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D’un 15 avril, l’autre: de Notre-Dame à David Hamilton

16 avril 2019

Publié le 16 avril 2019 par defensededavidhamilton

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Hier, un incendie a éclaté, à Paris, sur le toit de la cathédrale de Notre-Dame. Voici ce que, personnellement, j’ai à en dire.

Est-ce un « symbole de la France » qui a été (partiellement) dévoré par les flammes? Non, pas vraiment. La cathédrale fut construite à partir de 1163, mais que reste-t-il de cette époque? Rien ou presque. Une grande partie de Notre-Dame est fort récente puisqu’elle date des années 1844 à 1864, quand Viollet-le-Duc y effectua quelque chose qui était davantage qu’une « restauration ».

Considérant qu’il se trouvait ici, autrefois, un temple païen gallo-romain, je peux simplement constater qu’un monument en pérenne reconstruction a été endommagé. En 1756, les hommes d’Eglise jugeant l’édifice trop sombre exigèrent que fussent… détruits les vitraux du Moyen  Âge pour les remplacer par… du verre blanc. Exemple parmi tant d’autres! Où serait le scandale? Rien n’est éternel. L’édifice des années 1160 avait succédé, de la sorte, à l’on ne sait combien (trois, quatre, cinq) d’autres monuments.

Si l’homme moderne est assez imbécile pour barder le toit d’un édifice d’installations électriques (et cela, au risque d’un court-circuit), et d’un échafaudage évidemment construit dans des matériaux qui ont favorisé la progression des flammes; si l’homme moderne est assez imbécile pour prétendre aller sur Mars mais ne pas songer à payer des gardiens diurnes et nocturnes pour surveiller Notre-Dame, moi à l’imbécillité humaine je ne peux rien. Ce n’est nullement Notre-Dame d’autrefois qui a été victime d’un incendie. C’est celle d’aujourd’hui. C’est celle de l’imbécillité humaine d’aujourd’hui. Il y a longtemps que Notre-Dame n’existe plus!

Que reste-t-il de la sacralité de Notre-Dame? Que dalle. Le sens du sacré a crevé, depuis longtemps. Il y a longtemps que Notre-Dame n’est plus qu’une attraction pour des millions de touristes (13 à 14 millions de personnes par an, me dit-on) qui jaillissent au pas de charge de leurs autocars et font leurs trois petites photos sans seulement savoir ce qu’ils voient, avant d’y remonter. Un lieu de consommation sous-culturelle de masse, parmi les autres. Non, Notre-Dame n’est plus un symbole de quoi que ce soit. Notre-Dame n’est plus, depuis longtemps, que l’un des symboles du néant moderne et contemporain. 13-14 millions de touristes par an, au fait, où vont les sous? (On ne pouvait pas payer des gardiens?)

On a vu, hier, des touristes se faire des « selfies » devant l’incendie. On a vu les politiciens sortir de leurs poches leurs habituels petits discours de petits Maires de Champignac. On a  vu aussi des touristes, ou des Parisiens, tomber à genoux et se mettre à prier devant les photographes de presse. Curieuse humanité moderne… Personne ne prie plus, sauf devant les drames (ou les drames présumés), à condition qu’il s’agisse de drames collectifs. Tous ces gens sont tombés à genoux devant Notre-Dame, alors que la plupart ignorent très probablement tout de son histoire. Tous ces gens sont tombés à genoux, mais pas vraiment devant Notre-Dame. Ils sont tombés à genoux devant le dernier événement d’émotivité planétaire mis en scène ou largement relayé par le Système médiatique. Leur slogan sera certainement d’une originalité rare, et des millions ou des milliards de moutons vont se mettre à psalmodier: « Je suis Notre-Dame ».

A quelque chose malheur est bon, on va sans doute parler davantage de Notre-Dame que des gilets jaunes. Certains doivent en caresser l’espoir. Macron a promis de « reconstruire Notre-Dame » alors que, de toute évidence, si cette reconstruction advient, elle adviendra lorsque ledit monsieur ne sera plus président depuis longtemps. Des milliardaires vont offrir leur petite obole (quelques millions d’euros, ce sont des miettes, pour eux), ce qui leur fera de la publicité. Ils passeront, une fois de plus, pour des « bons ». Et nul doute, évidemment, quant au fait que la reconstruction de Notre-Dame ne  fasse circuler beaucoup, beaucoup, beaucoup de pognon. En 2017 déjà, l’archevêché avait lancé un appel à des dons pour un montant (espéré) de 100 millions d’euros en vingt ans afin de réparer la fameuse flèche de Viollet-Leduc… qui s’est, justement, effondrée hier.

Hier, c’était le 15 avril. Jour anniversaire de la naissance (en 1933) de David Hamilton. Pauvre David Hamilton. Personne ne parlait plus de lui, quand il est mort (par « suicide »). Le monde moderne s’est remis à parler un peu de David Hamilton, vers la fin de 2016, juste parce qu’une ex Miss OK avait pondu un p’tit bouquin où le plus grand photographe de la fin du XXe siècle était la cible d’accusations improuvables au sujet de faits censés avoir eu lieu des dizaines d’années auparavant…

Puis, le nom de David Hamilton est retombé dans le silence. Il y serait complètement, sans le blog « En défense de David Hamilton », et sans mes livres. Et sans les articles et les vidéos de Roland Jaccard, aussi.

C’est que David Hamilton était une personnalité isolée. Un artiste. Une personnalité de l’élite véritable, celle du coeur et de l’esprit. Un solitaire. Un poète voué à l’émotion.

Rien à voir avec le troupeau des masses, qui camouflent leur absence d’émotions nobles dans ce qui est le contraire de l’émotion: l’émotivité grégaire et médiatique de la « Comédie du spectacle » jadis admirablement décrite et dénoncée par Guy Debord.

Dans l’affaire David Hamilton, un homme est mort. Mais c’était un homme seul. Il n’y avait pas là matière, pour l’appareil servile de la « grande » presse, à créer du buzz.

Les mass media, qui obéissent aux ordres qu’ils reçoivent, déversent dans les cervelles du gros public des tonnes d’images destinées à la fois à capter et à influencer leur attention. Les images ne servent pas qu’à illustrer les « informations », qui sont soigneusement sélectionnées. On ne met à la une que ce qui doit s’y trouver.  Le journalisme est devenu une sous-branche de la publicité. Le monde moderne ne raconte plus ce qui se passe. Il cherche à persuader les gogos, chose très facile.  Et à infléchir les comportements et les attitudes des masses. Avec un complet succès.

Pour qu’en France on recause de Notre-Dame d’une façon qui ne soit pas exclusivement « touristique », il a fallu un incendie, des images diffusées en boucle par les téloches du monde entier, une sorte de 11 septembre à la française. Chacun sait ou devrait savoir que les images collectives – à l’époque des « réseaux sociaux » – conduisent rapidement les masses dans des voies émotives, tandis que le matériel artistique de qualité, qui jouit d’une moindre diffusion (livres; photographies…) n’a quasiment plus aucun effet.

La mort de David Hamilton, à mes yeux, est certainement un drame plus profond qu’un incendie dans le toit de Notre-Dame. Lequel a eu lieu suite à la probable incurie des responsables de la restauration dudit édifice (quelqu’un sera-t-il amené à rendre des comptes?), qui n’avaient semble-t-il point songé à mettre en place des systèmes technologiques ou humains de surveillance. Curieux, curieux…

From → divers

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