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UKRAINE ET CRIMÉE ENCORE

19 mars 2014

La nullité de la presse écrite et audio-visuelle française n’est plus à montrer ou démontrer. Elle est patente. Sa mort est annoncée depuis quelque temps déjà ; à la dérive, les titres coulent moins à cause du développement d’Internet que de leur inutilité informative, que de leur ton convenu, partisan et larbin. L’Huma-niquée, l’Abbé-Ration sont sous perfusion, Le Nouvel-Obsolète et Marianne-la-si-mal-nommée sont à vendre. Mais, qui qu’en veut ? À droite, ou plus à droite, la même nullité s’étale et tient on ne sait comment. Même les titres qui marchent les moins mal, ceux de région genre Ouest-France, licencient à tour de bras et développent le pigisme qui consiste à découper à la va-vite et au superficiel, des dépêches pré-formatées, redondantes ou creuses, faussées.

En voie de décomposition accélérée, depuis des années la caste des journaleux ne sait plus que reproduire, en divers Pravda à la fois subventionnées par l’État et tenues en laisse par la Finance Internationale, La Voix de Son Maître, autrement dit les communiqués officiels « français », « européens » et états-uniens et les dépêches orientées (ou absence de dépêches) de l’officine de la désinformation dénommée AFP.

Même les « satiriques » ou « comiques » comme Le Canard Enchaîné, le bien nommé, ou l’affligeant Charlot-Hebdo ne font plus s’indigner ou rire que les crétins de gauche. Et Le Monde dit Libertaire est une pitié conformiste incapable de penser par lui-même et de sortir de deux ou trois creux slogans « antiracistes » et « antifascistes ».

Le journalisme d’investigation, d’enquête et d’opinion sont pratiquement morts.

C’est même tout le bloc historique – dans le sens sorélo-gramscien du terme – qui craquèle et s’effrite ; l’hégémonie culturelle et idéologique bourgeoise mondialiste en ses institutions diverses, en ses officines officielles ou officieuses.  

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Ainsi, il y a deux ou trois jours, pour ceux qui se limitaient à lire L’Immonde, on y apprenait que les tatars de Crimée avaient boudé le référendum, or il s’avère que les tatars se sont d’une manière générale rendus aux urnes en masse, par villages entiers. Et cela pour la bonne raison que les autorités présentes de Crimée et la Russie se sont fermement engagées auprès de leurs dirigeants (ils ont des formes communautaires spécifiques) concernant la reconnaissance de leur langue, de leur réalité culturelle, de leur religion (beaucoup sont des musulmans sunnites). Elles se sont également engagées à leur donner des aides particulières, cette communauté étant plutôt mal lotie.

Hier encore, pendant que Le Bigarreau amusait la galerie en demandant : « pensez-vous que Poutine sera encore invité pour le Six Juin ? » l’ensemble de la presse français focalisait notre attention sur la mort d’un soldat ukrainien en oubliant de nous préciser l’essentiel : d’une part que dans l’échange qui a opposé des militaires ukrainiens à des militaires criméens, un « simple » milicien criméen est également mort ; d’autre part, que les autorités irresponsables et qui tiennent de moins en moins l’Ukraine, ont demandé aux militaires ukrainiens en Crimée, enfermés dans leurs casernes, de refuser de déposer les armes et de riposter à toute attaque.  

Dans les faits, depuis plusieurs jours déjà un certain nombre de militaires ukrainiens ont rendu les armes ou se sont rangés au côté des forces criméennes où ils sont intégrés dans l’armée – ou la police, comme à Sébastopol depuis hier.

Aujourd’hui même à Sébastopol des manifestants pacifiques, non armés, ont franchi le cordon militaire qui entourait la caserne ukrainienne de la Marine et ont demandé aux soldats de déposer les armes. À cette heure, j’ignore comment s’est réglé le problème, mais ce qui était proposé aux militaires était simple : soit vous intégrez les forces criméennes, soit vous vous retirez. Il faut savoir que les militaires sont engagés localement en Ukraine, ce qui veut dire que dans ces forces armées ukrainiennes en Crimée, il y a de nombreux criméens (tant russes qu’ukrainiens d’ailleurs). 

Ce midi même, le chef de la Marine ukrainienne à Sébastopol qui s’était rangé dès le début du côté de la sécession ainsi que d’autres officiers de haut rang ont abandonné leur centre de commandement sous protection criméenne. Car on peut craindre encore quelque réaction d’éléments loyalistes ou ultranationalistes au sein de l’armée ukrainienne en Crimée.

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Mais, le meilleur résumé qui soit de la situation présente se trouve encore dans le discours du 18 mars de Vladimir Poutine aux députés de la Douma, aux membres du Conseil de la Fédération, aux chefs de régions russes et aux représentants de la société civile, dont voici de larges extraits : 

Chers amis,

Nous sommes réunis ici aujourd’hui dans le cadre d’une question qui est d’une importance vitale et historique pour nous tous. Un référendum a été organisé en Crimée le 16 Mars dans le plein respect des procédures et des normes démocratiques internationales.

Plus de 82 pour cent de l’électorat a pris part au vote. Plus de 96 pour cent d’entre eux se sont prononcés en faveur de la réunification avec la Russie. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

Pour comprendre la raison d’un tel choix, il suffit de connaître l’histoire de la Crimée et ce que la Russie et la Crimée ont toujours signifié l’un pour l’autre.

Tout en Crimée parle de notre histoire et de fierté partagée. C’est l’emplacement de l’ancienne Chersonèse, où le prince Vladimir a été baptisé (…)

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La Crimée est un mélange unique des cultures et des traditions de différents peuples. Il est donc similaire à la Russie dans son ensemble, où pas un seul groupe ethnique n’a été abandonné au cours des siècles. Les Russes et les Ukrainiens, les Tatars de Crimée et les personnes d’autres groupes ethniques ont vécu côte à côte en Crimée, en conservant leur propre identité, les traditions, les langues et la foi.

Par ailleurs, la population totale de la péninsule de Crimée est aujourd’hui de 2,2 millions de personnes, dont près de 1,5 million sont des Russes, 350 000 des Ukrainiens qui considèrent majoritairement le russe comme leur langue maternelle, et environ 290.000 à 300.000 qui sont des Tatars de Crimée, qui, comme le référendum a montré, se penchent aussi vers la Russie.

Certes, il fut un temps où les Tatars de Crimée ont été traités injustement, tout comme un certain nombre d’autres peuples de l’URSS. Il n’y a qu’une seule chose que je peux dire ici: des millions de personnes de différentes ethnies ont souffert au cours de ces répressions, et principalement les Russes.

Les Tatars de Crimée rentrent dans leur patrie. Je crois que nous devrions prendre toutes les décisions politiques et législatives nécessaires pour finaliser la réhabilitation des Tatars de Crimée, les restaurer dans leurs droits et effacer leur réputation.

Nous avons beaucoup de respect pour les gens de tous les groupes ethniques vivant en Crimée. C’est leur maison commune, leur patrie, et il serait bon – je sais que la population locale appuie cette idée – pour la Crimée d’avoir trois langues nationales : le russe, l’ukrainien et le tatar.

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Dans les cœurs et les esprits des gens, la Crimée a toujours été une partie inséparable de la Russie. Cette conviction est fondée sur la vérité et la justice et a été transmis de génération en génération, au fil du temps, en toutes circonstances, en dépit de tous les changements dramatiques que notre pays a traversé pendant tout le 20ème siècle.

Après la Révolution, les bolcheviks, pour un certain nombre de raisons – à Dieu de les juger – ont ajouté des grandes parties du Sud historique de la Russie à la République d’Ukraine. Cela a été fait sans tenir compte de la composition ethnique de la population, et aujourd’hui, ces zones forment le sud-est de l’Ukraine. Puis, en 1954, une décision a été prise de transférer la Crimée à l’Ukraine, avec Sébastopol (…). Ce fut l’initiative personnelle du chef du Parti communiste Nikita Khrouchtchev [ukrainien lui-même].

Ce qui ressort de cette décision – un désir de gagner le soutien de l’establishment politique ukrainien ou d’expier les répressions de masse des années 1930 en Ukraine – est une énigme à résoudre par les historiens.

(…)

L’URSS s’est effondrée. Les choses ont évolué si rapidement que peu de gens ont réalisé la portée dramatique de ces événements et de leurs conséquences. Beaucoup de gens en Russie et en Ukraine, ainsi que dans d’autres républiques espéraient que la Communauté des États indépendants qui a été créé à ce moment deviendrait la nouvelle forme commune de l’indépendance. On leur a dit qu’il y aurait une monnaie unique, un espace économique unique, des forces armées conjointes, mais tout cela est resté promesses vides, tandis que le grand pays avait disparu.

Ce n’est que lorsque la Crimée a fini dans le cadre d’un autre pays que la Russie s’est rendue compte qu’elle avait été pillée (…) tout le monde a oublié la Crimée et Sébastopol – la base principale de la Flotte de la mer Noire. Des millions de personnes sont allés au lit dans un pays et se sont réveillés dans différents petits Etats, et sont devenus du jour au lendemain des minorités ethniques dans les anciennes républiques de l’Union, tandis que la nation russe est devenue l’un des plus grands, sinon le plus grand groupe ethnique dans le monde à être divisé par des frontières.

*

Maintenant, des années plus tard, j’ai entendu les résidents de Crimée dire que, en 1991, ils ont été échangés comme un sac de pommes de terre. Il est difficile d’être en désaccord avec ce constat. Et que dire de l’Etat russe? Qu’en est-il de la Russie? Elle accepta humblement la situation. Ce pays passait par ces temps difficiles et était incapable de protéger ses intérêts.

Cependant, les gens ne pouvaient pas se résigner à cette injustice historique scandaleuse. Toutes ces années, de nombreuses personnalités sont revenues sur cette question, en disant que la Crimée était une terre historiquement russe et que Sébastopol était une ville russe. Oui, nous savions tous cela dans nos cœurs et nos esprits, mais nous avons dû tenir compte de la situation existante et construire nos relations de bon voisinage avec l’Ukraine indépendante sur une nouvelle base. Pendant ce temps, nos relations avec l’Ukraine et avec le peuple ukrainien frère ont toujours été et resteront de toute première importance pour nous. (Applaudissements)

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Aujourd’hui, nous pouvons parler ouvertement, et je voudrais partager avec vous quelques détails sur les négociations qui ont eu lieu au début des années 2000. Le Président de l’Ukraine, M. Koutchma m’a demandé d’accélérer le processus de délimitation de la frontière russo-ukrainienne. À ce moment, le processus était pratiquement à l’arrêt. La Russie semblait avoir reconnu la Crimée dans le cadre de l’Ukraine, mais il n’y avait pas de négociations sur la délimitation des frontières. (…)

Nous considérions à l’époque que les bonnes relations avec l’Ukraine comptaient le plus pour nous et ne devraient pas être l’otage de l’impasse des conflits territoriaux. Toutefois, nous nous attendions à ce que l’Ukraine reste notre bon voisin, nous espérions que les citoyens russes et russophones en Ukraine, en particulier son sud-est et la Crimée, vivraient dans un Etat ami, démocratique et civilisé qui permettrait de protéger leurs droits en conformité avec les normes du droit international.

Mais cela ne s’est pas passé ainsi. Maintes et maintes fois des tentatives ont été faites pour priver les Russes de leur mémoire historique, même de leur langue et les soumettre à l’assimilation forcée.  En outre, les Russes, tout comme les autres citoyens de l’Ukraine souffrent de la crise politique et constante qui a secoué le pays depuis plus de 20 ans.

*

Je comprends pourquoi les Ukrainiens voulaient du changement. Ils en ont assez des autorités au pouvoir depuis les années de l’indépendance de l’Ukraine. Présidents, premiers ministres et parlementaires ont changé, mais leur attitude à l’égard du pays et de ses habitants sont restés les mêmes. Ils trahissent le pays, se battent entre eux pour le pouvoir, les actifs et les flux de trésorerie et ne se soucient pas beaucoup des gens ordinaires.

Ils ne se demandent pas pourquoi des millions de citoyens ukrainiens sont partis dans d’autres pays pour travailler. (…) Durant l’année dernière, près de 3 millions de personnes ont trouvé ces emplois en Russie. Selon certaines sources, en 2013 leurs revenus en Russie ont totalisé plus de 20 milliards de dollars, ce qui représente environ 12% du PIB de l’Ukraine.

Je tiens à répéter que je comprends ceux qui sont venus sur le Maïdan avec des slogans pacifiques contre la corruption, la mauvaise gestion de l’Etat et la pauvreté. (…) Cependant, ceux qui étaient derrière les derniers événements en Ukraine avaient un ordre du jour différent (…). Les nouvelles soi-disant autorités ont commencé par l’introduction d’un projet de loi de révision de la politique linguistique, qui était une violation directe des droits des minorités ethniques. (…).Pratiquement aucune mention n’est faite de cette tentative maintenant, probablement sur la présomption que les gens ont la mémoire courte. (…)

Il est aussi évident qu’il n’y a plus d’autorité exécutive légitime en Ukraine, personne à qui parler. De nombreux organismes gouvernementaux ont été pris en charge par les imposteurs, mais ils n’ont pas de contrôle du pays (…) Ceux qui s’opposaient à ce coup d’Etat ont été immédiatement menacés de répression. Naturellement, la première en ligne était la Crimée, la Crimée russophone. Compte tenu de cela, les habitants de la Crimée et de Sébastopol se sont tournés vers la Russie pour demander de l’aider à défendre leurs droits et la vie (…)  Naturellement, nous ne pouvions pas laisser ce moyen sans réponse, nous ne pouvions pas abandonner la Crimée et ses habitants en détresse. Cela aurait été une trahison de notre part. (…)

From → divers

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