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UNE DERNIÈRE LEÇON DE MON ÉCOLE : UN NOUVEAU LIVRE D’OLIVIER MATHIEU

30 mai 2019

Voici quelques extraits d’un nouveau livre d’Olivier Mathieu UNE DERNIÈRE LEÇON DE MON ÉCOLE (MA VIE EN BLOND ET CHÂTAIN), livre qui vient tout juste de sortir.

Un livre fort bref (une quarantaine de pages) et au tirage limité à trois cents exemplaires, numérotés à la main et signés par l’auteur.

Et au titre inspiré par François Villon. Livre qui rend hommage à David Hamilton, mais aussi à Gunter Sachs, Klaus Rainer Röhl (le créateur du journal Konkret), August Wilhelm Fleckhaus, Roland Jaccard, et tant d’autres. 

La photographie de couverture est l’œuvre de Max Stolzenberg, photographe allemand, ami de David Hamilton.

  

Ah! La première bouffée matinale d’air frais, au début du printemps, dans une ville aimée! Pourtant le jeune homme que j’étais, sautant sur le quai de Santa Lucia, n’était déjà plus celui qui était monté dans un train, la veille, à Paris. Chaque syllabe que l’on a prononcée, chaque caresse que l’on a esquissée, chaque voyage que l’on a accompli ont été commencés lors d’un instant qui a immédiatement été englouti par le passé. Ils ont été achevés à un moment qui, tout pareillement, a basculé dans l’autrefois. Le présent n’existe pas. Ou alors, seul le présent existe. Marly-le-Roi, Berre-des-Alpes, Arromanches, Venise, Florence, les lieux qui ont compté pour moi, n’ont guère pu s’incarner que dans mon désir d’eux. Ils ne pourront plus exister que dans la nostalgie qu’ils m’inspirent.

Il n’y a presque jamais eu d’éternité suspendue, entre le passé disparu sans retour et l’inaccessible avenir. Pourtant, chaque mercredi du mois de mars 1978, avant les boums de la MJC des Grandes Terres, je faisais tourner sur mon électrophone Thorens d’anciens 33 tours. Je suis peut-être encore là-bas, dans ma chambre du 7 square des Aubades, épiant à travers les fentes de mes volets l’arrivée de Véronique et Corinne.

Ah! Qui nous rendra les longs regards et les sourires timides d’une écolière de quatorze ans à la voix fluette sous le ciel des banlieues parigotes, mâchonnant peut-être sans malice un crayon, bâclant ses devoirs à la table d’un café, cachée derrière la cascade de ses cheveux qui se répandent sur son cahier? “Qu’est-ce que tu étudies?” lui demandais-je. Elle levait vers moi ses grands yeux brillants et purs et répondait: “Les sentiments”. Printemps de david-hamiltonienne lumière…

J’écris pour moi seul; le souvenir que j’ai de la luminosité de ce mois de mars marlychois, de l’odeur des pelouses gonflées par la pluie, de mes états d’âme, voilà quelque chose de beaucoup plus important, à mes yeux, que les ignominies qui ont passionné les masses du vingtième siècle.

(Pages 9 et 10)

Photo M. S. – fragment

Le sexe n’est absolument pas intéressant. Ce qui m’intéressait, moi, c’était la première fois que le soutien-gorge d’une infante glissait sur ses épaules. Ce n’était jamais la fille qui était nouvelle, c’était moi qui me renouvelais. Je me multipliais. C’était comme un défi, une peur, une émotion d’enfance. Mon cœur battait. Illusion d’un retour à quelque fusion originelle. Un rêve éveillé. J’aimais le passage de la frontière, l’hommage à la frontière. Eriger des murs, dynamiter tous les ponts! Le dernier instant ne pouvait qu’être sans paroles ou accompagné par une musique céleste et impénétrable comme l’est, pour la plupart des hommes modernes, l’œillade d’une très jeune fille orientale. Un regard animal et noir, qui regarde moins qu’il ne dit qu’il observe, qui attend et s’achève dans l’esquisse imperceptiblement souriante d’un étonnement ostenté. Il y eut dans ces instants quelque chose de religieux, de recueilli. Je dis que c’est lorsque ses pas atteignent au seuil de la mort, et dans l’orgasme aussi, que le poète arrache pleinement le masque que les médiocres exhibent, quant à eux, pendant toute leur vie. C’est alors que le véritable visage des supérieurs apparaît; il est de toute beauté. Règne ici toute la solennité d’un paganisme primordial. Homme qui meurt, enfant, sage qui exulte, Olivier Mathieu ne dissimule jamais. Cet instant-là est union du mercure et du soufre, chaleur, secret des secrets, esprit répandu dans la chair, quinte essence, lumière, couleur, saveur, feu grégeois du soleil et de la lune, Temps dépouillé de l’inutile. Tout l’accessoire est banni. Seules perdurent les sensations sublimées que vous sûtes m’offrir à votre insu, ô jeunes filles soyeuses! Exilés! Fugitifs! Mes frères! Pour qui aurai-je parlé, si ce n’est pour vous? De retour, comme toujours, le dernier printemps. Cette dernière leçon de mon école vous enseignera-t-elle à vivre? Aimant les lolitas, femmes-enfants innocentes et pures, j’aurai été avec David Hamilton et Roland Jaccard, à la fin du vingtième siècle, le dernier poète des jeunes filles fatales.

(Pages 28 et 29) 

idem

Dernière jeune fille, toi aussi, tu ne seras jamais que l’ultime anamorphose à miroir conique, par moi imaginée. Les scènes magiques, érotiques et scatologiques de mes romans ne seront révélées qu’au tout petit nombre, lorsque les meilleurs de mes lecteurs posséderont le miroir à poser sur les pages de mes livres. Le vent tiède caressera ma joue. Ce ne sera plus d’une seule ville que je m’éloignerai, ou d’une seule fille. Mais du Temps tout entier. L’un des films de David Hamilton eut pour sous-titre Le dernier été d’une jeune fille, un autre Les ombres de l’été. Jock Sturges intitula un album Le dernier jour de l’été. Sur la couverture d’un vieux numéro de Konkret, ces mots: Lolita für einen Sommer. La vie de Lolita ne durera jamais plus longtemps, évidemment, que celle d’une rose ou d’un papillon. Et seuls le début du printemps et la fin de l’été auront su colorier les atmosphères de mon âme. Que mon enfance fut belle! Ô vous, mes Lolitas, réservez-moi le dernier slow…

(Page 30)

*

ibidem

Jean-Pierre Fleury.

 

liens en rapport :

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/2019/05/29/une-derniere-lecon-de-mon-ecole-eine-letzte-lektion-meiner-schule-a-last-lesson-of-my-school/

https://defensededavidhamiltonblog.wordpress.com/une-derniere-lecon-de-mon-ecole/

http://maxstolzenberg.com/2019/05/02/une-derniere-lecon-de-mon-ecole/

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