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FAUTEUIL ACADÉMIQUE

23 mai 2021

Réécrit sur le modèle d’une épigramme de Piron consacrée aux Quarante, ses bêtes noires, qui se trouve page 159 du tome neuvième et dernier des Oeuvres Complettes [sic] d’Alexis Piron publiées par M. Rigoley de Juvigny (A Troyes, chez Gobelet, Imprimeur-Libraire. An VIII).

Immortel en préambule

Pour enterrer un auteur, d’abondance ou anémique,

Rien n’est meilleur… qu’un fauteuil académique ;

Qu’il soit bel esprit ou pas, il se trouve heureux en somme

Jusqu’au trépas, d’y délirer dans un somme

Dont son relent de mamours, comme ultime madrigal,

Est à l’Amour… ce qui est lit conjugal.

Alexis Piron (1689 – 1773), poète, chansonnier-goguettier, dramaturge (dans le domaine du théâtre dramatique ou comique, et de l’opéra-comique, généralement seul mais – pour les foires de Saint-Germain – parfois avec Alain René Lesage, lui-même surtout connu comme auteur, traducteur, adaptateur de romans picaresques espagnols) ; encore évoqué de nos jours pour trois choses essentiellement.

— Pour ses épigrammes, et avoir eu la dent dure ou moqueuse à l’encontre de certains littérateurs comme Voltaire et gazetiers, en particulier contre l’abbé Desfontaines (Pierre Guyot Desfontaines, 1685 – 1745) également auteur, traducteur et critique littéraire (il est dit-on l’un des premiers à avoir analysé les ouvrages en rapport avec la morale et l’esthétique qu’ils affirment) et contre Élie Fréron (1718 – 1776) autre gazetier et critique littéraire, le compère du précédent avec qui il collabora.

— Pour être l’auteur d’une comédie en cinq actes et en vers La Métromanie (1736 – 1738), une critique des gens qui versifient sur tout et sur rien, en un temps où l’on appréciait les poésies dites fugitives. Où l’on trouve quelques développements fielleux à l’encontre de Voltaire, en rapport avec la supercherie littéraire de Paul Desforges-Maillard qui avait mystifié un Arouet charmé par les écrits d’une poétesse imaginaire : Mademoiselle Malcrais de La Vigne. Cette comédie connut un très long succès, y compris jusqu’au siècle suivant. Comme, par exemple, trente ans auparavant, la comédie de Jean-François Regnard (1655 – 1709) Le Légataire universel.

— Pour avoir été reçu à l’Académie française, puis refusé par le roi (bel hypocrite que cet amateur des petites maisons) après que les bonnes âmes eurent fait circuler une Ode à Priape que Piron avait écrite, en compagnie d’autres pièces du même genre, quand il avait vingt ans. À ce propos, on cite encore le mot de Fontenelle : « Si Piron a fait la fameuse ode, il faut bien le gronder, mais l’admettre ; s’il ne l’a pas faite, fermons-lui la porte. »

Jean Antoine Rigoley de Juvigny (1709 – 1788) avocat et littérateur. Admirateur de Piron contre Voltaire. Auteur d’ouvrages contre les Philosophes, la décadence des mœurs et talents littéraires, ou leur renouveau, ainsi qu’éditeur des œuvres de plusieurs auteurs, sous les titres de « Conseiller honoraire au Parlement de Metz, de l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon », du moins pour celles de Piron. L’édition des œuvres de Piron de 1800 (Troyes, an VIII) est la troisième, après celle de Paris (1776) et de Neuchâtel (1777).

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