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AUMÔNE – ERRATUM

16 septembre 2014

J’ m’ai gourationné (sic) ¡ Qué equivocación !

Comme le fait remarquer justement (i.e. avec justesse) Robert Pioche, j’ai inversé deux références. Ceci d’autant plus facilement que c’est à partir de dictionnaires et non de ma connaissance de l’espagnol (pas assez) et de l’italien (quasi rien) que j’ai écrit cet article.

Ce qui m’intéressait de montrer en passant, c’était comment chaque langue peut transformer un emprunt. Et comment l’occitan en particulier peut piocher à la fois du côté italien et du côté espagnol. Ce qui est d’ailleurs normal vu sa situation géographique intermédiaire.

Personnellement, j’ai la nostalgie d’une France plus méridionale et plus méditerranéenne. Le malheur a voulu que les gallo-romains aient été envahis par la noblesse guerrière franque. Tout en découle, linguistiquement parlant en particulier. Pourtant jusqu’à une époque relativement récente c’est le Midi qui damait le pion au Septentrion. Je pense ici aux troubadours et à l’amour courtois… (« Amour » est d’ailleurs un mot qui est de forme occitane ; pour suivre la logique phonétique du français, on devrait dire « ameur » en français commun, comme on dit « fleur », “flour” dans le Midi et également “fyour” en gallo)… Ou à l’introduction cultivée, en cette contrée d’échanges fructueux, d’algèbre, de médecine, de poésie et de musique arabo-ibères. Pendant de longs siècles, l’université de prestige en France fut celle de Montpellier. Tant et plus y étudièrent. Le tourangeau Rabelais par exemple, y fut reçu docteur en plein XVIe siècle.

En fait, Charles Martel n’a rien arrêté du tout, ni personne à Poitiers, certains eurent bien assez de l’Occitanie. Je ne serais pas étonné que, brassage aidant, un bon nombre de français du Sud ne soient de longue date de sangs mêlés gallo-romain-etc. et arabo-berbèro-ibère. Une « variété » de méditerranéens.

Donc rectifions : c’est en italien que « aumône » se dit «lemosina» et en espagnol que ce mot se dit « limosna ». Juste en comparant les deux mots j’aurais dû voir mon erreur. L’italien a souvent tendance à allonger les mots, ou plus exactement demeure plus conservateur des origines (en tout d’ailleurs, phonétiquement, lexicalement…), quand l’espagnol et bien évidemment le français font plus court. Le mot français, le plus bâtard des trois comme généralement, a perdu entre autres le «l» à la syllabe initiale, a réduit un « al » à « au » ; et l’accent circonflexe du « ô » est tout ce qui reste du « s » étymologique.

En espagnol « dar limosna a alguien » veut dire : « faire l’aumône à quelqu’un ». Littéralement : « donner aumône à quelqu’un ». Cette formule a l’avantage de lever toute ambiguïté. En cette langue, on comprend tout de suite qui fait quoi à qui. On n’a pas besoin d’explication pour comprendre. Il n’y a aucun doute sur le sens de la phrase. Ce qui n’est pas le cas dans l’esprit de plus d’un francophone employant l’expression « faire l’aumône », y compris bien sûr de la part des médiatiques et peut-être même… d’un traducteur.

De nouveau, je vous fais l’aumône… Belle aumône, non ?… Je vous fait l’aumône de mon erreur. Ce qui en espagnol se dit quelque chose comme : « concedo la gracia de mi error (ou : de mi equivocación) a ustedes* ».

Je vous concède la grâce de mon équivocation… C’est-y pas poétique et distingué ?

  • Quant à « ustedes », c’est tout ce qui reste de « vuestra merced » que l’on peut traduire par « votre grâce ». Merced, dont le pluriel Mercedes est entré dans la composition de l’un des titres de la Vierge : Maria de las Mercedes, Marie des Grâces, pour donner finalement le prénom féminin Mercedes. Curieuse origine que ce mot « merci » qui vient du latin « mercedem », la forme accusative de « merces » qui avait le sens de «salaire, récompense, solde, intérêt, rapport» mais qui prit tardivement le sens de «prix, faveur, grâce qu’on accorde à quelqu’un en l’épargnant». En français, « mercit » est attesté dans un texte datant de 881 avec le sens de « grâce (faire grâce, gracier), miséricorde, pitié ». C’est le sens qu’il a encore en certaines expressions figées comme : être à la merci de (« estar a merced de », en espagnol), avoir merci de, tenir à sa merci, se rendre à la merci de…

  • Petite anecdote (vraie) pour finir. Je me soutiens (fin des années soixante-dix) de l’étonnement ou de l’incompréhension – de l’étonnement plutôt – de deux espagnols dont l’une (si je puis dire) se prénommait Mercedes et qui venait de se présenter à un franchouillard moyen qui crut bon de plaisanter son nom en lui disant : «Mercedes… Mercedes-Benz… hein, hein, hein ! (pas de réaction)… eu-eu-euh !… bon !» Il faut dire à sa décharge que ce dernier était chauffeur routier ; c’était un peu avant qu’il ne devienne professeur dans un lycée professionnel. Les routiers sont sympas ! Et drôles ! Et au fond, c’était peut-être et même sans doute de sa part, un compliment.

From → divers

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