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Philippe de Villiers : «Le partage du nucléaire français avec l’Allemagne»

4 mars 2026

lejdd.fr International 04/03/2026

CHRONIQUE. Le partage de l’arme nucléaire serait une nouvelle forfaiture de la part d’Emmanuel Macron, qui signifierait la fin de la souveraineté française au profit d’une souveraineté européenne, explique Philippe de Villiers.

Le couple germano-allemand [je suppose qu’il veut parler de von der Leyen et du chancelier allemand quel qu’il soit] qui dirige l’Europe cherche à nous dépouiller de nos trois atouts : le siège de membre permanent au Conseil de sécurité, que l’Allemagne voudrait partager avec nous ; notre industrie de défense indépendante des États-Unis, que l’Allemagne voudrait démanteler au nom de l’autonomie stratégique de l’Union européenne ; et bien sûr l’arme nucléaire, qui donne à la France une prééminence désormais insupportable à notre voisin d’outre-Rhin. 

Quand j’ai entendu Emmanuel Macron s’exprimer en anglais à la Conférence sur la sécurité à Munich, j’ai senti que quelque chose était en train de bouger en profondeur dans notre doctrine de souveraineté militaire. Il a osé déclarer : « Quand je dis que l’Europe doit devenir un pouvoir, je ne parle pas de la France ou de l’Allemagne. Il faut penser et agir comme des Européens. Si on pense ou si on agit séparément, avec une ambition de pouvoir national, ce sera une énorme faute. » Jamais personne n’avait osé aller aussi loin. Non seulement la souveraineté européenne serait désirable, mais la souveraineté nationale deviendrait « une faute morale » !

L’atome vers la fédération

Le partage du nucléaire devient alors un geste tout naturel pour aller vers une dissuasion européenne. Mais n’a-t-on pas oublié, ce faisant, ce qu’est l’arme nucléaire ? C’est une arme « rustique ». On peut la définir par une métaphore : « Si vous faites un pas de plus dans mon jardin, je rase votre maison. Je vous vitrifie. » On appelle cela la dissuasion du faible au fort. Elle repose sur une doctrine de vulnérabilité mutuelle, à travers la menace des représailles massives.

Ensuite, c’est une arme qui est ontologiquement liée à la souveraineté. De Gaulle l’a dit : « La défense est la première raison d’être de l’État. S’il y manque, il se détruit. » Enfin, l’arme nucléaire repose sur la crédibilité d’une personne, celle qui a la charge d’appuyer éventuellement sur le bouton. Mitterrand confia un jour à Védrine : « La dissuasion, c’est moi ! » Il avait raison. L’incontinence verbale est donc à proscrire. Le mystère garantit la crédibilité. La logorrhée fait perdre tout crédit.

Fédéraliser la défense, c’est conquérir le dernier attribut d’un État régalien digne de ce nom

C’est Oscar Wilde qui s’est amusé du paradoxe : « La beauté est dans le regard de l’autre. » Eh bien, on peut dire la même chose de la dissuasion : elle est dans le regard de l’autre. Donc, si l’adversaire a peur, la dissuasion fonctionne, car c’est une arme de non-emploi, une arme d’incertitude stratégique, qui a pour vocation de protéger le « sanctuaire des intérêts vitaux ». Il y a trois sortes d’intérêts vitaux : l’exercice de la libre souveraineté, la protection d’une population, l’intégrité du territoire. 

Dans ce cadre-là, le concept d’une « dissuasion européenne » est une absurdité. Mutualiser l’arme nucléaire, c’est la rendre inefficiente. La mutualisation, c’est d’abord une formule qui manque à la souveraineté. Car il n’y a pas de « souveraineté européenne », il n’y a pas de « peuple européen », les intérêts vitaux ne peuvent être que nationaux. Et c’est ensuite une formule qui manque à la doctrine d’emploi, puisqu’on passe, dans ce cas-là, de l’incertitude au verbe. Tout militaire vous dira : « L’arme nucléaire, c’est quelque chose dont on ne parle jamais. »

Une forfaiture

Alors, pourquoi cette idée de la mutualisation a-t-elle prospéré dans le cerveau d’eurocrates du super-État profond de Bruxelles ? C’est parce qu’ils veulent se servir de l’atome comme ils se sont servis de l’euro, pour faire un pas de plus vers l’Europe fédérale. Fédéraliser la défense, c’est conquérir le dernier attribut d’un État régalien digne de ce nom. C’est le fameux « Spill over effect » [effet de débordement] de Jean Monnet. L’engrenage. La mutualisation de l’arme nucléaire, c’est pour créer une Europe souveraine. Il s’agit là d’une forfaiture.

From → divers

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