nez ». Et j’acquiesce.

Je n’en parlerais pas si ce Koons (je suppose quelque déformation de Cohn, au pluriel) n’avait eu l’extrême bonté d’offrir une idée, un concept, un koonsceptre, à la mairie de Paris pour commémorer le souvenir de la « fusillade du Bataclan » et autres. Un cadeau fêté en fanfare par l’ambassade des États-Unis et la mairie de Paris en novembre 2017. Mais sans appel à projet préalable comme il est pourtant d’usage, pour ne pas dire de règle, en ce cas.

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L’idée est gratuite, mais la réalisation, elle, est payante.

I – « L’œuvre » se nomme : Bouquet of Tulips. Son emplacement : devant le Palais de Tokyo dont on me dit qu’il est dédié à l’art des pays dits émergents ou d’artistes français. Situé entre les colonnades du Musée d’art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo, il s’agirait d’un endroit stratégique, ou pour le dire autrement d’un lieu publicitaire, pour qui tient la place, particulièrement remarquable. Pas con, le Koons, pour faire sa réclame en direction de ses Koonsommateurs « institutionnels » et « privés ». Comme l’écrit l’historienne de l’art, conférencière et journaliste, Christine Sourgins (https://www.sourgins.fr/le-grain-de-sel-du-mardi/ ; 30 janvier 2018, Koons : les fleurs du mal.) :

— Placer Koons qui incarne un art industriel, m’as-tu vu et spéculatif, devant le Palais de Tokyo dédié aux artistes émergents et à la scène artistique française… c’est comme ériger une statue à la gloire de Conan le Barbare devant une salle de cinéma d’art et d’essai où l’on vénère Godard.

L’opération ressemble à ces cadeaux publicitaires qui ne coûtent guère à ceux qui les écoulent car ils rapportent gros. Ici un emplacement historiquement chargé, avec une grosse visibilité internationale, cela vaut de l’or… Prendre un placement de produit pour un acte de générosité est gênant pour une municipalité coutumière du gratuit payant.

Je laisse la référence à Godard à Christine Sourgins, mais sur le fond, j’approuve son esprit très généralement et généreusement critique.

II – L’objet : une nullité abstraite de trente-cinq tonnes de bronze, acier inoxydable et aluminium poli, avec des tulipes géantes (12 mètres de hauteur, 8 de large, 10 de profondeur). Enfin, pour le dire plus sérieusement de semblant de tulipes, et comme l’écrit également Christine Sourgins :

D’ailleurs, est-on sûr qu’il s’agisse d’un bouquet de tulipes ? Elles sont tellement stylisées qu’elles ressemblent à d’obèses bâtons de dynamite munis d’une mèche. Un comble quand on entend consoler la population d’une vague d’explosions criminelles. Est-ce un zeste de cynisme dont Jeff serait bien capable car on sait qu’une œuvre d’Art contemporain réussie (version AC) doit être transgressive ? Selon la maxime de Marcel Duchamp, « ce sont les regardeurs qui font les tableaux » donc ce sont les regardeurs qui font les tulipes ! Et beaucoup commencent à les trouver vénéneuses…

III – Et la chose, qui va la payer ? Avec sa langue de bois habituelle, la mairie de Paris déclare : « ça ne coûtera rien à la Ville puisque le mécénat est privé». C’est déjà oublier que des travaux de renforcement vont être nécessaires pour que le sous-sol du Palais de Tokyo puisse supporter le poids de l’immondice métallique. D’où un manque à gagner pour le centre d’art de 1,5 millions d’euros, à cause de l’immobilisation de salles d’expositions.

Les socialistes ont toujours été très généreux avec l’argent du contribuable. Écoutez-les nous dire que ce sont les généreux mécènes qui vont payer (avec la plus-value extorquée aux masses laborieuses comme on disait « dans le temps ») ; or ces généreux donateurs vont pouvoir défiscaliser leur don à hauteur de 66%. Et celui qui paiera l’essentiel au final, ce sera le contribuable. Ou si je puis dire, le koonstribuable. Une broutille diront les jean-foutre ; le prix dudit bouquet de tulipes est estimé « seulement » à 3,5 millions d’euros. Mais quand on sait le nombre « d’œuvres » de ce genre, à droite et à gauche en France, il y a de quoi tiquer.

Procéder ainsi en piochant dans la caisse commune est tellement ancré chez les « socialistes » et assimilés, qu’ils viennent même d’offrir à une prochaine fondation d' »art moderne », la Fondation Pinault (le spéculateur bien connu, décrété « breton de l’année » en 2006 par l’ex-revue Armor Magazine, actuelle huitième fortune de France) l’ancienne Bourse du commerce de Paris, bâtiment racheté par la mairie de Paris, nous dit Le Canard Enchaîné, pour environ 86 millions d’euros à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la capitale qui l’avait elle-même achetée… à la ville de Paris en 1949 pourle franc symbolique. C’est qu’on les bichonne à Paris, et ailleurs en France, les mécènes milliardaires.

IV – Enfin qui va la réaliser cette chose ? Qui a commencé à la réaliser ? Certes pas Koons avec ses petites mains ; non, une entreprise ; lui a eu seulement l’idée et le plan général. Je veux dire : l’essentiel (sic) ! N’importe quelle entreprise bien équipée en est capable, ce qui ravale donc cet objet, de fait même, à du non-art, ou si l’on préfère à de l’art reproductible à l’infini. Pour l’heure, la France étant devenue une sorte de république bananière, c’est à une entreprise allemande que le travail a été confié.

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Certes, certains pontes de la confrérie des arts ou de ladite culture subventionnée, ou supposés tels, rechignent et regimbent ; des conservateurs, des « artistes contemporains », des commissaires d’exposition, des collectionneurs, des politiciens plus ou moins connus. Mais, ce n’est nullement « l’œuvre » ou les dépenses engagées qui les choquent, c’est juste l’endroit à très forte plus-value publicitaire. Face à la fronde de la Cour, le ministre de la culture, une obscure Françoise Nyssen, appelle à des « études complémentaires ». Dans le tas, on cite un seul personnage plus ou moins sincère : un certain Alexandre Gady, président de Sites et Monuments, vigoureux défenseur des paysages.

Certains facétieux ont proposé de déplacer ce « bouquet de tulipes » ailleurs, mais Koons, bien évidemment, s’y refuserait ; ou bien d’affecter le produit de la vente des tulipes aux familles de victimes du Bataclan. On peut toujours attendre… Autant de vœux pieux.

From → divers

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