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LE DANGIER DE L’AMUR AVEIR *

1 avril 2018

Je recopie ici un article publié sur Le Figaro Vox le 19 octobre 2017 de Guillaume Bigot (pas bigot pour deux sous) et de Bérénice Levet. J’y ajoute quelques remarques de mon cru entre [      ].

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Dans quel monde les corbeaux du mot-clé «balance ton porc» veulent-ils nous attirer?

Loin, très loin de notre douce France qui n’est pas seulement le pays de notre enfance mais aussi l’un des seuls à se figurer à la fois dans une forme géométrique (l’Hexagone) et sous les traits d’une jolie femme.

La patrie de Descartes est aussi la matrie de Marianne, subtile et indissociable alliance du féminin et du masculin.

La France n’est pas seulement fille aînée de l’Église, elle est aussi, comme nous l’a appris Du Bellay, mère des arts, des armes et des lois.

Dans toutes les salles d’Armes du monde, résonne encore l’écho de l’esprit chevaleresque français rendant honneur aux armes et aux dames!

Et nos arts, que chantent-ils depuis Chrétien de Troyes dans l’univers?

Ils célèbrent jusqu’à aujourd’hui cette alliance mystérieuse, fascinante et intime de l’homme et de la femme.

La France n’est pas une terre d’amour platonique ou un système platonicien séparant l’esprit de la chair mais, au contraire, une nation charnelle offrant sa fureur et sa poitrine au vent de l’histoire.

La France est une certaine idée universelle mais aussi une série de sublimes paysages uniques qu’il faut aimer suivant les conseils de Lavisse.

La France n’est pas la patrie du «double income no kid» [à double revenu sans enfant]. Au contraire, c’est l’une des rares économies mondialisées où les femmes travaillent et élèvent leurs enfants. C’est pourquoi les Working girls [les filles qui bossent] ne sont pas nécessairement des desperate house wives [femmes au foyer désespérées].

La femme française préside la table depuis le Moyen-Âge et des courtisans lui font la cour dans une superbe métaphore architecturale.

La France est la patrie des hommes qui aiment les femmes, tel ce personnage de Truffaut qui dit que leurs jambes sont «des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie».

La patrie d’Edmond de Rostand n’est assurément pas celle d’Harvey Weinstein «car c’est chose suprême d’aimer sans qu’on vous aime en retour. D’aimer toujours, quand même, sans cesse, D’une amour incertaine».

La France parle souvent avec pudeur lorsqu’elle chuchote à l’oreille des dames.

La France parle aussi d’un désir de feu avec mademoiselle Héloïse, horresco referens [saisi d’horreur, le rapportant], qui écrit à son aîné, le professeur Abélard:

«Si Auguste lui-même, empereur de l’univers, m’avait fait l’honneur de m’offrir le mariage, j’aurais préféré être appelée ta putain plutôt que son impératrice.»

La France s’exprime avec la délicatesse osée de Ronsard qui invitait sa mignonne à voir si la rose ce matin était éclose.

La France se trouble avec Alfred de Musset recevant la lettre licencieuse de George Sand dont le caractère «explicite» se dévoile au lecteur qui lit une ligne sur deux. [ce serait un faux finalement, paraît-il]

La France parle d’érotisme avec Baudelaire qui avoue à sa maîtresse:

«Que j’aime voir, chère indolente,

De ton corps si beau,

Comme une étoffe vacillante,

Miroiter la peau!»

La France parle aussi de désir cru mais sublime avec l’origine du monde de Courbet.

Entre le désir de la chair et la séduction de l’esprit, la France ne veut surtout pas choisir.

Bien sûr, n’en déplaise aux bataillons de femens hystériques, notre nation est fondée sur l’aimantation des sexes et l’impossible neutralisation de leur commerce et de leur rapport sociaux.

L’esprit français recèle justement ce trésor qu’est l’ambiguïté indépassable des relations entre les sexes.

Mais l’envers de cette galanterie, c’est un avers que l’on appelle la vergogne. En public mais aussi en société, certaines choses ne peuvent se dire et encore moins se faire sans discrétion et consentement.

Un homme bien élevé qui désire une femme ne lui dira pas: «t’es bonne» et ne lui proposera pas non plus, comme sur certains campus américains, de lui prendre pour la première fois la main devant témoins et après signature d’un contrat devant lawyers [avocats, gens de loi].

Laisser sous-entendre que regarder de manière concupiscente une femme ou lui faire des avances consiste à se comporter comme un porc, c’est souscrire à une vision du monde islamiste ou puritaine [protestante] qui postule que le mâle est un suidé bon à châtrer et que la femme est une éternelle mineure.

Car si l’injure faite aux hommes est on ne peut plus claire dans l’injonction « dénonce ton porc », celle faite aux femmes est plus sournoise mais pas moins réelle.

Quelle considération pour nos compagnes se cache derrière cette invitation à la délation?

Nos amies seraient-elles à ce point fragiles, influençables, naïves qu’elles seraient incapables de remettre un malotru à sa place?

Quelle piètre idée des femmes et de leur autonomie que de postuler qu’elles seraient victimes par nature ou par destination.

La France a longtemps résisté, au nom d’une certaine idée de la femme, à ce raz-de-marée mondialo-saxon prônant la guerre des sexes et prescrivant l’émasculation des hommes et la mise sous cloche des femmes.

Mais le pays de la Madone aux fresques des murs est celui qui doit refuser de choisir entre la maman et la putain et accepter de voir dans la femme une altérité égale et respectable autant que désirante et désirée.

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Guillaume Bigot essayiste, directeur de l’IPAG Business School.

Bérénice Levet philosophe et essayiste. Auteur de La Théorie du Genre où le monde rêvé des anges (Livre de Poche, préface de Michel Onfray) ou encore de : Le Crépuscule des idoles progressistes (Stock, 2017)

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Bérénice Levet

quatrièmes de couverture

 — La théorie du genre ou Le monde rêvé des anges, essai  (Grasset, 5/11/2014)

Le Genre se veut notre nouvel Evangile, porteur de la « bonne nouvelle » que le masculin et le féminin ne sont que constructions et peuvent par conséquent être déconstruits. A cet historicisme intégral qu’elle récuse, Bérénice Levet n’oppose pas Dieu, la nature ou la tradition mais la partition que l’Europe et spécialement la France ont composée sur cette donnée universelle de la dualité des sexes : la galanterie, l’érotisme et la conversation. Non parce qu’ils sont des legs du passé mais parce qu’ils exhalent une saveur incomparable.
Forte d’une position critique, Bérénice Levet se situe à égale distance des partisans du Genre et de ses opposants : au cœur du Genre, dans cette promesse d’un monde où il n’y aurait plus ni hommes ni femmes mais des êtres rendus à une prétendue neutralité originelle, n’y a t-il pas une volonté de couper les ailes du désir hétérosexuel, d’exorciser la hantise de l’attirance que les deux sexes s’inspirent ?
En d’autres termes le Genre n’est-il pas le dernier avatar de la haine d’Eros, l’ultime mouture d’un puritanisme qui n’ose pas dire son nom et se pare d’un alibi progressiste ?

— Le crépuscule des idoles progressistes (Stock, collection : essais – documents ; 01/02/2017)

Les Français manifestent un besoin d’identité nationale, d’enracinement, de frontières, que leur réplique-t-on ? Crispation, frilosité, droitisation, populisme…
Tous ces mots masquent ce qui se joue réellement depuis plusieurs années dans notre pays, mais également en Europe et même aux États-Unis.
Depuis la décennie 1970, ces besoins fondamentaux de l’être humain ont été disqualifiés par une idéologie progressiste qui se révèle une impasse existentielle et civilisationnelle. Cet essai vise à rendre à ces aspirations leur signification humaine et, plus que tout, leur fécondité.
Il ne s’agit pas d’un énième livre de déploration mais, au contraire, de réveil des passions, des passions qui ont fait la France. Pourquoi un homme déraciné, délié de tout héritage, est-il un homme atrophié ? Pourquoi l’école? Pourquoi transmettre le passé ? Pourquoi défendre, contre le multiculturalisme, l’assimilation, propre à la République française ? Ce sont ces questions qu’avec ardeur et conviction Bérénice Levet prend ici à bras-le-corps.

Note  *  LE DANGIER DE L’AMUR AVEIR

Galanterie, faire la cour, compter fleurette, pour les hommes, faudra-t-il bientôt dans les lieux publics « le dangier de l’amur aveir », comme disait Marie de France au XIIe siècle ?

« Danger », mot polysémique s’il en fut, et s’il en est encore marginalement.

Marie de France voulait dire « avoir l’emprise de l’amour », autrement dit : « avoir le désir qui ronge les cœurs ».

On serait tenté de traduire ce vers en français courant, adapté à notre temps pitoyable, par : « voir dans l’amour un danger », ou « avoir la crainte de l’amour ». La « crainte » (conséquence de l’emprise et du pouvoir) est un des nombreux sens ancien de « danger », tombé en désuétude.

À moins que cela ne soit bien pire encore. En effet, en parler gallo (Haute-Bretagne) : « avèr el danger d’l’amour » veut tout simplement dire : avoir le dégoût de l’amour, avoir l’amour qui vous répugne.

À méditer.

Le petit lexicographe.

From → divers

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