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L’Indépendance de l’homme de lettres

23 janvier 2020

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La noble indépendance est l’âme des talents ;

Rien ne peut du génie enchaîner les élans :

Ce n’est point pour ramper qu’il a reçu des ailes.

Le sage, en ses écrits au vrai toujours fidèles,

À des succès honteux n’immole point ses mœurs.

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Le vulgaire ne voit que par les yeux d’autrui;

Le sage voit, observe, et juge d’après lui :

Seul au sein de la foule, et dégagé d’entraves,

Il élève un front libre au milieu des esclaves.

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Éloigné des partis et sourd à leurs clameurs,

D’un tardif repentir s’épargnant l’amertume,

Il ne vendit jamais, ni son cœur ni sa plume.

On ne le verra point, au prix de ses vertus,

Acheter les faveurs du stupide Plutus.

 

Ceci est un montage de vers (inchangés) du début de L’Indépendance de l’homme de lettres, poème de Charles Millevoye (1782-1816), effectué à partir de la version originale de 1816 (Léopold Collin, libraire, Paris, M. DCCCVI) et de la version définitive (Ladvocat, libraire, Paris, M DCCC XXIII)

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Aux temps les plus anciens, Plutus, forme latinisée de Ploũtos, nom du dieu grec de la richesse et de l’abondance, avait tendance à favoriser les honnêtes gens. Pour le contraindre à favoriser aussi les méchants, Zeus, jaloux des gens de bien, l’a rendu aveugle. Ne pouvant plus distinguer les bons des méchants, il cesse de distribuer ses bienfaits. Ce qui fit écrire à Théognis de Mégare (vers le milieu du -VIe siècle) :

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« Ô Ploutos, le plus beau, le plus désirable des dieux, avec toi je puis faire le mal, [mais] je serai toujours honnête homme. » (in Sentences de Théognis, etc traduites par M. Lévesque).

« Ce n’est pas sans raisons, ô Ploutos, que les hommes t’honorent plus que tout : tu t’accommodes si aisément de la bassesse !

Oui, il semblerait juste que l’homme de bien possédât la richesse, et le méchant mérite le fardeau de la pauvreté. » (in Poèmes élégiaques traduits par Budé) ;

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EIRÊNÊ, la Paix, PORTANT PLOUTOS, la Richesse

220

Dans Ploutos, l’ultime comédie d’Aristophane (-388) L’histoire commence lorsqu’un homme pauvre nommé Chrémylos, rencontre un aveugle qu’un oracle lui demande d’emmener chez lui. Là il apprend que l’aveugle est le dieu de la richesse. Il va inciter Ploutos qui semble avoir oublié tous ses pouvoirs, à se guérir de sa cécité, ce qui sera fait dans le temple d’Esculape. Ainsi, le dieu n’enrichira plus ni les intrigants ni les coquins. Mettant au chômage et dans la misère des pans entiers de la «bonne société», tandis que les prêtres de Zeus – le dieu suprême, et dieu des dieux lui-même – voient leurs temples désertés.

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Charmante utopie plus que jamais d’actualité.

From → divers

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