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David Hamilton, Roman Polanski: de la Meute au Meurtre?

27 novembre 2019
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« La meute déchaînée des épouvantes l’avait poursuivi de ses abois »

(Emile Zola, La bête humaine, 1890)

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Un avocat du nom de Gilles-William Goldnadel, dans Le Figaro (25 novembre 2019) a signé un article, en défense de Roman Polanski. Bien que le 25 novembre 2019 ait été la date du troisième anniversaire du décès de David Hamilton, celui-ci ne s’y trouve point cité. Dommage. C’est aussi – il faut le déplorer – un article qui, très malheureusement, est plein de fautes d’orthographe, ce qui laisse songer que les correcteurs du Figaro ne sont plus ceux d’autrefois.

Voir: https://www.lefigaro.fr/vox/societe/goldnadel-le-temps-de-la-meute-est-venu-20191125

On trouve du moins dans cet article la phrase suivante : « Nous vivons le temps des meutes, des émeutes et peut-être des meurtres« .

C’est une phrase extrêmement exacte et perspicace, et un propos auquel je souscris entièrement. Je le partage d’autant plus que dans mon livre David Hamilton suicidé mais par qui –  j’écrivais par exemple:

Je lui aurais donné, afin que ma propre expérience lui soit profitable, de judicieux conseils afin de résister à la campagne de haine des meutes de milliers ou de millions d’envieux et de médiocres acharnées contre un homme seul. Mais j’étais loin de la France et je n’ai eu connaissance de l’Affaire David Hamilton que le 26 novembre 2016, au lendemain de son «suicide». (O.M., David Hamilton suicidé, mais par qui?).

J’écrivais aussi, dans un autre passage du même livre:

qui condamnait de toute façon David Hamilton à devenir la proie et le gibier des meutes de la haine, sur les réseaux sociaux. (O.M., David Hamilton suicidé, mais par qui?).

Et déjà, dans mon autre livre C’est David Hamilton qu’on assassine (préface de Roland Jaccard), paru au début de 2017, je relève entre autres ces passages :

insulté un homme de 83 ans en jetant son nom à la meute des puritains, des lyncheurs et des justiciers? (O.M., C’est David Hamilton qu’on assassine, préface de Roland Jaccard, paru au début de 2017)

Et encore:

Sur le blog «En défense de David Hamilton», nous avons prouvé qu’il était possible de dire de belles choses sur David Hamilton – et non pas de se joindre à la meute des médiocres pour glapir, avec les petits hommes, contre lui. (O.M., C’est David Hamilton qu’on assassine, préface de Roland Jaccard, paru au début de 2017)

Je suis donc ravi de voir que des journalistes reprennent mon idée de meute.

*

La nécessité de refuser que la loi soit dictée par la Meute, la nécessité de refuser que l’ordre public soit troublé par les meutes, la nécessité de refuser que des meutes de lyncheurs deviennent complices de la société du spectacle (Guy Debord), voilà une évidence qui, à mes yeux, vaut aujourd’hui comme elle valait hier.

La question que pose M. Goldnadel est donc fort grave, légitime et profonde: est-on en train de passer de la meute au(x) meurtre(s)?

On a vu tout récemment des manifestantes, se proposant d’appeler au boycott du dernier film en date de Polanski, qui exposaient des affiches: « Polanski crève« . Où « crève » est un impératif (mode qui permet d’exprimer une action sous la forme d’un ordre, d’une recommandation ou d’un conseil).

Or, si tout le monde est libre  de manifester ses opinions, personne n’a le droit de se réjouir de la mort de Roman Polanski, ou de qui que ce soit.

Au moment de l’affaire David Hamilton, par ailleurs, de grands journaux de la presse française ont donné la parole à deux anciennes modèles de David Hamilton qui « vérifiaient régulièrement sur le web ce qu’il devenait », et dont l’une des deux (qui se cachait sous le pseudonyme de « Lucie »)  confessait son « espoir » (sic)  « qu’il soit mort ».

C’est ici: https://www.nouvelobs.com/societe/20161116.OBS1313/affaire-flavie-flament-d-autres-femmes-accusent-david-hamilton-de-viol.html

« Elles disent aussi toutes les deux qu’elles vérifiaient régulièrement sur le web ce qu’il devenait. « J’espérais qu’il soit mort », avoue Lucie ».

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Il ne faut pas mélanger l’Affaire Polanski avec l’Affaire Hamilton. Ce dernier n’a jamais été condamné à quoi que ce soit, il n’a jamais rien avoué, ila  toujours nié les accusations portées contre lui.

Une société où des gens – qu’ils soient journalistes ou, encore, qu’il s’agisse de manifestantes féministes – semblent vouloir se substituer à la justice; une société où, en pleine rue, on souhaite sur une pancarte de « crever » à un homme (ici, Roman Polanski), voilà une société malade.

Les lynchages médiatiques – tous les lynchages, sans exception – doivent être punis. Ils devraient l’être, en tout cas. Ils devraient aussi être condamnés. Pas seulement ces lynchages-ci. Pas seulement ces lynchages-là. Tous les lynchages médiatiques. Tous.

Au mois de janvier, devrait sortir un livre (chez un grand éditeur) consacré à un très grand écrivain français. Qui sera la prochaine proie? Qui sera le prochain bouc émissaire? Qui sera le prochain artiste, le prochain homme seul agressé par une masse d’aboyeurs et d’aboyeuses?  « La meute plus nombreuse aboyait mieux, et cernait sa proie avec ensemble » (Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1834),

L’article 222-17  dit (faut-il le rappeler?) que: « La menace de commettre un crime ou un délit contre les personnes dont la tentative est punissable est punie de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende lorsqu’elle est, soit réitérée, soit matérialisée par un écrit, une image ou tout autre objet. La peine est portée à trois ans d’emprisonnement et à 45 000 euros d’amende s’il s’agit d’une menace de mort« .

From → divers

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