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LE TOMBEAU D’ALMANSOR

8 novembre 2019

Costumes et figures de danse. Lucette Almansor. Pavane XVIIe – avril 1938 – Bibliothèque historique de la Ville de Paris – photographie : André Zucca (1897 – 1973). Source Gallica.

Lucette Destouches, ou « Madame veuve Céline » si vous préférez, vient donc de décéder à 107 ans. Cette danseuse qui fut, sauf erreur, la troisième compagne de Ferdinand Bardamu, seconde et dernière épouse de ce géant de la littérature française au même titre que Rabelais (pour ne citer que lui, dans un genre similaire).

Il y aurait tant et plus de choses à en dire.

Car c’est une autre époque qui se clôt définitivement.

La sépulture de Lucette qui l’attend depuis les années soixante au cimetière de Meudon. Il n’y a plus qu’à ajouter un 20 au-dessus du 19, et on est bon !

*

Mais je m’en tiendrai aujourd’hui à un petit aspect d’histoire patronymique non dénué d’ironie.

En effet, le nom de jeune-fille de Lucette, née d’une famille normande (alors que Céline sortait d’une famille normande du côté paternel et bretonne, exilée à Paris, du côté maternel) est ALMANSOR.

J’ai toujours trouvé ce nom de famille curieux, original. D’autant qu’au sud de la Bretagne, sur une plage de Piriac, il existe un gros rocher à qui, il paraît, des gens du XIXe siècle marqués de Romantisme (peut-être avivé par la sortie de l’opéra-comique Don Almanzor, de Vilbrac en 1866), ont donné le nom de Tombeau d’Almanzor, et greffé sur ce « tombeau » la légende d’un noble espagnol, noyé lors d’un retour de croisade du temps de Saint-Louis, et enterré en ce lieu.

*

Or, il se fait – je viens seulement de l’apprendre – qu’ALMANSOR serait la forme francisée de l’espagnol ALMANZOR qui, elle-même, serait la forme hispanique de l’arabe AL-MANSÛR qui veut dire LE VICTORIEUX en cette langue.

L’histoire espagnole connaît ainsi un Al-Mansûr (né à Algésiras vers 937-938 et mort à Medinaceli le 11 août 1002) qui fut chef militaire et politique en al-Andalus, l’Andalousie.

L’explication la plus rigolote serait qu’un lointain ancêtre de Lucette, au nom arabe d’Al-Mansûr, hispanisé en Almanzor et de confession juive, ait été obligé de fuir l’Espagne d’Isabelle la Catholique pour s’installer de l’autre côté de la frontière des Pyrénées, comme le firent bien d’autres, par exemple la famille de l’écrivain Montaigne*, qui elle a fui le Portugal à cause d’une certaine « animosité » anti-juive de la monarchie portugaise d’alors.

Posséder un patronyme arabe ou kabyle pour un juif est très courant, du moins chez les séfarades du Maghreb. Ceux qu’on appelle parfois les « juifs-arabes ». Ce n’est pas l’islamo-arabophobe (de moins en moins distingué) Zemmour qui oserait me dire le contraire, tant de face que de profil.

Y a où sourire, non ?

Costumes et figures de danse. Lucette Almansor. Gitane – avril 1938 – Bibliothèque historique de la ville de Paris – photographie : André Zucca (1897 – 1973). Source Gallica.

* Auteur dont je crois avoir lu des critiques sous la plume de Céline justement.

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