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LA SOLITUDE DE JULIAN ASSANGE

26 octobre 2019

Je reproduis ici le texte in extenso d’un article d’Aymeric Monville – auteur de “Julian Assange en danger de mort” (Delga, 2019) – paru sur le site Initiative Communiste (https://www.initiative-communiste.fr/articles/lettre-ouverte-maxime-nicolle-dites-la-verite-sur-la-mere-de-julian-assange-flyridergj/) relayé hier par Taktak sur le site Agora Vox.

*

Ce texte est titré « Lettre ouverte : Maxime Nicolle, dites la vérité sur la mère de Julian Assange ! @FlyRiderGJ ». J’en ai changé le titre car son contenu me semble être beaucoup plus large que ce fait anecdotique et qu’il m’apparaît dérisoire d’épiloguer sur un détail en l’état présent de la (disons) contestation.

Déjà, je pense qu’un meilleur titre aurait été : Maxime Nicolle, ouvrez les yeux ! (Comme l’auteur le dit d’ailleurs à la fin.) Surtout à propos de Branco, personnage douteux ami d’oligarques bien connus.

***

A Maxime Nicolle, alias Fly Rider,

Citoyen,

Lundi dernier, vous étiez à Londres pour assister à l’audience concernant l’extradition de Julian Assange. Auteur d’un ouvrage sur ce dernier, « Julian Assange en danger de mort », j’étais à Paris, pour commenter, en direct sur RT France, l’information que me relayaient des camarades du comité WikiJustice sur place. 

L’un d’eux a d’ailleurs pu, non sans efforts, entrer dans la salle d’audience. Cette camarade, en l’occurrence la militante franco-polonaise Monika Karbowska […], avait visiblement bien fait d’arriver par ses propres moyens à l’audience. D’autres, montés dans le car des Gilets jaunes et entravés par le retard dudit car, n’ont pas eu, contrairement à vous, le privilège qu’on leur chauffe la place. 

Au sortir du Westminster Magistrates’ Court, vous avez déclaré aux journalistes de ce même RT (les seuls à vraiment relayer l’Affaire) que la mère d’Assange était présente. C’était à la troisième minute de la vidéo qui en a été tirée […]

Or, il n’en était rien. Rien n’indique que Mme Christine Assange était présente, ni au dehors ni au dedans du tribunal.

Avez vous rencontré la mère d’Assange, citoyen Nicolle ? Lui avez-vous parlé ? L’avez-vous photographiée ? Ne pensez-vous pas que, eût-elle été présente, RT se serait fait un honneur et un devoir de lui offrir une tribune afin qu’elle pût clamer l’innocence de son fils et demander sa relaxe immédiate ?

Au contraire, celle-ci a commenté, sans doute d’Australie où elle réside, les événements sur son compte twitter, en relayant diverses informations, mais elle n’était pas à cette audience où son fils apparaissait en public pour la première fois depuis de longs mois. Rien n’indique non plus qu’elle ait fait le voyag depuis l’Australie depuis le kidnapping de son fils à l’ambassade d’Equateur.

Lundi, le journaliste australien a donc comparu extrêmement affaibli, ne cherchant pas même le soutien d’un regard amical ou d’un sourire complice. A cette apparition tant attendue, il n’y aura eu ni Pietà ni Stabat Mater pour ce crucifié du combat anti-impérialiste. 

En réalité, cette absence de la mère renvoie à quelque chose de plus douloureux encore dans la biographie d’Assange, sa naissance, plus que probable, et son enfance, elle avérée, au sein d’une secte australienne, The Family Cult, avec des enfants drogués, manipulés, pilotés dans le cadre de projets de type MK-ultra, voire pire encore. *

Cela renvoie à un père absent pendant toute sa vie, John Shipton, pourtant aujourd’hui très présent médiatiquement, et qui semble judicieusement avoir pris le contrôle du nom de domaine Wikileaks via sa société Dynadot.

Cela renvoie au désert de solitude qui entoure Assange actuellement, le vide qui est fait autour de lui, la disparition de son ex-compagne Sarah Harrison, l’intimidation du témoin Chelsea Manning et son emprisonnement, l’apparente démission de sa défense qui n’a pas interjeté appel de sa condamnation pour rupture de liberté conditionnelle, qui n’a pas cherché à récuser la juge Arbuthnot dont le mari travaille pourtant avec un ancien dirigeant du MI6, qui n’a pas utilisé le rapport de l’ONU pour le faire sortir de prison pour raisons de santé, qui choisit le secret alors que seule la mobilisation de l’opinion publique peut faire pression sur l’institution judiciaire et parlementaire britannique dont tout démontre – impossibilité du Brexit comprise -, qu’elle n’a plus rien de démocratique.

Cette absence renvoie aussi à une autre origine, celle de Wikileaks. En effet, Wikileaks, conçu probablement au départ comme outil néolibéral pour dénigrer les adversaires traditionnels desdites « démocraties occidentales » (Chine, Russie, par exemple) s’est retourné contre certains de ses inspirateurs, sans doute y compris Gavin MacFadyen, le mentor d’Assange, décédé en 2016.

Car Assange n’a pas été ce petit télégraphiste de l’Empire qu’il était destiné à être.

Contre la main droite de l’Empire, Assange a dénoncé la guerre des néo-cons en Irak et en Afghanistan, y compris l’usage de la torture.

Contre sa main gauche, Assange a dénoncé les collusions du clan Clinton avec l’Arabie saoudite finançant Daesh, et les guerres de Mme Clinton en Syrie, Libye, Ukraine.Assange a poussé la logique démocratique jusqu’au bout et compris, comme le dit Marx, qu’ « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre », et donc qu’il fallait avant toute chose faire la guerre à la guerre. Assange est ainsi devenu un militant anti-impérialiste conséquent. Il aurait pu faire partie de tous ces manipulés par Soros ou autres qui ne pointent les problèmes de liberté d’expression que là où cela arrange l’Empire. Il a refusé cela.

Il a dû, ce faisant, laisser en route beaucoup de gens qui se prétendent toujours ses amis. Cacher le flou autour de la mère, donc de la naissance, donc des origines, donc de l’entourage d’Assange, c’est vouloir laisser le couvercle sur l’origine plus qu’étrange de Wikileaks. C’est tolérer qu’on fasse refaire au prisonnier de Belmarsh le parcours en sens inverse qu’il a emprunté, qu’il revienne à ce dont il s’est affranchi avec détermination et orgueil. C’est dire « circulez y’a rien à voir », « tout va bien dans l’entourage et les soutiens d’Assange », alors que tout va mal et qu’il n’est plus en état de se défendre lui-même.

Un exemple ?

Juan Branco, qui, paraît-il, est désormais votre conseiller, passait ce lundi dans le champ de la caméra au moment de votre interview à RT, et s’est contenté de vous adresser un amical salut en passant la main sur votre épaule. Branco est également conseiller juridique de Julian Assange. N’osant pas imaginer qu’il ait pu vous suggérer de dire une chose fausse ou vous induire en erreur, sans doute pourrez-vous auprès de lui en obtenir confirmation  : Branco n’a certainement pas pu voir la mère d’Assange puisqu’elle n’était pas dans la salle d’audience, ni ailleurs du reste.

Il s’est en revanche entretenu ce jour-là, d’après nos sources, avec Renata Ávila, plus précisément dans la “consultation room n°4” du tribunal ; comme vous pouvez le constater le témoignage de ma camarade Monika est précis. Cette dame Ávila, conseiller juridique de Julian Assange, qu’on voit omniprésente dans deux longs métrages consacrés à ce dernier (Risk de Laura Poitras et Hacking Justice de J. Pancorbo et C. López Rubio) dirige désormais une fondation, la Fundación Ciudadanía Inteligente, financée, entre autres, par l’Open Society de George Soros ainsi que par la National Endowment for Democracy, officine de guerre froide fondée par les Etats-Unis à l’époque du faucon belliciste Ronald Reagan, quand ce dernier finançait également les Contras en Amérique centrale.

Renata Ávila est née au Guatemala. Dans ce pays, n’en doutez pas, on sait très bien ce qu’est la National Endowment for Democracy.

Lors de l’affaire suédoise, ou plutôt, devrait-on dire, du piège suédois tendu à Assange, le journaliste canadien Jean-Guy Allard, dans les colonnes de Granma, le quotidien cubain, avait établi des liens entre la plaignante, Anna Ardin et cette même NED, petite soeur de la CIA.

Julian Assange n’est donc pas entouré de l’affection des siens, si vous me permettez cette litote.

C’est la gauche du capital, la gauche de l’impérialisme, qui semble avoir repris en main sa défense. Renata Ávila a d’ailleurs rejoint l’équipe de M. Varoufákis dans son nouveau parti, désormais intitulé Diem25. Avec Juan Branco, ancien conseiller d’Assange et de… Laurent Fabius au Quai d’Orsay, Varoufákis fait partie des anciens « insiders » chargés de réenchanter la politique en Europe.

Le 25 septembre, nous avons assisté à une conférence à la Sorbonne de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Rafael Correa, Guillaume Long. Lequel nous a expliqué que, si l’internet d’Assange avait été coupé par ses hôtes de l’ambassade au moment de la campagne présidentielle aux USA, c’était parce que l’Amérique latine progressiste était plutôt favorable à Clinton et qu’Assange était en train de défavoriser celle-ci. En d’autres temps, on aurait pu penser qu’une certaine Amérique latine, entre Clinton et Trump, n’eût pas éprouvé le besoin de faire d’autre choix que celui de Che Guevara.

Vous l’aurez compris, avec pareils défenseurs d’Assange, nul doute que ce dernier, et la gauche avec lui, sont désormais entre de bonnes mains.

Citoyen Maxime Nicolle, vous représentez sans doute un référent important pour cette authentique insurrection populaire que sont les Gilets jaunes.

Ouvrez les yeux sur ceux qui veulent vous faire accroire que tout va bien dans le royaume de l’opposition autorisée et empêchent que les peuples se mobilisent massivement pour faire entendre leur voix.

L’opinion est en droit de savoir car cette question renvoie à des éléments bien plus importants que vous ne le pensiez certainement.

Dans l’intérêt du monde entier, et des peuples en luttes pour la dignité, pour la liberté et pour la paix, à commencer par le nôtre qui redonne actuellement au monde l’exemple de la grandeur, répondez simplement, s’il vous plaît, à cette élémentaire question : 

Pourquoi avez-vous dit que la mère d’Assange était à l’audience alors qu’elle n’y était pas ?

Salut et fraternité,

Aymeric Monville

* Note (de J.-P. F.) MK-ultra : large réalisation de tests et d’expérimentations de manipulations mentales chimiques, pilotés par la CIA pendant la Guerre Froide, entre 1950 et 1970, qui comportait des tests de médicaments et autres substances cachés sur des sujets non-volontaires de toutes les catégories sociales, en divers pays. Dévoilé petitement en 1975. Peu d’années après la fin des prétendues missions Apollo sur la Lune (1961 – 1972).

Plusieurs de ces tests consistaient à administrer du LSD sur des sujets ignorants. Aux États-Unis, certaines populations cobayes involontaires furent celles d’handicapés, de marginaux, d’amérindiens. Rappelons que le LSD et autres drogues furent très à la mode du temps de la musique dite psychédélique et du « Peace and Love », soit également dans les années cinquante-soixante. Comme quoi tout se tient.

À raccrocher de ces « expériences » criminelles de la CIA, l’Affaire de Pont-Saint-Esprit, au nom prédestiné, petit village français du Gard dont les habitants connurent en 1951 une vague de délires hallucinogènes, d’internements psychiatriques, suite non pas à une intoxication par l’ergot du seigle qui aurait été présent dans le pain du boulanger de la commune, comme on l’a cru alors, mais comme on le sait maintenant, suite à l’épandage sur la bourgade de LSD par aérosol, diligenté par la CIA, bien évidemment à l’insu de tout le monde, ce qui se solda d’ailleurs par sept décès. Cf. Hank P. Albarelli Jr. A Terrible Mistake : The murder of Franck Olson and the CIA’s secret Cold War Experiments.

Et à rapprocher du sort que des Ashkénazes réservèrent à des milliers de bébés Séfarades en Palestine occupée, dans les années cinquante, quand les premiers « expérimentèrent » à mort sur les seconds (Affaire dite des enfants yéménites ; 1948 – 1954). Ou encore du sort des victimes de la Maladie de Lyme dont on laisse entendre maintenant qu’elle pourrait être la suite d’une contamination (volontaire ? involontaire?) de l’environnement par des armes bactériologiques.

Et dire que de nos jours encore le seul diable est Adolf ! Quelle cynique hypocrisie…Que la dite démocratie est jolie !

From → divers

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