Aller au contenu principal

"CERTAINEMENT… C’EST TRÈS GENTIL… EN FAMILLE… PENDANT QU’ON FAIT LE WHIST…"

7 novembre 2014

Prenez un juif en bon état de marche, du genre errance méditerranéenne éternelle séfarade, mettez-lui un crayon dans la main, faites-lui parler de l’époque qui précéda sa naissance où son père se fit une petite fortune en approvisionnant la Schutzstaffel au marché noir pendant que sa mère batave doublait des films pour la production allemande d’occupation. Donnez-lui le Goncourt (prix accordé au premier Houellebecq ou exotique venu) et au final, cela fera un rutilant prix Dynamite.

Pour l’occasion je constate une fois encore que tout sujet peut-être abordé et traité comme bon leur semble par les écrivains et autres littérateurs, à condition bien sûr qu’ils soient des êtres de l’Élection. Le lepénisionisme lui-même (celui de la fille plus que du père) s’en est réjoui en ces termes : « Marine Le Pen et le Rassemblement Bleu Marine [pléonasme] félicitent chaleureusement Patrick Modiano pour cette récompense qui consacre une grande carrière littéraire et se réjouissent d’une distinction qui honore à nouveau les lettres françaises. » Amen !

Prenez un autre juif, un jeunot du genre tradition coloniale pied-noir, laissez-le s’agiter dans le marigot parigot des arts et des lettres dominant, je veux dire casher, puis mettez-le à mariner (d’un nouveau sang bleu, la marinade ?) en compagnie de ce que (bien évidemment!) même le dieu catholique n’aurait pu imaginer (dixit François Ier, le pape hérétique) et au sortir du bain vous obtenez le dernier prix Renaudot. Prix qui autrefois ne fut pas rien puisqu’il consacra des auteurs comme Marcel Aymé, Ferdinand Bardamu, Henri Bosco… qui, bien sûr, furent ignorés de l’Académie Goncourt.

Le livre, quoi-t-est-ce-don’ ? La forme et le fond en sont très originaux. Qu’on en juge : il s’agit d’un « chant narratif en vers libres » (sic), en hommage à Charlotte Salomon, une juive allemande décédée à Auschwitz en 1943 à l’âge de 26 ans alors qu’elle était enceinte. Sortez les mouchoirs… J’imagine ce que doivent être ces dits vers dits libres ! Je veux dire, poétiquement parlant… Devoir de mémoire (sélective) diront certains ; devoir scolaire plutôt, dirai-je. Et j’ajoute : expression de l’esprit malade juif (et de la gloire éphémère à bon compte, qui fait toujours les bons amis). L’idée, le soupçon d’idée me fait immanquablement penser à ce passage de la scène première de l’acte trois d’Un Chapeau de Paille d’Italie :

– Achille. Ah çà ! ma chère cousine… vous nous invitez à une matinée musicale, et je vois les préparatifs d’un souper… Qu’est-ce que cela signifie ?

– La Baronne. Cela signifie, mon cher vicomte, que j’ai l’intention de garder mes invités le plus longtemps possible… Après le concert, on dînera, et, après le dîner, on dansera… Voilà le programme.

– Achille. Je m’y conformerai… Est-ce que vous avez beaucoup de chanteurs ?

– La Baronne. Oui ; pourquoi ?

– Achille. C’est que je vous aurais prié de me conserver une petite place.. j’ai composé une romance…

– La Baronne, à part. Aïe !…

– Achille. Le titre est délicieux : Brise du soir !

– La Baronne. C’est neuf surtout.

– Achille. Quant à l’idée… c’est plein de fraîcheur… on fait les foins… un jeune pâtre est assis dans la prairie…

– La Baronne. Certainement… c’est très gentil… en famille… pendant qu’on fait le whist… Mais, aujourd’hui, mon cousin… place aux artistes !…

Labiche et Compagnie (ou si l’on préfère l’atelier Labiche, et pour la présente pièce Labiche et Marc-Michel), est quand même d’un autre calibre… Et, soit dit en passant, Victor Hugo eut le tort de ne pas voter pour Labiche lors de son élection à l’Académie Française. D’ailleurs, le théâtre de ce dernier vit encore quand celui du commandeur de la poésie consacrée est mort, et bien mort.

Les gazettes, toujours bien informées quand à l’accessoire, je veux dire dans l’art de débigoiser sur la Vie Parisienne, nous apprennent que ce dit prix intervient quelques jours après que le lauréat a fêté ses quarante ans en compagnie de toute une crème de personnalités toutes plus remarquables les unes que les autres, telles Nicolas Bedos, Cédric Klapisch, Elsa Zylberstein, Barbara Schulz, Audrey Tautou, Karine Tuil ou encore Émilie Frèche.

Enfin, on aura beau dire, tout cela ne vaudra jamais Le Journal [authentique] d’Anne Franck écrit par son père au moyen d’une encre apparue post festum, vers 1946.

Pour finir sur une note humoristique (si, si !), voici ce que j’ai trouvé sur le site d’Égalité et Réconciliation, un synopsis d’une certaine Simone Choule :

« J’ai tellement besoin de tunes que je pense écrire un bouquin qui évoque l’histoire d’un juif handicapé et homosexuel qui se retrouve à Buchenwald afin de façonner les pointes sur le fil de fer barbelé et calculer les angles coupants pour qu’ils soient disposés à intervalle régulier. Dans ce travail pénible il tombera deux fois enceinte (il était un précurseur de la théorie du genre grâce au médecin Mengele* qui l’aura aidé à s’épanouir) et fera des rencontres chaleureuses auprès de ses coreligionnaires qui le marqueront à vie (un usurier sympathique un peu escroc et la mère de Polanski) jusqu’à ce qu’à la suite d’un effacement de numéro sur son avant-bras après s’être aspergé de solvant, un soir où il avait très soif, il pourra usurper la place d’un communiste, s’enfuir pour finalement mourir à Katyn où il trébuchera sur un charnier encore fumant et se prendra une décoration polonaise militaire (en forme d’étoile) sur la jugulaire. Manque plus que le titre et je suis milliardaire. »

J’ajoute, erreur ! Tous ces livres dont on parle tant, prix ceci ou cela, en particulier ces romans ou faux témoignages, ne font jamais que des succès convenus, quand ils en font un. Ils alimentent un public conformiste et finalement ignorant pour beaucoup de la littérature, les bibliothèques de comités d’entreprise et celles de province avant de finir rapidement au désherbage, pour laisser place à une nouvelle nullité. Première loi de la consommation. D’autres, tel Botul, ne se vendent pas, mais se donnent dans toutes les officines de la normalité. Mais par contre, ils occupent le terrain, l’essentiel de la scène littéraire et des écrivains en général. Voilà la force du Spectacle (de la société spectaculaire), rendre invisible le vrai talent et muet, en apparence médiatique, le monde parallèle, ou plus exactement tout autre (l' »underground » disait-on autrefois en angliche) de ceux qui subissent ou qui parlent mal.

Car, si bon chien chasse de race, à la trace, celle qui se montre, celle qui se voit, celle qui est mise en exergue, encore faudrait-il que ce soit de bonne race.

* Petit rappel : Mengele est ce médecin connu pour avoir, entre autres choses, organisé des tris devant des chambres à gaz. Enfin, ce n’est pas moi qui le dit mais des témoins juifs, donc totalement dignes de foi, de bonne foi par définition ; qui le contesterait serait déclaré « antisémite » (sic).

From → divers

Commentaires fermés