Aller au contenu principal

LA FAUTE À NABOKOV, HAMILTON, POLANSKI ?

16 février 2020

Il y a quelques jours, sur le site québecois ledevoir.com du 31 janvier dernier je suis tombé sur un texte d’une certaine Josée Blanchette – qui me semble être écrivain – titré Mon amour de jeunesse. En le lisant, j’ai vraiment eu – une fois encore – l’impression que toutes ces filles vieillissantes qui reprochent aujourd’hui à de vilains messieurs d’âge mûr de s’être occupés d’elles toutes jeunes, ont vraiment une curieuse façon de raisonner. Et d’assumer leur passé.

*

Mais tout d’abord, je voudrais dire quelques mots à propos de quatre petits faits qui me reviennent à l’esprit. Le premier c’est cette fille qui était en Terminale avec moi et qui avait l’air très fière de raconter aux gars de sa classe qu’elle sortait avec un homme disons d’un certain âge, marié, etc. Il venait la chercher en voiture dans le village où elle habitait, ce qui scandalisait – nous disait-elle – toutes les cancanières du coin. Le deuxième c’est cette femme dont je savais que le mari était largement plus âgé qu’elle, un intellectuel dans je ne sais quel domaine, femme qui avait eu des enfants très jeune, et qui vers la cinquantaine m’évoquait son divorce.

Le troisième, c’est cette fille que j’avais perdu de vue depuis le lycée et dont j’ai retrouvé la trace sur Les Copains d’Avant. « Tu me plaisais bien » lui ai-je écrit un jour, naïf ; ce à quoi elle m’a répondu : « Désolé, je n’avais rien remarqué, d’ailleurs je regardais du côté des hommes plus âgés ». Elle s’est ainsi mariée avec un homme bien plus âgé qu’elle. J’ajouterai aussi un quatrième petit fait dont je n’ai pris conscience qu’il y a peu. Du temps où j’étais à la fac, on se retrouvait tout un groupe de gens vaguement unis par les mêmes idées politiques, et à y bien penser la plupart des filles qui étaient là avaient plusieurs années de moins que les gars.

Je me demande s’il n’y a pas quand même une propension féminine certaine à rechercher la compagnie des hommes plus âgés qu’elles. Plus ou moins plus âgés.

Mais j’ai aussi connu des cas inverses de jeunes hommes accouplés à des femmes plus âgées. Cas souvent plus rare, non pas parce que les femmes seraient « mieux » que les hommes, mais parce qu’il était plus tabou que le précédent, moins bien accepté par la société, par les mœurs d’alors, d’autant qu’il n’y a pas si longtemps encore l’homme était celui qui faisait bouillir la marmite, maquereaux ou autres gigolos exceptés (non ! pas dans la marmite, les maquereaux, mais en tant que non bouilleurs).

Maintenant, je ne sais si je peux tirer une morale de ces faits infimes. Je dirais peut-être qu’il est sans doute un peu trop facile d’incriminer les vieux mâles de tous les maux de la Terre. Où alors celles qui les ont (disent-elles maintenant) subis, soit s’illusionnaient sur leur type de relation, soit avait déjà quelque problème disons d’ordre psychologique avec leur vie affective ou sexuelle.

*

Mais revenons à cette Josée Blanchette.

En premier lieu, une remarque lexicographique et une autre sur la vérité. Elle écrit de David Hamilton : « Les années 1970 ont baigné dans son esthétique prépubère. Ses jeunes victimes [sic] prétendaient être muselées par la peur. » (Ou prétendent maintenant, avoir été muselées par la peur ?) J’aimerais que cette Josée nous donne ne serait-ce qu’un seul exemple de l’esthétique prépubère de David Hamilton.

D’abord il n’a pas fait que prendre en photos des jeunes filles, mais de plus, ces jeunes filles-ci sont d’une manière générale justement marquées du sceau d’une puberté en train de se transformer en âge adulte (les autres sont plus âgées). Cela dure uniquement quelques mois disait, de ce passage physique et mental, David Hamilton.

Ensuite où a-t-elle pris que ses modèles étaient muselées par la peur ? Cette Josée fait sans doute partie de ces gens qui sont incapables de voir dans le style naturel, romantique, fermé de nombre de photographies de David Hamilton autre chose que des jeunes ou moins jeunes « muselées par la peur ».

« Ce qu’elles subissaient, ça se voit sur les photographies » ai-je déjà lu sur Internet. De la part certainement de personnes incapables de faire la différence entre l’apparence et l’essence des choses, et voulant faire coller à tout prix leurs préjugés aux images. Fallait-il que David Hamilton soit assez bête (ou assez fanfaron) pour n’en rien changer, ou masquer, si c’eût été le cas !

*

Tout en évoquant Vanessa Springora, notre Josée écrit un certain nombre d’assertions (je les ai classées et titrées à suivre) qui sont très révélatrices de la psychologie de ce genre de personne ; en particulier :

1 – Ai-je été un esprit illusoire, sans talent ? Ou de mauvaise foi ?

« Elle n’est pas si loin, l’époque où je voulais vivre un conte de fées taillé sur mesure pour moi. Je souhaitais m’affirmer, surtout dans l’amour, l’intensité, la marginalité. »

2 – Pourquoi je refuse encore d’assumer ma « marginalité » (réelle ou fantasmatique) passée ?

« Sur mon écran [d’ordinateur], j’ai aussi une photo de moi à 15 ans ; l’air d’une gamine. Personne n’aurait pu me raisonner. J’étais a-mou-reu-se. Et je savais tout. Parce que c’est le propre de la jeunesse. » 

« Et j’étais « consentante ». Comme Springora, toute ma vie j’ai pensé que cela empêchait l’incrimination. Je désirais de toutes les fibres de mon corps être une femme, me montrer à la hauteur parce que sélectionnée avec soin dans le harem du cégep [l’équivalent du lycée au Canada]. J’étais plus vulnérable et plus jeune, plus fantasque et plus remarquée. »

3 – Pourquoi, moi qui fus simple gazelle innocente (et très probablement insensible aux mâles de mon âge) ai-je été victime toute ma vie d’odieux chasseurs ?

« Comme elle, mon premier amour, mes premiers émois, je les ai connus dans les bras d’un prédateur sexuel. L’expression n’existait pas en 1978. Il était prof au cégep , j’avais 15 ans (j’en ai déjà parlé ici et ailleurs), il en avait 45, et l’idylle a duré jusqu’à la saine révolte de mes 20 ans. »

« Le livre de Springora ne m’a rien révélé — j’aurais pu en écrire plusieurs passages —, mais il a réveillé de vieilles émotions intactes. Une partie souillée par tant d’hommes qui ont pris le relais par la suite. Les salauds ont parfois l’air de bons gars. On ne se méfierait jamais d’eux. »

4 – … Et au final, pourquoi ai-je été victime, totalement innocente, sans quant-à-moi, de la mauvaise publicité, et des diablotins d’un mythe ?

« J’ai trimballé ma caisse de preuves incriminantes durant 40 ans. J’ai passé un été à tout relire, puis à écrire. Il le fallait. J’étais devenue, bien malgré moi, le symptôme d’une maladie. Une maladie mentale entérinée par toute une société de fantasmes et de pubs. »

« Et comme Vanessa Springora, j’étais séduite par le personnage haut perché, flattée d’être l’élue, convaincue de l’unicité de notre histoire, éperdument amoureuse du mythe entretenu avec soin par David Hamilton, Nabokov, Polanski. Tu vois, ma Lolita ? Nous sommes nombreux à vous célébrer. »

Comme l’écrit sobrement un commentateur : « Mme Blanchette a des regrets et elle blâme l’autre. N’est-ce pas la position dominante de tous les divorces? Craignez plutôt les abus de drogues qui tuent pas mal en ce moment. »

From → divers

Commentaires fermés