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CLASSES LABORIEUSES, CLASSES DANGEREUSES

18 décembre 2018

Avec le temps, rien ne change ; on peut même se demander si la bourgeoisie n’est pas pire par bien des points que la noblesse d’Ancien régime. Le peuple a pu connaître autrefois des rois bons, c’est même parce que Louis XVI fut faible et débonnaire (il a même interdit officiellement la torture un an avant la Révolution bourgeoise) qu’il fut guillotiné pour le plus grand profit de la racaille bourgeoise industrielle, commerçante et financière, qui, à peine arrivée au pouvoir, a confisqué tout le pouvoir entre ses mains exploiteuses, et réduit le peuple au silence par un tas de mesures et de lois, telle la loi Le Chapelier (un con de Breton, car il y en a aussi) supprimant les communautés de métiers et interdisant que des ouvriers d’un métier puissent se regrouper pour défendre leurs intérêts. Puis, on connaît la suite depuis plus de deux siècles maintenant…

Le Figaro dans son édition du 17 décembre 2018 pose la question : « Faut-il créer un référendum d’initiative populaire en France ? »

Olivier Duhamel, grand démocrate comme on va le lire, (de ladite démocratie représentative exclusive), « spécialiste » de droit constitutionnel et « politologue » bien connu depuis plusieurs décennies des gens qui regardent la télé les soirs d’élections, sans savoir par exemple que le présent Traité européen – qui a vu la victoire du Non au référendum de 2005, référendum bafoué par la plus grande part de la classe politique française en 2008 – l’eut parmi ses rédacteurs, répond en sa suffisance et en s’adressant aux gueux :

Je vois de nombreux politiques embrayer sur cette demande, et je trouve cela dangereux. Pour moi, c’est le prototype de la fausse bonne idée. Ce serait soit une illusion grosse de déceptions futures, soit un poison véritable pour nos démocraties. Une illusion, d’abord : si on met en place des filtres, soit parlementaire (un seuil de signatures d’élus nécessaires pour accepter la demande), soit constitutionnel (avec un contrôle des juges a priori), cela ne satisfera pas la soif de souveraineté populaire.

Si on interdit de toucher à la Constitution ou bien d’attenter aux droits et libertés, beaucoup de demandes seront écartées, et les citoyens resteront mécontents. En revanche, si on ne met aucun filtre, ce sera un poison. On peut s’attendre alors à toutes sortes de démagogies [sic!] : fiscale (baisse de la CSG, taxation confiscatoire des “riches”), mais aussi sécuritaire (camp de détentions pour les fichés S, peine de mort). Bref, s’il est totalement ouvert, il sera dangereux, et s’il est partiellement fermé, inutile.

Que de procès d’intention et de préjugés de la part de ce prétendu intellectuel, et plus généralement de ce propagandiste de la société telle qu’elle ne doit surtout pas changer, ou changer en mieux.

À cette même question (« Faut-il créer un référendum d’initiative populaire en France ? ») Anne-Marie Le Pourhiet (une Bretonne d’un tout autre genre), professeur de droit public à l’université de Rennes-1, et vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel, rétorque :

Oui, j’en suis convaincue et le suggère depuis longtemps. Le référendum est dans l’ADN de la Ve République pour les réformes majeures, constitutionnelles ou législatives. Or, le rejet du traité constitutionnel européen par les Français, lors du référendum du 29 avril 2005, a traumatisé nos dirigeants. Souvenons-nous aussi des réactions outragées à la perspective d’un référendum en Grèce, pourtant berceau de la démocratie directe ! Un mot d’ordre s’est imposé : “plus jamais ça !”. Nicolas Sarkozy s’est bien gardé d’organiser un référendum pour la révision constitutionnelle de 2008. François Hollande n’en voulait surtout pas. Emmanuel Macron ne l’envisage pas davantage. À l’avenir, le président, quel qu’il soit, ne prendra plus le risque de donner la parole au pays sur les questions essentielles. Aussi est-il indispensable, si l’on veut éviter que la cocotte explose, d’introduire un vrai référendum d’initiative populaire, afin que les Français puissent avoir le dernier mot sur les sujets qui touchent à leur “contrat social”.

Le Figaro : « Comment expliquer l’hostilité des partis de gouvernement et de la quasi-totalité des universitaires [à voir] et des journalistes [caste à part et au-dessus du peuple?] au référendum d’initiative populaire ? »

Anne-Marie Le Pourhiet  : « Les élites “progressistes” se méfient du peuple français, qu’elles considèrent volontiers comme une bande de ploucs aux idées étriquées et aux bas instincts. Cette condescendance s’exprime ouvertement aujourd’hui. C’est pourquoi je redoute que l’on institue encore un gadget inefficace portant sur des sujets mineurs et sans intérêt pour les Français, qui ne réglerait en rien la crise politique que nous connaissons. Le référendum d’initiative populaire à l’échelle nationale n’a de réalité que s’il permet au pays de décider lui-même sur les sujets essentiels, de l’immigration aux questions de société. »

On ne saurait mieux dire.

From → divers

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