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DES COCHONS D’ACADÉMIE SANS TABOU

26 février 2013

Des bruits courent (ça n’a pas été long) sur une éventuelle nouvelle candidature de Robert Pioche dit Olivier Mathieu (à moins que ce ne soit l’inverse), au fauteuil de Michel Mohrt qui le soutient chaudement depuis les limbes des Immortels morts en service, limbes où il se trouve en compagnie des walkyries joyeuses des lettres celles qui – s’il faut en croire l’étymologie vieille norroise – « choisissent les abattus » (de « kyrja » choisir et de « val » abattre).

L’affaire est tellement bien avancée qu’Olivier Mathieu serait déjà pratiquement élu au fauteuil de son ami du temps de La Nouvelle Revue de Paris. Mieux même, il pose déjà, « pouillé » dans son habit vert. Enfin « son » est un bien grand mot, mieux conviendrait d’écrire qu’il pose pour l’instant dans un habit d’emprunt, un objet loué à un vieux fripier israélite dont l’échoppe jouxte les locaux de la Comédie française. Cet habit servait autrefois à parodier Arouet dans La Métromanie, la pièce d’Alexis Piron que les comédiens du Français ont cessé de mettre au répertoire.  Tout fout le camp, même à la Comédie française.

Or, le fauteuil à portée du séant d’Olivier Mathieu, le fauteuil trente-trois (dites « trente-trois ») bien avant d’être celui de Michel Mohrt, fut celui de François, Marie Arouet le jeune. Hasard curieux. Trente-trois est aussi un mot magique ; dans la spirale éternelle du développement du temps, il est le nombre qui se répète sans fin à la droite de la virgule lorsqu’on entend diviser l’unité en trois parties égales, ou entre trois entités d’importance égale, selon les cas opposées ou complémentaires (mais c’est un autre sujet, celui de la triolectique, théorie énoncée par Asger Jorn ; cf. De la méthode triolectique dans ses applications en situlogie générale).   

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Ce fripier, étant de mèche avec un photographe, a suggéré à Olivier Mathieu de se faire tirer le portrait devant un décor de bibliothèque luxueuse à jolies reliures, voire à vélin, voire même à textes d’intérêt. On se doute bien que Mathieu-le-gueux n’a pas encore à sa disposition un tel joyau.  Mais, ça viendra ; avec le temps.  Avec le temps, tout vient à temps, à qui sait attendre. « Patience !» me disait le roi des crétins, un directeur de pénitencier où je subis ma peine quand je fus condamné autrefois par Veau d’Or à une kyrielle d’années de travaux salariés d’intérêt public. J’ai attendu, j’attends encore. « Pourquoi Fleury plutôt qu’un autre ? » me dit aussi un jour lointain, mon directeur de thèse, un obscur verrat. C’est vrai, il n’avait pas tort, pourquoi moi plutôt qu’un autre ?  Mais mon temps viendra, c’est sûr. C’est mon sentiment.  

J’ai toujours eu, comme je l’écris souvent, l’esprit tordu ; le sens de l’inversion des valeurs, l’esprit négateur, le goût de l’antithèse, de la proposition négative de la dialectique face aux toqués et aux tocards ; voire même le sentiment affirmé de la négation de la négation accrochée à ma pensée quotidienne, en toute synthèse au moins partiellement lucide de l’idée d’en dehors ; de l’idée en-dehors. Je peux être mon petit Hegel tous les jours, mon petit Feuerbach. Mais mon préféré des penseurs boches du début du XIXe siècle est quand même Johann Kaspar Schmidt, des jeunesses hégéliennes, plus connu sous le nom de Max Stirner.  Saint Max, je prie pour toi ! Ô mon Unique ! Aussi me dis-je : pourquoi un autre plutôt que Fleury ?

Enfin, ainsi va la vie.  Mon verrat était stalinien à l’époque, ou si vous préférez, intello du parti dit communiste et français, et toute la dialectique en toc il connaissait. La dictature sur le prolétariat aussi. Son prolétariat à lui était estudiantin. J’aime à dire que je suis une toute petite victime du stalinisme, d’un stalinisme à la française. On presse le citron et puis l’on jette, camarade ! L’exploitation, il s’y entendait, question de talent personnel lié à ses origines bourgeoises doublé d’un approfondissement forcené des grands auteurs : Marx, Engels, Lénine, Althusser la face plus présentable de Staline, enfin tout le gratin. L’université grouille d’exploiteurs intellectuels, enfin dits intellectuels ; de grands penseurs de génie.  Et mon verrat a fait son temps.

Et c’est là qu’un second hasard intervient : si mon verrat est ma bête noire, un cochon noir ; il est par ailleurs une brave bête blanche ou plutôt rose, accrochée à notre Robert Pioche, un gentil cochon rose qui a nom Michel Mohrt.  Être évanescent des limbes, sans mors et qui ne mord.  Et qui n’est pas vraiment mort. Âme d’un gentil cochon tout rose.  Certes Michel Mohrt avait plus le profil, et plus encore l’œil acerbement vif d’un aigle.  Mais il avait aussi la bonne moustache d’un gaulois, d’un celte. Et je le vois aussi et ainsi petit cochon, petit cochon celte. Il faut vous dire qu’en langue bretonne, il se trouve un mot qui est « moc’h » (le c’h breton se prononce plus ou moins comme le « ch » allemand, ou la jota espagnole).

Et ce mot « moc’h » veut dire… « cochon ».  

Rien ne se perd sur un cochon, enfin un bon cochon, un cochon à bonne tête. À bonne tête de cochon. À bonne tête de bon cochon. C’est là que ma sotie se mord la queue, sa petite queue en tire-bouchon : c’est que têtu comme cochon, têtu comme breton, Robert Pioche persiste et que « patience !» et que « pourquoi un autre plutôt qu’Olivier Mathieu ? ». 

 

From → divers

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