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QUELQUES COMMENTAIRES À UN BILLET CONCERNANT LA RÉUNIFICATION DE LA BRETAGNE PARU SUR AGENCE BRETAGNE PRESSE

30 septembre 2014

Je cite in extenso le billet :

Publié le 24/09/14

[Nantes] —Une regrettable opération de révisionnisme historique est menée depuis plusieurs années par les responsables de la région administrative « Pays de la Loire ». Elle vise à conforter la séparation du département de la Loire-Atlantique de la région administrative « Bretagne», héritée du découpage effectué par le gouvernement de Vichy en 1941.

Cet héritage est à l’origine de la remise en cause et de la modification de nombreux faits historiques : à savoir, en premier, l’identité bretonne du département de la Loire-Atlantique et de sa principale ville Nantes. Ce département est pourtant riche en lieux forts de l’histoire bretonne comme le château des ducs de Bretagne à Nantes et les châteaux forteresses, érigés sur les Marches de Bretagne, de Châteaubriant à Machecoul en passant par Oudon, Ancenis et Clisson. Le département ne serait plus breton mais serait devenu « ligérien », le château des ducs de Bretagne, un château du Val de Loire. Il a fallu qu’en mai 2011 l’UNESCO intervienne pour faire savoir que ce château ne faisait pas partie du périmètre du Val de Loire mais était bien un château de Bretagne.
Aidée par une coûteuse propagande, l’administration régionale s’acharne donc à détruire l’histoire passée du département. Ce qui n’est pas sans rappeler de fâcheux précédents révisionnismes historiques. Il est donc important de réagir à cette débretonnisation, véritable falsification de l’histoire.

Or, jusqu’à ce jour, les historien(ne)s des Universités d’Etat et privées de Nantes, de Rennes, de Brest, de Lorient et de Vannes et les professeur(e)s d’histoire de l’enseignement secondaire sont silencieux. A la différence des géographes, des artistes, il y a aucune mobilisation des communautés universitaire et académique. Ce qui illustre une certaine irresponsabilité sociale et politique de la Cité savante. Mais aussi un faible intérêt de cette même Cité pour la matière historique bretonne.

Yves-François Le Coadic.

Professeur honoraire de Science de l’Information du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). Ancien Secrétaire de la section Sciences, histoire des sciences et des techniques et archéologie industrielle du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS) de l’École des Chartes.

Deux grandes remarques à propos de cet article :

Premièrement.

Comment un historien, certes fonctionnaire (ceci expliquant largement cela) et très certainement distingué, peut faire de l’expression « révisionnisme historique » une sorte d’injure, un élément de dégoût ? Quelle époque vivons-nous ? Tout vrai historien, tout historien qui recherche la vérité ou pour le moins la vraisemblance, la véracité si l’on veut le dire autrement, ne peut être que par nature révisionniste. À défaut de quoi il n’est qu’un vulgaire propagandiste ânonnant le catéchisme que son maître lui dit d’enseigner ou ne cherche que ce qu’il est convenu non seulement de chercher mais de trouver. Et taxe en mauvaise part le contestataire de « révisionniste », de quasi déviant, délinquant de la Pensée.

Tout est toujours révisable et tout doit toujours être révisé. Ici, certains diront pour noyer le poisson que « le révisionnisme, certes, mais qu’à tout prendre ce n’est que de l’hyper-criticisme ». Hyper-criticisme, autre mot pédant et péjoratif qui recouvre pourtant dans la pratique une réalité toute simple : le refus des certitudes et des évidences, ou encore des apparences, même et surtout les mieux affirmées et ressassées comme en autant de pages de missel. Le révisionnisme historique (historique car il existe ou a existé également des révisionnismes politiques, dans le dit marxisme par exemple, et religieux dont un dans le judaïsme) est l’esprit de doute et surtout le refus des idéologies politiques et religieuses. C’est aussi toujours chercher à comprendre qui s’agisse derrière les grands mots, les bons sentiments, les belles paroles, les certitudes consacrées, les traditions rabâchées. L’établi. Dans l’École et l’Université y compris, et même en premier lieu. Il n’y a qu’un type d’Histoire qui n’est pas révisable et jamais révisée : l’Histoire officielle qui relève le plus souvent du mythe (de mythes divers, plus exactement) et de l’hagiographie nationale ou encore du discours des vainqueurs. Les vaincus, et à tout prendre le peuple qui toujours subit, n’ont pas d’Histoire.

Comme d’autres ici et là, je confirme que ce que je sais de l’Histoire (et de la Géographie et plus encore de la Culture) de la Bretagne je l’ai appris en grande partie par moi-même. Il m’a donc fallu sortir d’un silence complice bien établi et fouiner avec curiosité, et il m’a fallu réviser pas mal de lieux-communs concernant notre Bretagne historique. Et ceci, « tout seul comme un grand », ou en compagnie de rares manuels d’auteurs obscurs et dévoués à la bonne cause. Ce que l’École ne m’avait pas enseigné. Et certainement pas l’« école de la république ». Normal puisque cette école a toujours eu en haine ce qui n’était pas au centre, ce qui n’était pas autrefois Versailles puis ce qui est devenu Paris. Paris : « Sodome » comme la nommait le Barde, à juste raison. La périphérie, les périphéries n’étant peuplées, c’est bien connu, que de ploucs attardés, tous de la mauvaise graine réactionnaire.

Secondement.

Je ne parle pas en l’air. J’ai deux enfants qui ont fréquenté une maternelle Diwan en Haute-Bretagne, à l’époque on n’avait pu mettre en place une école primaire (dissentions internes, faiblesse du soutien local y compris parmi ceux qui s’affirmaient haut et fort, associativement, culturellement, politiquement bretons, celtes, etc.). Ce fut donc essentiellement un acte politique pour prendre date (autour de 1980). Il y aurait à dire sur les œillères d’un certain milieu breton, qui contient comme tout milieu militant « qui se respecte », sa palanquée considérable de « cons de militants » bornés (redondance). Mais c’est un autre sujet.

Personnellement, je suis « depuis toujours » pour la réunification de la Bretagne. Mais il ne faut pas tomber non plus dans le tout « gwenn », tout « du » des illusions. La Loire-Atlantique a toutes les caractéristiques d’une marche, Nantes en premier. D’ailleurs il est de nombreux pays ou de nombreuses régions où la capitale se trouve en limite et non au centre de son entité régionale.

La Presqu’île guérandaise est la partie la plus bretonne, on y a parlé breton autrefois, on y parlait encore breton dans quelques villages du côté de Batz-sur-Mer au début (et même peut-être courant) du XXe siècle. Toute la toponymie qui part de la région nazairienne en passant par la Brière est largement empreinte d’éléments celto-bretons.

La bordure Est du département est maino-angevine, il suffit de regarder les maisons pour le sentir. Le reste de la partie nord du département est britto-roman. Des noms comme « le Pays de la Mée », « le Pays Mitau », « la rivière Le Mès », etc. sont là pour rappeler que cette région est mitigée, que du moins elle était mitigée dès une époque ancienne.

Mée, Mitau, Mès ; ces mots, ces toponymes semblent tous provenir du latin « medius, media, medium » (ou d’un dérivé). Si le sens premier de « medius » est « qui est au milieu », un de ses autres sens bien attestés, est celui de « intermédiaire » et de « qui met en relation » (c’est le sens de « medium » en français). C’est en ce second sens qui faut comprendre ces Pays de la Mée et Mitau (mitan, « dans le mitan du lit » dit la chanson, d’un ancien « mediu tantu »). Petits pays qui se trouvent en position intermédiaire, à la marche de deux entités bien affirmées (Bretagne et France, en l’occurrence) ou pour le dire autrement entre Bretagne gallaise et France angevine. En situation « équivoque » ou « ambiguë », ce qui est au final un autre sens du mot latin « medius ». Comme on dirait en français : mi-figue, mi-raisin. Mi-ceci, mi-cela. Donc pas Pays du Milieu, mais Pays Entre. « Entre Loire et Vilaine » dénomme-t-on parfois, de même, tout cet ensemble comprenant la Presqu’île guérandaise, la Grande-Brière et leurs alentours.

Je crois déjà avoir écrit que les langues antiques se caractérisent par l’emploi de nombreux mots à double sens, je ne suis pas le premier à le dire, c’est établi depuis les débuts de la philologie antique. Plutôt que de dire double sens, il faut mieux dire d’ailleurs, à sens ouvert et à sens fermé, à sens confluent et à sens diffluent, unissant ou séparant ; ou si l’on veut encore, à sens positif et à sens négatif, montant ou descendant, s’approchant ou s’éloignant, etc. L’un des meilleurs exemples que je connaisse est le mot latin « altus » qui veut dire, selon le contexte, « haut, élevé » (qui s’étend vers le haut, pourquoi pas jusqu’au ciel) ou « profond » (qui s’étend vers le bas, pourquoi pas jusqu’aux abysses). Ainsi « medius » qui est soit le centre ou ce qui sépare en deux, est présentement ici, ce qui sépare.

Tout ce qui est au Sud de la Loire (Pays de Retz, Vignoble, etc.) est tourné vers la Vendée qui elle-même relève du Poitou. Là aussi, il suffit de regarder l’habitat. Autrefois, les habitants du Pays de Retz appelaient les habitants du Nord de la Loire des « gars bertons ». Le mot est suffisamment parlant. D’ailleurs de nombreux habitants de n’importe quelle partie de la Loire-Atlantique, vieux autochtones pour certains pourtant, je veux dire autochtones depuis plusieurs générations, ont tendance à dénommer « breton » celui qui est là-bas plus à l’ouest, disons à partir de Vannes, ou plus loin encore.

Nantes, comme toute grande ville ou ville moyenne, est de nos jours cosmopolite, mais depuis des siècles par sa population elle est à la fois haute-bretonne et basse-bretonne (certains quartiers nantais parlèrent bretons, il s’agissait de bretons venus travailler à Nantes depuis la Basse-Bretagne, comme il y en eut dans le reste de la Basse-Loire, il n’est que de consulter l’annuaire téléphonique pour s’en rendre compte), et elle est aussi depuis bien longtemps indéniablement angevine (échange par la Loire, en ce sens elle est ligérienne) et également vendéenne (là c’est l’histoire de la chouannerie, par exemple, qui est à considérer).

Remarques annexes.

­– Vichy qui a coupé la Bretagne en deux ? Comme quoi la Collaboration ne faisait pas particulièrement les yeux doux aux autonomistes ou indépendantistes bretons. Pourtant, il a fallu batailler dur pour nos aînés au sortir de la Guerre 39-45 pour ôter le côté foncièrement réactionnaire, passéiste, attardé, « folkloreux » du Mouvement culturel breton. Je pense ici à un homme comme Glenmor, le ci-dessus Barde, dont le rôle a été essentiel, et à tous ces anonymes des cercles celtiques et autres bagadou… Au fait, quid de la gauche bien établie et jacobine, en cette histoire de découpage vichyste et de relance de la culture et de la langue bretonnes ? Cette « petite gauche » toujours prête à récupérer quand c’est nécessaire et utile pour gagner des élections. Enfin là je crois, au point où l’on en est (Bonnets Rouges et maintien de la non-réunification de la Bretagne), que les « cathos de gauche » socialos et assimilés ont perdu pour longtemps leur emprise sur la Bretagne. Bonne nouvelle somme toute, de voir régresser les rois des faux-culs toujours lorgnant entre tablier et goupillon.

— « Les historiens des Universités d’État et privées… et les professeur(e)s [sic! ô l’horreur orthographique, nous en reparlerons] d’histoire de l’enseignement secondaire sont silencieux. » Qu’attendre d’autre de fonctionnaires et péri-fonctionnaires tout englués dans leur fiche de paie, leurs traites à payer et le conformisme ambiant, cher professeur honoraire ? Ils sont silencieux et couards comme pour la question révisionniste…

Yann-Ber Bleuñvek, citoyen honoraire (et honorable !).

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