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QUELQUES NOTES À PROPOS DE L’HOMME ET DE DIEU LE PÈRE

1 janvier 2015

“L’Homme a été créé à l’image de Dieu” ! Quelle prétention ! Quelle présomption ! Quelle présomption d’innocence… crétine et débile* ! Quelle dérision anthropocentriste ! Quelle extravagance ! Où alors je veux bien, mais du Dieu du Mal. Ou du Dieu des Larves et du Grand Rien.

Et puis, si Dieu existait réellement, pourquoi se préoccuperait-il en particulier d’un être aussi moralement, poétiquement et humainement indigent ? « Humainement » dans le sens philosophique et quasi utopique du terme. Finalement, si l’Homme est élu de quelque chose, c’est bien du Néant.

L’Homme est du domaine du superflu, du dérisoire et du risible pour la Nature et la Matière intersidérale. Si tant est que la Nature est eu un jour envie de rire, ou de penser à autre chose qu’à elle-même, ou simplement de penser à quoi que ce soit en bien ou en mal, utile ou inutile, sens ou non-sens. Ou à ce grotesque animalcule humain terrestre.

Certes, les savants, certes les artistes… Mais quelle portion du monde humain ? Mais quelle part des sciences et des techniques consacrée à un réel progrès ? Mais quelle part aujourd’hui pour les arts véritables et non dégénérés ?

L’étrangeté de la vie et de l’élan vital, le sens (ou non-sens) de l’existence, l’ordonnancement cruel (pour l’Homme) de l’Univers, le Soleil paternel et pourtant atomique, l’ordonnancement plus feutré de la Terre, l’inter-ordonnancement des flores et des faunes, la parole et les langues… sont autant de mystères qu’aucun dieu, même le mieux attentionné et le plus grand ou plus futé démiurge qui soit ne peut expliquer. Ne peut en être l’explication ultime. Car cela n’explique rien. Ou ne pourrait en donner la raison, le sens ou plus trivialement parlant, l’utilité.

En quoi dire, confortablement finalement, que la vie a été créée par un être supérieur, une pensée efficiente, ou tout ce que l’on voudra est une idée plus satisfaisante et plus juste ou plus noble que de dire, sans aucun espoir de quoi que ce soit, que l’Univers, la Vie sur Terre, l’Humanité, que tout ceci n’a aucun sens ? Du moins, aucun sens pour une intelligence humaine. Le courage (l’orgueil, dira l’homme d’Église) est plus du côté de l’incroyant lucide ou indocile.

Dans les deux cas, de toute façon, cela dépasse l’entendement humain. Mais, bien au-delà de toute idée agnostique, car savoir, connaître le sens et le mystère ne changerait rien à la basse, pauvre, pitoyable condition humaine. D’un Homme qui aime se rouler dans sa fange et se complaît dans le bêtise individuelle et collective, culturelle et sociale… Heureusement au demeurant, qu’un mystère perdure en ce domaine, a écrit substantiellement je ne sais plus quel poète, autrement la vie serait encore plus terne et plus invivable.

L’unique tragédie humaine est d’ailleurs moins celle de la Vie que celle de la Mort. Ou plus exactement de l’atomisation de la vie en autant d’entités mortelles et physiquement interchangeables, pans de vie erratiques, éphémères (et jamais fusionnables à notre échelle d’entités humaines). Enfin, comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois et après bien d’autres, le drame est que créer la vie, c’est créer la mort. Entretenir la Vie, est entretenir la Mort.

La seule grandeur humaine est de vivre en permanence avec cette idée omniprésente de la Mort, elle-même omniprésente et souvent imprévisible épée de Damoclès. Mort individuelle naturelle ou autre, mort des civilisations, mort de la Terre au rythme où l’on va de l’indigence intellectuelle des nations humaines et de ceux qui ont l’outrecuidance de prétendre les diriger dans le sens du bien commun, mort du système solaire à venir, plus tard. La pérennité de rien en l’une ou l’autre des échelles d’espace et de temps. L’éternel retour de tout, en tout et pour tout. En ceci, l’hindouisme et le bouddhisme, et d’autres encore, ont vu assez juste.

Peu d’hommes finalement en sont assez conscients, volontaires ou désespérés pour en arriver à se détacher suffisamment, à en briser leurs chaînes et leurs prisons diverses. Pour ne plus accepter activement, pratiquement, la mesquine vie en société présente, l’esclavage salarié et le Veau d’Or, les guerres, la destruction imbécile de la nature… Hégémonie du nul ou du médiocre.

L’idée de Création de l’Univers (de notre univers), si elle peut avoir un sens cosmologique savant est quand même pas mal entachée de miasmes et relents de sacristies fort humides et autres lieux de moisissures religieuses et cosmogoniques. À quoi s’occupait le Bon Dieu auparavant et où se logeait-il ? Il ne peut y avoir de non-rien à qui serait déjà quelque chose ou quelqu’un. Il ne peut pas y avoir de notion même de rien sans rien (au sens étymologique, du latin rem, chose), sans espace et sans temps. Dit autrement : il ne peut y avoir d’origine et de fin des temps et des mondes. Univers éternel et sans limite aucune.

Des mutations, des contractions, des expansions, des naissances et des morts bien évidemment, des modifications permanentes puisque rien de fixe n’existe à l’échelle de l’Univers ou des mondes, ou même de la Terre. C’est le lot commun de toutes les manifestations de la matière. Même si présentement notre ciel, notre tout petit coin de ciel, le toit de notre minuscule, microscopique prison terrestre, n’étincelle plus que de luminaires nocturnes si discrets qui sont, pour la plupart, autant de ruines archéologiques.

Ève la moitié femelle de « l’androgyne primordial » m’est sympathique, en son Eden (d’essence fort égyptienne d’ailleurs**), elle en a goûté de la pomme du Verbe et du Savoir. De l’Arbre de la Connaissance. Elle a voulu s’élever. Moins pleutre qu’Adam selon une version, ou complice d’Adam en une autre version. Elle a choisi la Pensée, elle a négligé l’Arbre de Vie. Je ne sais plus également, quel autre poète a écrit qu’elle avait fait le mauvais choix et aurait plutôt dû croquer la Pomme de Vie et d’Immortalité. La pauvre, c’était par là même, la condamner et nous ses enfants avec, à l’Enfer éternel sur Terre !

« L’Homme a été créé à l’image de Dieu ». Axiome humain et non divin invérifiable qui au fond veut dire : « Dieu (des chrétiens ou non) est un sacré crétin ». Ou plus exactement « un crétin sacré ». Remis la tête en l’air, à l’endroit, l’axiome devient : « Dieu a été créé à l’image de l’Homme ». Qui est la bonne prémisse, logiquement parlant. Et qui me semble être l’évidence même, sociologiquement parlant.

On peut même ajouter : tous les dieux ont été créés à l’image de l’Homme, y compris ceux des religions monothéistes totalitaires juive, chrétienne et musulmane. Il n’est que de voir, par exemple, la psychologie pathologique d’un Yahvé. Simple reflet d’un peuple originellement totémique imbu depuis toujours de sa supériorité maladive et suffisante, peuple de mauvais messianisme tout emprunt de perversité pathogène à l’encontre de tout ce qui n’est pas lui.

À tout prendre, je préfère l’histoire de « L’Homme créé de l’argile » qui n’est pas d’origine biblique, mais poétiquement supérieur car né d’un esprit sumérien. L’argile, le pain béni mésopotamien. Très grande civilisation que la civilisation sumérienne. L’une des plus grandes qui n’eût jamais existé.

Pour clore, je dirai que la preuve même, la preuve tangible de l’inexistence de Dieu c’est l’existence de l’Homme, ce trivial, ce tordu, ce prédateur de première, ce petit être grégaire et conformiste très généralement malfaisant et égoïste, borné et non créatif, cette aberration vivante de la Saine Pensée.

Notes :

* Petite remarque en passant : « crétin » est une forme franco-provençale propre aux montagnes de Suisse romande du latin « christianus » qui a donné « chrétien » en français. Ce mot a été fixé par écrit en 1750 suite à la lecture devant la Société royale de Lyon, d’un mémoire d’un certain De Maugiron consacré aux « crétins du Valais », vallée suisse où existait alors un crétinisme endémique, puis en 1754 par l’article « crétins du Valais » dans l’Encyclopédie (source : Trésor de la langue française). Dans un premier temps, « crétin » eut le sens de « malheureux ». Voir par ailleurs quand dialecte landais « chrétien » se dit « crestin », et qu’en ancien béarnais « crestiau » avait le sens de « cagot ». C’est par euphémisme que « crétin » prit son second sens. En effet :

« Crétin » est de la lignée de « benêt », forme normande de « benoît » (du latin « benedictus », béni) car sans doute « heureux, les simples d’esprit » (« beati pauperes spiritu », Matthieu, V, 3). Ceci dans même logique que « innocent » dont le sens étymologique est : « inoffensif, vierge de toute volonté ou possibilité de faire quelque mal que ce soit » (cf. les Saints Innocents, un petit innocent). Et ceci dans la même logique encore que « débile » qui avant d’acquérir le sens de « débile mental » signifiait, et signifie encore : qui manque de force physique ou morale, défaillant, faible.

** L’Eden se retrouve dans des mythes égyptiens. De plus Ève, ou plus exactement son nom d’origine Hawwah ou Hawwā, voudrait dire « La Vivante » alors même qu’en hébreu « vie » s’écrit « חיים  » : h (emphatique) y y m  » , donc, non pas avec un redoublement de waw (w = le « ou » de « oui ») mais de yod (y = le « y » de « yod »). En fait, c’est probablement du côté de l’Égypte antique qu’il faut chercher l’origine étymologique de ce nom de personne. En cette langue, « H’w » (avec un h emphatique et un coup de glotte rendu par « a ») soit « Haw » a le sens de « (durée de) vie », « h’w » (avec un h « normal), soit « haw », celui de parenté ; et « ‘H’w aw » , soit « aHaw aw » signifie : vie longue. Il ne serait pas étonnant que Hawwah veuille dire quelque chose du même genre.

From → divers

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