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DAVID HAMILTON GENTLEMAN-PHOTOGRAPHE.

20 octobre 2018

Photographie de Jean-Philippe Balter prise en 2011, lors de la séance photographique où David Hamilton prenait des clichés en vue d’une exposition de treize (malheur!) de ses photos sur Le Songe de Poliphile.

David Hamilton, toutes les personnes qui l’ont connu le disent ou l’ont dit, fut un homme que l’on pourrait qualifier de charmant, voir charmeur à l’occasion, mais particulièrement calme, posé, retenu. Discret. Pas très bavard et encore moins « grande gueule ». Rarissimes, quasi inexistants sont les mots ou les attitudes qui montreraient en lui un vulgaire, un goujat ou même un esprit impudique, quand bien même il eût « fleureté » avec les interdits écrits ou non de son époque.

Dans le genre vulgaire, mais à sa manière, j’ai de lui juste en tête cette photographie, un clin d’œil en fait, où il se risque à faire un doigt d’honneur, qui lui va aussi bien qu’une trompette à un manchot, totalement annihilé par son sourire et son regard rieur.

Il n’est pas connu pour avoir beaucoup fréquenté les salons où l’on se montre et « où l’on cause ». Où l’on décide des normes et modes du moment. Très rarement invité dans les media. Ceci explique cela ; je veux dire que rien n’a pu le protéger du déferlement médiatique abject à son encontre.

Si l’on veut oser une comparaison, on dira que David Hamilton – décoré de rien – fut à l’Art vrai (sans énormément de moyens financiers, d’entregent mondain, de portes ouvertes, sauf à l’époque inattendue pour lui où son art intemporel colla à la mode libérée post-soixante-huitarde, véritable quiproquo finalement), ce que fut Bergé à l’art dégénéré dont ce dernier fut le mécène, le marchand, le promoteur, le souteneur, le maquereau.

Bergé : grand officier de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite, commandeur des Arts et des Lettres (sic), officier de l’ordre d’Orange-Nassau (Pays-Bas), grand-croix de l’ordre du Ouissam alaouite (Maroc, l’un des lieux de ses « dérives »). Être antipathique, aux mœurs malades (cf. le livre de Fabrice Thomas : « Saint Laurent et moi : une histoire intime » (Hugo Document)). À gerber sur Bergé !

De même que le conservateur et Décadent (dans le sens artistique du terme) David Hamilton fut à la Pensée et à la nuance qui élèvent ce que fut le pseudo-anarchiste (du moins, en son jeune temps) et décadent sans majuscule (au sens vulgaire du terme) Bergé à l’esprit déréglé qui avilit et abaisse, propre à notre époque ; et dont le « talent », le porte-monnaie et la présence politico-médiatique furent le pur produit de sa fréquentation d’invertis « prestigieux », style Cocteau, Buffet et Saint-Laurent (il fut le pygmalion – dans le sens banal et « anartistique » du terme – des deux derniers, surtout du second), le tout lié à l’air d’un temps détestable.

Photographie : idem

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Le premier, David Hamilton, jeté dans la boue médiatico-politique, le second, Bergé, porté aux nues de ce même milieu détestable et détesté par une bonne partie des français de bon sens ou réellement artistes.

Et qui plus est, le premier (David Hamilton) jeté dans la boue sans preuve, par des êtres représentant parfaitement le mensonge propagandiste, la vulgarité de notre époque inculte, infectée de bassesse, infestée par de pseudo-théories psychanalytiques criminelles, voire mortifères. Il n’est que de lire quelques pages des ouvrages de son premier assassin médiatique pour se rendre compte du monde sidéral qui sépare l’esprit pollué et très perturbé, foncièrement minable de cette accusatrice, du monde hamiltonien fait de douceur, de beauté, de réserve et de mesure, sans une once de vulgarité.

J’ouvre un de ses livres qui « dans un style poétique incisif et très imagé » (c’est son éditeur qui ose l’écrire en quatrième de couverture) nous raconte, par exemple, ceci (j’ai tassé le texte qui dans l’original est constamment tiré à la ligne) où vous pourrez admirer son caractère « effectivement » poétique et « intrinsèquement » imagé :

« Elle [c’est l’auteur, « l’autrice » qui se raconte] grimpe sur lui, le regarde et ne doute plus. Il fait voler son chemisier, lui dévore le cou. Elle se cambre, halète, se débat. Elle descend en léchant son ventre, s’arrête sur le froid de la boucle de sa ceinture, la viole à chaque cran, saisit son sexe, dur, en même temps qu’il lui entrave ses seins pleins [vantarde!]. Ils se regardent. Pétrifiés [sic].

Il lui dit : « je t’aime. » Elle souffle : « moi aussi. » [Ça, ce n’est vraiment pas ordinaire!] Elle se dresse au-dessus de lui, ne le quitte pas des yeux, s’accroupit et descend doucement, très doucement pour mieux le recevoir. Et se faire pénétrer. Doucement. Progressivement [ou « progressistement » ?]. Le sentir en elle lui fait exploser la tête, le sang dévale à gros flots dans ses veines, les pores de sa peau ne sont plus que des clitoris béants [sic] en attente de la langue salvatrice…

Elle s’envole, décolle, à la cadence de ses hanches, en recevant les poussées passionnées de son amant. Ils ne se quittent pas des yeux, sidérés [encore] par la situation, emportés par le plaisir. Elle passe ses mains dans ses cheveux tout en le regardant, saisit une poignée, la serre, gémit, scrute son regard partagé entre douleur, plaisir et soumission [sic, rigolo pour une féministe dans le vent]. Il la retourne, lui plaque le buste sur le matelas, elle lève ses hanches, lui offre ses fesses…

Il lui prend les cheveux, la pénètre, la prend sauvagement, fort, passionnément. Il lui prend son corps, son cœur, son âme [mazette, rien que cela ? Non, car aussi…]. Il lui prend son cerveau et envoie brûler au ciel tout ce qui la fait souffrir.

Il vient fort, très fort. La bouscule. Il râle, il souffle. Elle gémit, soumise [encore], tremblante sous ses poussées; son visage s’enfonce dans les oreillers, son buste se soumet [et à nouveau, décidément que de soumission !], ses yeux se ferment sous le plaisir, elle s’abandonne, se perd et s’oublie. Ils jouissent ensemble. Et s’écroulent. [Je saute une demi-douzaine de courtes phrases …] Elle n’est plus seule. »

(Les Chardons, Cherche-Midi, Paris, 2011 ; roman (sic) ; pages 177 à 180)

Pouf ! Je rappelle que ce passage est écrit par une personne qui a écrit deux pseudo-romans pour nous expliquer qu’elle fut au plus bas, déprimée et tout. Qu’elle avait subi beaucoup de malheurs. Du moins, est-ce elle qui l’a dit. Cela serait bien la première fois qu’une déprimée ayant des crises d’angoisse (une « abandonnée », une « victime » si j’ai bien compris) serait apte à recevoir une séance de sexe comme thérapie. Ou alors, fort curieuse déprimée. Mais passons !

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Eh, oui ! on est ici bien loin, on est si loin – pour prendre ce simple exemple – de l’illustration photographique du Songe de Poliphile donnée par David Hamilton en exposition en 2012 (cf. mon article https://lequichotte.wordpress.com/2016/12/27/david-hamilton-et-le-combat-du-reve-damour/).

Et l’on est, bien évidemment, à l’opposé de cette histoire initiatique, magique et mystérieuse, allégorique voire ésotérique, développée au sein de cette quête amoureuse (d’amour courtois) de Polia, le double féminin de Poliphile. Polia qui est aussi le nom latin d’une pierre précieuse de couleur grisâtre, non identifiée à ce jour. L’évocation de l’anti-péché originel puisque l’histoire s’achève lorsque Polia et Poliphile goûtent enfin au fruit du Temple, et sont alors admis dans un monde supérieur.

C’est, par excellence, le conte renaissant naturiste (au sens premier du terme : du domaine du sacré) ; baroque, rococo et romantique avant la lettre, développé au sein de l’Hypnerotomachia Poliphili. Le Combat d’amour en rêve de Celui-qui-en-aime-plusieurs (ou de Celui-qui-est-aimé-de-plusieurs). Ouvrage de référence de la Renaissance italienne, puis européenne en général. Tant sur le plan philosophique qu’artistique (à la base entre autres, des jardins renaissants). L’un des principaux codes pagano-chrétiens développant les principes éthiques, esthétiques, culturels de la Renaissance.

Il s’agit à l’origine d’un manuscrit anonyme rédigé en grec, latin et « langage vulgaire » (italien dialectal), achevé vers 1467 (soit quatre ans après la disparition de Villon, cet homme encore tout empreint de Moyen-âge) et publié à Venise, accompagné de gravures sur bois, seulement en 1499 (soit trois ans après la naissance de Marot, notre premier sonnettiste à l’image des Italiens).

Ouvrage généralement attribué à Francesco Colonna (1433/4-1527), moine dominicain vénitien (l’acrostiche formé par les lettrines des têtes de chapitre de l’ouvrage livre la phrase latine suivante : Poliam frater Franciscus Columna peramavit, soit mot-à-mot : Polia, le frère Francesco Colonna sur-aima). Il sera traduit/adapté en français par Jean Martin en 1546 sous le titre de : Hypnerotomachie, ou Discours du songe de Poliphile, deduisant comme Amour le combat à l’occasion de Polia. [etc.]

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Une courte adaptation belge du Songe de Poliphile :

https://www.youtube.com/watch?v=ERY_0yrrCN4

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Pour revenir sur le sujet David Hamilton, nous dirons que le comble de l’absurdité a été atteint avec les accusations improuvées et improuvables contre lui ; accusations sans aucun fondement, de la part de quelques pauvres femmes, s’exprimant au détour ou au-delà de la quarantaine, aigries, « désillusionnées », (c’est le cas semble-t-il d’Alice et plus encore d’Élodie), voire fragiles et manipulées par des charlatans de la psychanalyse la plus dogmatique et la plus infantile (c’est le cas de Flavie), qui feraient pitié s’il n’y avait pas eu mort d’homme, certes âgé, mais encore bien actif et plein de projets ; « suicidé » alors même qu’il craignait depuis quelques semaines sérieusement pour sa vie. Comme il a été déjà dit ici ; et plus encore sur le blog en Défense de David Hamilton.

Je me demande (mais je ne suis pas le seul) si David Hamilton n’est pas mort « par où il a péché » pour employer une expression courante. Mais que l’on me comprenne bien, il ne s’agit pas ici de rajouter une couche aux fantasmes sexuels de détraquées, mais de rappeler que notre photographe a toujours aimé s’entourer de jeunes et jolies jeunes filles ou jeunes femmes. Le temps au moins de les photographier. C’est indéniable. Qui nous dit que, par manque de vigilance, il n’a pas été estourbi par quelque beauté (anatomique, uniquement), ou par quelque complice mâle d’icelle, à qui il aurait ouvert inconsidérément son huis, un certain vendredi de novembre 2016.

Les fantasmes sexuels dévoyés, nocifs, menteurs (l’essentiel des pensées de certaines – mais aussi de certains – dont elles parsèment leur entourage ou inondent leurs « adversaires »), n’ont jamais été le fait du délicat David Hamilton, mais bien de celles qui n’ont eu de cesse de l’accuser, de l’abattre, de l’écraser sous le rouleau-compresseur médiatique plus que complaisant, complice, et ceci prae et post mortem. Elle est, pour moi, une preuve de son innocence ; ou pour le dire autrement une contre-preuve ad hominem (« hominem » désignant le gang des accusateurs et accusatrices qui ont reporté sur lui leurs propres délires).

Je pense ici en particulier à la Mère (amère) Flament, mais également à la Mère D’arbanville, guère plus fine et guère « lady » en l’occasion *, ou encore à la Mère Breillat (certes diminuée dans ses jugements depuis son attaque cérébrale de 2005 et l’extorsion de ses fonds en 2009) qui, d’apparence, semblent bien toutes mal vieillir, jusqu’à accorder quelques coups de pieds de l’ânesse à un corps déjà sans vie. Ou encore au Père plagiaire, agressif et caractériel Ardisson.

Triste vieillesse pour eux ! Triste vieillissement !

Et pour ce qui est en particulier des médiateux, comment ne pas remarquer le pire… Comme l’exprimait déjà en 1912 un homme très lucide concernant le « problème » de ladite modernité (il s’agit de Karl Kraus, cf. Pro Domo et mundo ; Éditions Gérard Lebovici, Paris, 1985, p. 68) : « le journalisme, qui parque les esprits dans son étable, s’empare entre-temps de leurs pâturages ». Les pâturages, ici ce sont ceux du monde artistique de David Hamilton mis à sac et ruinés (du moins provisoirement) par des petits hommes et des petites femmes de si peu qui seront vite oubliés par la postérité. Ce qui n’est certainement pas le cas de David Hamilton.

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Depuis son jeune âge, David Hamilton ne fut jamais qu’un gentleman, un gentilhomme gentil homme, une espèce de dandy comme la Grande-Bretagne en cultive encore un peu. Il a appris les « bonnes manières » – saupoudrées d’un certain flegme, d’une certaine retenue, de timidité ou de distance toute « british », du moins telle que le français que je suis imagine cette réalité (qui est loin d’ailleurs d’être la réalité d’un grand nombre de britanniques) – venues sans doute de son oncle versé dans les arts et des gens « distingués » qui le recueillent pré-adolescent lorsqu’il fut réfugié dans la campagne anglaise.

Homme réservé, distingué, discret, poli, si peu vulgaire et finalement plutôt pudique, dont seule la beauté (féminine éphémère, des sites et paysages éternels … et plus généralement de l’atemporel) avait grâce pour lui, mérite également que l’on s’attarde sur la vérité concernant sa mort. En contempteur de la laideur et du mensonge véhiculés par ses médiocres accusateurs et accusatrices, tant portés pour ne pas dire dominés par l’esprit contemporain de bas-étage et de si faible moralité. De si riquiqui grandeur morale (je parle ici moins de mœurs que de valeurs par eux inconnues ou dénigrées). Ce marigot immonde médiatico-politico-financier, ces « élites » grotesques d’un temps hyper-propagandiste et totalitaire où Vérité (et moralité) riment avec normalité imposée, y compris la plus immorale soit-elle pour le commun des mortels.

C’est le monde inversé ; pour le dire, encore une fois, avec les mots mêmes de Karl Kraus (o. c., p. 119) :

Malheur à l’époque où l’Art ne fait pas vaciller la Terre et où, devant l’abîme qui sépare l’artiste de l’être humain, c’est l’artiste qui est pris de vertige, et non l’être humain. »

Bien évidemment, il est ici question de l’artiste vrai et entier, celui qui a du métier, un savoir-faire, une tête réellement pensante et un esprit libre ; un poète, un artiste du Beau (redondance !), ce dernier fût-il le plus terrible ou tragique qui soit.

Photographie : ibidem.

Note :

* Je ne sais ce que pourrait en penser de nos jours l’anglais mystique Steven Demetre Georgiou, né de mère suédoise et de père chypriote grec, élevé à l’école catholique, dit Cat Stevens, converti à l’islam depuis bien longtemps, pour devenir Yussuf Islam. « Ils sont fous, ces (grands) Bretons ! » Après l’anglais dandy, l’anglais excentrique ! Certes, ce dernier est un peu d’importation.

Yussuf Islam en 2009, en compagnie de Fauzia Mubarak Ali, son épouse et mère de ses cinq enfants (quatre filles, un fils), dont on apprend, après le retour de son époux à la chanson profane, qu’elle lui a interdit de chanter en concert sa chanson fétiche de 1970 « Lady D’Arbanville ». L’honneur est donc sauf !

From → divers

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