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AVEC LE PS, « L’UNION DE LA GAUCHE » NE PEUT QU’ENFANTER DES MONSTRES.

Par Régis de Castelnau

18 octobre 2025

Dans un article précédent [1], j’ai tenté de démontrer que le Parti socialiste dans son histoire, n’avait jamais été « de gauche ». La sociologie [et sociographie] de ses directions, ses modes d’organisation, et sa pratique du pouvoir dans une république de démocratie représentative, permet d’aboutir à cette conclusion. Cependant, si tant est que l’on retienne (à juste titre jusqu’à une période récente) le caractère opératoire du clivage droite-gauche, comme nous l’avons rappelé dans l’article précité, le Parti socialiste est toujours arrivé au pouvoir grâce à des alliances. Ce fut parfois avec la droite, mais plus souvent avec d’autres forces de gauche. Et en particulier, le Parti communiste souvent promoteur de ces stratégies d’union, et qui à chaque fois lui ont coûté très cher, jusqu’à sa disparition. Au détriment bien sûr des forces qu’il représentait, mais pas seulement. Toutes les trahisons mises en œuvre par le Parti socialiste ont porté préjudice à la majorité du peuple français, qu’il a fini par enfermer dans un néolibéralisme destructeur pour le pays. Il faut toujours rappeler que l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017 est le fruit d’une opération assimilable à un coup d’État dont le PS fut l’un des principaux organisateurs.

On ne reviendra pas en détail sur les différentes catastrophes politiques générées par « l’union des forces de gauche », mais il convient quand même de se rappeler le catalogue.

L’union de la gauche de catastrophes en catastrophes

Aux élections législatives de 1924, alors que le Parti communiste occupé à sa « bolchevisation » s’était enfermé dans la marginalité, on assiste à la mise en place du « Cartel des gauches » [2] qui se coucha prestement devant le « mur de l’argent » pour passer les manettes à Raymond Poincaré chargé de mettre en œuvre les pires politiques d’austérité. Il y eut ensuite, le « Front populaire » de 1936 que Léon Blum, après avoir trahi l’Espagne républicaine [3], abandonna au bout d’un an pour laisser le pouvoir à une alliance avec le centre-droit. Qui approuva bien sûr les monstrueux accords de Munich. En attendant l’interdiction du PCF en septembre 1939, avec la peine de mort pour ses distributeurs de tracts et l’installation de Pétain le 10 juillet 1940 lorsque la grande majorité du groupe socialiste lui vota les pleins pouvoirs en actant la fin de la République. Encore bravo !

Il y eut ensuite l’alliance tripartite de l’immédiat après-guerre à laquelle le Parti socialiste mis fin en 1947 pour installer avec l’aide de la droite la domination américaine sur l’Hexagone. Léon Blum ayant repris du service pour y veiller. Le nom du socialiste qui se détache à ce moment est celui de Jules Moch féroce briseur de grève qui laissera des souvenirs cuisants chez les mineurs de fond.

En 1956, le PS (SFIO) remporte les élections législatives sur la base d’un programme de paix en Algérie. Que le PCF entend soutenir en votant «les pleins pouvoirs» au gouvernement Guy Mollet. Celui-ci trahit immédiatement ses engagements, nomme Robert Lacoste proconsul en Algérie qui donne les pouvoirs de police et une partie des pouvoirs civils à l’armée ! Qui mettra en œuvre une répression sans mesure à base de torture, de disparitions et d’exécutions sommaires. Englué dans sa trahison, le parti socialiste sera incapable de s’opposer au délitement de l’État et à l’installation d’une situation de guerre civile. Que l’opération politique virtuose de Charles de Gaulle en mai juin 1958 évitera à la France.

À partir de son ralliement à la candidature de François Mitterrand à la présidentielle de 1965, le PCF se lancera à corps perdu dans la construction de « l’Union de la gauche » comme alternative au pouvoir gaulliste. Cette stratégie mortifère aboutira à la signature d’un programme commun en 1972 offrant à cette union des perspectives d’arrivée au pouvoir. La dynamique politique illusoire créée à cette occasion permettra l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la république en 1981. Tous les engagements furent rapidement remis en cause, scandé par le fameux tournant néolibéral austéritaire de 1983 sur fond d’abandon progressif de la souveraineté nationale au profit de l’Union européenne en construction. Le tout accompagné par l’effondrement du PCF, faisant ainsi perdre à la classe ouvrière son principal outil politique. En 1997, nouvelle union de la gauche, «plurielle» cette fois-ci, avec l’arrivée de Lionel Jospin au poste de Premier ministre de cohabitation avec Jacques Chirac. Dont le gouvernement, néolibéralisme européen oblige, sera le plus grand privatiseur de l’histoire de France. Les lambeaux du PCF se contentant d’apporter son écot à la catastrophe politique et économique dont la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002 fut l’épisode normal. Qui eut au moins un mérite, celui de nous éviter la honte du soutien de l’agression américaine en Irak en 2003. Dont chacun sait que Jospin aurait été, comme son camarade Tony Blair, l’acteur empressé. Rappelons au passage la honteuse démarche qu’il demanda à Pierre Moscovici et François Hollande auprès de l’ambassade des États-Unis pour dire son désaccord avec le refus gaulliste de Chirac de participer à ce crime.

Hollande parrain de Macron

Et en 2012 « L’union de la gauche » de se rassembler à nouveau, derrière François Hollande cette fois-ci ! On allait voir ce qu’on allait voir, puisque « son ennemi était la finance » et qu’Emmanuel Todd nous annonçait « le hollandisme révolutionnaire ». Ce mandat tout de trahisons, de laideurs et de lâchetés fut une épreuve pénible. De l’ectoplasme Jean-Marc Ayrault au nervi politique Manuel Valls, en passant par Cahuzac, Moscovici, Jouyet, Macron (déjà) et tant d’autres nullités corrompues, nous avons dû tout supporter. L’évidence que François Hollande allait être, selon l’expression d’Emmanuel Todd, comme vomi par le pays, les grands intérêts dont le Parti socialiste était l’instrument durent trouver une solution. Ce fut Emmanuel Macron, qui fut choisi par la haute fonction publique socialiste décidée à conserver ses sinécures et ses possibilités de pantouflage juteux. Proposé aux oligarques ceux-ci décidèrent de l’installer à l’Élysée. Tous les dirigeants significatifs du PS se mobilisèrent et lui apportèrent son soutien. Macron devenant le véritable candidat de ce parti. Prétendre que c’était Benoît Hamon est absolument grotesque. Par conséquent, macronisme destructeur que nous supportons depuis maintenant huit ans est le fruit empoisonné de l’union de la gauche qui avait porté François Hollande au pouvoir. Dont il faut rappeler qu’elle disposait lors de son avènement de tous les pouvoirs de la république, présidence, Assemblée nationale, Sénat, hégémonie dans les collectivités locales.

Avec la bouffonnerie de la candidature Hidalgo, aurait pu espérer en 2022 que le PS officiel était enfin ramené à la situation d’un groupuscule,. Avec obstination, et après avoir appelé à voter Macron, Mélenchon nous infligea ensuite une autre forme d’union de la gauche avec sa NUPES, dont il s’est imaginé qu’elle pourrait lui permettre d’accéder à Matignon (!!!). Peine perdue, et de nouveau tous les mauvais coups du gouvernement de la socialiste Élisabeth Borne, et notamment la réforme des retraites, furent perpétrés par des socialistes ralliés. Le patron de LFI n’abandonna pas pour autant cette obstination et pour les législatives, n’hésita pas à nous servir dans la vieille soupière de 1936 un « Nouveau Front Populaire » dont le premier mérite fut de requinquer le PS, de faire élire François Hollande pourtant en difficulté électorale, de sauver une partie conséquente des députés macronistes, et une fois de plus le locataire de l’Élysée au passage. La ridicule candidature au poste de Premier ministre de Lucie Castets, caricature de haut fonctionnaire socialo-macroniste donnait déjà un avant-goût du brouet contenu dans la soupière. Et ça n’a pas raté, la fameuse « union de la gauche » est aussi indigeste que les précédentes.

Un mélange d’éléphants socialistes survivants d’un troupeau étique [et pas pour un rond éthique, ni encore moins poétique] surtout soucieux de conserver quelques gamelles, de jeunes loups installés là par les Américains, d’écologistes allumés recyclés dans le bellicisme russophobe, de faux communistes groupusculaires, s’est acharné à soutenir la diabolisation de LFI et de son chef. Avant, pour la partie socialiste, de rallier explicitement Macron avec l’incroyable mot d’ordre: « surtout ne pas donner la parole au peuple ! Ni dissolution, ni démission ou destitution de Macron. Une majorité avec les macronistes et une partie de la droite pour garder nos fauteuils ». Cette monstruosité démocratique où l’on revendique de refuser au peuple l’exercice de sa souveraineté est le produit direct de « l’union de la gauche ».

L’Histoire nous avait pourtant appris que tant qu’existera un parti socialiste vivant, elle ne pourra enfanter rien d’autre.

*

Notes (jpf)

1 – La trahison, ADN du Parti socialiste, article payant du 2 septembre 2025 : « En France, le concept de clivage gauche/droite ne raconte plus grand-chose sur la réalité des forces politiques qui composent la bouillie dont le Parlement issu des législatives de 2022 puis de 2024 … »

2 – Cartel des gauches : le Parti radical et radical-socialiste, les radicaux indépendants, le Parti républicain-socialiste, les socialistes indépendants, et la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière).

1924 est aussi l’année où les troupes françaises se joignent aux troupes coloniales espagnoles pour mater les Berbères dans la guerre du Rif (1921 – 1927), au Nord du Maroc.

Sous le Cartel, c’est aussi en Syrie la révolte druze, difficilement réprimée par l’armée coloniale française, dont l’intervention est condamnée par ladite opinion publique internationale. Quand on a pouvoir, gouvernement socialiste, on n’a jamais très loin guerre ou répression sociale.

À lire dans un esprit similaire, de Xavier Moreau : Le Livre noir de la Gauche française (stratpol.com).

3 – 36, où l’occupation des usines pendant quarante jours, par la classe ouvrière, a permis d’arracher les premiers quinze jours de congés payés au Front Popu.

Source : https://regisdecastelnau.substack.com/p/avec-le-ps-lunion-de-la-gauche-ne

TRUMP CONTINUE D’ADMETTRE QU’IL EST ACHETÉ ET POSSÉDÉ PAR L’ISRAÉLIEN LE PLUS RICHE DU MONDE

15 octobre 2025/Réseau International

par Caitlin Johnstone

Il est étrange de constater le peu d’attention accordée par les médias au fait que le président des États-Unis a avoué à plusieurs reprises avoir été acheté et possédé par l’Israélien le plus riche du monde, surtout compte tenu de la forte obsession de son opposition politique quant à la possibilité qu’il ait été compromis par un gouvernement étranger durant son premier mandat.

Lors d’un discours devant le Parlement israélien lundi [13 octobre], le président Trump a de nouveau admis publiquement avoir mis en œuvre des politiques favorables à Israël à la demande de la milliardaire israélo-américaine Miriam Adelson et de son défunt mari Sheldon, ajoutant cette fois qu’il pensait qu’Adelson favorisait Israël au détriment des États-Unis.

Voici une transcription des propos de Trump :

«En tant que président, j’ai mis fin au désastreux accord nucléaire iranien et, finalement, au programme nucléaire iranien grâce à des bombardiers B2. C’était rapide, précis et d’une grande beauté militaire. J’ai autorisé des milliards de dollars de dépenses, qui ont servi à la défense d’Israël, comme vous le savez. Et après des années de promesses non tenues de la part de nombreux autres présidents américains – vous savez qu’ils n’arrêtaient pas de promettre -, je n’ai jamais compris ce qui se passait avant d’arriver là-bas. Ces présidents ont subi une forte pression. J’en ai subi une aussi, mais je n’ai pas cédé. Mais tous les présidents, pendant des décennies, ont dit : «On va le faire». La différence, c’est que j’ai tenu ma promesse et j’ai officiellement reconnu la capitale d’Israël et transféré l’ambassade américaine à Jérusalem.

«N’est-ce pas, Miriam ? Regardez Miriam. Elle est là-bas. Levez-vous». Miriam et Sheldon [Adelson] venaient au bureau et m’appelaient. Ils m’appelaient – je crois qu’ils sont allés plus souvent à la Maison-Blanche que quiconque, je crois. Regardez-la, assise là, si innocente – elle avait 60 milliards de dollars en banque, 60 milliards. Et elle adore… et je crois qu’elle a dit : «Non, plus». Et elle adore Israël, mais elle l’adore. Et ils venaient. Son mari était un homme très agressif, mais je l’adorais. Il était très agressif, très encourageant envers moi. Et il m’appelait : «Puis-je venir te voir ?» Je répondais : «Sheldon, je suis le président des États-Unis. Ça ne marche pas comme ça». Il venait. Mais ils ont joué un rôle important dans tant de choses, notamment en me faisant réfléchir au plateau du Golan, ce qui est probablement l’une des plus belles choses qui soient arrivées. Miriam, levez-vous, s’il vous plaît. Elle adore vraiment ce pays. Elle adore ce pays. Son mari et elle sont incroyables. Il nous manque terriblement. Mais je lui ai vraiment demandé : «Je vais lui causer des ennuis avec ça». Mais je lui ai vraiment demandé une fois : «Alors, Miriam, je sais que tu aimes Israël. Qu’est-ce que tu aimes le plus ? Les États-Unis ou Israël ?» Elle a refusé de répondre. «Ça veut dire… ça pourrait vouloir dire Israël, je dois dire, on t’aime. Merci, ma chérie, d’être là. C’est un grand honneur. Un grand honneur. C’est une femme merveilleuse. C’est une femme formidable».

Sheldon Adelson aurait versé à Trump et aux Républicains plus de 424 millions de dollars de financement de campagne entre 2016 et sa mort en 2021. Sa veuve, Miriam, a perpétué l’héritage de son mari et a investi 100 millions de dollars supplémentaires dans la campagne présidentielle de Trump en 2024.

Pendant la campagne de 2024, Trump a également admis être contrôlé par l’argent d’Adelson. Voici une transcription de ces propos :

«Comme je l’avais promis, j’ai reconnu la capitale éternelle d’Israël et j’ai ouvert l’ambassade américaine à Jérusalem. Jérusalem est devenue la capitale. J’ai également reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan».

«Vous savez, Miriam et Sheldon entraient probablement à la Maison-Blanche presque plus souvent que quiconque, hormis ceux qui y travaillent. Et ils étaient toujours à la recherche d’Israël – et dès que je leur donnais quelque chose – toujours à leur service. Dès que je leur donnais quelque chose, ils en voulaient autre chose». Je disais : «Accordez-moi deux semaines, s’il vous plaît ?» Mais je leur ai donné le plateau du Golan, et ils ne l’ont même pas demandé.

«Vous savez, ça fait 72 ans qu’ils essaient de faire le plateau du Golan, non ? Et même Sheldon n’a pas osé. Mais j’ai dit : «Vous savez quoi ?» J’ai dit à David Friedman : «Donnez-moi une petite leçon, genre cinq minutes ou moins, sur le plateau du Golan». Et il l’a fait. Et j’ai dit : «Allons-y». On a réussi en 15 minutes environ, non ?»

La légitimation de l’annexion illégale du plateau du Golan par Israël et le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ont été deux des décisions les plus controversées de Trump en faveur d’Israël durant son premier mandat. Ces décisions ont été éclipsées par son soutien au génocide de Gaza et ses bombardements en Iran et au Yémen.

Et voici qu’il admet ouvertement que ses méga-donateurs milliardaires sionistes ont utilisé l’accès que leurs dons leur ont offert pour le pousser à prendre des mesures drastiques en faveur d’Israël.

Imaginez un instant que quelqu’un ait divulgué à la presse des documents prouvant que Trump a bénéficié d’un soutien financier important d’un oligarque russe à qui il a accordé des faveurs d’une portée géopolitique considérable. Ce serait le plus grand scandale de l’histoire de la politique américaine, sans conteste. Mais comme il s’agit d’un oligarque israélien, il peut l’admettre ouvertement et à plusieurs reprises sans sourciller.

Durant le premier mandat de Trump, ses rivaux politiques ont passé des années à promouvoir une théorie du complot fallacieuse selon laquelle il était contrôlé par Vladimir Poutine, alors même qu’il avait passé tout ce mandat à intensifier agressivement les hostilités de la guerre froide contre la Russie. Des carrières entières d’experts politiques sont nées dans la tentative de créer un scandale à partir d’un récit qui pouvait être clairement démenti au simple vu des mouvements de la machine de guerre américaine et des actions de Washington contre Moscou.

Mais voilà que Trump admet ouvertement avoir fait tout ce qu’il pouvait pour accorder à une oligarque israélienne ce qu’elle voulait, car elle a versé d’énormes sommes d’argent à sa campagne, tout en déversant des armes sur Israël pour faciliter ses atrocités de masse et en menant des actes de guerre au nom d’Israël. Et cela passe à peine inaperçu dans la politique et les médias occidentaux traditionnels.

Cela s’explique par le fait que la politique et les médias occidentaux traditionnels comprennent que nous vivons dans un empire oligarchique officieux auquel appartiennent à la fois les États-Unis et Israël. Ils ne le reconnaissent jamais, n’en parlent jamais, mais tous les politiciens, experts et agents de haut rang du monde occidental comprennent qu’ils servent une structure de pouvoir mondiale dirigée par une alliance informelle de ploutocrates et de gestionnaires d’empire. Ils comprennent que des États comme Israël en font partie, contrairement à des États comme la Russie, la Chine et l’Iran. Ils passent donc leur temps à normaliser la corruption et les abus des États membres de l’empire, tout en facilitant les efforts de l’empire pour attaquer et affaiblir les États qui ont résisté avec succès à leur absorption par le pouvoir impérial.

Je l’ai déjà dit et je le répète : la seule chose que j’apprécie chez Donald Trump, c’est sa tendance infantile à dire les choses à voix basse. Il prône les mêmes abus que ses prédécesseurs, qui n’étaient pas moins corrompus et contrôlés, mais il expose les mécanismes sous-jacents de ces abus d’une manière que des présidents plus raffinés ne feraient jamais.

source : Caitlin Johnstone https://caitlinjohnstone.com/ via Marie-Claire Tellier https://marie-claire-tellier.over-blog.com

LES PAROLES S’ENVOLENT DE MOINS EN MOINS AVEC LES VIDÉOS QUI DEMEURENT

ADIEU L’RPS !

« L’RPS… Ça gratte, ça démange, c’est mauvais pour la France. #Herpès », écrivit Florian Philippot le 31/05/2015 quand il n’était plus possible d’évoquer l’UMPS. Union pour le Maintien Perpétuel du Système, comme certains s’amusaient à l’appeler. L’UMP (Union de la Majorité présidentielle, celle de Chirac, puis Union pour un Mouvement Populaire) ayant été rebaptisée Les Républicains.

UMPS : entité qui donnait l’impression de tenir tout le pays sur le même chemin des fausses oppositions, ou plus exactement d’une alternance complémentaire et déjà passablement rance et décadente sur la voie mondialiste montante et sans issue. Dans une patauge putride socialiste où les castors de l’électorat étaient sommé d’établir un front républicain. Celui du socialo-républicanisme ou du républicano-socialisme. De construire un barrage face à la Bête Immonde très largement imaginaire.

Tout ça pour dire qu’aujourd’hui le gouvernement Lecornu II, qui prévoit un tas de saloperies anti sociales et anti populaires dans son budget (mais pas anti corruption, anti dépenses inutiles pour un tas de parasites, et anti détournements d’argent public à grande échelle), a pu passer, d’une assez courte majorité, chez les parle-menteurs de l’Assemblée dite nationale, grâce à l’union de l’RPS avec les macronistes honnis (… soient qui mal y pensent) rejetés par une énorme majorité des Français.

LE PÈRE NOBEL EST UNE ORDURE

Publié par Venezuela infos

mardi 14 octobre 2025   |   Maurice Lemoine

Dilemme pour les cinq distingués membres du jury du Prix Nobel de la Paix. Ils sont dans la dernière étape d’un processus entamé il y a plusieurs mois. Le testament d’Alfred Nobel stipule qu’ils doivent récompenser « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Au départ, 338 concurrents étaient en lice : 224 personnalités et 94 organisations. La liste en est tenue secrète. Mais le monde entier en connaît au moins un. Le magicien de la paix, le grand ordonnateur des accords qui ne marchent pas. Donald Trump. S’ils ne l’honorent pas, une tempête de désagréments s’annonce sur les écrans radar. Il est capable d’envoyer la Garde nationale US occuper Oslo. Peut-être conviendrait-il de trouver une solution astucieuse. Par exemple : octroyer le prix à l’un de ses proches, un allié idéologique et politique, un complice en turpitudes, un associé en abjections. Lui offrir, en quelque sorte, un lot de consolation.

A moins que le Père Nobel ne soit tout simplement stupide. Ou irresponsable. Ou dégoûtant.

Peu importe.

Faute de récompenser un homme capable de délirer « personne dans l’Histoire n’a jamais [comme moi] résolu huit guerres en l’espace de neuf mois », ils offrent leur breloque à une femme qui a tout fait pour en déclencher une – et n’a pas réussi. Mais n’a aucunement l’intention de renoncer à son conflit armé.

En conséquence…

Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi 10 octobre à la cheffe de l’opposition vénézuélienne Maria Corina Machado pour ses efforts « en faveur d’une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie ». Doctement, le directeur de l’ONG Pen Norway et président du comité Nobel, Jørgen Watne Frydnes, a commenté : « Maria Corina Machado est l’un des exemples les plus extraordinaires de courage civique en Amérique latine ces derniers temps. »

Machado est née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Au sein de l’oligarchie. Passons. On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille – le problème n’est pas là.

A moins que…

Le président socialiste Hugo Chávez, en 2010, a nationalisé une partie de l’entreprise sidérurgique de papa – Sivensa.

Mais dès le 11 avril 2002, lors du coup d’Etat contre Chávez, Machado fait partie de la joyeuse cohorte qui signe le décret émis par le président de facto, le patron des patrons Pedro Carmona. Qu’est-ce qu’on s’amuse ! Le décret dissout l’Assemblée nationale et tous les corps constitués. « Boss » des Etats-Unis, le sympathique président George W. Bush reconnaît immédiatement Carmona. Le contraire eut été étonnant. Il a un peu aidé l’opération en sous-main.

Il se trouve que le peuple (comme disent les populistes) aime beaucoup plus Chávez que Bush, Machado et leurs comparses endimanchés. « El pueblo » descend dans la rue. Les Forces armées l’appuient. Le « golpe » ne dure que 48 heures. Il a tout de même fait 19 morts et plus de 200 blessés – c’est ballot.

Chávez revient. Pour « trahison de la patrie », Machado, comme beaucoup d’autres, est condamnée à 28 ans de prison. Le Venezuela étant devenu une dictature abominable, Machado, comme beaucoup d’autres, est amnistiée par Chávez en personne – quelle avanie.

Machado ne pardonne pas. En 2004, elle crée Súmate (« rejoins nous » [joins-toi … à nous]). Une organisation financée par l’Agence internationale des Etats-Unis pour le développement (USAID) et la Nouvelle fondation pour la démocratie (NED). Les bonnes œuvres du Congrès américain. Machado recueille des signatures. Celles-ci permettent d’organiser le référendum révocatoire contre Chávez, que permet la Constitution. Chávez remporte la confrontation avec 59 % des suffrages. C’est à vous dégoûter de la démocratie. L’opposition hurle à la fraude, forcément. Elle promet d’en présenter les preuves. Elle les cherche partout. Elle ne sait plus où elle les a fourrées. Elle ne les retrouve pas. Elle omet de les apporter.

Machado saute dans un avion (elle est comme ça, María Corina). Elle est reçue le 31 mai 2005 à la Maison-Blanche par George W. Bush. L’entretien dure 50 minutes, pas une de moins. Machado aimerait bien qu’on l’aide à en finir avec celui que les urnes viennent de conforter. Bush la rassure : il n’y a pas de révolution sans contre-révolution. En même temps, il est comme qui dirait gêné aux entournures. Il lui est difficile d’agir immédiatement. Il a déjà déployé 130 000 soldats en Irak, son remodelage du Grand Moyen-Orient patine un peu.

Rien ne se passe comme souhaité. « Bush go home », « Bush, fasciste, c’est toi le terroriste ! » Le 4 novembre 2005, quarante mille personnes conspuent le chef de l’Etat américain à Mar del Plata. Les chefs d’Etat et de gouvernement de 34 pays s’y sont retrouvés pour le 4e Sommet des Amériques. Le lendemain, Chávez et Diego Maradona font le show. Toute une bande de copains – Néstor Kirchner, « Lula », Evo Morales (bientôt au pouvoir), etc. – enterre l’Accord de libre-échange des Amériques (ALCA), le « machin » néolibéral que Bush voulait leur faire signer.

En plus, pour ne rien arranger, avec ses réformes sociales inopportunes, Chávez enchaîne la majorité des Vénézuéliens. Qui ont l’air plutôt ravis. Le syndrome de Stockholm, vraisemblablement.

Pendant quelque temps, Machado fait le dos rond. Elue députée en 2010, elle fonde en 2012 un mouvement plus qu’un parti : Vente Venezuela [viens-toi, viens-t’en … Venezuela]. La voici candidate à la présidentielle. C’est ce qu’elle prétend.

Car en fait…

En avril 2011, à Miami, dans les modestes locaux de l’Hôtel Intercontinental, elle a participé à une rencontre entre gens de bonne compagnie. Organisé et financé par le Bureau des affaires culturelles et éducatives du Département d’Etat américain, l’événement a eu lieu à huis clos. Il s’intitulait « 600 jours pour éradiquer l’autoritarisme au Venezuela ». La « candidate à la présidence Maria Corina Machado » a donc exposé ses vues : les moyens électoraux n’étaient pas « la solution pour renverser le chavisme »  ; cela avait déjà été prouvé. Il fallait impérativement passer par « l’action de rue ».

S’agissant de son cas, l’impossibilité d’arriver au pouvoir par les urnes fut immédiatement et largement démontré : à la primaire de la droite – que remporta Henrique Capriles –, elle n’obtint que 3,81 % des voix.

Chávez remporte l’élection présidentielle du 7 octobre 2012 (54 % des suffrages). Chávez meurt le 5 mars 2013. Nicolás Maduro lui succède. Maduro n’est pas Chávez. Ça file des méga-frissons à l’opposition. Elle va « lui faire la peau » au Maduro. Machado s’agite. Machado se montre quelque peu imprudente. Au téléphone, Machado parle de la nécessité d’organiser « un nouveau coup d’Etat » précédé de « confrontations non-dialoguantes » [1]. Lorsque la conversation est révélée par « le rrrrrrégime », Machado ne la nie pas. Dans le fond, face aux « ramollos » de droite, cela confirme qu’elle incarne l’aile la plus radicale de l’opposition.

Février 2014 : Machado passe à l’acte. A ses côtés : Leopoldo López (Voluntad Popular) ex-maire de Chacao, un quartier chic de Caracas ; Antonio Ledezma, maire « social-démocrate » du grand Caracas. Ils appellent au soulèvement. Ils baptisent leur « printemps vénézuélien » « La Salida (« la sortie »). Ils organisent des manifestations incessantes – les « guarimbas ». De la guérilla urbaine, des hurlements, des cavalcades, des explosions. Des morts, des blessés.

Machado saute dans un avion (elle est toujours comme ça, María Corina). Elle débarque à Washington. Le Panamá la nomme officiellement « ambassadrice suppléante ». Elle peut ainsi intervenir, au sein de la délégation panaméenne, devant une assemblée de l’Organisation des Etats américains (OEA). Le 22 mars 2014, elle y réclame que, en application de la Charte démocratique interaméricaine, le gouvernement vénézuélien soit sanctionné.

La Constitution vénézuélienne – articles 149, 191 et 197 – ne permet pas à un député de « représenter un gouvernement étranger » sans l’autorisation du Parlement. Une première fois, Machado est sanctionnée et frappée d’inéligibilité.

Depuis la Floride, un sénateur républicain menace le Venezuela de sanctions. Il s’appelle Marco Rubio.

«  Il faut nettoyer cette porcherie, en commençant par la tête, profiter du climat mondial avec l’Ukraine [post-Euromaïdan] et maintenant la Thaïlande », éructe par mails Machado. L’échange a lieu en mai 2014 avec des politiciens vénézuéliens et des fonctionnaires états-uniens. Parmi ces derniers, l’ambassadeur Kevin Whitaker, en poste à Bogotá. «  C’est l’heure de faire des efforts, de procéder aux appels nécessaires et d’obtenir le financement pour anéantir Maduro, le reste tombera de son propre poids. »

Les « guarimbas » ne s’en terminent pas moins. Echec total. Sauf sur un point : 45 morts, plus de 800 blessés. Parmi les victimes, 19 morts et 195 blessés ne sont pas membres de l’opposition (ne le répétez surtout pas aux médias, ils seraient vexés de les avoir oubliés) [2].

A Washington, il est un président qui, en 2009, a reçu le Prix Nobel de la Paix, personne ne sait trop pourquoi. Barack Obama. Mis à part quelques coups d’éclat en Afghanistan et au Yémen, sans parler de la destruction de la Libye en 2011, il n’a pas fait grand-chose pour mériter cette distinction. Lui-même, semble-t-il, s’en rend compte. Il décide de pallier à cette carence. Le 3 mars 2015, il signe un décret qualifiant le Venezuela de « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis » Comme on dit à Oslo, vive le « rapprochement des peuples » et « la propagation des progrès pour la paix »  !

Avec le système électoral qu’elle rejette, dénonce et diabolise depuis quinze ans, dès lors qu’elle a perdu, l’opposition obtient une large majorité à l’Assemblée lors des élections du 6 décembre 2015. Toute à sa joie, elle oublie la séparation des pouvoirs. Elle balance la Constitution par dessus bord. Elle se donne un objectif prioritaire et ne s’en cache pas : chasser Maduro de la présidence en six mois. Elle fait aussi prêter serment à trois de ses députés sur lesquels pèsent des accusations de fraude.

Le chavisme n’a rien d’un mouton qu’on mène à l’abattoir. Il réagit. Le Tribunal suprême de justice (TSJ) déclare l’Assemblée en « desacato » (« outrage à l’autorité ») et la suspend. Le pouvoir appelle aux urnes pour élire une Assemblée constituante destinée à s’y substituer. Massivement, les Vénézuéliens votent, sans se laisser intimider.

Machado et sa poignée de pyromanes se déchaînent. Encore plus que d’habitude, ils réclament « une apocalypse yankee ». Message bien reçu. Des liasses de billets précèdent le cataclysme. D’après les chiffres officiels, le Congrès US prévoit le transfert de 5,5 millions de dollars à l’opposition vénézuélienne en cette année 2017 pour aider la « société civile » à défendre « la démocratie et les droits humains » [3].

D’avril à juillet 2017, les violents jouent à nouveau la rue. Quatre mois de brutalité insurrectionnelle « pacifique » secouent le pays. Bavures policières, mais aussi assassinat de membres des forces de l’ordre, crimes de haine dans les rangs des manifestants, citoyens lambda victimes d’accidents dus aux barricades ou assassinées, protestataires se faisant sauter avec leurs propres armes artisanales ou engins explosifs… Cent vingt-cinq morts, plus de 1100 blessés (dont 340 membres des forces de l’ordre). Génial ! Avec un pouvoir éditorial concentré dans quelques mains, l’appareil politico-médiatique fait « le job » : « Au Venezuela, Maduro exige une répression implacable » ; « Répression et impunité sous le régime de Maduro ».

Faut-il le préciser, une fois encore ? Maduro est très méchant. La Contraloría General [le Contrôleur Général] de la République dicte une « inéligibilité administrative » contre Machado. Elle ne peut plus exercer de fonction publique, ni participer à une élection, ni quoi que ce soit. On sera amenés à en reparler.

En attendant, aucune trêve. Le 10 octobre 2018, enthousiasmée par la paix resplendissante qu’a apportée la destruction de la Libye, Machado invoque la « R2P » (responsabilité de protéger). Elle réclame une intervention internationale similaire au Venezuela. Attention : en adepte du multilatéralisme, elle ne met pas toutes ses bombes dans le même panier. Le 4 décembre, c’est au président argentin de droite Mauricio Macri et au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qu’elle écrit : ne pourraient-ils pas user de leur influence « pour avancer dans le démontage du régime criminel vénézuélien, intimement lié au narcotrafic et au terrorisme »  ? A la BBC, elle expliquera bientôt le sens de sa démarche : « Au Venezuela, il y a un génocide, qui n’est plus silencieux, que personne ne peut nier ni sous-estimer (…) » [4]. Cette lutte contre « le génocide » trouvera une sorte d’aboutissement quand, le 21 juillet 2020, Machado signera un accord de coopération basé sur les « valeurs occidentales » avec le Likoud de Netanyahou.

Photo : courrier de Maria Corina Machado à Mauricio Macri et Benyamin Netanyahou « La nature criminelle [du régime], étroitement lié au narcotrafic et au terrorisme, représente une menace réelle pour les autres pays, parmi lesquels, très particulièrement, Israël ».

Photo : Accord de coopération Vente Venezuela – Likoud

On n’en est pas là. Machado est sur les nerfs. Un concurrent de droite vient d’apparaître dans le panorama. Le 23 janvier 2019, Donald Trump et son conseiller à la Sécurité nationale John Bolton ont démocratiquement élu [sic] un président Vénézuélien : Juan Guaido. Machado redouble d’agressivité. Le 12 février 2019, elle s’enflamme : « Nous appelons l’Assemblée nationale à activer l’article 187 [de la Constitution] dans le but d’autoriser le recours à une force multinationale si des obstacles à la distribution de l’aide humanitaire persistent. »

Mais c’est bien sûr : l’aide humanitaire ! Depuis 2015, une « guerre économique » sournoise déstabilisait le Venezuela. A partir de l’arrivée de Trump dans le Bureau Ovale, Washington passe à l’étape supérieure. « Toutes les options sont sur la table », clame l’ex-roi de la télé-réalité. Pour commencer, 936 mesures coercitives vont étrangler à mort l’économie de la République bolivarienne. Saisie de milliards de dollars d’actifs, sabotage de la production pétrolière, population affamée… Machado, notre blanche colombe, saute comme un cabri (il s’agit d’une image, on l’aura compris). Des sanctions, des sanctions, des sanctions ! Quoi qu’il en coûte à ses compatriotes, en particulier aux plus modestes, elle réclame chaque jour davantage de sanctions aux Etats-Unis, à l’Union européenne, au monde entier, contre son pays.

En 2020, elle rajoute une arme à sa panoplie : l’application du Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR) résoudrait le problème en permettant lui aussi une intervention. Le 8 juin, dans un article qu’on peut lire à Miami, à Bogotá, à Madrid et à Paris, mais manifestement pas à Oslo, elle revient à la charge : « Il ne reste qu’une seule alternative pour évincer définitivement le conglomérat criminel qui développe un conflit non conventionnel et totalement asymétrique contre les Vénézuéliens, et c’est la formation d’une coalition internationale qui déploiera une Opération de paix et de stabilisation au Venezuela. »

Peut-être, aussi, faudra-t-il une intervention militaire dans le pays voisin. En juin 2022, alors que des élections vont avoir lieu en Colombie, Machado avertit : « Le projet de Gustavo Petro est très dangereux, mais on peut le mettre en échec. Aujourd’hui, plus que jamais, luttons unis, Colombiens et Vénézuéliens, pour notre liberté. »

L’épopée du président imaginaire Juan Guaido s’est terminée en eau de boudin. Il a rejoint les siens, aux Etats-Unis. De Washington, où gouverne Joe Biden, surgissent les nouvelles consignes. Il faut faire tomber Maduro – et à travers lui le chavisme – de façon plus subtile (ce qui est un bien grand mot). Pas question de toucher aux sanctions – sauf très légèrement à la marge. Les élections constituent le chemin idéal… si l’on peut garantir que les Vénézuéliens votent ce qu’il faut.

Revenue un temps à la raison, échaudée par l’ineptie et la corruption de ceux qui, à l’ombre de Guaido, l’ont prétendument représentée, l’opposition se rend à La Barbade pour négocier avec le gouvernement.

Machado hait la droite modérée, ou même moyennement modérée, ou même pas du tout modérée, mais pas complètement extrémiste. Machado ne négocie jamais. Mais puisque pourparlers il y a, suivis d’un accord, elle sort de sa splendide radicalité. La droite organisant une primaire, elle y participera. Elle est inéligible ? Aucune importance. Soutenue qu’elle est par Washington et ses vassaux latinos et européens, elle y participera.

La primaire a lieu le 22 octobre 2023. L’annonce du résultat fait sensation : Machado est élue par 93,13 % des 2,4 millions de citoyens ayant participé à la consultation. Seul Kim Jong-un, en Corée du Nord, est capable de faire mieux. Le plus proche rival de Machado, Carlos Prosperi (AD), a obtenu 5 % des suffrages. Les autres récoltent moins de 1 % des voix. Guère écoutés, tous se plaignent d’irrégularités. D’après Nelson Rampersad, membre de la Commission technique de ces primaires, les chiffres annoncés sont incohérents. D’après lui, pas plus de 520 000 personnes ont voté !

Wahouuuu ! Convergences et confluences, les titres et les commentaires sont percutants : sa victoire « écrasante » à la primaire de l’opposition fait de María Corina Machado l’« incontestable favorite » de la prochaine présidentielle. Maduro est foutu. A condition, bien sûr, de ne pas y regarder de trop près : en imaginant corrects les chiffres annoncés, seules 11,8 % des personnes inscrites sur le Registre électoral permanent (REP) ont participé à cette primaire. Avec 2 253 000 citoyens votant en sa faveur (93 % du total), Machado n’a pas réuni plus de 10 % du corps électoral.

Il n’empêche. Grisée par les commentaires dithyrambiques, l’opposition se reprend à y croire. Pour les siens, ses partisans, ses admiratrices, Machado devient « Maricori ». Des foules se pressent autour d’elle – nul ne le niera.

Reste à régler un détail, comme qui dirait anodin. Le 15 décembre, Machado saisit le Tribunal suprême de justice pour contester son inéligibilité. Le monde entier n’est-il pas avec elle ? Le monde entier l’appuie – si l’on excepte, bien entendu, l’Afrique, l’Asie, la Russie, la Chine, une partie de l’Amérique latine et quelques autres insignifiantes contrées.

« Mme Machado, 56 ans, est disqualifiée pour 15 ans », tranche le TSJ, jugeant nulle la demande de la candidate. Motifs avancés : « irrégularités administratives » et, pour avoir soutenu les sanctions américaines qui ont ruiné son pays, « trahison de la patrie ».

Pour tout être doué de raison, c’est bien de cette façon que les choses devaient se terminer, non ?

« Pressetitution » et « Américanosphère » en décident autrement.

Le chavisme peut bien, lui aussi, mobiliser des foules considérables toutes de rouge vêtues, celle qui allait remporter haut la main la présidentielle ne peut pas se présenter.

C’est Mère Teresa qu’on assassine !

Ex-future présidente du Venezuela, Machado devient une martyre de la démocratie.

« Elle a été une figure clé de l’unité au sein d’une opposition politique autrefois profondément divisée, une opposition qui a trouvé un terrain d’entente dans la revendication d’élections libres et d’un gouvernement représentatif », affirmera le Père Nobel en annonçant la nomination de Machado.

Qu’importe si, outre son protégé Edmundo González, qui a refusé de reconnaître la victoire de Maduro, huit candidats de droite ou du centre ont participé au scrutin. Qu’importe si sept d’entre eux ont accepté le résultat.

Après avoir reçu le Prix Vaclav-Havel du Conseil de l’Europe et le prix Sakharov de l’Union européenne en 2024, voici Machado prix Nobel de la paix. Pour peu qu’elle écrive ses mémoires, on peut déjà prédire que le prix Goncourt ne lui échappera pas ! Pas plus que, le cas échéant, pour Ça passe ou ça casse à Caracas, le prix Carrefour du premier roman.

En récompensant Machado, le jury d’Oslo rend également un hommage appuyé à tous ceux qui, de par le monde, l‘aident et l’assistent courageusement. Nobles personnes que, en retour, elle soutient ardemment. En tout premier lieu, et à tout saigneur tout honneur, Benyamin Netanyahou. Donald Trump, comme il se doit. Les ex-présidents d’extrême droite colombiens Álvaro Uribe et Iván Duque. Le malheureux brésilien Jair Bolsonaro, honteusement condamné lui aussi à l’inéligibilité. Le sympathique argentin à la tronçonneuse Javier Milei.

Machado roucoule devant les leaders espagnols du Parti populaire (PP) et du parti d’extrême droite Vox. Y côtoyant les dirigeants français de Reconquête et du Rassemblement national, l’extrémiste chilien Antonio Kast et Eduardo Bolsonaro (fils de son père), elle a récemment représenté le Venezuela au CPAC México, organisé par l’internationale des républicains étasuniens les plus conservateurs. [CPAC : Conservative Political Action Conference] Elle est apparue publiquement, par visio-conférence, lorsque Santiago Abascal, chef de Vox, et les députés européens du groupe Patriots [Patriots for Europe, groupe composite du Parlement européen, de nationalistes plus ou moins d’extrême-droite et plus ou moins euro-sceptique présidé par Bardela] ont accueilli plusieurs dirigeants ultralibéraux au palais Vistalegre, à Madrid, les 13 et 14 septembre derniers. En plus de l’intervention de la future prix Nobel de la Paix, 8 500 personnes ont pu assister aux discours de l’inévitable Javier Milei, de Victor Orban, Giorgia Meloni ou André Ventura, chef du parti extrémiste portugais Chega.

Photo : Jury du « prix Nobel de la Paix 2025 » (Oslo)

Au mépris de toute raison, l’administration Trump a mis à prix la tête de Maduro, 50 millions de dollars. Le président vénézuélien serait le chef de deux organisations narcoterroristes – le Cartel des Soleils et le Train d’Aragua – qui n’existent pas [5] ! Le Venezuela serait une « narco-dictature », le « hub » régional [la plaque tournante régionale] de la cocaïne (produite en Colombie) quand, d’après tous les rapports des organismes spécialisés et compétents, à commencer par celui de l’ONU, 85 % de la « blanche » sort par la côte Pacifique (Colombie, Equateur, Pérou), 5 % environ transitant par le Venezuela.

Sur la base de ce roman dont ne voudrait aucun éditeur digne de ce nom, Washington a déployé début septembre huit navires de guerre dotés d’un puissant arsenal et emportant 4 000 « marines », ainsi qu’un sous-marin à propulsion nucléaire au large des côtes de la République bolivarienne. Des avions de combat furtifs F-35 sont pré-positionnés à Porto Rico. Le Ministère des Relations étrangères de l’île de la Grenade a confirmé le 10 octobre que les Etats-Unis ont demandé l’« installation temporaire d’équipements de radar et de personnel technique associé » dans le principal aéroport du pays.

A ce jour, l’imposante flotte US a frappé en mer quatre modestes embarcations, présentées comme étant celles de « narcotrafiquants vénézuéliens », pour un bilan d’au moins 21 morts – que le droit international requalifierait d’« assassinats ».

Décrire un adversaire ou un ennemi comme étant coupable de crimes odieux, en particulier lorsqu’on a l’intention de lancer contre lui des actions hostiles, constitue un moyen efficace de façonner l’opinion publique internationale [6]. Créer parallèlement une héroïne [sans jeu de mot] en butte à d’ignobles tortionnaires conforte et enrichit ce méta-récit. Qui pourrait protester demain en voyant de courageux saint-bernards intervenir pour châtier le voyou et dictateur et sauver la (les) victime(s) ?

En 1973, Henry Kissinger a reçu le prix Nobel de la paix alors que Hanoï subissait encore le cauchemar des (de ses) bombardements et qu’il accompagnait le coup d’Etat au Chili. Cette fois, c’est avant même le lâcher de bombes qu’Oslo bénit la belliciste. En octroyant le prix Nobel à Machado, le jury a de fait justifié et légitimé par avance une future escalade, voire une intervention américaine contre le Venezuela. Trump s’est vu octroyer un « permis de tuer » le « narcoterroriste » Maduro. L’erratique occupant de la Maison-Blanche utilisera ou non ces options. Mais elles lui sont données. Compte tenu de l’« atmosphère » artificiellement créée, une certaine indulgence lui sera accordée par beaucoup.

Le 1er octobre, juste avant d’être célébrée et encensée, Machado, sur Fox News, déclarait encore que « les Vénézuéliens devraient être reconnaissants » si Trump bombardait le Venezuela.

Parmi le flot des félicitations qui ont suivi la spectaculaire récompense, est arrivée celle du président français Emmanuel Macron. « Dans ces temps de périls pour la liberté de plus en plus menacée, a fait savoir celui qui, entre deux Lecornu, postule avec obstination pour le prix Nobel du Comique, Maria Corina Machado incarne avec éclat l’espérance de tout un peuple, un idéal universel. »

Plus au fait des réalités du monde, le chef de l’Etat colombien Gustavo Petro s’est directement adressé à Machado : « Avec tout le respect que je vous dois, inciter Netanyahou à agir en faveur du Venezuela n’aidera pas le peuple vénézuélien. Cela ne peut qu’entraîner un génocide contre le peuple et une agression armée et internationale illégale contre votre pays [7]. »


« Je suis en état de choc, je n’arrive pas à y croire », a confié María Corina Machado en apprenant sa nomination. Elle n’est pas la seule. Partout, ceux qui ont encore une cervelle se désolent, s’emportent, vomissent, serrent les poings, crachent leur colère et leur indignation. Même Trump exprime sa stupéfaction. Quelques minutes après l’attribution du prix à (celle dont on ne sait pas si elle va demeurer) son amie, il a affirmé que le comité avait fait passer « la politique avant la paix ».

Finalement, presque tout le monde est d’accord.

Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Norvège.

Ah, au fait, et pendant qu’on y est…


[1https://www.youtube.com/watch?v=M5OOKvfj23w

[2] Lire « Bonnes et mauvaises victimes au Venezuela » (17 février 2016) – https://www.medelu.org/Bonnes-et-mauvaises-victimes-au

[3] « Congressional Budget Justification, Department of State, Foreign Operations, and Related Programs », Washington, 9 février 2016.

[4BBC News, 3 mai 2019.

[5] Lire « L’imagination très limitée d’un certain Donald T. » (12 septembre 2025) – https://www.medelu.org/L-imagination-tres-limitee-d-un-certain-Donald-T

[6] A.B. Abrams, L’invention d’atrocités. Comment les mensonges de l’impérialisme façonnent l’ordre mondial, Editions Delga, Paris, 2024.

[7https://www.rtvcnoticias.com/internacional/petro-cuestiona-maria-corina-machado-por-carta-netanyahu

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À PROPOS DE LA PALESTINE ET DE TRUMP LE NOUVEAU MESSIE

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On apprend que Boris Johnson, l’ex-Premier ministre de la perfide Albion, qui a empêché un accord de paix entre l’Ukraine et la Fédération de Russie, au printemps 2022, a reçu un don personnel d’un million de livres (soit au taux de ce jour : 1.152.500 euros) de la part de C. Harborne, actionnaire majeur d’une usine d’armements qui vend des armes à… Kiev !