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Ironie de la vie.

14 décembre 2022

Je connais quelqu’un qui a « fait des études » (comme on dit), des études universitaires et qui avait également le diplôme requis et attendait qu’on lui proposât un poste de chercheur (éventuellement de trouveur) au CNRS.

Je précise tout de suite que ça fait trois ou quatre décennies qu’il attend encore. En vain. Mais pas en vin, car il s’est dispensé, en cette attente, de « picoler ».

« Picoler »… c’est ce que prétend faussement faire régulièrement mon plus jeune petit-fils. Je précise quand même que « picoler », en son langage, cela veut dire « bricoler ». Et lui aussi, cet universitaire avorté, s’est mis à bricoler.

Ne voyant toujours rien venir, il entra (sic) dans une caisse de retraite, où il eut finalement la joie (par le plus grand des hasards) de s’éclater plusieurs années au sein du service « Recherches ». Tout n’était pas perdu.

Son boulot consistait à rechercher sur des micro-films plus ou moins en bon état, et scotchés pour tenir entre eux les bouts, autrement dit sur les copies pourries de vieilles attestations de Déclarations annuelles de salaire des employeurs, les traces écrites de cotisations « retraites » des uns et des autres.

Son travail, qui par ailleurs lui bousillait les yeux, me disait-il, lui laissait le temps de rechercher, sur ces même documents, diverses personnes de sa famille ou encore des artistes ou de gens connus, des chanteuses et des chanteurs de variétés d’alors, des écrivains.

Comme généralement la date et le lieu de naissance de ces personnes étaient présentent sur ces copies, parfois quasi illisibles de ces papiers, il écrivait aux mairies pour obtenir une copie ou un extrait de leur acte de naissance.

Il faisait la même chose lorsque quelqu’un de connu était mort, ou quelqu’un qu’il appréciait (généralement pas connu ou guère apprécié de la masse) : et il recevait en retour une copie de son acte de décès.

À l’époque, seule une administration quelconque pouvait obtenir ce genre de document. On pouvait écrire également, me disait-il, au service des archives du Ministère des affaires étrangères pour les gens nés à l’étranger ou naturalisés.

De nos jours n’importe qui peut l’obtenir, cet acte de décès, auprès des mairies du lieu de décès des personnes.

Ou bien, il écrivait directement aux vivants, du moins quand il avait leur adresse ou celle de leur agent artistique, en vue d’obtenir d’eux une copie de carte d’identité, de passeport…

Il en avait une petite collection de ces photocopies; et connaissait ainsi leurs vrais noms, ou tous les prénoms de « vedettes » de la chanson, du théâtre, etc. ou jugés tels.

Il avait même trouvé une seconde activité annexe pour amuser ses tristes journées bureaucratiques : il prétextait la recherche d’une personne (nom et prénom, ou nom seul), pour demander au gros ordinateur de sa boîte de balayer les fichiers et de lui ressortir des listes de personnes possédant le même nom (et prénom quand le nom était très courant). Ce qui lui permettait de faire des petites recherches patronymiques, sur certains noms de famille qui l’intéressaient.

Ou quelquefois encore, se souvenait-il, il se préoccupait des salaires de certaines personnes. Il découvrit ainsi un jour que le chef des dockers d’une cité océane avait au moins un salaire de directeur d’entreprise conséquente.

Ce qui était amusant (façon de parler) quand on sait que c’était, alors encore, la CGT qui avait le monopole de l’embauche des dockers professionnels et occasionnels. Cet homme jouait à l’ « homme de gauche » et fut élu autrefois comme conseiller municipal « de gauche » d’une mairie « de gauche ». Mascarade.

Malheureusement, un jour, mon chercheur a dispersé toutes ces traces d’existence dans des boîtes afin « de les archiver » (disait-il) ; mais tellement « enfouies » qu’aujourd’hui, il n’est plus capable de les retrouver sans effectuer, à nouveau, de longues et interminables… recherches.

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