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QUELQUES RÉFLEXIONS

31 août 2018

Au temps favorable, on est toujours moins déçu par les morts que par les vivants ; au temps défavorable, on est toujours plus déçu par les vivants que par les morts. À moins que ce ne soit l’inverse : au temps favorable, plus déçu; au temps défavorable, moins déçu.

La gastronomie n’est jamais rien d’autre que l’art gustatif et masticatoire de vrais chasseurs d’eau distinguée.

Face à la plus jolie des filles, même, qui n’a jamais songé à faire l’inventaire de son ossature, de ses tuyauteries du dedans ? Qui n’a jamais pensé à l’illusion de son apparence, à ses vides intra-atomiques, à ses composés chimiques naturels ? « Étoile de mes yeux, soleil de ma nature, / Vous, mon ange et ma passion ! » Qui n’a jamais murmuré, alors, au tréfonds de son âme, d’aucuns vers baudelairiens ?

De l’intérieur, tout autant que de l’extérieur, les statues de pierre massive ne mentent et ne trichent pas, ou sensiblement moins que les humains. C’est, illusoirement parlant, l’art du plein patent contre la mécanique du délié caché.

Sous l’écran, sous l’écrin, sous la pelisse de la Beauté, pourtant chaque jour renouvelée, mais de plus en plus altérée… sous la pelisse de moins en moins lisse, se cache une machinerie de théâtre diabolique.

Les dieux du corps sont des « mécanos » aux pensées très ingénieuses ; bénéfiques ou maléfiques, c’est selon. En tant et plus d’intermédiaires, que de savants équilibres et de subtiles interconnections ! Ou de luttes internes et de ruptures dangereuses ou mortifères.

Sur les chemins des cimes, tout aux faîtes des sommets, au-delà des forêts, même les plus nietzschéens se font rares. Si rares parmi quelques profanateurs dérisoires de lieux sacrés et autres adeptes de gloriole sans esprit.

Seuls la mise à distance, la vision de l’extérieur, l’écart ou l’en-dehors sont les secrets du Bien, du Bon, du Beau et du Vrai.

C’est la Vie qui tue et non la Mort. « Jusqu’à la fin de ma mort » comme énonçait justement Coluche (je veux dire : avec justesse). Ou si l’on préfère, la mort est consubstantielle à la vie, ainsi (pourquoi l’oublier ?) qu’à la survie animale courante, humains compris.

Vieillir, c’est mourir à petit feu. « Elle n’a pas grandi, elle a vieilli », comme rectifia un jour Desproges.

Le sens de la vie, c’est le non-sens unique qui navigue, sans nul arrêt, du passé au futur, en frisant le présent relatif, impalpable. Insaisissable instant, d’épaisseur nulle mais pourtant infiniment, indéfiniment répété, éternellement renouvelé.

From → divers

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