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Catherine Breillat, « réalisatrice » (de ciné) française, vient de remettre un peu les pendules à l’heure – au moins de son point de vue – en ce qui concerne une petite actrice italienne, Asia Argento, qui n’est même pas particulièrement connue dans son pays – voilà quelque chose que je m’autorise à écrire puisque l’Italie est un pays où j’ai passé trente ans de ma vie.

Catherine Breillat, citée par la presse française et même internationale, dit donc des choses qui, au premier abord, sont des évidences. Pour ne pas dire des lieux communs. Exemple parmi d’autres: « C’est trop facile d’accuser anonymement les gens via des hashtags« .

Sur Harvey Weinstein aussi, Catherine Breillat tient des propos relativement originaux de nos jours : « Je pense que les Européens ont beaucoup perdu avec la chute de Harvey Weinstein« .

( http://www.indiewire.com/2018/03/catherine-breillat-asia-argento-harvey-weinstein-jessica-chastain-me-too-1201945040/ )

On peut être d’accord ou pas. Personnellement, je ne crois pas que les Européens aient tant perdu que ça, d’un point de vue artistique, avec Harvey Weinstein. Mais le sujet n’est pas là. Je parlerai exclusivement,  ici, de qui concerne la campagne néo-féministe « Balance ton porc », mais pas des qualités artistiques (réelles ou imaginaires) de Weinstein.

Catherine Breillat en revient à Asia Argento:  «C’était une sorte de semi-prostitution. Harvey Weinstein n’est pas le pire des hommes, il n’est pas le plus stupide non plus. Asia peut avoir été déçue de ne pas être devenue la grande actrice hollywoodienne qu’elle aurait pu être, mais il y avait beaucoup d’autres choses: de la drogue, beaucoup d’autres choses. Elle se sent amère. Parce que l’amertume peut aussi amener les gens à dénoncer, si vous vouliez obtenir quelque chose et que vous ne l’avez pas obtenu, si vous vous sentez humilié. Très honnêtement, je n’aime pas Asia. Je pense qu’elle est un mercenaire et un traître».

Sur les questions de drogue, qui sait? Tout ça (« il y avait beaucoup d’autres choses: de la drogue, beaucoup d’autres choses « ), ça fait un peu dénonciation, mais bon… on ne va pas faire semblant de ne pas savoir qu’il y a des milieux où la poudre coule à flots, quand même? Vas-y, Catherine, « beaucoup d’autres choses »? Libère ta parole!

En revanche, sur « la grande actrice » qu’Asia Argento « aurait pu être », étendons un voile pudique… Question de goûts…

Catherine Breillat pense ce qu’elle veut, au moins tant que le principe de liberté d’expression est (plus ou moins) respecté en France. Moi, je ne pense pas qu’Asia Argento soit ou qu’elle  « aurait pu » devenir une « grande actrice ». (D’ailleurs, cet emploi des aurait pu est assez grotesque. Quel sens y aurait-il à dire que Sheila « aurait pu » dépasser Maria Callas, ou Mike Brant « aurait pu » dépasser Caruso?)… Que sait Catherine Breillat de ce « qu’aurait pu » devenir Asia Argento? A-t-elle une boule de cristal? Et si Catherine Breillat se contentait de se demander « ce qu’aurait pu être » Catherine Breillat?

En revanche, la phrase la plus intéressante (au moins dans l’optique de notre blog) est: « Parce que l’amertume peut aussi amener les gens à dénoncer, si vous vouliez obtenir quelque chose et que vous ne l’avez pas obtenu, si vous vous sentez humilié« .

Une phrase qui pourrait illustrer d’autres cas fameux…

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Sur AnotherMag (texte anglais: http://www.anothermanmag.com/life-culture/10236/an-open-letter-from-vincent-gallo-unfiltered-and-unedited ), ajoutons qu’un « réalisateur » (que de « réalisateurs », le monde moderne!) américain du nom de Vincent Gallo met également en doute les récits d’Asia Argento.

Le monsieur a l’air lui aussi quelque peu perturbé. Peut-être, un peu comme tout le monde dans ces milieux, a-t-il la grosse tête, lui aussi…

En substance, il dit ce qui suit : « J’étais proche d’Asia Argento, mais nous n’avons jamais été ensemble. Je me souviens avoir menacé Harvey Weinstein suite aux accusations qu’Asia avait portées envers lui. (…) Naturellement, je me suis senti mal quand, au lieu de parler avec moi, Asia a nié, changé son histoire, continué à travailler avec lui, à entretenir une relation personnelle avec lui et à répéter des choses supplémentaires que j’avais dites pour l’enrager davantage contre moi ».

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Voici la conclusion du blog « En défense de David Hamilton ».

Toute cette affaire, au fond, semble digne d’une dispute dans une classe de maternelle. S’y exprime la grande confusion qui est la marque de fabrique de la fin du vingtième siècle et du début de celui-ci. Le pire n’a pas de limites…

Asia Argento accuse de « viol » un homme dont elle a été la maîtresse pendant… cinq ans.

Quant à Catherine Breillat, après avoir (à juste titre) dénoncé les dénonciatrices par hashtags, voilà qu’elle… adopte exactement la même attitude et, à son tour, une « réalisatrice » française dénonce anonymement trois personnes, trois présumés « producteurs » :

« Vous devez vous rappeler qu’il y a des producteurs français que nous n’avons pas dénoncés. Je ne les mentionnerai pas, bien que j’en connaisse trois qui soient extrêmement respectés. Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas été dénoncés aussi. Ils avaient absolument leur place. »

Catherine Breillat a eu il y a quelques années un ictus, et l’on ne peut qu’espérer pour elle que sa santé ne lui pose plus d’aussi graves problèmes. Ne la connaissant pas personnellement, je ne peux en juger.

Toujours est-il que Catherine Breillat dénonce la dénonciatrice Asia Argento puis trois autres de ses collègues au nom du fait que c’est très mal de dénoncer…

Lorsqu’est mort (dans des circonstances très troubles) David Hamilton le 25 novembre 2016, la même Catherine Breillat a plutôt curieusement déclaré que le scénario du film Bilitis de David Hamilton était très mauvais (or, comme chacun sait, c’est elle qui avait scénarisé cette oeuvre)…

On peut estimer qu’il y a quelque chose de curieux dans le fait d’attendre la mort d’un artiste pour déclarer, et cela pour la première fois, qu’on a mal travaillé pour lui… Je suppose pourtant que Catherine Breillat a été payée pour scénariser le film Bilitis ou qu’elle a touché ou continue à toucher des droits d’auteur?…

Par ailleurs, Catherine Breillat avait déclaré que David Hamilton avait « peut-être » été « entraîné par son amour pour les jeunes filles ».

Ma foi, avec des « peut-être », on peut affirmer tout et le contraire de tout. Je peux par exemple déclarer que l’amour de Nabokov pour les papillons le poussait « peut-être » à les manger, voire à les manger vivants tous les matins au petit déjeuner.

Pourtant, la vérité ne s’obtient pas à coups de « peut-être », et aucune justice réelle ne peut se faire à coups de « peut-être ».

On peut estimer qu’il y a quelque chose de curieux dans le fait que Catherine Breillat ait attendu la mort de David Hamilton pour déclarer que oui, « peut-être » était-il coupable…

En bref: curieuses moeurs du monde moderne où l’on voit une toute petite actrice dénoncer un producteur hollywoodien.

Mais où personne ne songe à dire que le problème n’est pas Harvey Weinstein, monsieur au fond assez inintéressant en soi. Le problème est un système où l’art a été victime de réification. Et où ce qui compte n’est plus ni l’art (où est l’art, aujourd’hui?), ni l’artiste, mais le producteur – donc le pognon et la pub…

Curieuses moeurs où la petite actrice se publicise par ses accusations croustillantes (ou supposées telles) envers un producteur qui n’est ni un artiste, ni un porc, mais juste un producteur hollywoodien qui a fait fortune grâce au système organisé par des générations de ses semblables.

Curieuses mœurs où, sur le coup de pub d’Asia Argento, Catherine Breillat ou Vincent Gallo se font  à leur tour de la pub, dénoncent la dénonciation et surenchérissent dans la dénonciation…

A noter que tous veulent faire partie du camp du « Bien ». Asia Argento dénonce au nom du « Bien », et Catherine Breillat et Vincent Gallo ne manquent pas de dire tout ce qu’il faut pour bien faire comprendre qu’eux aussi sont dans le camp du « Bien »…

Tout ça en attendant, naturellement, que demain les uns ou les autres s’excusent, affirment que leurs propos ont été mal cités ou qu’ils ne les sont jamais tenus.

Et, embrassons-nous Folleville, en attendant que, chacun ayant eu sa part du gâteau de la pub médiatique, tout le monde se réconcilie…

Les propos de Catherine Breillat, d’abord disponibles dans un « podcast » sur Murmur Radio, viennent d’ailleurs d’être déjà supprimés…

Sur Hollywood est né Weinstein,

sur Weinstein voilà  les dames qui « auraient pu » être  actrices qui se font leur coup de prom,

puis sur les dames qui « auraient pu » être actrices voilà les dames qui « auraient pu » être réalisatrices qui se font leur pub…

Tout le monde se fait sa prom et sa pub sur le néant…

Le seul « mauvais » reste David Hamilton, que l’on ne cite même plus. Catherine Breillat semble avoir oublié David Hamilton. Tout comme Emmanuelle Béart…

Joli monde, tout ça…

Quant à Asia Argento, elle règle ses comptes à son tour. Lors d’un tournage, selon elle, Catherine Breillat lui avait demandé  d’étrangler l’acteur principal. « Elle nous a dit qu’elle dirait « couper » avant que la strangulation ne devienne dangereuse », se souvient-elle. Et pourtant, elle n’a jamais donné le stop ».

Curieux. Personne n’a jamais enseigné à une dame qui, comme Asia Argento, « aurait pu » être une  si grande actrice, que le ciné c’était pas la réalité?

Dans les scènes d’amour, en principe (sauf peut-être dans le porno?) les acteurs n’éjaculent pas. Dans les westerns, on ne tire pas à balles réelles…

Stop! Stop! Stop!

O Catherine Breillat, o Asia Argento, ô Vincent Gallo, ô vous M’sieurs dames à la parole libérée, puisse le Grand Metteur en Scène de cet immonde monde hollywoodianisé  vous donner le « stop »…

Ou alors, je vous suggère d’aller régler vos chamailleries au Pied de Cochon, par exemple, s’il existe encore…